Un précédent aux sacres de la FSSPX : les sacres du 2 avril 1977 par le cardinal Slipyj

Des consé­cra­tions épis­co­pales accom­plies sans man­dat pon­ti­fi­cal sont-​elles, par elles-​mêmes, néces­sai­re­ment schis­ma­tiques ? Les sacres réa­li­sés par le car­di­nal ukrai­nien Josyf Slipyj en 1977, sans qu’aucune sanc­tion ne soit fina­le­ment por­tée contre lui, consti­tuent à cet égard un pré­cé­dent par­ti­cu­liè­re­ment significatif.

À l’égal des car­di­naux Jozsef Mindszenty, arrê­té en Hongrie le 26 décembre 1948 et condam­né à la pri­son à per­pé­tui­té le 5 février 1949, Stefan Wyszynski arrê­té en Pologne le 25 sep­tembre 1953 et empri­son­né pen­dant trois années, Alojzije Stepinac empri­son­né en Croatie pour la seconde fois le 18 sep­tembre 1946 et condam­né à 16 ans de tra­vaux for­cés, le car­di­nal Josyf Slipyj fut arrê­té le 11 avril 1945 en Ukraine et condam­né une pre­mière fois à huit ans de tra­vaux for­cés, une deuxième en 1953 à cinq ans en Sibérie, en 1958 à quatre années et subit sa der­nière condam­na­tion en 1962. Voilà quatre princes de l’Eglise qui sont des vic­times héroïques du communisme.

Nous sou­hai­tons évo­quer ici la figure du car­di­nal Slipyj dont l’existence nous paraît être du plus haut inté­rêt non seule­ment en rai­son de son rôle contre le tota­li­ta­risme rouge mais éga­le­ment à cause de son oppo­si­tion à l’« Ostpolitik » du Vatican sans aucun doute expli­ca­trice des consé­cra­tions épis­co­pales accom­plies sans man­dat pon­ti­fi­cal aux­quelles il pro­cé­da le 2 avril 1977.

Le confesseur de la foi

1) Josyf Slipyj devient métropolite de l’Église catholique ukrainienne

Josyf Slipyj naquit le 17 février 1892 à Zazdrist en Ukraine occi­den­tale. Dès son enfance, il brilla par son goût pro­non­cé pour le tra­vail de l’esprit et par sa pié­té. Après avoir ache­vé ses classes pri­maires et secon­daires à Ternopil, il com­men­ça des études de phi­lo­so­phie à l’université de Lviv. Puis il par­tit à Innsbruck en Autriche pour y rece­voir une ins­truc­tion plus poussée.

Il entra ensuite au sémi­naire et fut ordon­né prêtre le 30 sep­tembre 1917. C’est alors qu’il se ren­dit alors à Rome pour pour­suivre encore d’autres études. Il revint en 1922 comme pro­fes­seur de théo­lo­gie dog­ma­tique au sémi­naire de Lviv dont il fut nom­mé rec­teur en 1925. Il sera par la suite éga­le­ment dési­gné comme rec­teur de l’académie théo­lo­gique de Lviv et le res­te­ra jusqu’en 1944. Au cours de ces années, il écrit et il publie dans des domaines aus­si variés que la théo­lo­gie, la phi­lo­so­phie, la litur­gie, la lit­té­ra­ture, l’histoire et l’art.

Alors que le cler­gé ortho­doxe a été et demeure sou­vent pré­ve­nu contre la sco­las­tique, il n’en va pas de même du cler­gé gréco-​catholique ukrai­nien. Josyf Slipyj l’a en grande estime et exprime en par­ti­cu­lier une admi­ra­tion sans borne pour saint Thomas d’Aquin[1].

Il est vite appré­cié à cause de ses dons hors du com­mun par mon­sei­gneur Sheptytsky, métro­po­lite de Lviv. Celui-​ci est lui-​même une per­son­na­li­té excep­tion­nelle qui aura toute la confiance des papes et, en par­ti­cu­lier de saint Pie X qui lui redon­ne­ra expli­ci­te­ment la pos­si­bi­li­té de sacrer des évêques sans en réfé­rer à Rome. Un pri­vi­lège qui agace beau­coup la Curie.

En novembre 1939, le métro­po­lite Sheptytsky demande au pape Pie XII de le nom­mer comme son coad­ju­teur, c‘est-à-dire avec droit de suc­ces­sion. Aussi, le 22 décembre 1939, Josyf Slipyj est secrè­te­ment consa­cré. C’est sans doute en pres­sen­tant son ave­nir que le nou­vel arche­vêque prend comme devise « Per aspe­ra ad astra » (par les épreuves vers les sommets).

Dans cette même période l’Ukraine occi­den­tale est annexée par l’URSS. La per­sé­cu­tion com­mence. Des dizaines de prêtres sont assas­si­nés, empri­son­nés ou dépor­tés. Le métro­po­lite Sheptytsky meurt le 1er novembre 1944 et Josyf Slipyj endosse à sa place cette lourde res­pon­sa­bi­li­té dans une période redou­ta­ble­ment dif­fi­cile qui mani­fes­te­ra son âme héroïque. Au phy­sique, c’est un homme d’une grande force ; sur le plan intel­lec­tuel, c’est un tra­vailleur achar­né comme l’attestent ses ope­ra omnia en dix-​huit volumes. Mais c’est main­te­nant que débute la période où va se dévoi­ler son extra­or­di­naire sta­ture spi­ri­tuelle et morale.

2) L’arrestation : dix-​huit ans de travaux forcés

En décembre 1944, le nou­veau métro­po­lite va ten­ter de faire léga­li­ser l’Église catho­lique ukrai­nienne par le gou­ver­ne­ment sovié­tique. Le Kremlin s’y déclare prêt mais à la condi­tion que le car­di­nal Slipyj s’engage à « per­sua­der les insur­gés ukrai­niens d’abandonner leur lutte pour l’indépendance natio­nale »[2].

Mais le pré­lat s’y refuse et com­mence alors une ter­rible per­sé­cu­tion. Il est arrê­té le 11 avril 1945 avec tous les évêques d’Ukraine. « Les prêtres empri­son­nés avaient le choix entre le ral­lie­ment à l’orthodoxie russe ou la condam­na­tion comme agents du fas­cisme. »[3] Les com­mu­nistes emme­nèrent Slipyj à Kiev et « lui deman­dèrent de se sépa­rer du Pape en lui offrant comme récom­pense de le recon­naître comme métro­po­lite de Kiev dans l’église ortho­doxe russe »[4]. Mais il res­ta ferme comme tous les autres évêques et fut alors condam­né à ses huit pre­mières années de pri­son et de tra­vaux for­cés. La moi­tié du cler­gé ukrai­nien fut empri­son­née et les dio­cèses, les écoles et les mai­sons reli­gieuses furent sup­pri­més. Cette pre­mière peine fut sui­vie d’une deuxième de cinq ans en Sibérie, puis d’une troi­sième. En 1962, « le KGB fit une der­nière ten­ta­tive pour subor­ner l’homme de Dieu avec l’appât de l’orthodoxie. On lui offrit le patriar­cat de Moscou[5]. Il tint bon comme son Maître dans le désert[6]. »

Et débu­ta alors pour lui sa qua­trième peine dans le camp le plus redou­té des pri­son­niers, le camp de Mordovia, « d’où l’on ne sort pas vivant ». Mais Jean XXIII obtint alors sa libé­ra­tion dans les cir­cons­tances que nous allons voir. Précisons que le car­di­nal Slipyj fut, avec mon­sei­gneur Hopko, évêque auxi­liaire de Presov, le seul de tous les évêques ukrai­niens qui sur­vé­cut à ses années de goulag.

