Pie XII

Lettre pour le 5e centenaire de sainte Colette de Corbie

5 décembre 1947

Cette lettre a été adres­sée aux RR. PP. Clement de Milwaukee, minis­tre géné­ral des Frères mineurs capu­cins, Bede Hess, ministre géné­ral des Frères mineurs conven­tuels, Pacifique Perantoni, ministre géné­ral des Frères mineurs.

Tandis qu’un grand nombre d’hommes de nos jours, reje­tant la pen­sée des choses éter­nelles, se pré­ci­pitent misé­ra­ble­ment dans les plai­sirs du siècle négli­geant ou pla­çant au second plan les choses du ciel et de la ver­tu, il Nous paraît très oppor­tun, en réponse à votre com­mune lettre, de rap­pe­ler au sou­ve­nir des hommes la vierge Clarisse fidèle à Dieu, sainte Colette de Corbie, dont le cin­quième cen­te­naire de la très pieuse mort vient de son­ner, et d’encourager tous les hommes à l’exacte imi­ta­tion de ce qui fai­sait l’éminente beau­té de son âme. Nous sou­hai­tons par­ti­cu­liè­re­ment qu’elle leur apprenne au milieu de la si grande dis­si­pa­tion et du tumulte des évé­ne­ments que ce sont les choses qui regardent Dieu et qui portent à embras­ser ses très saints com­man­de­ments qui ont le plus de valeur, et celles qui animent la vie inté­rieure et sur­na­tu­relle, mère des ver­tus chré­tiennes, laquelle ignore la mort car elle doit être un jour gref­fée sur le bon­heur éter­nel. C’est dans cette vie pro­fonde et sur­na­tu­relle que cette vierge fran­cis­caine a pui­sé la force de se parer elle-​même des fleurs et des fruits de la céleste beau­té, mais aus­si d’éclairer les autres de la lumière de sa sainteté.

Elle vit le jour à Corbie et mon­tra dès l’âge le plus tendre des signes évi­dents de sa future sain­te­té ; non seule­ment, en effet, elle évi­ta avec un soin vigi­lant les séduc­tions du monde et s’adonna tout entière à de conti­nuelles prières, mais elle s’attachait aus­si les autres fillettes, aus­si nom­breuses qu’elle le pou­vait, pour les nour­rir de l’aliment de la bonne doc­trine et les encou­ra­ger par ses conseils et ses exemples et avec des fruits abon­dants, à évi­ter de toutes leurs forces la fange des vices et à suivre le che­min de la ver­tu chré­tienne. Privée de ses parents, elle ven­dit son patri­moine et sa for­tune, en dis­tri­bua géné­reu­se­ment le prix aux pauvres et se reti­ra dans la soli­tude pour s’attacher à Dieu seul et s’adonner plus faci­le­ment à la céleste contem­pla­tion, après avoir domp­té son corps par le jeûne, le cilice et les chaînes de fer.

Eclairée bien­tôt par une lumière sur­na­tu­relle et ins­pi­rée par une impul­sion du ciel, elle sur­mon­ta heu­reu­se­ment de nom­breuses et gran­des dif­fi­cul­tés pour gagner avec joie la clô­ture des vierges franciscai­nes où, pous­sée par la grâce divine, elle s’efforça d’atteindre de plus en plus chaque jour à la per­fec­tion de la vie évan­gé­lique, objet de ses ardents désirs.

Mais non contente de s’instruire elle-​même de la pra­tique de tou­tes les ver­tus et notam­ment de la modes­tie, de la péni­tence et de l’humilité d’esprit et de s’y entraî­ner avec la plus grande applica­tion, elle l’emporta tel­le­ment sur les autres par l’éclat de sa sain­te­té que les reli­gieuses cla­risses la consi­dé­raient avec véné­ra­tion comme une maî­tresse. Il arri­va donc que par un des­sein de la Providence divine elle réta­blit dans leur ancienne fer­veur de nom­breux cou­vents de Flandre et de France, en fon­da de nou­veaux et les ame­na à la forme évan­gé­lique de vie. C’est pour­quoi, par­ve­nue à la fin de sa vie mor­telle pleine de mérites et de ver­tus, elle pou­vait par son exemple plus que par des paroles exhor­ter ses Sœurs à la sain­te­té et spé­cia­le­ment à un brû­lant amour de Dieu, à la pau­vre­té volon­taire et au sup­port des tra­vaux et des souf­frances, par ce che­min ardu sans doute et semé d’épines, toutes pour­raient par­ve­nir au bon­heur du ciel.

Ayez donc devant les yeux ces écla­tants exemples de sain­te­té ; attachez-​vous non seule­ment à les contem­pler géné­reu­se­ment, mais employez toutes vos forces, sur­tout pen­dant ces solen­ni­tés cente­naires, à ce que tous ceux que vous pour­rez atteindre, apprennent que rien n’est pré­fé­rable, rien n’est plus néces­saire pour cha­cun que d’orner son âme de ver­tus sur­na­tu­relles et sur­tout de nour­rir cette vie divine qui les engendre et les fait fleu­rir. Car celui qui aura négli­gé la vie inté­rieure et sur­na­tu­relle que la grâce ranime pour se tour­ner uni­que­ment vers les choses exté­rieures, même hon­nêtes et oppor­tunes, remar­que­ra tôt ou tard qu’il a fait un tra­vail caduc et sté­rile. Vous savez en effet que « tout don excellent, tout pré­sent par­fait viennent d’en-haut, des­cen­dant du Père des lumières » (Jac­ques, I, 17) ; et donc qu’aussi tout ce qui regarde l’apostolat sera vain et vide, s’il n’est mû par l’inspiration divine.

En outre Nous dési­rons exhor­ter spé­cia­le­ment et d’un cœur pater­nel les vierges Clarisses à suivre soi­gneu­se­ment et exac­te­ment les traces de sainte Colette. Qu’elles ne tolèrent pas que les anciennes ver­tus dont a si vive­ment res­plen­di cette sainte, perdent leur vigueur, lan­guissent et s’éteignent misé­ra­ble­ment. Qu’elles réveillent de toutes leurs forces leur ardeur pour la sain­te­té, si elle s’est refroi­die ; qu’elles n’implorent pas seule­ment pour elles-​mêmes les dons de la grâce divine, mais qu’elles demandent aus­si à Dieu lumière, miséri­corde et par­don pour leurs innom­brables frères et sœurs qui entraî­nés hors du droit che­min sont tom­bés aveu­glé­ment dans l’erreur et le bour­bier des vices.

Nous joi­gnons volon­tiers Nos prières aux leurs et aux vôtres, tan­dis qu’en témoi­gnage des grâces du ciel et en gage de Notre par­ticulière bien­veillance, Nous vous accor­dons très affec­tueu­se­ment dans le Seigneur la Bénédiction apos­to­lique, tant à cha­cun de vous, chers fils, et aux confrères confiés à votre direc­tion, qu’à toutes les vierges fran­cis­caines vouées à Dieu, et à tous ceux qui pren­dront part à ces fêtes du cin­quième centenaire.

Source : Documents Pontificaux de sa Sainteté Pie XII, année 1947, Edition Saint-​Augustin Saint-​Maurice – D’après le texte latin des A. A. S., XL, 1948, p. 104.

fraternité sainte pie X
13 décembre 1908
Prononcé après la lecture des décrets de béatification des Vénérables Jeanne d'Arc, Jean Eudes, François de Capillas, Théophane Vénard et ses compagnons.
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