Les blasons et devises des futurs évêques

Abbés Michel Poinsinet de Sivry et Pascal Schreiber, Mgr Alfonso de Galarreta, Abbé Davide Pagliarani, Mgr Bernard Fellay, Abbés Michael Goldade et Marc Hanappier.

À quelques jours des consé­cra­tions épis­co­pales du 1ᵉʳ juillet 2026 à Écône, sont pré­sen­tées les armoi­ries épis­co­pales des quatre futurs évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, accom­pa­gnées de la signi­fi­ca­tion de leurs prin­ci­paux élé­ments et de leur devise.
 

Monseigneur Pascal Schreiber

Le Blasonnement (description de l’écu)

L’écu se pré­sente sous la forme d’un écar­te­lé (divi­sé en quatre quar­tiers distincts) :

  • Premier quar­tier (en haut à gauche) : il est de sable (noir). On y dis­tingue le visage triom­phant de Jésus-​Christ, Roi de l’Univers, cou­ron­né d’or, entou­ré d’un nimbe et de rayons flam­boyants, selon la vision de saint Nicolas de Flüe.
  • Deuxième et troi­sième quar­tiers (en haut à droite et en bas à gauche) : ils sont iden­tiques, de gueules (rouge). Chacun est char­gé d’un lion ram­pant d’or, tenant dans sa patte droite une plume d’or.
  • Quatrième quar­tier (en bas à droite) : de sable (noir), il est char­gé d’une étoile à huit rais (huit branches) d’or.

Explication

La divi­sion du bla­son en quatre par­ties pro­cède d’une longue tra­di­tion dans l’espace germanophone.

Dans le 1er quar­tier se trouve la par­tie cen­trale du Tableau de Méditation de saint Nicolas de Flüe, patron de la Confédération suisse ; appe­lé aus­si « Père de la Patrie » (Martyrologe romain, le 21 mars), ce saint est à l’origine de la voca­tion sacer­do­tale de l’évêque.

Dans cette vision, la tête repré­sen­tée sym­bo­lise soit la divi­ni­té indi­vise, soit le Verbe de Dieu incar­né, soit un obser­va­teur humain. Le visage est entou­ré de six rayons. Trois s’élancent du visage lui-​même : l’un part de l’oreille (Dieu sait tout), l’autre de l’œil (Dieu voit tout, rien ne lui est caché), le der­nier de la bouche (de lui jaillit toute la sagesse) ; les trois autres pro­viennent de l’extérieur et atteignent le nimbe, pour mon­trer que le croyant peut, par une réflexion assi­due, par­ve­nir à une connais­sance appro­fon­die de la divi­ni­té insaisissable.

Les 2e et 3e quar­tiers abritent les armoi­ries de la famille Schreiber. Le lion sym­bo­lise tra­di­tion­nel­le­ment le cou­rage, la force et la royau­té, tan­dis que la plume cor­res­pond à la signi­fi­ca­tion du nom Schreiber (« écri­vain ») et met en valeur les tra­vaux d’écriture.

Dans le 4e quar­tier se trouve une étoile, qui repré­sente soit le Sauveur – « Une étoile sor­ti­ra de Jacob » (Nb 24, 17), « Je suis l’étoile du matin res­plen­dis­sante » (Ap 22, 16) – soit la Vierge Marie – « Stella Maris », « Stella Matutina » – éta­blis­sant ain­si un lien avec la devise. 

Par ailleurs, l’étoile sym­bo­lise éga­le­ment saint Nicolas. Le saint ermite a avoué que, alors qu’il se trou­vait encore dans le sein de sa mère, il avait vu dans le ciel une étoile qui illu­mi­nait le monde entier. Et depuis son ermi­tage du Ranft, il voyait sans cesse dans le ciel une étoile qui lui ressemblait.

Enfin, le bla­son porte les trois cou­leurs du dra­peau alle­mand : noir, rouge et or, évo­quant le pays où se trouve éta­bli le sémi­naire de Zaitzkofen.

