Saint Adrien

Saint Adrien et Sainte Nathalie, Vitrail de la basilique Notre-Dame de Genève, Suisse. Crédits photo : Fred de Noyelle/Godong.

Martyr (vers 306). Fête le 8 septembre.

Les « Actes » du mar­tyre de saint Adrien ont été écrits en grec. On en connaît plu­sieurs ver­sions ; l’une a pour titre : Actes de saint Adrien et de ses com­pa­gnons ; une autre, Martyre des saints mar­tyrs Adrien et Natalie ; la troi­sième, qui est beau­coup plus brève : Du saint mar­tyr Adrien, de Natalie et de leurs compagnons.

Arrestation et supplice d’un groupe de chrétiens

C’était vers l’an 306 ; la grande per­sé­cu­tion de Dioclétien contre les dis­ciples de Jésus-​Christ com­men­çait à se ralen­tir, lorsque son suc­ces­seur Maximien-​Galère la rani­ma dans tout l’Orient.

La ville de Nicomédie, en Bithynie, rési­dence ordi­naire du tyran, était la plus expo­sée à ses cruau­tés. Les émis­saires du prince par­cou­raient les quar­tiers et les mai­sons de la ville, obli­geant tous les habi­tants à prendre part aux sacri­fices ido­lâ­triques, et ils arrê­taient ceux qui refu­saient. Des récom­penses étaient pro­mises à qui­conque dénon­çait un chré­tien, des menaces étaient pro­fé­rées contre ceux qui les cache­raient : la crainte d’une part, la cupi­di­té de l’autre, pous­saient les païens à dénon­cer ceux de leurs parents ou de leurs voi­sins qui pro­fes­saient la reli­gion de Jésus-Christ.

Saint Adrien, Vitrail de la basi­lique Notre-​Dame de Genève, Suisse. Crédits pho­to : Fred de Noyelle/​Godong.

La chasse aux chré­tiens était orga­ni­sée de même aux envi­rons de la ville. C’est ain­si qu’un groupe de vingt-​trois d’entre eux, qui s’étaient réfu­giés dans une caverne pour chan­ter des psaumes, furent dénon­cés. Un déta­che­ment de sol­dats fut envoyé pour les arrê­ter ; les sol­dats envi­ron­nèrent la caverne, sai­sirent les inno­cents ado­ra­teurs du vrai Dieu, et se mirent en devoir de les ame­ner, enchaî­nés comme des mal­fai­teurs, devant l’empereur lui-même.

Maximien Galère leur fit subir de rudes tour­ments, puis, n’ayant pu vaincre leur constance, il ordon­na de les jeter tous, char­gés de chaînes, dans un cachot, en atten­dant de les faire périr dans des sup­plices tels que les autres chré­tiens du pays en fussent effrayés.

Saint Adrien ambitionne la gloire éternelle des martyrs

Parmi les spec­ta­teurs de cette scène, se trou­vait un des grands offi­ciers du palais, nom­mé Adrien.

Vivement ému de l’intrépide cou­rage des mar­tyrs, il leur dit : — Je vous en conjure, au nom de votre Dieu, dites-​moi la véri­té. Quelle est donc cette gloire et cette récom­pense que vous atten­dez en échange de si cruels supplices ?

Les Saints répondirent :

— Nous te l’avouons avec sin­cé­ri­té, la bouche ne peut expri­mer, le cœur ne peut com­prendre tout ce que nous espé­rons avoir un jour en partage.

Le dia­logue se pour­sui­vit, puis Adrien, subi­te­ment trans­for­mé par la grâce, s’adressa aux greffiers :

— Inscrivez mon nom, leur dit-​il, avec ceux de ces hommes res­pectables, car, moi aus­si, je suis chrétien.

La liste des accu­sés ne tar­da pas à être remise à l’empereur. Celui- ci, aper­ce­vant le nom d’Adrien, s’imagina que l’officier vou­lait por­ter quelques témoi­gnages contre les mar­tyrs, et jeta cet ordre :

— Ecrivez sur-​le-​champ l’accusation por­tée par le très intègre Adrien.

