Fin de vie : l’Assemblée national dit « oui » à l’euthanasie dans un climat de tension

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Au terme d’une deuxième lec­ture élec­trique, les dépu­tés ont vali­dé, dans l’après-midi du 25 février 2026, le pro­jet de loi léga­li­sant le sui­cide assis­té et l’euthanasie. Si le consen­sus règne sur les soins pal­lia­tifs, la frac­ture s’accentue au Palais Bourbon sur les moda­li­tés de la fin de vie. Le texte va pour­suivre son mara­thon par­le­men­taire avec un vote final pré­vu pour cet été.

C’est une vic­toire à la Pyrrhus pour le camp pré­si­den­tiel : pour la seconde fois en moins d’un an, la pro­po­si­tion de loi ouvrant une « aide à mou­rir » a été adop­tée. Si le pre­mier volet, consa­cré au ren­for­ce­ment des soins pal­lia­tifs, a été plé­bis­ci­té à l’unanimité (491 voix), le cœur du texte a révé­lé une majo­ri­té qui s’effrite : 299 voix pour et 226 contre. En mai 2025, l’écart était de 106 voix ; il n’est plus que de 73.

Le mirage d’un « modèle français »

Ce rétré­cis­se­ment de la majo­ri­té témoigne des doutes qui s’emparent des bancs de l’hémicycle. « Le leit­mo­tiv “tout est cadré” ne tient pas », s’inquiète la dépu­tée MoDem Maud Petit, autre­fois favo­rable au texte. Au centre des débats : la défi­ni­tion même du « modèle fran­çais » défen­du par Emmanuel Macron.

Lors de l’examen, la gauche avait réus­si à faire voter le « libre choix » pour le patient entre l’euthanasie et le sui­cide assis­té. Un virage jugé trop radi­cal par le gou­ver­ne­ment, qui a dû orga­ni­ser une seconde déli­bé­ra­tion en urgence mer­cre­di pour réta­blir « l’équilibre ». 

Finalement, les dépu­tés sont reve­nus à la ver­sion ini­tiale : le sui­cide assis­té reste la règle, l’euthanasie l’exception médi­cale en cas d’incapacité phy­sique du patient. Le texte réaf­firme éga­le­ment qu’une souf­france psy­cho­lo­gique « seule » ne pour­ra jus­ti­fier l’accès à la procédure.

Des personnels de santé inquiets

Pour béné­fi­cier de cette aide, le malade devra répondre à cinq cri­tères pré­cis, dont une affec­tion grave et incu­rable enga­geant le pro­nos­tic vital à court ou moyen terme, et une capa­ci­té de dis­cer­ne­ment intacte. Mais on sait que les limites sont faites pour être dépassées…

Car ces garde-​fous ne ras­surent pas du tout le Conseil natio­nal de l’Ordre des méde­cins. L’institution s’inquiète d’une loi qui « ébranle les fon­de­ments éthiques » de la pro­fes­sion. Le point de fric­tion majeur reste la créa­tion d’un « délit d’entrave », pas­sible de deux ans de pri­son pour ceux qui ten­te­raient d’empêcher la pratique.

À l’inverse, l’Association pour le droit à mou­rir dans la digni­té (ADMD) salue un « moment his­to­rique », tout en regret­tant l’abandon du libre choix du mode opératoire.

Le forcing de lexécutif

Malgré les ten­sions, l’auteur du texte, Olivier Falorni, affiche son opti­misme et vise une adop­tion défi­ni­tive avant l’été pour une appli­ca­tion au 1er jan­vier 2027. Le par­cours reste pour­tant semé d’embûches pour les fos­soyeurs du droit à la vie : le texte doit désor­mais repar­tir au Sénat en avril, où la majo­ri­té de droite et du centre l’attend de pied ferme pour le rejeter.

Avant de pas­ser au crible de la com­mis­sion mixte pari­taire (CMP) et de reve­nir une der­nière fois devant l’Assemblée en cas d’échec à trou­ver un consensus.

Dans les cou­lisses du pou­voir, la pres­sion monte. Alors que des rumeurs font état des réti­cences du pre­mier ministre Sébastien Lecornu, un poids lourd de la Macronie tranche : « Emmanuel Macron décide, Sébastien Lecornu exé­cute. » Le calen­drier est fixé, et l’exécutif ne semble pas prêt à lais­ser les hési­ta­tions par­le­men­taires ralen­tir cette réforme de socié­té qui enfon­ce­ra un clou de plus dans le cer­cueil France. Plus que jamais, la prière est de rigueur.

(Sources : 20 minutes /​Le Figaro /​FSSPX.Actualités)