Josyf Slipyj, faire-​valoir et victime de l’Ostpolitik

1) L’ « Ostpolitik » du Vatican

Mgr Lefebvre a fait l’éloge du livre « Moscou et le Vatican » d’Ulisse Floridi[7]. Cet auteur a mon­tré, docu­ments à l’appui, à quel point les catho­liques per­sé­cu­tés dans les pays com­mu­nistes ont été hon­teu­se­ment lâchés par le Vatican qui pour­sui­vait son « Ostpolitik ». Cet auteur ita­lien a inti­tu­lé la pre­mière par­tie de son livre : « Du mono­logue au dia­logue ». Il y mani­feste la rup­ture de pen­sée et d’attitude du pape Jean XXIII avec ses pré­dé­ces­seurs. Dans les ency­cliques Mater et Magistra (1961) et Pacem in ter­ris (1963), sont esquis­sées des lignes nou­velles de coopé­ra­tion et de dia­logue. Le Vatican mise désor­mais sur des rela­tions diplo­ma­tiques avec les pays dont le régime avait été défi­ni comme intrin­sè­que­ment per­vers par Pie XI. L’oecuménisme nou­veau prô­né par le concile Vatican II arrive à point pour nouer un dia­logue, en par­ti­cu­lier avec le patriar­cat ortho­doxe de Moscou, com­plè­te­ment inféo­dé au Kremlin.

C’est dans ce contexte que le Vatican va négo­cier avec le régime com­mu­niste russe la venue d’observateurs ortho­doxes au Concile. Les trac­ta­tions qui eurent lieu pour obte­nir cette pré­sence sont main­te­nant bien connues et l’on sait quel fut le prix à payer : la non-​condamnation du com­mu­nisme par le Concile. Le car­di­nal Tisserand, che­ville ouvrière de cette tra­hi­son, veille­ra effi­ca­ce­ment au res­pect de cette condi­tion pen­dant le Concile. Une péti­tion signée par quatre cents pères conci­liaires deman­dant la condam­na­tion du com­mu­nisme sera éga­rée dans un tiroir de mon­sei­gneur Glorieux, tan­dis que les traces d’une pen­sée philo-​communiste seront détec­tables dans plus d’une inter­ven­tion jusque dans l’aula conci­liaire[8]. C’est ain­si que le car­di­nal Alfrink affir­me­ra le 6 novembre 1964 devant tous les pères conci­liaires que « le dia­logue avec le com­mu­nisme peut être payant »[9].

2) Le cardinal Slipy, faire-​valoir de l’Ostpolitik

Sont cepen­dant pré­sents au Concile plu­sieurs évêques de l’Est, confes­seurs et héros de la foi, qui ont connu les pri­sons com­mu­nistes, les tra­vaux for­cés, la tor­ture rouge et les mas­sacres de prêtres, de reli­gieux, de reli­gieuses et de fidèles. Leurs pro­tes­ta­tions se font entendre sous le dôme de Saint-​Pierre, en par­ti­cu­lier à l’occasion du « Message au monde » rédi­gé lors de la pre­mière ses­sion, mes­sage dont l’irénisme fut salué par la presse sovié­tique. En revanche « quinze évêques catho­liques de rite orien­tal en exil, ‘ les uniates ’[10], qui par l’union de Brest-​Litovsk de 1596 avaient fait allé­geance à Rome, refu­sèrent de s’y asso­cier parce que le mes­sage ne reflé­tait pas la situa­tion dra­ma­tique impo­sée par le com­mu­nisme à l’Eglise dans les pays de l’Est. Le 23 novembre, ils dif­fu­sèrent le texte d’une décla­ra­tion où ils atti­raient l’attention du monde sur l’absence au Concile de leur métro­po­lite Josyf Slipyj, dépor­té en Sibérie depuis plus de dix-​sept ans, le seul sur­vi­vant sur les onze évêques ukrai­niens[11] envoyés au gou­lag, alors que par­ti­ci­paient au Concile deux obser­va­teurs du patriar­cat de Moscou (…)[12].

On com­prend que Jean XXIII ait res­sen­ti le besoin de mani­fes­ter l’efficacité de son « Ostpolitik ». La recherche de la libé­ra­tion du car­di­nal Josyf Slipyj trouve sa place dans ce plan. Floridi raconte que Khrouchtchev y fut d’abord hos­tile, redou­tant la puis­sante dénon­cia­tion que l’évêque ukrai­nien pour­rait faire du gou­lag. Mais fina­le­ment, au début de jan­vier 1963, il don­na son accord. Slipyj se dou­ta très pro­ba­ble­ment d’une trac­ta­tion biai­sée. Tel est sans doute le sens de la ques­tion qu’il posa au repré­sen­tant pon­ti­fi­cal venu le cher­cher : « Dois-​je par­tir ou puis-​je par­tir ? ». Il ne par­tit, par obéis­sance, qu’en rai­son de la réponse qui lui fut adres­sée : « C’est la volon­té du Saint-​Père que vous par­tiez »[13]. Le détail des trac­ta­tions entre Khrouchtchev et Jean XXIII a été racon­té par l’entremetteur offi­cieux de la libé­ra­tion du car­di­nal Slipyj, Norman Cousin, jour­na­liste amé­ri­cain. On en retrouve la nar­ra­tion dans la bio­gra­phie que Paul Dreyfus a don­née de Jean XXIII et on y apprend l’acquiescement du Vatican aux demandes du gou­ver­ne­ment sovié­tique, en par­ti­cu­lier à l’engagement que Slipyj ne revienne jamais en Ukraine[14].

3) Slipyj, victime de l’Ostpolitik

Les pres­sen­ti­ments du métro­po­lite n’étaient, hélas, que trop fon­dés. Ce héros de la foi, qui sor­tait de dix-​sept années de tra­vaux for­cés, fut accueilli au Vatican dans une atmo­sphère d’indifférence et de silence affec­tés. Le pré­sident ita­lien de la Chambre des dépu­tés Andreotti regret­ta son arri­vée, presque inco­gni­to à Rome : « Lorsque vous êtes arri­vé ici, vous avez été accueilli par nous, catho­liques de Rome, dans un silence bizarre. Notre monde est étrange. Un monde où l’on a peur d’honorer les per­sé­cu­tés de crainte que le per­sé­cu­teur ne soit pous­sé à cau­ser encore plus de mal que jamais. Nous aurions sou­hai­té vous accueillir avec la même explo­sion de joie avec laquelle les chré­tiens de Rome accueillirent saint Pierre lorsqu’il fut libé­ré ». Le car­di­nal Slipyj a cité cet extrait du dis­cours du 28 sep­tembre 1969 de l’homme poli­tique ita­lien dans son tes­ta­ment[15].

Il appa­rut immé­dia­te­ment que les négo­cia­tions avec le gou­ver­ne­ment com­mu­niste com­pre­naient l’interdiction du retour de Slipyj en Ukraine et son silence sur ses geôles. Slipyj était au Vatican, pri­son­nier du Vatican et, ain­si que l’attesteront plu­sieurs de ses dis­cours et, sur­tout, son tes­ta­ment, il souf­frit bien davan­tage des chaînes morales qu’il y trou­va que de celles qui l’avaient cer­clé dans l’enfer com­mu­niste[16].

