15 août 1990

Assomption : « Les regards tournés vers le ciel »

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Homélie pro­non­cée par Mgr Lefebvre au sémi­naire d’Econe, le 15 août 1990 (13 minutes).

Mes bien chers frères,

Vous excu­se­rez la sim­pli­ci­té de cette céré­mo­nie puisque – comme vous le savez – nos sémi­na­ristes sont en vacances, alors c’est vous qui faites la chorale.

Mais si la céré­mo­nie est simple, je pense que nos cœurs doivent tous être dans la fête. Dans la fête de la très Sainte Vierge Marie, de son Assomption qui est cer­tai­ne­ment une des plus belles fêtes de Marie et en tout cas qui est la fête qui pour les fidèles, pour nous qui sommes encore in via, qui sommes encore en che­min vers le Ciel, est une occa­sion de grande espé­rance et de grand soutien.

Si l’on cherche quelle est la leçon que l’Église nous donne dans sa litur­gie d’aujourd’hui, nous la trou­ve­rons dans l’oraison. Nous allons chan­ter tout à l’heure dans l’oraison le vœu que l’Église demande pour nous : Que nous soyons tou­jours ad super­na sem­per inten­ti [1], dit l’Église.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Que nous ayons les regards de nos corps, de nos âmes, de nos cœurs tou­jours diri­gés ad super­na cœles­tia, vers les choses célestes. L’oraison et l’Église ajoutent : Ipsius glo­riæ merea­mur esse consortes : Pour que nous soyons un jour par­ti­ci­pants de la gloire de Marie.

Qu’est-ce que l’Église peut dési­rer de mieux pour nous ? Quel conseil plus effi­cace peut-​elle nous don­ner. Avoir les yeux, c’est-à-dire sur­tout, avoir notre cœur tout entier orien­té vers les choses du Ciel. Et si c’est une chose qui nous est dif­fi­cile, depuis que nous sommes affli­gés par les suites du péché ori­gi­nel et que notre âme est en quelque sorte aveu­glée par les choses maté­rielles, par les choses sen­sibles qui forment un écran entre nous et le Ciel, alors que elles devraient être au contraire, un moyen pour nous de nous éle­ver vers le Ciel. Eh bien, s’il est une chose et s’il est une pen­sée qui nous aide à regar­der vers le Ciel, c’est de pen­ser à la très Sainte Vierge Marie.

Et c’est pré­ci­sé­ment pour­quoi, cette fête de l’Assomption est pour nous rem­plie d’espérance, rem­plie de joie, rem­plie d’encouragements. Parce que s’il est un sujet qui nous élève au Ciel c’est bien la pen­sée de Marie triom­phante, Marie glo­rieuse dans le Ciel, Reine du Ciel.

Vous vous sou­ve­nez que, dans l’Évangile, à l’occasion de l’Ascension, il est dit que les apôtres demeu­raient les regards tour­nés vers le Ciel. Notre Seigneur avait dis­pa­ru pour­tant, mais ils étaient tel­le­ment atti­rés par cette vision qu’ils avaient vue, leurs yeux demeu­raient fixés vers le Ciel. Et com­bien cela se comprend !

Et je pense que si nous avions assis­té, nous aus­si, à l’Assomption de la très Sainte Vierge, nos yeux seraient res­tés fixés vers le Ciel, avec l’espoir un jour, de suivre notre Mère.

Et si l’on peut dire qu’une créa­ture est vrai­ment céleste, c’est bien de la très Sainte Vierge que l’on peut le dire. Et le Bon Dieu en a don­né la preuve par son Assomption. Elle est main­te­nant rayon­nante non seule­ment dans son âme, mais aus­si dans son corps.

Et c’est un fait, que chaque fois que la très Sainte Vierge a vou­lu se mani­fes­ter ici sur terre, ceux qui ont eu cette grande grâce de la voir, ont été dans l’admiration devant la splen­deur de la Sainte Vierge, devant sa lumière, devant son rayon­ne­ment, devant son état céleste. Et ces enfants étaient tel­le­ment cap­ti­vés par cette vision que leurs sens ne s’exerçaient plus.

On raconte, n’est-ce pas, que Bernadette étant dans cet état d’extase devant la très Sainte Vierge Marie, on lui met­tait une flamme de bou­gie sur la main, elle ne le sen­tait même pas, tel­le­ment elle était atti­rée par la beau­té, la gran­deur, par la subli­mi­té de l’image et de la pré­sence de la très Sainte Vierge Marie.

En effet, la Vierge Marie a eu des pri­vi­lèges extra­or­di­naires. Elle peut bien dire dans son Magnificat : Fecit mihi magna qui potens est : « Le Tout-​Puissant a fait en moi de grandes choses » (), a fait pour moi de grandes choses. Oui, en effet, on a peine à s’imaginer qu’une créa­ture puisse por­ter son Dieu, puisse por­ter Dieu, le Créateur du Ciel et de la terre, en son sein, comme la très Sainte Vierge Marie L’a porté.

Dieu est res­té Dieu. Rien n’a chan­gé en Dieu. Rien n’était modi­fié dans la Sainte Trinité. Dieu est immuable. Et cepen­dant, IL a vou­lu habi­ter dans le sein de la Vierge Marie pen­dant neuf mois. Quelles grâces pour cette créa­ture choi­sie d’une manière toute spé­ciale, pour être la Mère de Jésus-​Christ, la Mère de notre Sauveur. Marie est vrai­ment céleste.

