Pie VI

Lettre encyclique Inscrutabile divinæ

25 décembre 1775

Contre l'athéisme et les idées des Lumières

Donné à Rome, en la Basilique Saint Pierre, le 25 décembre 1775,
pre­mière année de Notre Pontificat.

Pie VI
A ses chers Fils, et à ses Vénérables Frères, salut et Bénédiction Apostolique.

1. Tout comme les des­seins impé­né­trables de la Divine Sagesse, – dont les œuvres sont tou­jours mer­veilleuses -, ont choi­si, entre mille per­sonnes David, dont l’origine était très modeste, et du trou­peau de bre­bis l’ont éle­vé au Trône de la Gloire pour gou­ver­ner son peuple et le rendre agréable à Dieu avec le sceptre du com­man­de­ment ; de la même façon, ils n’ont pas mépri­sé Notre bas­sesse si bien que, même si nous étions le der­nier entre tous, Nous avons été admis par­mi les pères car­di­naux et nous y avons occu­pé la der­nière place. Dieu a vou­lut cepen­dant que ce soit à Nous, par­mi tous les autres, qui parais­saient pour­tant plus dignes de por­ter le dia­dème papal, qu’il revienne d’avoir à assu­mer les fonc­tions de Pontife, et que, éle­vé à un si grand hon­neur, Nous ayons à gou­ver­ner toute Son Église. Lorsque, silen­cieux et recon­nais­sant, nous consi­dé­rons atten­ti­ve­ment cette mer­veilleuse condes­cen­dance, et cette immense bon­té à Notre égard, Nous ne pou­vons Nous empê­cher de rete­nir Nos pleurs, en médi­tant sur cette misé­ri­corde si béné­fique et en même temps sur cette omni­po­tence par laquelle Il a si géné­reu­se­ment rever­sé ses dons sur celui dans lequel Il n’a trou­vé aucun mérite, Nous pla­çant, faible et sans mérites, à la tête des nations afin que, rem­pla­çant sur la Terre le Pasteur Éternel, Nous pais­sions Sa des­cen­dance de fidèles et Nous la gui­dions dans la Jérusalem Céleste. Et puisqu’il est abso­lu­ment conve­nu que Notre hom­mage et l’offrande du Pontife consa­cré doivent com­men­cer en éle­vant des louanges au Seigneur, nous ne pou­vons qu’éclater en voix qui exultent ; confiant dans le Seigneur, que Notre bouche chante avec le pro­phète (Ps. 144,21) les louanges du Seigneur ; et que Notre âme, Notre esprit, Notre chair bénissent Son Saint Nom : » Si c’est un signe de dévo­tion que de jouir d’un don, il est éga­le­ment néces­saire de dou­ter de son propre mérite. Qu’y a‑t-​il en effet de plus redou­table que la fatigue que l’on impose à celui qui est trop faible, que l’élévation offerte à celui qui est trop en bas, que la digni­té confé­rée à celui qui ne la mérite pas ? » (Saint Léon M., Sermon I, chap. 2).

2. Qui ne serait ter­ro­ri­sé par la condi­tion actuelle du peuple chré­tien chez qui l’Amour Divin, par lequel nous sommes en Dieu, et Dieu en nous, se refroi­dit sen­si­ble­ment, chez qui les délits et les ini­qui­tés croissent de jour en jour ? Qui ne serait angois­sé face à la très triste consi­dé­ra­tion que la garde et la pro­tec­tion de l’Église, l’Épouse du Christ, nous ont été confiées à une époque où tant de pièges minent la véri­table Religion, où la saine règle des Canons sacrés est tel­le­ment mépri­sée, où les hommes sont agi­tés et furieux, comme sai­sis d’une irré­fré­nable manie de nou­veau­té, n’hésitent pas à atta­quer les bases mêmes de la nature ration­nelle et vont jusqu’à ten­ter – s’ils le peuvent – de les ren­ver­ser ? Il est bien cer­tain que face à tant de motifs de tré­pi­da­tion, il ne res­te­rait plus en Nous aucune espé­rance de ser­vir uti­le­ment, si Celui qui pro­tège Israël ne veillait sur Nous et ne Nous sur­veillait, lui qui a dit à Ses dis­ciples : « Voici, Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles ; […] s’Il ne dai­gnait être le gar­dien non pas seule­ment des bre­bis, mais éga­le­ment des Pasteurs mêmes. » (Saint Léon M., Sermon V, chap. 2).