Citons ici ce pas­sage signi­fi­ca­tif de son gran­diose tes­ta­ment : « Dans les années 1970, le siège apos­to­lique à Rome, sous l’influence et l’emprise des res­pon­sables de la Curie romaine, peut-​être même avec de bonnes inten­tions, a adop­té une cer­taine ligne poli­tique qui a assé­né un coup très dou­lou­reux à notre Église en Ukraine, et plus encore à la par­tie de notre Église et de notre peuple qui s’est retrou­vée dans le monde libre. Le monde chré­tien tout entier est témoin du fait que les aver­tis­se­ments constants et les humbles argu­ments, que nous avons pré­sen­tés au pape Paul VI, n’ont pas été pris en compte. Ainsi, aujourd’hui, alors que les docu­ments secrets concer­nant les contacts entre le Saint-​Siège à Rome et le patriar­cat de Moscou sont connus, docu­ments qui, de par leur nature même, pro­noncent la sen­tence de mort de l’Église ukrai­nienne et qui affectent de manière humi­liante l’Église oecu­mé­nique du Christ tout entière, diri­gée par le suc­ces­seur de l’Apôtre saint Pierre (…) »[17].

Le grand évêque ukrai­nien com­pre­nait que, au-​delà même de l’achat de son silence et de son exil à Rome, ce que Khrouchtchev avait reven­di­qué, c’était en Ukraine, la fin de l’Église gréco-​catholique ukrai­nienne, l’obligation faite aux catho­liques ukrai­niens d’entrer dans l’église ortho­doxe russe. Tel avait déjà été l’appel du patriarche de Moscou, Alexis, aux ukrai­niens : « Libérez-​vous ! Brisez les chaînes qui vous lient au Vatican dont les erreurs vous entraînent hors de la voie droite, vers les ténèbres et la déchéance spi­ri­tuelle (…). Empressez-​vous de reve­nir dans les bras de votre véri­table mère : l’église ortho­doxe russe. »[18]

Mais le com­bat­tant qu’était Slipyj ne pou­vait se résoudre, ne put se résoudre, à la rési­gna­tion que vou­lait lui impo­ser le Vatican. L’amour de son peuple, la pen­sée de tous ceux, là-​bas, qui souf­fraient et qui mou­raient, la conscience aiguë qui était la sienne d’incarner pour son peuple l’ultime espé­rance qui lui res­tait, son indomp­table éner­gie, tout le pous­sa à pla­cer au ser­vice du catho­li­cisme ukrai­nien son temps de réclu­sion for­cée au Vatican.

Et la grande et ancienne idée de Slipyj, celle qui lui tenait le plus à coeur, c’était la créa­tion d’un patriar­cat pour l’Église ukrai­nienne, patriar­cat qui regrou­pe­rait tant les uniates d’Ukraine que ceux de la dia­spo­ra. Tel fut l’objet de sa pre­mière inter­ven­tion au Concile, le 11 octobre 1963. Il expli­qua dans l’aula conci­liaire pour­quoi la créa­tion d’un patriar­cat ukrai­nien était la condi­tion de la pré­ser­va­tion de l’unité et de l’existence même de l’Église catho­lique ukrai­nienne. Sa demande fut saluée par l’acclamation des pères conciliaires.

Le car­di­nal ukrai­nien ne pouvait-​il être opti­miste au moins sur ce point ? En effet, le Concile, dans son décret « Orientalium eccle­sia­rum », se mon­tre­rait large sur les droits des Eglises d’Orient, les enga­ge­rait à reve­nir à leurs tra­di­tions ances­trales[19] et se décla­re­rait ouvert à la créa­tion de nou­veaux patriar­cats[20].

Il est assez facile de com­prendre le poids immense qu’une telle déci­sion aurait eu pour sou­te­nir et for­ti­fier la popu­la­tion ukrai­nienne fidèle, celle des cata­combes, comme celle de la diaspora.

Le métro­po­lite ukrai­nien ne se trom­pait certes pas en deman­dant la créa­tion de ce patriar­cat. Aucun signe de Rome n’eût pu mieux signi­fier aux catho­liques ukrai­niens la pro­tec­tion et la sol­li­ci­tude du Pape à leur égard. Et nul, mieux que le car­di­nal Slipyj, n’eût été à même d’en être le pre­mier patriarche, auréo­lé qu’il était de ses années de cou­rage et de mar­tyre. Mais, on le com­pren­dra aisé­ment aucune déci­sion n’eût pu davan­tage pro­vo­quer la colère des bol­che­viques. Prisonnier de son Ostpolitik malé­fique, com­ment le pape Paul VI aurait pu accep­ter une telle proposition ?

On assis­ta alors à un duel tra­gique entre le car­di­nal ukrai­nien lut­tant pour la sur­vie d’un peuple et d’une Église qui avaient pla­cé en lui toute leur espé­rance et un pape qui reje­ta obs­ti­né­ment ses sup­pli­ca­tions pour ne pas déplaire à l’ogre athée. Nous ne pou­vons retra­cer tous les épi­sodes de ce dia­logue deve­nu public, et qui n’aboutira jamais. Citons cepen­dant l’intervention du car­di­nal Slipyj au Synode mon­dial des évêques catho­liques tenu à Rome en octobre 1971. En pré­sence du pape régnant, il accu­sa l’inaction de Rome : « (…) les six mil­lions de fidèles ukrai­niens qui ont souf­fert la per­sé­cu­tion reli­gieuse ont été négli­gés. Quand le patriarche mos­co­vite Pimen, en un synode élec­tif a décla­ré que l’union de Brest-​Litovsk était dénon­cée, aucun des délé­gués du Vatican pré­sents n’a pro­tes­té. La pro­po­si­tion au concile Vatican II de l’institution d’un patriar­cat ukrai­nien n’a pas été rete­nue (…). Trois de nos dio­cèses en Pologne sont res­tés sans évêque pen­dant trente ans. Il n’y a même pas été nom­mé un évêque auxi­liaire (…) »[21].

La liste des griefs était longue et acca­blante. En 1972, l’association sacer­do­tale de Saint-​André, favo­rable au car­di­nal Slipyj, écri­vait à Paul VI : « Comment pouvons-​nous, prêtres, expli­quer à nos parois­siens que le Vatican néglige tous les droits de notre Église et lui dénie la pos­si­bi­li­té de s’administrer elle-​même ? (…) Nous ne pou­vons conti­nuer à nous taire, quand le Vatican, non seule­ment ne défend pas notre Église en Ukraine, mais selon les dési­rs de Moscou, inau­gure une poli­tique envers l’Église catho­lique ukrai­nienne dans le monde libre qui peut abou­tir à la sup­pres­sion totale de notre Église. Ainsi serait atteint par le Vatican, l’objectif auquel ni les tyrans de Russie, ni les com­mu­nistes mos­co­vites n’étaient jamais par­ve­nus. »[22] On ne peut que com­prendre et approu­ver l’indignation de ces prêtres …

On aura noté la men­tion de ces trois dio­cèses polo­nais de la dia­spo­ra ukrai­nienne. Un autre dio­cèse, celui de Priasiv, en Tchécoslovaquie[23] est éga­le­ment men­tion­né comme per­du pour le rite ukrai­nien. Combien d’évêques manquent en réa­li­té cruel­le­ment à leurs fidèles et ne sont pas rem­pla­cés pour ne pas nuire à l’Ostpolitik … Les faits sont là : refus du patriar­cat et consé­cra­tions épis­co­pales inter­dites… Sera-​ce la fin de l’Église ukrai­nienne ? Rayée offi­ciel­le­ment de la carte par le pou­voir com­mu­niste en 1946, devra-​t-​elle à Rome de devoir main­te­nant dis­pa­raître aus­si de la clan­des­ti­ni­té ? Sont-​ils morts pour rien tous ces catho­liques ukrai­niens, fidèles, reli­gieux, reli­gieuses, prêtres, évêques, tor­tu­rés dans les goulags ?