Mais sur la réponse du gref­fier que l’officier venait de se décla­rer chré­tien, le tyran entra dans une vio­lente colère, et, s’adressant au néo­phyte, il s’écria :

— Demande-​moi par­don promp­te­ment ; déclare que ces paroles t’ont échap­pé par sur­prise, et j’effacerai ton nom de la liste des condamnés.

Adrien répon­dit :

— Je ne veux plus désor­mais deman­der par­don qu’à mon Dieu des éga­re­ments de ma vie pas­sée et des fautes que j’ai commises.

A ces mots, Maximien ordon­na qu’il fût char­gé de fers.

L’épouse d’un martyr ; sainte Natalie

Cependant, un des ser­vi­teurs d’Adrien vint en toute hâte annon­cer à Natalie, femme de l’officier impé­rial, ce qui était arrivé :

— Mon maître Adrien, dit-​il, vient d’être arrê­té et jeté en pri­son. Natalie se lève, et dans sa dou­leur déchire ses vêtements :

— Quel crime a‑t-​il donc commis ?

— J’ai vu, reprend le ser­vi­teur, livrer au sup­plice cer­tains hommes à cause du nom de celui qu’on appelle Christ, et qui refu­saient, de sacri­fier ; alors mon maître a dit : « Je mour­rai volon­tiers avec eux. »

A ces mots, Natalie fut trans­por­tée de joie, car elle était née de parents chré­tiens, et jusqu’alors elle n’avait pas osé décla­rer publi­que­ment sa foi, à cause de la vio­lence de la persécution.

Elle change de vête­ments, court à la pri­son, se jette aux pieds de son mari, en baise les chaînes avec trans­port, l’encourageant à se mon­trer fort dans la lutte.

Adrien lui pro­mit d’être fidèle à la foi, avec l’aide de Dieu, mal­gré tous les sup­plices, et il ajou­ta avec une tendre sol­li­ci­tude pour son épouse, désor­mais sa sœur en Jésus-​Christ : « Ma chère femme, voi­ci la nuit qui approche, retourne à la mai­son. Quand on nous appel­le­ra au tri­bu­nal, je te ferai avertir. »

Avant de s’é­loi­gner, Natalie bai­sa aus­si les chaînes des vingt-​trois com­pa­gnons d’Adrien, puis, leur mon­trant son mari :

— Je vous en sup­plie, sei­gneurs, for­ti­fiez cette bre­bis du Christ !

Quelques jours après, Adrien, appre­nant qu’il va être appe­lé au tri­bu­nal, dit à ses compagnons :

— Souffrez que je me rende dans ma demeure et que j’a­mène ma sœur, votre ser­vante, car je lui ai pro­mis de la faire assis­ter à notre der­nier combat.

Les Saints y ayant consen­ti, il donne une forte somme d’argent au gar­dien de la pri­son et sort, lais­sant ses com­pa­gnons pour garants de sa parole.

Cependant, Natalie apprend que son mari vient d’être aper­çu dans la ville. Croyant qu’il a fui devant le mar­tyre, elle en est toute ter­ri­fiée, des larmes amères coulent de ses yeux.

A ce moment, Adrien paraît au seuil de la mai­son, mais elle, dans son déses­poir, lui ferme brus­que­ment la porte, et l’accuse de lâcheté.

En enten­dant ces paroles ins­pi­rées par les sen­ti­ments les plus nobles, l’an­cien offi­cier impé­rial se sen­tait péné­tré d’une ardeur toute nou­velle pour accom­plir sa pro­messe. Il s’étonnait et était heu­reux à la fois. Mais voyant sa femme si cruel­le­ment affli­gée, il lui dit :

— Ouvre-​moi ta mai­son, ma chère Natalie, je ne me suis point sous­trait au mar­tyre ; loin, de mon cœur une pareille lâche­té f Je viens au contraire te cher­cher, selon ma pro­messe, car l’heure du der­nier com­bat est proche.

