L’archevêque de Bourges face aux sacres du 1er juillet (1ère partie)

Cathédrale Saint-Etienne de Bourges. Crédits photo : Creative Commons via Wikimedia.

Son Excellence Monseigneur Sylvain Bataille, en sa qua­li­té d’Archevêque de Bourges, a cru bon de dif­fu­ser quelques « points de repère pour com­prendre la situa­tion » à pro­pos des ordi­na­tions épis­co­pales de la Fraternité Saint Pie X[1].

Peut-​on se pla­cer au-​dessus de l’Église, refu­ser un Concile qui a réuni les évêques du monde entier ? Peut-​on consi­dé­rer que depuis plus de soixante ans, sept papes suc­ces­sifs, les 8000 évêques du monde à quelques excep­tions près et l’immense majo­ri­té des prêtres et des fidèles auraient aban­don­né la vraie foi ? A la racine de tous les schismes, on repère tou­jours la même ten­ta­tion : celle de croire que l’on est seul à déte­nir la véri­té, seul à être fidèle, seul à être pur, seul à pou­voir sau­ver l’Église.

L’unité de l’Eglise serait-​elle donc celle d’une majo­ri­té ?… Si tel était le cas, on pour­rait déjà retour­ner la ques­tion contre son auteur et lui deman­der : « Peut-​on refu­ser, au nom de l’œcuménisme, de la liber­té reli­gieuse et de la col­lé­gia­li­té, une ving­taine de conciles œcu­mé­niques qui ont réuni les évêques de toute l’histoire ? Peut-​on consi­dé­rer que pen­dant près de deux mille ans 260 papes suc­ces­sifs, avec les évêques, les prêtes et les fidèles, auraient erré gra­ve­ment dans la foi, en mécon­nais­sant les véri­tables prin­cipes de l’ecclésiologie et de la doc­trine sociale ? ». A tout prendre, oui, si l’unité de l’Eglise est celle d’une majo­ri­té, c’est bien l’Eglise de Vatican II qui a suc­com­bé à la ten­ta­tion de croire qu’elle est la seule à déte­nir la véri­té, c’est bien l’Eglise de ces sept papes, prê­chant depuis plus de soixante ans une nou­velle ecclé­sio­lo­gie et une nou­velle doc­trine sociale, qui a suc­com­bé à la ten­ta­tion de croire qu’elle est la seule à être pure, à être fidèle, et à pou­voir sau­ver les âmes. C’est cette Église-​là qui serait bel et bien schismatique.

Plus pro­fon­dé­ment, et en réa­li­té, l’unité de l’Eglise n’est pas celle d’une majo­ri­té, car ce n’est pas celle d’un sujet. C’est celle d’un objet, celle de l’unique véri­té de la vraie foi, telle que le Magistère divi­ne­ment ins­ti­tué la reçoit du Christ et des apôtres pour la trans­mettre de géné­ra­tion en géné­ra­tion, et jusqu’à la fin des siècles, fidè­le­ment et infailli­ble­ment, en lui conser­vant tou­jours la même signi­fi­ca­tion. L’unité de l’Eglise est celle de la pro­fes­sion publique et sociale de la vraie foi et du vrai culte, sous la direc­tion du gou­ver­ne­ment éta­bli par Dieu à cet effet. La défaillance mas­sive – mais non totale – qui sévit à l’intérieur de l’Eglise depuis le der­nier concile œcu­mé­nique est un fait que nous sommes bien obli­gés de consta­ter : les hommes d’Eglise, depuis Vatican II, s’éloignent de la vraie foi et du vraie culte, sous le pré­texte d’un œcu­mé­nisme des­truc­teur, au nom d’une fausse liber­té de per­di­tion mainte fois condam­née par leurs pré­dé­ces­seurs, dans l’illusion d’une syno­da­li­té et d’une col­lé­gia­li­té incom­pa­tibles avec la consti­tu­tion divine de l’Eglise . Et c’est pour res­ter fidèle à l’Eglise, dans le triple lien de sa foi, de son culte et de son gou­ver­ne­ment, que la Fraternité s’oppose à toutes ces réformes issues du der­nier concile, jusqu’à prendre les moyens de per­pé­tuer la trans­mis­sion du dépôt divin, à tra­vers un épis­co­pat véri­ta­ble­ment catho­lique et fidèle.