Du patriarcat au consécrations épiscopales du 2 avril 1977

1) Le « patriarche » Slipyj

En 1975, le car­di­nal Slipyj a 83 ans. C’est, semble-​t-​il, cette année-​là qu’il ajou­te­ra pour la pre­mière fois le titre de « patriarche » à sa signa­ture au bas de sa lettre pas­to­rale de Pâques. Mais Paul VI n’avait pas nom­mé Slipyj patriarche et ne vou­lait pas lui don­ner ce titre. Il le lui avait dit et redit, écrit et réécrit. Il l’avait d’ailleurs nom­mé arche­vêque majeur dès le 23 décembre 1963… Mais pas celui de patriarche ! Qu’est-ce qui pous­sa donc l’exemplaire pré­lat à cette appa­rente déso­béis­sance ? Sans doute, la voix una­nime de son peuple le saluant et l’acclamant sous ce titre… Plus encore, les évêques s’unissant au laï­cat pour s’adresser à lui sous la forme « Votre Béatitude, notre patriarche »… Sans comp­ter les paroles des éru­dits sou­li­gnant que « les patriarches ont été pro­mus à par­tir du bas et non éta­blis par aucun décret venant du haut tel que décret de concile oecu­mé­nique ou du pape. L’origine des patriarches est à cher­cher dans un droit pres­crip­tif ou dans l’usance, sim­ple­ment rati­fié par le concile ou recon­nu par les papes… »[24]. Floridi affirme, quant à lui, qu’« en deman­dant la recon­nais­sance de ce patriar­cat, le car­di­nal ne deman­dait aucun pri­vi­lège mais la réa­li­sa­tion des pro­messes de Rome à son Église à l’union de Brest-​Litovsk.[25] »

Et cet auteur note encore avec une pro­fon­deur pro­phé­tique : « Le docu­ment [la lettre pas­to­rale de Pâques 1975] contre­si­gné par les repré­sen­tants de l’épiscopat ukrai­nien mar­quait pour son Église le début d’une ère nou­velle »[26]. Paul VI rap­pe­la alors au car­di­nal le 5 mai 1975 et par écrit le 24 mai que « du moins pour le moment », il n’entendait pas recon­naître le patriar­cat. Mais les accla­ma­tions pour « le Patriarche Joseph pre­mier de Galice et Kiev » conti­nuèrent à reten­tir au cours des céré­mo­nies solen­nelles célé­brées pour l’évêque ukrai­nien jusque dans la basi­lique Saint-​Pierre. Et le héros du gou­lag, le fils obéis­sant de l’Église, conti­nue­ra cepen­dant à arbo­rer ce titre…

Le conflit deve­nu ouvert entre Paul VI et le pré­lat ukrai­nien du gou­lag ne ces­se­ra pas, comme le mani­feste une allo­cu­tion du Pape du 13 décembre 1976 au car­di­nal Slipyj et à six autres évêques ukrai­niens. Paul VI y évoque le malaise des catho­liques ukrai­niens devant son refus d’accorder le patriar­cat deman­dé par leur métro­po­lite et ardem­ment dési­ré par tout leur peuple. Il avance pour jus­ti­fier sa posi­tion la for­mule vague, insa­tis­fai­sante et ter­ri­ble­ment élo­quente en même temps que « des cir­cons­tances indé­pen­dantes de ce Siège apos­to­lique empêchent vrai­ment d’accéder à une requête maintes fois pré­sen­tée »[27].

Tous ceux qui l’ont connu, amis comme enne­mis, savaient que, pour expli­quer la conduite du car­di­nal Slipyj, s’il y avait bien un motif à exclure, c’était celui de l’ambition… D’ailleurs, qu’aurait-il eu à gagner ? Sa gloire était d’un autre ordre, immense et défi­ni­tive devant l’Église : celle d’un confes­seur de la foi et d’un mar­tyr. Il avait plu­tôt, selon les canons humains, tout à perdre, en étant trai­té à 83 ans comme un déso­béis­sant et un rebelle…

Non, conjec­tu­rons que le car­di­nal Slipyj ait finit par consen­tir à appo­ser ce titre à sa signa­ture et à se lais­ser accla­mer de la sorte pour mani­fes­ter à son peuple que, non­obs­tant le refus de Paul VI, il serait pour son peuple aimé ce patriarche et agi­rait à ce titre pour la sur­vie de l’Église ukrai­nienne. Et que, patriarche, il pour­rait confir­mer les évêques qu’il aurait choi­sis[28]. C’était le gage qu’il don­nait aux catho­liques ukrai­niens de sa déter­mi­na­tion à aller jusqu’au bout de tout ce qu’il pour­rait faire pour eux. Et c’est ce qui l’amenait à entrer en oppo­si­tion avec le suc­ces­seur de Pierre. Werenfried nous dit que « la polé­mique concer­nant le patriar­cat fut la souf­france la plus amère de son exil ». Il allait signer son tes­ta­ment ‘ l’humble Josyf patriarche et car­di­nal ’ mais il ne fut jamais recon­nu comme tel pour des rai­sons qu’il jugea trop humaines et indignes »[29].

Dans cette pers­pec­tive, com­ment Slipyj n’aurait-il pas d’abord et avant tout été pré­oc­cu­pé par le défi­cit criant d’évêques ukrai­niens en Ukraine et dans toutes les régions de la dia­spo­ra ukrai­nienne situées der­rière le rideau de fer ? Mieux que per­sonne, il connais­sait la situa­tion. Il savait bien que si la per­sé­cu­tion avait dimi­nué après 1956, quand fut libé­rée la majeure par­tie des gréco-​catholiques arrê­tés, tous les évêques étaient res­tés en pri­son[30]. Il avait par ailleurs l’habitude, sous Pie XII, des consé­cra­tions épis­co­pales clan­des­tines, dési­rées, deman­dées et approu­vées par le Pape. Juste avant de quit­ter l’URSS, il consa­cra encore dans sa chambre d’hôtel mon­sei­gneur Vasyl Velychkovsky.

Voilà qui nous amène, à preuve du contraire, à la com­pré­hen­sion de la déci­sion que prit le car­di­nal Slipyj des consé­cra­tions épis­co­pales clan­des­tines du 2 avril 1977.

2) Les consécrations épiscopales du 2 avril 1977

Le 2 avril 1977, le car­di­nal Slipyj don­nait la consé­cra­tion épis­co­pale[31] dans la clan­des­ti­ni­té à trois prêtres : Ivan Choma, Lioubomyr Housar et Stean Lzmil. Les sacres eurent lieu sans auto­ri­sa­tion pon­ti­fi­cale dans le monas­tère stu­dite à Grottaferatta près de Castel Gandolfo. Ces sacres eurent lieu dans un secret qui devait être faci­li­té parce que l’un des trois prêtres consa­crés, Lioubomyr Houzar, était deve­nu en 1974 l’hégoumène du monas­tère stu­dite Saint-​Théodore où devaient avoir lieu les consécrations.

Monseigneur Housar racon­te­ra : « Ce fut une céré­mo­nie très simple, presque silen­cieuse, dans la cha­pelle du monas­tère. Le Cardinal était très solen­nel. Il nous dit que nous ne devions pas por­ter les insignes épis­co­paux en public, que nous étions des évêques pour l’avenir, pour le moment où l’Ukraine serait libre. Il nous a sacrés non pour les hon­neurs, mais pour assu­rer la succession ».