Et comme la jeune femme res­tait incré­dule, Adrien par­la de se reti­rer, ajou­tant que le groupe de chré­tiens répon­dait de sa personne.

A ces mots, Natalie ouvrit joyeu­se­ment la porte.

— O femme bénie, dit Adrien, dont le cou­rage sou­tient la foi de ton mari pour le conduire au salut, ta cou­ronne sera digne de celle des mar­tyrs, bien que le per­sé­cu­teur ne t’inflige pas leurs tourments.

Les deux époux se diri­gèrent alors vers la pri­son. En route, Adrien deman­dait sa femme :

— Maintenant, que penses-​tu faire de nos biens ?

— N’aie point de sou­cis à cet égard, répon­dit Natalie, mais que désor­mais rien de ter­restre n’embarrasse ton âme.

Dès qu’ils furent entrés dans la pri­son, Natalie se pros­ter­na de nou­veau aux pieds des Saints et bai­sa leurs chaînes. Ayant remar­qué que leurs chairs étaient putré­fiées par suite des meur­tris­sures, an point que les vers sor­taient de leurs plaies, elle envoya ses ser­vantes cher­cher des linges les plus fins et les plus pré­cieux pour laver les plaies des mar­tyrs et ban­der leurs membres tout dis­lo­qués par le poids des chaînes. Elle demeu­ra sept jours dans la pri­son, don­nant tous ses soins aux dis­ciples de Jésus-Christ.

Au tribunal du tyran

L’ordre fut enfin don­né de faire com­pa­raître les cap­tifs chré­tiens devant le tri­bu­nal impé­rial. Les lic­teurs les pla­cèrent tous atta­chés à une même chaîne sur des bêtes de somme, car leurs corps bri­sés par la tor­ture ne pou­vaient plus les sou­te­nir. Adrien sui­vait, les mains liées der­rière le dos.

Maximien vou­lut sou­mettre tous les mar­tyrs à la tor­ture, mais le pré­sident du tri­bu­nal lui fît obser­ver que leurs corps étaient, dans un tel état de fai­blesse, qu’il serait impos­sible de leur impo­ser ce nou­veau sup­plice sans les faire mou­rir sur-​le-​champ. Adrien fut donc seul appelé.

Dépouillé de ses riches habits d’officier impé­rial et cou­vert du vête­ment des condam­nés, il s’avança, por­tant lui-​même le che­va­let sur ses épaules. Et tou­jours encou­ra­gé par sa sainte femme, il fut intro­duit devant l’empereur qui l’interpella :

— Persistes-​tu dans ta folie ?

— J’ai renon­cé à la folie, et c’est pour­quoi je suis prêt à sacri­fier ma vie pour sau­ver mon âme.

— Sacrifie aux dieux immor­tels, reprit le tyran, adore-​les comme nous, ou, si tu refuses, tu seras sou­mis à des tour­ments dont tu ne peux te faire l’idée.

Adrien lui répliqua :

— Empereur, je plains ton aveu­gle­ment. Pour moi, jamais je ne recon­naî­trai pour dieux des blocs de pierre. Fais donc promp­te­ment ce que tu as résolu.

Le tyran don­na l’ordre de le frap­per de verges. Alors Natalie cou­rut pré­ve­nir les Saints :

— Mon mari vient de com­men­cer son mar­tyre, dit-elle.

Et tous se pros­ter­nant, adres­sèrent pour lui leurs prières au Seigneur mort pour nous.

Déjà la chair du héros tom­bait en lam­beaux et son sang inon­dait la terre quand Maximien lui cria :

— Ce sont des hommes trom­peurs qui t’ont ensei­gné cette doctrine.

Le témoin du Christ répondit :

— Comment oses-​tu appe­ler trom­peurs ceux qui m’ont mon­tré le che­min de la vie éternelle ?