3. Parce que les dons divins des­cendent en abon­dance sur Nous, sur­tout alors que Notre prière monte vers Dieu, Nous Nous adres­sons à vous, Vénérables Frères, Nos col­la­bo­ra­teurs et conseillers, en vous deman­dant avant toute chose – au nom de la cha­ri­té par laquelle nous sommes une seule chose dans le Seigneur, et de cette Foi par laquelle nous sommes tous unis en un seul corps – de ne pas ces­ser de prier quo­ti­dien­ne­ment Dieu, afin qu’Il Nous conforte par la puis­sance de Sa ver­tu, qu’Il répande sur Nous l’esprit de Sagesse et de Force, afin que – face à tant de dif­fi­cul­tés des choses et des temps – Nous puis­sions voir ce que Nous devons faire et Nous réus­sis­sions à l’accomplir après que Nous l’ayons vu. Priez donc en esprit ; et que votre prière soit une invo­ca­tion d’amour pour Nous, et une preuve irré­fu­table d’union fra­ter­nel. Et, afin que nous obte­nions plus rapi­de­ment ce qui Nous est néces­saire, faites inter­cé­der Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, dans la Protection de Laquelle nous avons une très grande confiance, ain­si que toute la Curie Céleste ; et implo­rez spé­cia­le­ment pour nous l’aide du Très Saint Apôtre Pierre « dont nous jouis­sons non pas tant d’occuper le Siège, que de le ser­vir, en espé­rant que par ses prières le Dieu de Miséricorde contem­ple­ra avec bien­veillance ces temps dans les­quels nous devons exer­cer Notre Ministère, et dai­gne­ra tou­jours pro­té­ger et res­tau­rer le pas­teur de Ses ouailles » (Saint Léon M., Sermon V, chap. 5).