Évidemment, de telles cir­cons­tances demandent à être expli­quées à leur tour : com­ment le car­di­nal Slipyj en a‑t-​il pu arri­ver à sacrer des évêques sans l’accord du pape et alors même qu’il rési­dait au Vatican et qu’il lui était si facile de le lui deman­der ?[32]

Il est rai­son­nable de pen­ser que le car­di­nal Slipyj n’ait pro­cé­dé de la sorte que pour deux rai­sons conju­guées. La pre­mière est qu’il s’estimait pous­sé par une très grave néces­si­té et la seconde qu’il n’obtiendrait pas de Paul VI l’autorisation de ces sacres qu’il envi­sa­geait et/​ou qu’il n’était pas tenu de les lui demander.

La néces­si­té était celle de la situa­tion de son Église ukrai­nienne. Il en était le patriarche sinon de droit, du moins de fait. À l’âge qui est le sien (85 ans), il se pré­oc­cupe de l’avenir de son Église. Pour que cette Église conti­nue, il faut des évêques. Or les évêques ukrai­niens sont morts, empri­son­nés, exi­lés ou tra­qués. Il faut des évêques et des évêques sûrs. Slipyj connaît ceux à qui il veut confé­rer l’épiscopat. Mais leurs noms, sou­mis au juge­ment de Paul VI, eussent-​ils été agréés ? Que redou­tait Slipyj ? Qu’interdiction lui soit faite de toute consé­cra­tion épis­co­pale ou bien de celle de ces trois-​là qu’il consi­dé­rait comme des fils spi­ri­tuels de son esprit et de sa trempe ? Nous ne savons pas mais nous consta­tons qu’il ne prit pas le risque d’essuyer un refus.

3) À propos de la justification des sacres du cardinal Slipyj

Selon le Code de 1983, la consé­cra­tion d’un évêque sans man­dat pon­ti­fi­cal fait encou­rir à l’évêque consé­cra­teur et aux prêtres consa­crés une excom­mu­ni­ca­tion latæ sen­ten­tiæ[33]. Cependant, les consé­cra­tions ont eu lieu avant la paru­tion du Code de 1983 et le Code de 1917 demeure encore en vigueur. Or, selon le Code de 1917, la peine pour une telle consé­cra­tion n’entraîne pour ce motif que la sus­pens a divi­nis[34]. Mais, en réa­li­té, même si le Code de 1983 n’est pas encore paru, Pie XII a aggra­vé la peine pour ce délit à l’occasion des consé­cra­tions épis­co­pales dans l’Église patrio­tique chi­noise dès 1951[35]. Le car­di­nal Slipyj n’aurait-il donc pas dû être excommunié ?

Il ne l’a pas été alors que la divul­ga­tion de ces sacres ne tar­da guère puisque l’un des trois évêques, Stefan Czmil, décé­da le 22 jan­vier 1978. Le car­di­nal Slipyj le fera revê­tir de ses insignes épis­co­paux pour ses funé­railles. Le len­de­main de sa mort, son sacre secret était révé­lé. Pourquoi donc le pré­lat consé­cra­teur et les prêtres consa­crés évêques n’ont-ils pas été excom­mu­niés à la révé­la­tion de cet acte qui, pour le car­di­nal Slipyj, venait s’ajouter à l’usurpation de son titre de patriarche ? Proposons quelques expli­ca­tions canoniques :

Le métro­po­lite Slipyj était car­di­nal. Mais le canon 2227§2 du Code de 1917 dit qu’ « à moins d’être expres­sé­ment nom­més, les car­di­naux ne sont com­pris sous aucune loi pénale (…) ». Or le canon 2370 sanc­tion­nant la consé­cra­tion épis­co­pale sans man­dat pon­ti­fi­cal ne men­tionne pas expres­sé­ment les car­di­naux comme étant aus­si concer­nés par ce canon. Donc les car­di­naux pour­raient cano­ni­que­ment pro­cé­der à des consé­cra­tions épis­co­pales sans man­dat pon­ti­fi­cal et sans encou­rir de sanc­tions…[36] Cependant, cela ne vaut plus dans le Code de 1983 où ne se trouve pas l’équivalent du canon 2227§2. A notre connais­sance, en 1977, le canon 2227§2 gar­dait cepen­dant encore force de loi.

Sans doute, celui qui appo­sait désor­mais à son nom le titre de patriarche pou­vait éga­le­ment peut-​être esti­mer jouir du droit patriar­cal de l’institution cano­nique des évêques. On peut l’estimer à la lec­ture de ce pas­sage d’une lettre qu’il écri­vit à Paul VI après ces sacres, non pour s’en excu­ser mais pour les légi­ti­mer : « Votre Sainteté, en tant que patriarche et suc­ces­seur de l’apôtre André, je ne puis lais­ser mon Église mou­rir sans suc­ces­seurs légi­times. Les per­sé­cu­tions sovié­tiques et les hési­ta­tions de la Curie m’obligent à agir pour la sur­vie de la foi ukrai­nienne. Si Rome ne com­prend pas aujourd’hui, que son suc­ces­seur le fasse demain ». Et il a écrit dans ses mémoires : « J’ai agi avec humi­li­té filiale, mais avec cha­ri­té. L’Église ukrai­nienne, per­sé­cu­tée depuis trente ans, mérite sa hié­rar­chie. Paul VI, saint homme, tolé­rait mes plaintes, mais la poli­tique pri­mait. Ces ordi­na­tions sont un cri pour l’autonomie orientale ».

Ces paroles sont déci­sives. Sa Béatitude Slipyj n’hésite pas, dans la lettre même qu’il écrit à Paul VI, à se pré­sen­ter à lui comme patriarche. C’est à ce titre qu’il a agi « pour la sur­vie de la foi ukrai­nienne ». Et nous devons nous sou­ve­nir ici que, s’il est fort utile de se réfé­rer aux canons de l’Église latine pour éva­luer la ques­tion des consé­cra­tions épis­co­pales du 2 avril 1977, il nous faut avoir à l’esprit que, selon le canon 1 du Code de 1917, « quoiqu’il fasse sou­vent état de la dis­ci­pline de l’Église orien­tale, le Code ne régit cepen­dant que l’Église latine, et il n’oblige pas l’Église d’Orient, à moins qu’il ne s’agisse de dis­po­si­tions l’atteignant par leur nature même »[37].

Or, par­mi les Églises orien­tales unies, se trouve l’Église de rite ukrai­nien. La ques­tion qui se pose est donc de savoir si les dis­po­si­tions cano­niques en vigueur dans l’Église latine à pro­pos des consé­cra­tions épis­co­pales valent aus­si pour les Églises orien­tales. Nous ne le pen­sons pas, à l’examen de la liste des excep­tions que Naz énu­mère dans son « Traité de droit cano­nique », « excep­tions fon­dées sur la nature des choses »[38] et « en ver­tu des­quelles les Eglises d’Orient sont obli­gées par celles des lois de l’Eglise latine ». Toutefois, il est vrai que la situa­tion des Orientaux se trou­vant hors de leur ter­ri­toire, comme celle du car­di­nal Slipyj pré­sent en Italie pour ces consé­cra­tions épis­co­pales, est elle-​même particulière.