Furieux, l’empereur com­man­da de frap­per le mar­tyr avec encore plus de vio­lence. Mais Adrien lui dit :

— En redou­blant mes tour­ments, tyran san­gui­naire, tu ne fais qu’augmenter l’éclat de ma récompense.

Alors, peut-​être ému à la vue de ce corps broyé au point que les entrailles appa­rais­saient, Maximien lan­ça un der­nier appel :

— Invoque seule­ment les dieux, dit-​il à Adrien, et je ferai aus­si­tôt appe­ler les méde­cins pour pan­ser tes bles­sures, et tu demeu­re­ras dans mon palais.

— C’est en vain, reprit le géné­reux chré­tien dont ces tor­tures affreuses n’avaient pas abat­tu le cou­rage, c’est en vain que tu me pro­mets le secours des méde­cins, les hon­neurs les plus grands, et l’hospitalité dans ta demeure, je ne céde­rai jamais.

Le tyran, vain­cu, remit à plus tard l’exécution de sa ven­geance ; il com­man­da de rame­ner en pri­son le groupe des mar­tyrs, et fixa un jour pour les inter­ro­ger plus à loisir.

Héroïsme sans exemple

Les sol­dats les entraî­nèrent aus­si­tôt, tirant avec vio­lence ceux qui pou­vaient encore se tenir debout, et traî­nant par terre ceux qui étaient entiè­re­ment épuisés.

Natalie sou­te­nait elle-​même son mari presque ago­ni­sant, et elle lui disait :

— Tu es heu­reux, Adrien, puisque tu as été jugé digne de souf­frir pour Celui qui est mort pour toi ! Encore quelques ins­tants et tu par­ta­ge­ras dans le ciel la gloire de Celui dont tu par­tages main­te­nant les douleurs.

Quand ils furent tous réunis dans la pri­son, les mar­tyrs s’ap­pro­chèrent de leur héroïque frère pour le saluer, et ceux qui ne pou­vaient plus mar­cher se traî­naient sur leurs mains pour venir lui offrir le bai­ser de paix. Natalie essuyait son sang et pan­sait les bles­sures dont son corps était couvert.

Les dia­co­nesses et d’autres femmes nobles étaient res­tées dans la pri­son pour soi­gner les mar­tyrs ; Maximien, l’ayant appris, en fut très cour­rou­cé et leur en inter­dit l’accès. Mais elles se firent cou­per les che­veux, et, revê­tues de tuniques d’hommes, appor­tèrent de nou­veau leurs soins à leurs frères.

Le tyran connut bien­tôt ce stra­ta­gème ; on l’avertit en même temps que les forces des chré­tiens s’épuisaient par la vio­lence des dou­leurs que leur cau­saient leurs plaies enve­ni­mées ; il ordon­na d’apporter une enclume, de la pla­cer sous leurs pieds et de leur bri­ser les jambes avec une barre de fer.

— Je sau­rai, ajouta-​t-​il, faire en sorte qu’ils ne ter­minent pas leur vie par une mort ordinaire.

Bientôt les lic­teurs appor­tèrent les ins­tru­ments du sup­plice. Natalie, tout enflam­mée d’amour pour le Christ, et ani­mée vis-​à-​vis d’Adrien des sen­ti­ments les plus nobles et les plus dés­in­té­res­sés, puisqu’elle ne dési­rait rien tant que le salut éter­nel et l’auréole de gloire pour son mari, eut peur de le voir fai­blir dans ces der­nières luttes. Elle osa deman­der qu’Adrien fût le pre­mier sou­mis à cette épreuve ter­rible. Les bour­reaux y consen­tirent. Et lors­qu’ils eurent pla­cé l’enclume près d’Adrien, sa femme, lui sai­sis­sant les jambes, les éten­dit sur l’instrument fatal. Alors les lic­teurs, frap­pant de toutes leurs forces, cou­pèrent les pieds et bri­sèrent les jambes du mar­tyr ago­ni­sant. Puis, d’a­près l’hagiographe, Natalie ajou­ta, dans un élan que notre nature humaine a peine à comprendre :

— Je t’en sup­plie, ser­vi­teur du Christ, tan­dis que tu res­pires encore, étends aus­si la main, afin qu’ils la coupent et que tu sois en tout sem­blable aux saints mar­tyrs qui vont souffrir.