4. En véri­té, en ce tout début de Notre ser­vice apos­to­lique, que Nous pre­nons avec tout l’engagement de cha­ri­té pater­nelle dont Nous sommes capable, Nous Vous sol­li­ci­tons, Vénérables Frères, et Nous Vous exhor­tons à être les fidèles des mys­tères de Dieu. Vous, qui par­ti­ci­pez du Seigneur, n’ignorez pas ce que Vous devez faire, ni quelles fatigues Vous devez sup­por­ter pour l’Église de Dieu, afin d’accomplir constam­ment votre devoir. C’est pour­quoi nous Vous exhor­tons et nous Vous prions de gar­der éveillée la grâce qui vous a été don­née par l’imposition des mains, et de ne rien négli­ger de ce qui concerne la crois­sance de l’administration de ce corps « qui fut for­mé par le Christ et relié dans chaque join­ture » (Eph. 4, 16) dans la Foi et dans la Charité. C’est pour­quoi, parce que Nous sommes assez per­sua­dé que le prin­ci­pal avan­tage de l’Église réside dans le fait que seuls ceux qui sont éprou­vés en tout et par tout sont admis à faire par­tie de la milice clé­ri­cale, il n’est pas néces­saire que Nous Vous recom­man­dions la plus dili­gente obser­va­tion de ce qui a été éta­bli par les lois cano­niques à ce pro­pos. Animés d’un zèle ardent, vous ferez en sorte que ceux qui ne font pas preuve de sain­te­té dans leurs mœurs, qui ne sont pas ins­truits dans la Loi du Seigneur et qui ne pro­mettent rien de bon ni de par eux-​mêmes ni de par leur acti­vi­té, n’aient aucun accès à la milice ecclé­sias­tique, afin que ceux qui doivent Vous tendre leurs mains valides pour vous aider à paître et à gui­der le trou­peau n’ajoutent pas de fatigue à Votre fatigue, de tour­ment à vos tour­ments, et ne Vous empêchent pas de faire en sorte que le Seigneur récolte de Ses culti­va­teurs ces fruits, qu’au moment de rendre les comptes du Jugement à venir, Jésus Christ, juge très sévère et très juste, pré­ten­dra de Vous. Il est néces­saire que le futur prêtre se signale par la sain­te­té et la doc­trine. En effet, Dieu repousse loin de Lui, et ne veut pas que deviennent Ses prêtres ceux-​là qui ont refu­sé la science, tout comme ne peut être un bon ouvrier pour la récolte celui qui, à la pié­té des mœurs, ne sait pas joindre l’amour de la science. Car le prêtre a besoin d’une ins­truc­tion soi­gnée ; il fut oppor­tu­né­ment décré­té que dans chaque Diocèse, selon les pos­si­bi­li­tés, il fal­lait ins­ti­tuer, s’il man­quait, un col­lège de clercs ; et, une fois qu’il avait été ins­ti­tué, qu’on le main­tienne avec grand soin. Si, en effet, l’on ne forme pas dès le plus jeune âge à la pié­té et à la reli­gion, et si l’on n’exerce pas la jeu­nesse dans la lit­té­ra­ture, qui par nature est encline à prendre le mau­vais che­min, com­ment donc pourra-​t-​elle per­sé­vé­rer sain­te­ment dans la dis­ci­pline ecclé­sias­tique, com­ment pourra-​t-​elle accom­plir dans les études huma­nistes et sacrées ces pro­grès que le minis­tère de l’Église exige comme exemple pour le peuple des fidèles ? Nous sommes cer­tain que ces col­lèges ont été régu­liè­re­ment ins­ti­tués, sain­te­ment et dili­gem­ment conser­vés pas vos bons soins, munis de lois appro­priées, et déve­lop­pés dans chaque Diocèse, spé­cia­le­ment après que Notre Prédécesseur Pie VI, de mémoire impé­ris­sable, ait recom­man­dé chau­de­ment à cha­cun de Vous cette œuvre (Encyclique Ubi pri­mum, du 3 décembre 1740), abso­lu­ment néces­saire pour la digni­té que vous revê­tez. Ainsi donc, comme Nous ne pou­vons pas pri­ver de la louange Apostolique publique les fatigues impor­tantes et la dili­gence employée à les soi­gner et à les faire gran­dir, ain­si, si par hasard dans quelque Diocèse, il se trou­vait que des col­lèges ne soient pas encore ins­ti­tués, ou bien que des col­lèges exis­tants soient négli­gés, Nous ne pou­vons que sol­li­ci­ter éner­gi­que­ment ceux à qui ces tâches reviennent et leur com­man­der qu’ils s’efforcent de prendre tous les moyens pos­sibles en vue de cette œuvre si utile.

5. Pour cette même rai­son, il n’y a pas à craindre que Vous ne veilliez tou­jours, avec la plus grande sol­li­ci­tude à ce qui, ordi­nai­re­ment, émeut le plus les fidèles et excite leur res­pect pour les choses sacrées, c’est à dire à la déco­ra­tion de la mai­son de Dieu et à la splen­deur de ce qui se rap­porte au culte divin. Quel contraste ce serait que de ren­con­trer plus de pro­pre­té et d’élégance dans le palais épis­co­pal que dans la Maison du Sacrifice, dans l’asile de la Sainteté, dans le palais du Dieu vivant ! Quel contre­sens ce serait que de voir les pare­ments sacrés, les orne­ments des autels et tous les objets sacrés, pous­sié­reux car vieux, tom­ber en mor­ceaux, ou cou­verts de sale­té hon­teuse, alors que la table épis­co­pale serait pen­dant ce temps somp­tueu­se­ment déco­rée, et les vête­ments du prêtres élégants !

» Quelle honte et quelle infa­mie – comme l’a dit Saint Pierre Damiano – que de pen­ser que cer­tains pré­sentent le Corps du Seigneur dans un tis­su sale, et ne craignent pas d’utiliser, pour dépo­ser le Corps du Sauveur, un réci­pient qu’un puis­sant de la Terre, qui n’est pas un ver de terre, ne dai­gne­rait pas por­ter à ses lèvres » (Livre IV, épître 14, tome I, Rome 1606).

Quant à Vous, Vénérables Frères, Nous Vous jugeons bien éloi­gnés de cette négli­gence dont se rendent cou­pables, d’après ce que dit le même saint Cardinal, ceux qui, avec les rentes de l’Église, « n’achètent pas de livres, ni ne pro­curent d’ornements ou d’objets sacrés pour leur Église », mais qui n’ont pas honte de tout dépen­ser pour leur usage per­son­nel, comme s’il s’agissait de « dépenses néces­saires ».