On ne peut vrai­ment se réfé­rer au « Codex cano­num Ecclesiarum Orientalium » (CCEO) car ce Code, qui est le recueil de droit cano­nique spé­ci­fique aux Églises catho­liques orien­tales, n’est lui-​même en vigueur que depuis le 1er octobre 1991. Néanmoins, il nous donne cer­tai­ne­ment une sérieuse idée de la légis­la­tion anté­rieure. Or, on y lit en par­ti­cu­lier au canon 745 que « l’ordination épis­co­pale est réser­vée selon le droit au Pontife romain, au Patriarche ou au Métropolite de telle sorte qu’il n’est per­mis à aucun évêque d’ordonner quelqu’un évêque, à moins que ne soit d’abord éta­bli l’existence d’un man­dat légitime ».

Au canon 1459 que « les évêques qui admi­nistrent l’ordination épis­co­pale à quelqu’un sans le man­dat de l’autorité com­pé­tente, et celui qui par ceux-​ci obtient de cette façon l’ordination, seront punis de l’excommunication majeure ».

Au canon 86§2 que « le droit lui-​même donne au Patriarche la facul­té d’ordonner et d’introniser les Métropolites et tous les autres évêques de l’Église à la tête de laquelle il est, qui sont ins­ti­tuées par le Pontife romain en dehors des limites du ter­ri­toire de cette même Église, sauf autre dis­po­si­tion expresse dans un cas spé­cial ». Le para­graphe 3 de ce même canon nous pré­cise que « le siège apos­to­lique sera infor­mé au plus tôt de l’ordination épis­co­pale et de l’intronisation ». Quant au canon 152, il pré­cise que tout ce que le droit com­mun dit des patriarches vaut éga­le­ment pour les arche­vêques majeurs « à moins qu’une autre dis­po­si­tion ne soit expres­sé­ment éta­blie par le droit com­mun ou ne résulte de la nature des choses ».

Nous croyons que ces canons nous donnent une bonne idée des dis­po­si­tions cano­niques qui exis­taient déjà avant la paru­tion du Code, et donc en 1977. Il nous faut par ailleurs men­tion­ner cet extrait des « Mémoires » du car­di­nal Slipyj. Il se réfère à saint Pie X et aux pou­voirs que ce pape avait don­nés à son pré­dé­ces­seur, le métro­po­lite Szeptyckyj : « Rome ne com­prend pas que notre Église est une Église mar­tyre qui ne peut attendre les déci­sions admi­nis­tra­tives d’une Curie qui ignore nos réa­li­tés. J’ai agi en ver­tu des pou­voirs que le métro­po­lite André [Szeptyckyj] avait reçu du Pape Pie X, pou­voirs qui n’ont jamais été révo­qués pour une Église en situa­tion de per­sé­cu­tion totale. »[39] Cette réflexion est évi­dem­ment capi­tale pour syn­thé­ti­ser l’état d’esprit du héros ukrai­nien lorsqu’il pro­cé­da à ces consécrations.

Mais, s’il a seule­ment agi en ver­tu de ces pou­voirs, quelle a été la cause du mécon­ten­te­ment de la Curie ? Pourquoi a‑t-​il fal­lu attendre 1992 pour que les deux évêques sur­vi­vants soient offi­ciel­le­ment recon­nus comme évêques ? Nous opi­nons que ces pou­voirs don­nés par saint Pie X, consi­dé­rés selon la lettre mais non selon l’esprit, avaient été consen­tis au pro­fit des métro­po­lites ukrai­niens cher­chant, sur les ter­ri­toires où sévis­sait la per­sé­cu­tion, à assu­rer la trans­mis­sion épis­co­pale. Mais le car­di­nal Slipyj n’était jus­te­ment pas en Ukraine et il pou­vait phy­si­que­ment s’adresser à Paul VI… Le Code des Églises Orientales dira d’ailleurs au canon 78§2 que « le pou­voir du Patriarche peut s’exercer vali­de­ment dans les limites du ter­ri­toire de l’Eglise patriar­cale seule­ment, à moins qu’il ne s’avère autre­ment de la nature de la chose ou du droit com­mun ou du droit par­ti­cu­lier approu­vé par le Pontife romain. » Et cette dis­po­si­tion cano­nique exis­tait cer­tai­ne­ment déjà avant la pro­mul­ga­tion de ce Code.

La dif­fi­cul­té rési­dait en ce que Paul VI n’était pas dis­po­sé, en rai­son de sa poli­tique à l’égard de Moscou, à don­ner l’autorisation de consa­crer des évêques pour des dio­cèses situés der­rière le rideau de fer. Une telle déci­sion eût mis un terme à son « Ostpolitik ». Et, encore moins, serait-​il entré dans ce qui était sans doute le rai­son­ne­ment du car­di­nal Slipyj : consa­crer des évêques dans le secret pour entrer clan­des­ti­ne­ment sur les terres de la per­sé­cu­tion afin de revi­vi­fier la vie sacra­men­telle : ordi­na­tions au sacer­doce et à l’épiscopat. Il ne le vou­lait pas !

Et l’on arrive ici à la ques­tion cru­ciale : le métro­po­lite majeur Slipyj a réel­le­ment consa­cré trois évêques, le 2 avril 1977, contre la volon­té connue de lui du pape Paul VI qu’il pro­cède à des consé­cra­tions épis­co­pales pour l’Église ukrai­nienne per­sé­cu­tée et pri­vée de ses évêques.

Certes, il n’a pas agi contre le consen­te­ment expli­cite du Pape puisqu’il n’a même pas ten­té de lui deman­der l’autorisation de ces consé­cra­tions. Mais s’il ne l’a pas deman­dée, c’est qu’il savait qu’il ne rece­vrait pas cette auto­ri­sa­tion. Sinon, pour­quoi consa­crer en secret ? Il a donc consa­cré avec la per­sua­sion inté­rieure du refus que le Pape oppo­se­rait à ces sacres accom­plis presque sous son nez. Il s’agit donc bien de sacres accom­plis vrai­ment non seule­ment sans man­dat pon­ti­fi­cal mais contre le consen­te­ment du Pape. Que ce consen­te­ment n’ait pas été expli­ci­té accroît plu­tôt la gra­vi­té de ces sacres puisque l’évêque ukrai­nien était tel­le­ment cer­tain du refus du Pape qu’il n’a même pas fait l’effort de demander.

Un tel com­por­te­ment, fût-​il celui d’un car­di­nal, d’un patriarche, d’un confes­seur de la foi et d’un mar­tyr, serait cer­tai­ne­ment jugé comme un acte schis­ma­tique[40] aux yeux de beau­coup de ceux qui ont sanc­tion­né les consé­cra­tions épis­co­pales du 30 juin 1988 ou de celles qui sont pro­je­tées pour le 1er juillet 2026. Or aucune sanc­tion ne fut por­tée contre le car­di­nal Slipyj. Ni lui ni les évêques consa­crés par lui n’ont été flé­tris comme schismatiques.

À la mort du car­di­nal Slipyj, le 7 sep­tembre 1984, le pape Jean-​Paul II a pro­non­cé des éloges appuyés sur le mérite, la ver­tu, la fer­me­té du car­di­nal[41]. L’un des trois évêques sacrés, Stefan Czmil, est décé­dé le 22 jan­vier 1978. Les deux autres, Ivan Choma et Lioubomyr Houssar, n’ont, il est vrai, été recon­nus offi­ciel­le­ment comme évêques par Jean-​Paul II qu’en 1992. Cependant, l’un et l’autre, avant 1992, ont tous les deux exer­cé des fonc­tions minis­té­rielles impor­tantes et Lioubomyr Houssar sera même créé car­di­nal lors du Consistoire du 21 février 2001 (en même temps qu’un cer­tain Bergoglio). À ce jour, les causes de béa­ti­fi­ca­tion de Stefan Ezmil et Lioubomyr Houssar ont été intro­duites… Pour des évêques sacrés sans man­dat ! Et le car­di­nal Slipyj est lui-​même déjà « Serviteur de Dieu ».