La Devise : VIRGO FIDELIS

La devise est d’inspiration mariale et tirée des Litanies de Lorette : « Virgo fide­lis », ô Vierge fidèle.

Marie est la fille fidèle du Père céleste, la mère fidèle du divin Fils, et l’épouse fidèle du Saint-​Esprit. Elle doit aus­si nous aider à res­ter fidèles à Dieu.

Ce titre de la très sainte Vierge Marie était très cher à notre fon­da­teur, Mgr Marcel Lefebvre. Celui-​ci l’a inclus dans les Statuts de la Fraternité sacer­do­tale Saint-​Pie X :

« Les enga­ge­ments sont renou­ve­lés par tous les membres tous les ans à la fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre. […] En ce jour de béné­dic­tion, que tous les membres […] demandent à la Vierge fidèle la grâce de la fidé­li­té à leurs enga­ge­ments et la grâce de la par­faite uni­té dans la cha­ri­té pour toute la Fraternité. »

Enfin, la réfé­rence à la Vierge Marie met en valeur les ver­tus de force et de pure­té, à une époque où celles-​ci sont si attaquées. 

« Bienheureux les cœurs purs, car ils ver­ront Dieu ! » (Mt 5, 8)

Monseigneur Michael Goldade

Le Blasonnement (description de l’écu)

  • Le champ (le fond) : d’azur (bleu).
  • La bor­dure : ornée d’un rin­ceau com­po­sé de douze épis de blé d’or (6 de chaque côté) liés par des tiges entrelacées. 
  • Le cœur (l’écusson cen­tral) : un écus­son d’or (jaune) char­gé d’un Cœur de Vendée de gueules (rouge). Ce motif se com­pose de deux cœurs entre­la­cés, sur­mon­tés d’une cou­ronne et d’une croix.

Explication

Les douze épis de blé sont riches de signi­fi­ca­tion et de symbolisme. 

Sur un plan per­son­nel, les épis évoquent à la fois le lieu d’origine de l’évêque – Notre-​Dame des Prairies, dans le Dakota du Nord – et le lieu où il a gran­di – St. Marys, dans le Kansas –, deux États connus pour leur agri­cul­ture, qui sont les deux plus grands pro­duc­teurs de blé aux États-​Unis. Et le nombre ren­voie aux douze membres de sa famille.

Tant ce nombre que les épis sont fré­quem­ment uti­li­sés dans la sainte Écriture. Ils nous rap­pellent l’histoire du Patriarche Joseph dans l’Ancien Testament, l’un des douze fils de Jacob, qui fut le gar­dien du blé d’Égypte. Il fut ain­si la figure pro­phé­tique de saint Joseph, père nour­ri­cier de l’Enfant Jésus, le Pain de vie. Le même saint Joseph étant éga­le­ment le patron de l’Église uni­ver­selle et le gar­dien des vocations.

Le blé est aus­si le sym­bole de la sainte Eucharistie et du saint sacri­fice de la Messe, qui sont le cœur de la Fraternité Saint-​Pie X. Le nombre douze, nombre de la plé­ni­tude, cor­res­pond au nombre de cor­beilles qui ras­semblent les restes de la mul­ti­pli­ca­tion des pains, et ren­voie éga­le­ment aux Apôtres, colonnes de l’Église.

Le fond bleu au sein duquel se trouve l’écusson d’or est un hom­mage à la sainte Vierge, champ vir­gi­nal d’où sort le Pain de Vie ; l’or de l’écusson désigne la divi­ni­té de l’enfant que porte Notre-​Dame. C’est aus­si une allu­sion à l’or qu’évoque le nom Goldade.

Le sym­bole des deux Cœurs cou­ron­nés cor­res­pond à la dévo­tion prin­ci­pale de la famille Goldade aux saints Cœurs de Jésus et de Marie, et repré­sente bien sûr les armes de la Fraternité Saint-​Pie X. Ce sym­bole est en lien avec la devise.