6. Nous avons donc consi­dé­ré qu’il n’était pas inutile, Vénérables Frères, de vous par­ler affec­tueu­se­ment de ces choses, pour confir­mer votre très bonne volon­té. Pourtant, quelque chose de beau­coup plus grave exige Notre dis­cours, et même, requiert en abon­dance nos larmes : il s’agit de ce mal pes­ti­len­tiel que la sau­va­ge­rie de notre époque a géné­ré. Unanimes, en ras­sem­blant toutes nos forces, pré­pa­rons le remède néces­saire afin que, par Notre négli­gence, cette peste ne gran­disse dans l’Église, au point d’en deve­nir incu­rable. Il semble en effet qu’en ce moment arrivent ces « jours dan­ge­reux » pro­phé­ti­sés par l’Apôtre Paul, jours dans les­quels « les hommes en effet, seront égoïstes, cupides, fan­fa­rons, orgueilleux, blas­phé­ma­teurs, rebelles à leurs parents, ingrats, impies, sans cœur, impla­cables, calom­nia­teurs, sans frein, cruels, enne­mis du bien, traîtres, empor­tés, gon­flés d’orgueil, amis du plai­sir plus qu’amis de Dieu, sous les dehors de la pié­té dont ils auront renié le pou­voir ;[…] tou­jours en quête d’apprendre, sans jamais pou­voir par­ve­nir à la connais­sance de la […], eux aus­si font oppo­si­tion à la véri­té, hommes à l’esprit per­ver­ti, réprou­vés pour ce qui est de la Foi » (2 Tim. 3,3–5).

Ceux-​là s’érigent en maîtres « abso­lu­ment men­teurs », comme les appelle le prince des Apôtres, Pierre, et ils intro­duisent des prin­cipes de per­di­tion ; ils nient ce Dieu qui les a rache­tés, se pro­cu­rant à eux-​mêmes une ruine rapide.

Ils disent êtres des sages, et ils sont au contraire deve­nus stu­pides ; leur cœur est ter­ni et igno­rant. Vous-​mêmes, qui avez été pla­cés comme scru­ta­teurs dans la mai­son d’Israël, voyez clai­re­ment quel triomphe accom­pa­gnait cette phi­lo­so­phie pleine de trom­pe­ries, qui sous un nom hon­nête cache sa propre impié­té, et qui, et avec quelle faci­li­té, attire à elle et séduit tant de peuples. Qui pour­ra par­ler de l’iniquité des dogmes et des dési­rs intenses qu’elle tente d’insinuer ? Ces hommes, alors qu’ils veulent faire croire qu’ils cherchent la sagesse, « parce qu’ils ne la cherchent pas de la bonne manière, tom­be­ront »; en outre, « ils tombent dans des erreurs si grandes, qu’ils ne par­viennent même pas à avoir la sagesse com­mune » (Lattanzio, Divine isti­tu­zio­ni, lib. III, cap. 28, Parigi,1748). (Lattanzio, Institutions Divines, livre III, chap. 28, Paris,1748).

Ils arrivent même au point de décla­rer de façon impie soit que Dieu n’existe pas, soit qu’il est vain, et fai­néant, qu’il ne s’occupe pas du tout de nous, et qu’il ne révèle rien aux hommes. Pour que l’on ne doive pas s’émerveiller si quelque chose est saint ou divin, ils débla­tèrent que tout cela a été inven­té et ima­gi­né par l’esprit de per­sonnes qui ne s’y connaissent pas, qui sont pré­oc­cu­pées par une peur inutile de l’avenir, et qui sont atti­rées par la vaine espé­rance de l’immortalité.