Il nous manque encore une docu­men­ta­tion pour par­ve­nir à des cer­ti­tudes. On sait que la nou­velle de ces consé­cra­tions épis­co­pales secrètes pro­vo­qua au Vatican une forte com­mo­tion. Non seule­ment Slipyj « usur­pait » le titre de Patriarche et, pour ce pre­mier délit, méri­tait d’être sanc­tion­né comme le pré­voit le canon 1301[42]. Mais, par ces consé­cra­tions épis­co­pales, il agis­sait comme n’eussent même pas eu le droit de les faire des patriarches, en consa­crant contre la volon­té du pape ! Pourquoi Paul VI n’a‑t-il sanc­tion­né per­sonne ? On pour­rait lon­gue­ment conjec­tu­rer… il est sage de ne se pro­non­cer qu’après avoir eu accès aux archives qui révè­le­ront le der­nier mot de cette affaire captivante.

A cette heure, nous nous conten­tons de dire :

  1. Que si Paul VI ne sanc­tion­na pas, ce n’est sûre­ment pas parce qu’il fut alors convain­cu du titre patriar­cal de Slipyj, titre qui ne lui sera accor­dé ni par lui-​même, ni par Jean-​Paul II.
  2. Que, peut-​être, son car­di­na­lat, ain­si que nous l’avons sug­gé­ré, ne lui per­met­tait pas de le sanc­tion­ner pour ces consé­cra­tions épiscopales.
  3. Que, sans doute, l’immense pres­tige dont était auréo­lé Slipyj aurait ren­du odieuse toute sanction.
  4. Qu’en réa­li­té, il était aus­si absurde de sus­pec­ter de volon­té schis­ma­tique le car­di­nal Slipyj, qui n’avait d’ailleurs que vou­lu consti­tuer « une réserve épis­co­pale » sans octroyer quelque juri­dic­tion que ce soit aux trois évêques.
  5. Que, cepen­dant, si une consé­cra­tion épis­co­pale sans man­dat pon­ti­fi­cal et contre le consen­te­ment cer­tain du pape eût été schis­ma­tique, Paul VI n’aurait pu faire autre­ment que d’agir en consé­quence. S’il ne l’a pas fait, c’est que cette cer­ti­tude n’existait donc pas.

4) Un précédent aux sacres dans la FSSPX

Toute res­sem­blance avec une autre situa­tion, celle des sacres dans la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, ceux de 1988 comme ceux qui sont annon­cés pour le 1er juillet 2026, s’impose.

Il s’agit de consé­cra­tions épis­co­pales sans man­dat apos­to­lique aux­quelles ont pro­cé­dé des princes pres­ti­gieux de l’Église pour les­quels Pie XII avait la plus grande estime. Ils s’y résignent, après des années, à peu près au même âge, convain­cus de la néces­si­té grave qu’il y a à pal­lier une carence de Rome. Ils ne s’arrogent pas la facul­té schis­ma­tique de confé­rer une juri­dic­tion aux évêques qu’ils consacrent mais ils consacrent contre la volon­té expli­cite dans un cas, impli­cite dans l’autre, du pape.

Mais d’importantes dis­si­mi­li­tudes existent aus­si entre ces consé­cra­tions qui paraissent ou aggra­ver ou atté­nuer leur gra­vi­té « aux yeux de Rome » (nous disons bien « aux yeux de Rome »).

Les cir­cons­tances qui aggravent les consé­cra­tions du 2 avril 1977 sont en particulier :

  1. qu’elles ont eu lieu en secret et presque sous les yeux du pape.
  2. Que le car­di­nal Slipyj n’a même pas fait l’effort d’obtenir l’autorisation de Rome.
  3. Qu’il s’était aupa­ra­vant arro­gé le titre de patriarche de l’Église ukrai­nienne en dépit du refus répé­té et public de Paul VI.
  4. Que Paul VI contes­tait la néces­si­té invo­quée par le car­di­nal Slipyj.

Celles qui l’atténuent sont :

  1. que le car­di­nal Slipyj s’était mani­fes­té au Concile en faveur de la liber­té reli­gieuse[43].
  2. Que, bien qu’il fût un sym­bole vivant de l’anticommuniste « et qu’il fît par­tie des pré­lats qui, ayant, assis­té en 1967 à la messe nor­ma­trice de Bugnini »[44] en furent scan­da­li­sés, n’avait cepen­dant pas rejoint l’opposition décla­rée de mon­sei­gneur Lefebvre au Concile.

Dans la réa­li­té, et cette fois-​ci non plus « aux yeux de Rome », les consé­cra­tions épis­co­pales de 1988 et de 2026 nous paraissent encore plus fon­dées que celle de 1977 car elles sont basées non pas seule­ment sur la seule néces­si­té de l’Église ukrai­nienne mais sur celle de l’Église uni­ver­selle. Cependant, le pré­cé­dent de 1977, qui ne fut pas invo­qué en 1988 parce qu’il n’était pas connu, est remar­qua­ble­ment inté­res­sant. On peut certes mul­ti­plier les consi­dé­ra­tions théo­lo­giques et cano­niques… Mais cepen­dant, « contra fac­tum, non fit argu­men­tum » : si le simple fait de consa­crer des évêques sans man­dat pon­ti­fi­cal et contre la volon­té du pape en 1977 n’a pas été condam­né comme schis­ma­tique, c’est qu’il ne l’est pas en lui-​même et par lui-même.

Il ne l’était donc tou­jours pas en 1988 et ne le sera pas en 2026. Souhaitons donc aux évêques consé­cra­teurs et aux futurs évêques, dans une Église qui aura retrou­vé sa Tradition, le car­di­na­lat et des béatifications !

Confions ces consé­cra­tions épis­co­pales au Cœur Douloureux et Immaculé de Marie.

RP Joseph d’Avallon, OFM cap.

BIBLIOGRAPHIE :
- Code de droit cano­nique de 1917.
- Code de droit cano­nique de 1983.
- Code des canons des Églises orien­tales, 1991
- Documentation Catholique, dif­fé­rents numé­ros.
- Vatican II, docu­ments du Concile.
- Aide à l’Eglise en détresse, « Josyf car­di­nal Slipyj, une imi­ta­tion du Christ », numé­ro spé­cial du
bul­le­tin pério­dique tri­mes­triel, n°2 de mars 1985.
- Paul Dreyfus, Jean XXIII, éd. Fayard, 1979.
- Ulisse Floridi, Moscou et le Vatican, éd. France-​Empire, 1979.
- Peter Kwasniewski, « Ordinations clan­des­tines contre le droit ecclé­sias­tiques : leçons du car­di­nal
Wojtyla et du car­di­nal Slipyj », https://​one​pe​ter​five​.com, 10 février 2026.
- Roberto de Mattei, Vatican II : l’histoire qu’il fal­lait écrire, éd. Contretemps, 2025.
- Stephen Oleskiw, His Beatitude Patriarch Slipyj Confessor of the Faith (1892–1984),
Londres, Service cen­tral d’information ukrai­nien, 1984.
- Josyf Slipyj, « Testament de Sa Béatitude le Patriarche Josyf Slipyj ».
- Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, éd. Clovis, 2002
- Wikipédia, article « Cardinal Slipyj ».