La Devise : ADEAMUS CUM FIDUCIA

Cette devise est tirée de saint Paul : « Approchons-​nous avec confiance du trône de la grâce, afin d’obtenir misé­ri­corde et de trou­ver grâce dans un secours oppor­tun » (Hb 4, 16). Ce sont aus­si les pre­miers mots de l’Introït de la messe du Cœur Immaculé de Marie (22 août).

Il s’agit d’un acte de foi et de confiance abso­lue dans la très sainte Vierge Marie, Médiatrice de toutes les grâces, à qui son Fils ne refuse rien. « La rai­son de mon espé­rance, c’est Marie ! » (saint Bernard).

La Vierge est dési­gnée sous son titre de « Trône de la grâce », car la Sagesse éter­nelle, source de toute grâce, a vou­lu repo­ser en elle et régner par elle.

Par ailleurs, cette prière fait écho au début de la sainte Messe, qu’évoquaient les épis : « Je mon­te­rai à l’autel de Dieu… » (Ps 42).

Par les Cœurs unis de Jésus et de Marie, par toutes les grâces qui nous viennent du saint sacri­fice de la Messe, nous sommes assu­rés du secours divin dans toutes les cir­cons­tances de notre vie.

« C’est par l’espérance que nous sommes sau­vés ! » (Rm 8, 24)

Monseigneur Michel Poinsinet de Sivry

Le Blasonnement (description de l’écu)

L’écu est « cou­pé » (divi­sé hori­zon­ta­le­ment en deux par­ties égales) :

  • Le chef (par­tie supé­rieure) : de gueules (rouge), char­gé d’une épée d’argent gar­nie d’or posée en bande (en dia­go­nale du bas à gauche vers le haut à droite), sur laquelle broche une palme d’or posée en barre (dia­go­nale inverse). 
  • La pointe (par­tie infé­rieure) : d’azur (bleu), char­gée d’un cygne d’argent (blanc) bec­qué d’or, nageant sur des ondes du même métal (repré­sen­tées par les lignes blanches au bas). 

Explication

Dans la par­tie supé­rieure, deux emblèmes illus­trent la devise :

  • Le glaive signi­fie le com­bat que l’Église, à tra­vers ses membres, doit mener pour étendre le triomphe de Notre-​Seigneur sur le monde et sur le péché, par l’application des fruits de sa Rédemption. Le glaive est aus­si la parole de Dieu : « Prenez aus­si le casque du salut, et le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu » (Eph 6, 17). Cette parole tran­chante est la réponse aux maximes du monde.
  • La palme sym­bo­lise la vic­toire dès ici-​bas de l’Église, per­son­ni­fiée par les témoins de la foi, ses mar­tyrs. Elle exprime la joie et le triomphe qui résultent de cette victoire.

Dans la par­tie infé­rieure se trouve le cygne, tiré des armes fami­liales, qui est un sym­bole de fidé­li­té (le cygne garde tou­jours son par­te­naire) et de pure­té (par sa cou­leur blanche), deux qua­li­tés inhé­rentes à la ver­tu de foi.

La Devise : FIDES VINCIT MUNDUM

Ces mots sont extraits de la 1re épitre de saint Jean : « Tout ce qui est né de Dieu est vain­queur du monde ; et ce qui rem­porte la vic­toire sur le monde, c’est notre foi » (1 Jn 5, 4). Ils sont un rap­pel du triomphe de Notre Seigneur Jésus-​Christ, sur ce monde qui n’a pas vou­lu le rece­voir. « J’ai vain­cu le monde » (Jn 16, 33). C’est la foi en Notre Seigneur qui nous asso­cie à cette victoire. 

Ils nous rap­pellent aus­si que l’Église est mili­tante ici-​bas : « La vie de l’homme est un com­bat sur la terre » (Job 7, 1).

Dans cette devise, nous trou­vons donc expri­mée la lutte entre les « Deux Cités » (saint Augustin) ou les « Deux Étendards » (saint Ignace), et la cer­ti­tude de la vic­toire de Notre-Seigneur.