Docile, Adrien éten­dit aus­si­tôt la main et la pré­sen­ta à sa femme. Natalie la pla­ça sur l’enclume, et le lic­teur la tran­cha d’un seul coup.

A l’ins­tant même, le valeu­reux sol­dat du Christ ren­dit sa belle âme à Dieu. C’était le 4 mars. Il avait vingt-​huit ans et il n’était marié que depuis treize mois.

Les autres mar­tyrs subirent le même tour­ment. En pré­sen­tant leurs pieds aux lic­teurs, ils disaient :

— Seigneur Jésus, rece­vez notre esprit.

Et leurs âmes saintes et pures s’envolaient vers le ciel.

Maximien ordon­na que les corps fussent jetés aux flammes, mais un orage épou­van­table, accom­pa­gné de grêle et de trem­ble­ments de terre, chas­sa les païens et étei­gnit le feu du bûcher. Les chré­tiens recueillirent avec un grand res­pect les corps de leurs frères mar­tyrs et les dépo­sèrent secrè­te­ment sur un vais­seau qui les trans­por­ta sur les rivages du Bosphore, à Byzance, ville qui devait bien­tôt s’appeler Constantinople.

La veuve du martyr

Natalie conser­va pré­cieu­se­ment la main de son mari ; elle l’enveloppa d’un tis­su de pourpre et la pla­ça à son chevet.

Sollicitée par un haut per­son­nage de lui accor­der sa main, la jeune et sainte veuve deman­da à Dieu de la déli­vrer de cet impor­tun. Sa prière fut exau­cée, et un des com­pa­gnons d’Adrien lui appa­rut et l enga­gea à par­tir pour Byzance, ce qu’elle fit. Après avoir véné­ré les restes des témoins du Christ et en par­ti­cu­lier ceux de son saint époux, elle fut prise d’un som­meil pro­fond pen­dant lequel elle pas­sa de vie à tré­pas. Sa fête se célèbre le 1er décembre. Les chré­tiens pla­cèrent son corps près de ceux des vingt-​quatre mar­tyrs de Nicomédie.

Eux-​mêmes, ayant renon­cé au monde, se ren­fer­mèrent en grand nombre auprès de ces dépouilles sacrées, pour y vivre dans le jeûne et la médi­ta­tion des mer­veilles dont ils avaient été les témoins.

Le culte de saint Adrien

Les Grecs-​ruthènes honorent, le 26 août, saint Adrien et sainte Natalie ; le même jour ils célèbrent aus­si la mémoire d’un autre mar­tyr, l’homonyme du mar­tyr de Nicomédie, ce qui a pro­vo­qué cer­taines confu­sions, allant jusqu’à ne faire des deux Saints qu’un même personnage.

Le saint époux de Natalie est le patron des bour­reaux, des bou­chers, des bras­seurs, des cour­riers, des geô­liers et des grai­ne­tiers ; il est sur­tout invo­qué, concur­rem­ment avec les saints Roch et Sébastien, contre les mala­dies conta­gieuses, notam­ment à Preures, au dio­cèse d’Arras.

La ville de Walpeke en Allemagne, dans le dio­cèse de Magdebourg, se glo­ri­fiait de pos­sé­der l’épée de l’of­fi­cier impé­rial ; il est racon­té que l’empereur d’Allemagne, saint Henri, obli­gé de par­tir pour la guerre, se recom­man­da aux mar­tyrs Adrien, Georges et Laurent, et que, pen­dant la bataille, il les vit pré­cé­dant son armée avec un ange qui frap­pait l’en­ne­mi ; l’église où était conser­vée ce glaive, sur l’authenticité duquel nous n’oserions nous pro­non­cer, fut détruite par un incen­die, et l’épée a disparu.