Source : FSSPX Actualités. Photo : Wikimedia Commons — pho­to Pkravchenko — CC BY-​SA 3.0 /​GFDL 1.2+

Notes de bas de page
  1. Voir par exemple « Saint Thomas et la science théologique-​philosophique en Orient », « Angelicum » 46, 1969 , fasc. 1–2.[]
  2. « Josyf car­di­nal Slipyj, une imi­ta­tion du Christ », numé­ro spé­cial du bul­le­tin pério­dique de mars 1985 de « Aide
    à l’Eglise en détresse », p.5.[]
  3. Ibidem.[]
  4. Ibidem, p.6.[]
  5. En réa­li­té, d’après les « Mémoires » du car­di­nal Slipyj, ce ne fut pas le patriar­cat de Moscou qui lui fut pro­po­sé mais la métro­pole de Kiev.[]
  6. Ibidem, p. 7.[]
  7. « Moscou et le Vatican », Ulisse Floridi, éd. France-​Empire, 1979.[]
  8. Voir en par­ti­cu­lier le livre de Roberto de Mattei, Vatican II : l’histoire qu’il fal­lait écrire, éd. Contretemps, 2025.[]
  9. Henri Fesquet, Le jour­nal du Concile, éd. Robert Morel ‚1966, p. 682.[]
  10. Le mot « uniate » est en réa­li­té un terme à conno­ta­tion très péjo­ra­tive et il vaut mieux par­ler de « gréco- catho­lique ».[]
  11. En réa­li­té il y avait un autre sur­vi­vant, mon­sei­gneur Hopko.[]
  12. Vatican II : l’histoire qu’il fal­lait écrire, Roberto de Mattei, éd. Contretemps, 2025. p. 217–218.[]
  13. Moscou et le Vatican, Ulisse Floridi, éd. France-​Empire, 1979, p. 291. A noter cepen­dant que le car­di­nal Slipyj mani­feste dans son « Testament » une pro­fonde gra­ti­tude envers Jean XXIII. Peut-​être n’avait-il pas com­pris que ce pape était par­tie pre­nante dans l’Ostpolitik…[]
  14. Jean XXIII, Paul Dreyfus, éd. Fayard, 1979, p. 368.[]
  15. Testament du car­di­nal Slipyj signé le 22 décembre 1981 (jour de l’Immaculée Conception selon le calen­drier Julien).[]
  16. C’est ce qu’a écrit le père Werenfried van Straaten, fon­da­teur d’Aide à l’Église en détresse et ami per­son­nel du car­di­nal Slipyj : « Il a ter­ri­ble­ment souf­fert à Rome, davan­tage encore qu’en Sibérie, comme il me l’a dit ».[]
  17. Testament du car­di­nal Slipyj.[]
  18. Floridi, ibi­dem, p. 281.[]
  19. Vatican II, Décret « Orientalium eccle­sia­rum” du 21 novembre 1964, §6.[]
  20. Ibidem, § 11.[]
  21. Cité par Floridi dans Moscou et le Vatican, p. 321–322.[]
  22. Ibidem, p. 325–326.[]
  23. Ibidem, p. 322.[]
  24. Floridi, p. 327.[]
  25. Ibidem, p. 294. Au sujet de l’union de Brest-​Litovsk, on peu en lire le beau récit dans l’encyclique « Orientales omnes » du 23 décembre 1945 du pape Pie XII.[]
  26. Ibidem, p. 327.[]
  27. Documentation Catholique, n° 1711 du 2 jan­vier 1997, p. 9.[]
  28. L’union de Brest-​Litovsk sta­tuait que le métro­po­lite ruthène se voyait délé­guer de manière per­ma­nente par le Pape le droit de choi­sir et de sacrer des évêques.[]
  29. « Josyf car­di­nal Slipyj, une imi­ta­tion du Christ », Aide à l’Église en détresse, p. 10.[]
  30. Floridi, ibi­dem, p. 339.[]
  31. Il était assis­té par mon­sei­gneur Ivan Prasko et mon­sei­gneur Isidore Borecky.[]
  32. Certains ont sou­te­nu que Paul VI était au cou­rant. Nous ne le savons pas. Il est vrai que le Vatican est tou­jours bien infor­mé. Quoiqu’il en soit, ce ne fut pas par le car­di­nal Slipyj que le Pape l’apprit et la suite montre que le silence qu’il aurait alors gar­dé ne pou­vait être inter­pré­té comme un accord. Même en admet­tant cette hypo­thèse, nous ne voyons pas ce qu’elle pour­rait modi­fier de sub­stan­tiel à nos conclu­sions.[]
  33. C’était sti­pu­lé par le canon 1382 mais c’est désor­mais le canon 1387 depuis la consti­tu­tion apos­to­lique Pascite gre­gem Dei du 23 mai 2021.[]
  34. Code de 1917, canon 2370.[]
  35. NDLR : Décret du pape Pie XII du 9 avril 1951 (AAS 1951, p. 217–218), « Episcopus, cuius­vis ritus vel digni­ta­tis, ali­quem, neque ab Apostolica Sede nomi­na­tum neque ab Eadem expresse confir­ma­tum,… », « Un évêque, de quelque rite ou digni­té qu’il soit, qui consa­cre­rait quelqu’un n’ayant été ni nom­mé par le Siège apos­to­lique ni expres­sé­ment confir­mé par lui… »[]
  36. C’est ce que dit Naz, Traité de Droit cano­nique, éd. Librairie Letouzey & Ané, 1948, tome IV, n° 1259.[]
  37. Le canon 1 du Code de 1983 sera beau­coup plus caté­go­rique encore : « Les canons du pré­sent Code concernent seule­ment l’Église latine ».[]
  38. Naz, Traité de Droit cano­nique, Livre 1, §70, p.68.[]
  39. Cardinal Slipyj, « Mémoires ».[]
  40. « Une ordi­na­tion épis­co­pale sans man­dat pon­ti­fi­cal et contre la volon­té du pape est un acte intrin­sè­que­ment mau­vais (de droit divin et non de droit ecclé­sias­tique) » écrit l’abbé Laurent Spriet dans « Les ordi­na­tions épis­co­pales de la FSSPX : un état de néces­si­té ? » du 20 avril 2026.
    « Les sacres en dehors de (et à for­tio­ri contre) la com­mu­nion hié­rar­chique est-​il un acte intrin­sè­que­ment mau­vais ? Oui car un prêtre sacré sans rece­voir de juri­dic­tion actuelle reçoit cepen­dant tou­jours un pou­voir spi­ri­tuel intrin­sè­que­ment ordon­né au gou­ver­ne­ment de l’Église » écrit « Theologus » dans « Des sacres légi­times ? » d’avril 2026.[]
  41. Documentation Catholique, n° 1885 : « Homélie lors de la litur­gie funèbre du 40ème jour », p. 1112–1113.[]
  42. CIC 1917, canon 1301.[]
  43. Voir De Mattei, Vatican II, une his­toire qu’il allait écrire. L’auteur explique que : « Les pré­lats d’Europe de l’Est confon­daient une situa­tion fac­tuelle, où les catho­liques avaient le droit d’in­vo­quer la liber­té reli­gieuse contre les per­sé­cu­teurs, avec une thèse de prin­cipe selon laquelle les États catho­liques devaient pro­fes­ser la vraie reli­gion, confor­mé­ment aux pré­ceptes du pre­mier com­man­de­ment ». P. 469. En réa­li­té, il faut nuan­cer encore …Il est cer­tain que le car­di­nal Slipyj n’a jamais été un par­ti­san de ceux qui accordent des droits à l’erreur.[]
  44. Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, éd. Clovis, 2002, p. 415.[]

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.