Et d’ailleurs, cette fête de l’Assomption mani­feste que chez les fidèles et dans l’Église d’une manière géné­rale, les foules se pré­ci­pitent à la suite de la Vierge Marie. Des foules de catho­liques se sont réunies à l’occasion de cette fête, par­tout, soit en fai­sant des pro­ces­sions en l’honneur de la très Sainte Vierge Marie, soit en allant dans des pèlerinages.

Et la fête de l’Assomption ne date pas de la pro­cla­ma­tion du dogme de l’Assomption de la très Sainte Vierge, c’est-à-dire du 1er novembre 1950, lorsque le pape Pie XII a pro­cla­mé que l’Assomption de la Vierge Marie était un dogme, une véri­té que nous devons croire pour être vrai­ment catho­liques. Non la fête de l’Assomption date du temps des apôtres. On a fêté la Vierge Marie – et la meilleure preuve c’est ce qui est ins­crit dans nos cathé­drales, dans nos églises, les prières elles-​mêmes parlent de l’Assomption, de la très Sainte Vierge.

Les pein­tures, la fameuse pein­ture de Murillo qui se trouve dans le musée de Madrid (en sont la preuve). Depuis de longues années, on fête la très Sainte Vierge Marie dans sa fête de l’Assomption et en par­ti­cu­lier lorsqu’en 1638, le roi Louis XIII a consa­cré la France à la très Sainte Vierge Marie, le jour de l’Assomption.

L’Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Ce sont autant de mani­fes­ta­tions qui montrent l’attachement des fidèles, l’attachement de l’Église à la Vierge Marie dans son Assomption et par­ti­cu­liè­re­ment évi­dem­ment à cette conclu­sion de toute cette Histoire de l’Assomption de Notre Dame, qui est la pro­cla­ma­tion du dogme par le pape Pie XII où j’ai eu le bon­heur de me trou­ver (ce jour à Rome).

Le noms des évêques pré­sents lors de la pro­cla­ma­tion du dogme de l’Assomption a été ins­crit dans le marbre d’une des colon­nades de la Basilique Saint Pierre de Rome. Le nom de Mgr Lefebvre y figure.
Mgr Lefebvre en famille devant saint Pierre de Rome en novembre 1950, à l’oc­ca­sion de la pro­cla­ma­tion du dogme.

Alors quel doit être, mes bien chers frères, la conclu­sion pour nous de ces consi­dé­ra­tions sur la fête de l’Assomption de la très Sainte Vierge Marie ? Eh bien que nous devons tout faire pour ne pas empê­cher nos cœurs d’être orien­tés vers le Ciel, d’être orien­tés vers la Vierge Marie.

Il fau­drait que nous puis­sions nous dire lorsque nous sommes chez nous, dans notre vie quo­ti­dienne, dans notre acti­vi­té cou­tu­mière, que nous puis­sions pen­ser que si la Vierge Marie était là, est-​ce qu’elle serait d’accord avec nous, avec ce que nous fai­sons, avec ce que nous pen­sons, avec ce que nous regar­dons, avec ce que nous aimons. Il faut vivre avec la très Sainte Vierge Marie et ain­si nous vivrons vrai­ment du Ciel.

Il est bon de réflé­chir et de faire comme un petit exa­men de conscience et se dire : Que pen­se­rait la Vierge Marie si elle était main­te­nant pré­sente auprès de moi, pour ce que je fais, pour ce que je dis, pour ce que je pense, pour ce que j’aime.

Alors son­gez à per­mettre à la très Sainte Vierge Marie, de se trou­ver tou­jours avec vous, par­tout où vous êtes. Partout où nous sommes, que nous puis­sions vivre avec notre Mère. Qu’elle ne soit pas obli­gée de nous quit­ter, parce qu’elle ne peut pas res­ter dans notre ambiance, parce qu’elle ne veut pas accep­ter ce que nous fai­sons ou ce que nous aimons.

Voilà je pense la réso­lu­tion que nous devons prendre si nous vou­lons vivre avec la Vierge Marie. Et par consé­quent réa­li­ser ce vœu que l’Église a mani­fes­té dans son orai­son : Que nous soyons tou­jours les yeux tour­nés vers le Ciel.

Qu’est-ce que nous appren­dra la Vierge Marie ? Elle nous appren­dra a être saint, comme elle a été sainte, à être purs, comme elle a été pure ; à aimer Dieu comme elle L’a aimé. Et à aimer sur­tout son Fils Jésus-​Christ. Et à nous ensei­gner qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Notre Seigneur Jésus-​Christ, en qui résident le Père et le Saint-Esprit.

Voilà sur­tout la grande leçon que nous donne la très Sainte Vierge Marie. Et cette leçon est très impor­tante aujourd’hui, parce que Notre Seigneur est mis de côté. Notre Seigneur est mis à l’égal de toutes les reli­gions. La très Sainte Vierge Marie ne peut pas sup­por­ter cela. C’est impos­sible ! Pour elle, il n’y a que Notre Seigneur Jésus-​Christ, son divin Fils qui est la Voie, la Vérité et la Vie, qui est le che­min pour aller au Ciel. Il n’y en a pas d’autre. Elle est venue Le don­ner au monde. Elle a été choi­sie pour Le don­ner au monde, ce che­min, cette voie.

Alors deman­dons à la Vierge Marie de res­ter, qu’elle nous prenne par la main, qu’elle nous conduise, qu’elle soit vrai­ment notre Mère au cours de cette vie ter­restre pour qu’un jour, comme le dit l’oraison, nous puis­sions un jour aus­si par­ta­ger sa gloire dans le Ciel.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Notes de bas de page

  1. Oraison de la messe de l’Assomption. Littéralement : « atten­tifs aux choses d’en-​haut »[]

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.