Les reliques de saint Adrien et son culte à Grammont

Le corps du mar­tyr fut trans­por­té de Constantinople à Rome, le 8 sep­tembre, d’où la date de sa fête prin­ci­pale ; une par­tie est véné­rée dans l’église qui porte son nom, au Forum.

Son culte prit sur­tout une grande exten­sion à Grammont (Belgique), où l’abbaye Saint-​Pierre, plus tard abbaye Saint-​Adrien, reçut ses reliques vers la fin du XIe siècle.

Si sa fête prin­ci­pale y était célé­brée le 9 sep­tembre, il y en avait deux autres dans l’année : le 4 mars et le 27 mai, cette der­nière coïn­ci­dant avec la date de l’ar­ri­vée des reliques à Grammont. En son hon­neur, avaient lieu aus­si de fré­quents exer­cices reli­gieux. Ainsi tous les jeu­dis était célé­brée une messe solen­nelle avec expo­si­tion de ses reliques ; après les Complies, les moines chan­taient une antienne avec ver­set et orai­son du Commun d’un mar­tyr. Chaque jour voyait arri­ver quelque pèlerinage.

Il ne peut être ques­tion de citer ici tous les per­son­nages qui vinrent à Grammont sol­li­ci­ter l’ap­pui du Saint ; bornons-​nous à deux : la duchesse de Lancastre en 1876, et, en 1407, Louis, le dau­phin de France. Devenu le roi Louis XI, il fera en 1482, à la fin de son règne, deux offrandes impor­tantes en l’honneur de saint Adrien, et, ayant appris que ses dons vont être affec­tés à l’a­chat de cloches, il demande que l’une d’elles porte son nom.

En 1378 fut fon­dée à l’abbaye une confré­rie pla­cée sous le patro­nage de la veuve du mar­tyr. Elle fit place en 1627 à la confré­rie de Saint-​Adrien et de Sainte-​Natalie, où s’inscrivit l’élite de la Belgique à la suite de la prin­cesse Isabelle et de l’archevêque de Malines. Approuvée par ce pré­lat le 6 mai, et par le Pape Urbain VIII le 15 juillet de la même année, elle tom­ba en déca­dence par suite des mal­heurs des temps, mais elle fut res­tau­rée peu après 1714.

Le culte de saint Adrien connut cinq siècles flo­ris­sants à Grammont ; les évé­ne­ments poli­tiques, et prin­ci­pa­le­ment les guerres dont cette région de l’Europe fut le théâtre au XVIe et au XVIIe siècle, devaient for­cer plu­sieurs fois les reli­gieux à trans­por­ter les reliques du saint mar­tyr pour les mettre en lieu sûr. On est frap­pé de les savoir si sou­vent sur la route : en 1578, elles partent pour Tournai, et de là pour Arras ; elles sont à Mons-​en-​Hainaut en 158o, à Ath en 1586–1587 ; de nou­veau à Tournai en 1635, à Ath en 1640, à Gand en 1649, puis en 1655 et encore l’année sui­vante ; en 1683 à Termonde, à Mons en 1689 ; dans l’intervalle de ces dépla­ce­ments, elles repre­naient leur place à l’abbaye de Grammont.

Toutes ces pré­cau­tions sont une preuve évi­dente du culte ren­du au mar­tyr ; cette fer­veur fut récom­pen­sée par de nom­breux miracles qui ont été enre­gis­trés avec soin. Si les pre­miers récits sont per­dus, il en reste beau­coup d’autres, impres­sion­nants, où figurent même des résurrections.

A. J. D.

Sources consul­tées : Acta Sanctorum, t. III de sep­tembre (Paris et Rome, 1868). — Les Petits Bollandistes. — (V. S. B. P., n’60.)