Or ces men­teurs savants adou­cissent et occultent l’immense per­ver­si­té de leurs dogmes par des paroles et des expres­sions tel­le­ment sédui­santes, que les plus faibles – qui sont la majo­ri­té – sont comme pris à l’hameçon, trom­pés de façon affreuse ; et soit ils abjurent com­plè­te­ment la Foi, soit ils la laissent vaciller en grande par­tie, en sui­vant une doc­trine accla­mée et ils ouvrent les yeux vers une fausse lumière qui leur fait plus de mal que les ténèbres mêmes. Il est évident que notre enne­mi, qui a envie et qui est capable de nuire, de même qu’il a pris l’aspect du ser­pent pour trom­per les pre­miers hommes, de même il a armé les langues cer­tai­ne­ment men­teuses, dont le Prophète (Ps. 119) lui-​même demande que son âme soit libé­rée : du venin de cette faus­se­té qui a ser­vi d’arme pour séduire les fidèles. Ainsi en est-​il de ceux qui « s’insinuent hum­ble­ment, cap­turent dou­ce­ment et tuent secrè­te­ment » (Saint Léon M., Sermon XVI, chap. 3). Il s’ensuit tant de cor­rup­tion des mœurs, tant de licence dans la façon de pen­ser et de par­ler, tant d‘arrogance et de témé­ri­té dans chaque action !

7. En véri­té, ces phi­lo­sophes per­vers, après avoir répan­du ces ténèbres et après avoir extir­pé des cœurs la reli­gion, cherchent sur­tout à faire en sorte que les hommes dis­solvent tous ces liens par les­quels ils sont unis entre eux et avec leurs sou­ve­rains en les obli­geant à faire ce qu’ils veulent ; ils pro­clament jusqu’à la nau­sée que l’homme naît libre et qu’il n’est assu­jet­ti à per­sonne. Donc la socié­té est une foule d’hommes ineptes, dont la stu­pi­di­té se pros­terne devant les prêtres (qui les ensor­cellent) et devant les rois (qui les oppriment), à tel point que la col­lu­sion entre le sacer­doce et l’empire n’est rien d ‘autre qu’une épou­van­table conju­ra­tion contre la liber­té natu­relle de l’homme. Ceux qui ne voient pas ces folies, et d’autres sem­blables qui sont cou­vertes de plu­sieurs couches de men­songes, pro­curent d’autant plus de tort à la tran­quilli­té et à la paix publique que l’impiété de ces auteurs est punie tar­di­ve­ment. Et ils abîment d’autant plus les âmes, rache­tées par le Sang du Christ, que d’autant plus se répand, comme le chancre, leur pré­di­ca­tion, et celle-​ci s’installe dans les aca­dé­mies publiques, dans les mai­sons des puis­sants, dans les palais des rois, et elle s’insinue –et c’est hor­rible à dire – jusque dans les milieux sacrés.

8. C’est pour­quoi, Vénérables Frères, Vous qui êtes le Sel de la Terre, les gar­diens et les pas­teurs du trou­peau du Seigneur, vous qui devez com­battre les batailles du Seigneur, levez-​vous, armez-​vous de votre épée, qui est la parole de Dieu.
Chassez de vos terres la conta­gion inique. Jusques à quand garderons-​nous cachée l’injure faite à la Foi com­mune et à l’Église ? Considérons-​nous sti­mu­lés, comme par le gémis­se­ment de l’Épouse souf­frante du Christ, par les paroles de Bernard :

« Une fois cela fut pré­dit, et main­te­nant est venu le temps de l’accomplissement. Voici, dans la paix, ma très amère amer­tume ; amère déjà, à cause du mas­sacre des mar­tyrs, plus amère ensuite, à cause de la lutte des héré­tiques, et très amère à pré­sent, à cause des mœurs pri­vées… La bles­sure de l’Église est une plaie interne ; voi­là pour­quoi dans la paix mon amer­tume est très amère. Mais quelle paix ? Nous avons la paix et la non-​paix. La paix en ce qui concerne les païens et les héré­tiques, mais cer­tai­ne­ment pas la paix en ce qui concerne les enfants. En ces jours, on entend la voix de quelqu’un qui pleure : J’ai nour­ri mes enfants, et je les ai éle­vés ; mais ils m’ont mépri­sée. Ils m’ont mépri­sée et ils m’ont souillée par leur vie abjecte,par leurs gains et leurs com­merces abjects, et enfin par leur façon d’agir en errant dans les ténèbres » (Sermon XXXIII, n° 16, tome IV, Paris 1691).

