Vingt-​cinq ans après les sacres : la noblesse des principes pour lesquels on combat

C’est nor­mal et c’est même un bon signe que la foi déclenche les plus vives pas­sions dans le cœur des hommes. L’émotion et l’a­ni­ma­tion que pro­voque cette ver­tu théo­lo­gale en leurs âmes sont le signe indu­bi­table que la foi n’est pas morte en eux et qu’elle est encore assez vive pour com­mo­tion­ner leur intérieur.

En ces temps de vide spi­ri­tuel et de ter­rible régres­sion de l’hu­ma­ni­té, il faut se réjouir de ren­con­trer de telles per­sonnes encore assoif­fées de connaître Dieu, dési­reuses de l’ai­mer davan­tage et prêtes à tous les com­bats pour la défense de la véri­té révé­lée. Il faut rendre grâce à Dieu pour ces âmes chez qui la foi est suf­fi­sam­ment vigou­reuse pour rendre alertes les pas­sions ! Et plus la foi est pro­fonde, plus les pas­sions qu’elle sus­cite conti­nue­ront à croître !

Cependant, on ne doit pas pen­ser, au seul motif que des pas­sions auraient été ini­tia­le­ment déclen­chées par la vigueur de la foi, que l’on pour­rait ensuite lais­ser libre cours à leur déchaî­ne­ment, comme si le constat de la bon­té de la source per­met­tait de garan­tir la pure­té du cours d’eau jus­qu’à son terme. Car le fleuve, che­min fai­sant, se charge sou­vent de tant d’eaux étran­gères et de tant d’al­lu­vions qu’on peine à en retrou­ver la lim­pi­di­té de l’origine.

La noblesse des prin­cipes pour les­quels on com­bat ne suf­fit pas pour autant à cano­ni­ser tout ce que l’on entre­prend pour leur défense. Si la rai­son et toutes les ver­tus ne se montrent pas par­ti­cu­liè­re­ment vigi­lantes, la pure­té du jaillis­se­ment ini­tial risque d’être ter­nie par je ne sais quel relent de la nature, par le juge­ment propre, par la volon­té propre et par la démesure.

A titre d’exemple, on com­prend, en ces temps d’a­po­sta­sie, que l’in­di­gna­tion occupe une vaste place dans une âme catho­lique Que les évêques et les papes, depuis un demi-​siècle, pro­meuvent des pen­sées contraires à la foi catho­lique, voi­là un scan­dale vrai­ment inouï pour la conscience catho­lique. Pour gar­der la foi, il lui faut désor­mais résis­ter aux chefs de l’Église catho­lique et à ceux dont elle devrait rece­voir l’a­li­ment et les secours divins. Si elle leur fait confiance, ils la conduisent sur des pâtu­rages empoi­son­nés et ils la livrent aux loups ! Elle se trouve bri­mée et condam­née pour vou­loir conti­nuer à croire ce que l’Église a tou­jours cru. C’est sa fidé­li­té qui devient la cause des condam­na­tions qui sont ful­mi­nées contre elle !

Que cette indi­gna­tion du spec­tacle hon­teux qui nous est don­né par les hommes de la hié­rar­chie de l’Église sou­lève nos âmes n’est nul­le­ment un péché. C’est au contraire le signe d’une âme qui n’est pas ané­miée, qui n’est pas gan­gre­née par le can­cer du rela­ti­visme. La répé­ti­tion des visites des papes dans les syna­gogues et les mos­quées, l’u­to­pie de la récon­ci­lia­tion entre le monde et l’Église, tout cela pro­voque une véri­table nau­sée… Plût à Dieu que ces sen­ti­ments d’in­di­gna­tion fussent dans toutes les âmes !

Mais cepen­dant, c’est la rai­son éclai­rée par la foi qui doit tou­jours demeu­rer la maî­tresse de notre vie, de nos pen­sées, de nos choix, de nos réso­lu­tions, de nos actions. Ainsi, il est juste que la vue d’un pape Jean-​Paul II bai­sant le Coran nous plonge dans une pro­fonde indi­gna­tion. Spontanément, la ques­tion nous vient à l’es­prit de savoir si un pape qui agit ain­si peut tou­jours être le pape.

À cet ins­tant, l’er­reur consis­te­rait à croire que la pas­sion qui nous anime – aus­si sainte qu’elle soit – suf­fi­rait à garan­tir la jus­tesse de toutes nos pen­sées et nous dis­pen­se­rait de rai­son­ner. Il n’en va pas ain­si. La rai­son éclai­rée par la foi doit tou­jours demeu­rer la maî­tresse de nos âmes et nous devons inlas­sa­ble­ment lui sou­mettre nos émois, nos alarmes et toutes nos pas­sions, non pas pour qu’elle nous en ampute, mais pour qu’elle nous garde des réac­tions trop émo­tives et que tout demeure tou­jours en nous har­mo­ni­sé selon la loi de la rai­son. Ainsi nos âmes demeu­re­ront dans cette néces­saire séré­ni­té pour bien juger car « L’âme ne juge bien de la véri­té que dans la paix. »

Abbé Régis de Cacqueray †, Supérieur du District de France

Source : Fideliter n° 214

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.