C’est donc un appel à l’espérance, dans ces temps trou­blés que vit l’Église, écho à l’histoire par­ti­cu­lière de la Fraternité et à sa mis­sion providentielle.

Monseigneur Marc Hanappier

Le Blasonnement (description de l’écu)

Le champ de l’écu est d’un seul bloc :

  • Le champ (le fond) : d’azur (bleu).
  • Le meuble cen­tral : un agneau pas­cal (l’Agnus Dei) d’argent (blanc). L’agneau est repré­sen­té pas­sant, la tête nim­bée d’or et mar­quée d’une croix de gueules (rouge). Il porte une hampe croi­sée d’or à laquelle est atta­ché un éten­dard d’argent char­gé d’une croix de gueules (l’oriflamme de la Résurrection). De sa poi­trine s’écoule un flot de sang de gueules se déver­sant dans un calice d’or posé à ses pieds. 
  • L’accompagnement : l’agneau est entou­ré de trois fleurs de lys d’argent, dis­po­sées deux en chef (en haut) et une en pointe (en bas). 

Explication

L’Agneau vic­to­rieux est celui de l’Apocalypse, dont les anges et les saints chantent la vic­toire au Ciel : « L’Agneau qui a été immo­lé est digne de rece­voir la puis­sance, la divi­ni­té, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la béné­dic­tion ! » (Ap 5, 12). 

C’est aus­si l’Introït de la messe du Christ Roi. Glorifier l’Agneau immo­lé pour notre salut, dont le sang est notre vie, tel est le but de l’Église. Ce sang est recueilli dans le calice du salut, et com­mu­ni­qué aux âmes comme une bois­son véri­table pour les puri­fier et les fortifier.

Les fleurs de lys sont un sym­bole de royau­té et entourent l’Agneau.

Elles repré­sentent aus­si la pure­té imma­cu­lée de la Vierge Marie : « Comme un lys par­mi les épines, telle est ma bien-​aimée par­mi les jeunes filles » (Ct 2, 2).

Sur le fond bleu elles sont aus­si un sym­bole fran­çais. Il y en a trois, comme dans les armes de la ville de Versailles, où réside la famille Hanappier.

La Devise : DIGNUS EST AGNUS

Saint Jean-​Baptiste a témoi­gné : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 36) et ce témoi­gnage a sus­ci­té les voca­tions des deux pre­miers Apôtres, Jean et André. L’Agneau de Dieu attire les vocations.

Dans l’Apocalypse, l’Agneau appa­raît « debout, comme immo­lé » (Ap 5, 6) : Notre Seigneur Jésus-​Christ est à la fois le Grand Prêtre du Nouveau Testament, et la Victime d’agréable odeur offerte au Père. Ce sym­bole évoque le sacer­doce et le saint sacri­fice de la Messe, où l’on prie cet Agneau « por­teur des péchés du monde » d’« avoir pitié de nous » et de « nous don­ner la paix ».

Au ver­set sui­vant du même cha­pitre, l’Agneau reçoit le livre « écrit au-​dedans et au dehors, scel­lé de sept sceaux » que lui seul peut ouvrir. C’est là la clé de toute l’histoire du monde : Notre Seigneur Jésus-​Christ est le centre de l’histoire, « à lui sont les temps » (béné­dic­tion du cierge pas­cal) ; rien, ni per­sonne, ni aucun groupe humain, en aucun temps, ne peut se dire indé­pen­dant de lui, et le mys­tère du mal dans toute l’histoire du monde ne se com­prend qu’à la lumière de la Croix, du sacri­fice de l’Agneau en dehors duquel il n’y a pas de salut.

Oui, il est vrai­ment « digne de rece­voir la puis­sance, la divi­ni­té, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la béné­dic­tion ! » (Ap 5, 12).

Source : Maison géné­rale – FSSPX.Actualités