Qui ne serait ému en enten­dant ces lamen­ta­tions mêlées de larmes de la pieuse mère, qui ne se sen­ti­rait pas irré­sis­ti­ble­ment pous­sé à faire tout son pos­sible, comme il l’a pro­mis avec fer­me­té à l’Église. Purgez donc les vieux fer­ments, éli­mi­nez le mal qui est par­mi vous ; et donc, avec beau­coup d’énergie et de dévoue­ment, éloi­gnez les livres empoi­son­nés hors de vue du trou­peau ; iso­lez promp­te­ment les âmes infec­tées, afin qu’elles ne nuisent pas aux autres. « En effet, – comme le disait le Très Saint Pontife Léon – nous ne pou­vons pas gui­der les per­sonnes qui nous sont confiées si nous ne pour­sui­vons pas avec le zèle de la Foi dans le Seigneur ceux qui détruisent et sont per­dus, et si nous n’isolons pas avec toute la sévé­ri­té pos­sible ceux qui ne sont pas sains d’esprit, afin que la peste ne conti­nue pas à se répandre » (Épîtres VII, VIII aux Évêques ita­liens, chap. 2).

Nous Vous exhor­tons, nous vous sup­plions et nous vous admo­nes­tons d’accomplir cela, parce que, tout comme dans l’Église il n’y a qu’une seule et unique Foi, un seul Baptême et un seul Esprit, de même que l’âme de cha­cun de vous ne soit qu’une, et que la concorde entre vous soit une, et que soit un votre effort. Si vous êtes unis dans les ins­ti­tu­tions, vous le serez aus­si dans la ver­tu et dans la volon­té. C’est là une chose de la plus haute impor­tance, parce qu’il s’agit de la Foi Catholique, de la pure­té de l’Église, de la doc­trine des Saints, de la tran­quilli­té du gou­ver­ne­ment, du Saut des peuples. Il s’agit ici de ce qui incombe à tout le corps de l’Église, de ce qui revient sur­tout à Vous, qui êtes les pas­teurs appe­lés à par­ti­ci­per à Nos pré­oc­cu­pa­tions et en par­ti­cu­lier à la vigi­lance sur la pure­té de la Foi. « C’est pour­quoi main­te­nant, mes frères, parce que vous êtes Évêques dans le peuple de Dieu et parce que de Vous dépend l’âme des fidèles, éle­vez leurs cœurs à vos paroles »(Gdt 8,21), afin qu’ils res­tent dans la Foi et qu’ils puissent atteindre cette paix qu, comme on le sait, a été pré­pa­rée seule­ment pour ceux qui croient.

Priez, per­sua­dez, gron­dez, tem­pê­tez, n’ayez pas peur ; un silence indif­fé­rent laisse dans l’erreur ceux qui auraient pu être ins­truits : dans une erreur très dom­ma­geable pour eux, et pour vous, à qui revient le devoir de l’éliminer.

La Sainte Église, plus elle se ren­force dans la véri­té, plus ardem­ment elle tra­vaille pour la véri­té ; ne crai­gnez pas, dans cette divine fatigue, la puis­sance ou l’autorité des adver­saires. Que l’Évêque n’ait pas peur, que l’onction du Saint Esprit le revi­gore ; que le pas­teur n’ait pas peur, lui à qui le Prince des pas­teurs a ensei­gné par son exemple à mépri­ser sa vie pour le Salut du trou­peau ; que de l’Évêque soit bien loin la démence abjecte du mercenaire.

Selon son habi­tude, Notre Prédécesseur Grégoire le Grand alors qu’il ensei­gnait aux chefs de l’Église disait : « Souvent les chefs fri­voles, qui ont peur de perdre le consen­sus des per­sonnes, ont peur de dire libre­ment les choses justes et de par­ler selon la voix de la véri­té, et ils se consacrent à la garde du trou­peau, non pas comme des pas­teurs, mais comme des mer­ce­naires ; si le loup vien,t ils fuient et se cachent silen­cieu­se­ment… En effet, quelle dif­fé­rence pour le pas­teur de dire qu’il a eu peur du bien ou qu’il s’est enfui en se tai­sant ? » (Liber regu­lae pas­to­ra­lis, 11, chap. 4, tome II). Si l’infâme enne­mi du genre humain, pour contrer le plus pos­sible vos ten­ta­tives, met­tra par­fois tout en œuvre afin que la peste du mal qui pro­gresse soit cachée dans la hié­rar­chie reli­gieuse du siècle, je vous sup­plie de ne pas perdre cou­rage, mais de mar­cher dans la mai­son de Dieu par l’entente, la prière et la Vérité, qui sont les armes de Notre milice. Souvenez-​vous qu’au peuple conta­mi­né de Judée, rien ne sem­blait plus adap­té à sa puri­fi­ca­tion que la pro­mul­ga­tion –devant tous, du plus petit au plus grand– du Livre de la Loi que le grand prêtre Élie avait trou­vé peu avant dans le temple du Seigneur ; et aus­si­tôt, avec l’accord de tout le peuple, après l’avoir éli­mi­né tant il était abo­mi­nable, « en pré­sence du Seigneur, il fut conclu un pacte en ver­tu duquel le peuple sui­vrait le Seigneur, gar­de­rait ses pré­ceptes, ses lois et les rites affé­rents, avec tout son cœur et toute son âme ». Dans le même esprit, Josaphat envoya les prêtres et les lévites avec le Livre de la Loi par­cou­rir les villes de Judée, pour qu’ils ins­truisent le peuple (2 Cor 17,7ss).