Celui-​ci, n’en déplaise à Mgr de Bourges, ne sau­rait être « en rup­ture de com­mu­nion avec l’Eglise catho­lique ». Non, les évêques de la Fraternité n’ont pas la pré­ten­tion de s’arroger un pou­voir ordi­naire de juri­dic­tion que seul le Pape peut don­ner. « Être évêque », affirme Mgr Bataille, « c’est être appe­lé par le Pape à entrer dans le col­lège apos­to­lique, c’est-à-dire le col­lège des évêques autour du suc­ces­seur de Pierre ». Nous retrou­vons ici le même sophisme maintes fois dénon­cé, qui vou­drait s’autoriser de l’ambivalence fon­cière du mot « évêque » [2]. Ce même mot peut en effet dési­gner deux réa­li­tés bien dif­fé­rentes : d’une part le titu­laire du pou­voir d’ordre reçu par la consé­cra­tion épis­co­pale d’autre part le titu­laire du pou­voir de juri­dic­tion reçu de l’acte de la volon­té du Pape. Les évêques de la Fraternité sont ce qu’ils sont au pre­mier sens de ce terme, non au second. La rup­ture ne pour­rait venir que d’un usur­pa­tion de juri­dic­tion, qui n’intervient nul­le­ment ici de la part des évêques de la Fraternité.

La rup­ture inter­vient, mal­heu­reu­se­ment, de la part des hommes d’Eglise de l’heure pré­sente. Il suf­fit de consul­ter le site du dio­cèse de Bourges pour en prendre un aper­çu, à la page des nou­velles nomi­na­tions annon­cées pour le mois de sep­tembre 2026 [3]. Au nom de la syno­da­li­té, sans doute, onze fidèles laïcs, un homme et dix femmes, sont nom­més res­pon­sables des dif­fé­rents ser­vices dio­cé­sains. On y trouve – confié à une femme – un ser­vice dio­cé­sain de l’œcuménisme, auquel se rat­tache (sous la juri­dic­tion de ladite dame ?) un prêtre réfé­rent pour l’œcuménisme. Enfin, on note la pré­sence d’un cha­noine délé­gué épis­co­pal pour les célé­bra­tions et la pas­to­rale « selon le rite ancien », ce qui relègue le vrai culte de l’Eglise au rang de rite acces­soire, en par­faite confor­mi­té avec le Motu pro­prio Traditionis cus­todes. On peut bien le dire : à Bourges comme ailleurs en France et dans tout l’univers catho­lique, « le souffle de la révo­lu­tion est passé » …

C’est jus­te­ment pour main­te­nir l’air pur de la vraie foi que la Fraternité a vou­lu don­ner à l’Eglise de nou­veaux évêques, dans la fidé­li­té à la Tradition héri­tée du Christ et des apôtres par-​delà deux millénaires.

Notes de bas de page
  1. https://​www​.dio​cese​-bourges​.org/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​1​6​1​3​7​-​l​e​s​-​o​r​d​i​n​a​t​i​o​n​s​-​e​p​i​s​c​o​p​a​l​e​s​-​d​e​-​l​a​-​f​r​a​t​e​r​n​i​t​e​-​s​a​i​n​t​-​p​i​e​-​x​-​p​o​i​n​t​s​-​d​e​-​r​e​p​e​r​e​-​p​o​u​r​-​c​o​m​p​r​e​n​d​r​e​-​l​a​-​s​i​t​u​a​t​i​o​n​-​e​d​i​t​o​r​i​a​l​-​d​e​-​m​o​n​s​e​i​g​n​e​u​r​-​b​a​t​a​i​l​le/[]
  2. Voir les articles publiés dans les numé­ros d’avril, de mai et de juin du Courrier de Rome.[]
  3. https://​www​.dio​cese​-bourges​.org/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​1​6​1​3​9​-​a​n​n​o​n​c​e​-​d​e​s​-​n​o​m​i​n​a​t​i​o​n​s​-​n​o​u​v​e​l​l​e​-​e​d​i​t​i​on/[]

FSSPX

M. l’ab­bé Jean-​Michel Gleize fut durant près de trente ans pro­fes­seur d’a­po­lo­gé­tique, d’ec­clé­sio­lo­gie et de dogme au Séminaire Saint-​Pie X d’Écône. Il est le prin­ci­pal contri­bu­teur du Courrier de Rome. Il a par­ti­ci­pé aux dis­cus­sions doc­tri­nales entre Rome et la FSSPX entre 2009 et 2011. Il exerce désor­mais son apos­to­lat à Saint-​Nicolas-​du Chardonnet, où ses confé­rences sur l’Eglise sont très sui­vies, et enseigne à l’Institut Universitaire Saint-​Pie X.