À votre foi, Vénérables Frères, par une auto­ri­té non humaine, mais divine, est confiée la dif­fu­sion de la Parole Divine ; ras­sem­blez donc le peuple et annoncez-​lui l’Évangile de Jésus-​Christ ; de cette nour­ri­ture divine, de cette céleste doc­trine, faites déri­ver le suc de la vraie phi­lo­so­phie pour votre trou­peau. Persuadez les sujets qu’il faut conser­ver la Foi et rendre hom­mage à ceux qui, en ver­tu de l’ordination divine, pré­sident et commandent.

À ceux qui sont atta­chés au minis­tère de l’Église, don­nez des exemples de Foi, afin qu’ils puissent plaire à celui qui les exa­mine et qu’ils pré­fèrent seule­ment ce qui est sérieux, modé­ré et plein de reli­gion. Par-​dessus tout, allu­mez dans les âmes tout le feu de la cha­ri­té réci­proque, que si sou­vent et si par­ti­cu­liè­re­ment le Christ Notre Seigneur a recom­man­dé, et qui est la seule marque de recon­nais­sance des Chrétiens, ain­si qu’une obli­ga­tion de perfection.

9. Ce sont là, Vénérables Frères, les choses des­quelles Nous dési­rions Vous par­ler en par­ti­cu­lier, au Nom du Seigneur, et que Nous Vous deman­dons d’accomplir avec beau­coup d’engagement et avec un très grand soin, afin que Nous puis­sions expé­ri­men­ter com­bien il est joyeux d’être unis tous ensemble, dans la conser­va­tion fidèle du dépôt confié à Notre garde. Mais, à cause de nos péchés, nous ne pour­rons pour­suivre ces choses tant que la Miséricorde du Seigneur ne Nous est pas envoyée, qu’elle Nous soit envoyée avec Sa béné­dic­tion. Ainsi, afin que Notre prière com­mune arrive plus rapi­de­ment à Lui, et que Lui soit récon­ci­lié avec Nous et aide Notre fai­blesse, tan­dis que Nous Vous envoyons cette Lettre, Nous en publions une autre, par laquelle Nous concé­dons le Jubilé à tous les Chrétiens, en espé­rant en Celui qui est plein de com­pas­sion et misé­ri­cor­dieux, à tel point qu’Il Nous a don­né le pou­voir de lier et de délier sur la terre, pour l’édification de Son corps. Ainsi, qu’Il étende le Salut, à vous et à vos trou­peaux, afin que, tou­jours immunes de toute forme d’erreur, Vous puis­siez pro­gres­ser de ver­tu en vertu.

C’est ce que Nous deman­dons de toute notre âme, tan­dis que Nous don­nons avec une grande affec­tion la Bénédiction Apostolique : à Vous, et aux peuples qui sont confiés à vos soins.

Donné à Rome, en la Basilique Saint Pierre, le 25 décembre 1775, pre­mière année de Notre Pontificat.

Signé : PIE.

fraternité sainte pie X
23 avril 1791
Sur la révolte des peuples d'Avignon et du Comtat Venaissin, faisant partie des États du pape, avec la lettre d'envoi à l'archevêque d'Avignon. Où se trouve stigmatisée la déclaration des droits de l'homme
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10 mars 1791
Au sujet de la constitution civile du clergé décrétée par l'Assemblée Nationale
  • Pie VI