Saint Pie X

257ᵉ pape ; de 1903 à 1914

26 juin 1912

Réponse de la Commission Biblique Sur les synoptiques

Télécharger en PDF

I. Auteur, date de composition et vérité historique des évangiles selon saint Marc et selon saint Luc

Question 1 : La voix claire de la Tradition, qui depuis les com­men­ce­ments de l’Église est admi­ra­ble­ment una­nime et qui a été confir­mée par des preuves mul­tiples, à savoir les témoi­gnages expli­cites des saints Pères et des écri­vains ecclé­sias­tiques, les cita­tions et les allu­sions qui se trouvent dans leurs écrits, l’usage des héré­tiques anciens, les tra­duc­tions des livres du Nouveau Testament, presque tous les manus­crits les plus anciens, comme aus­si par des rai­sons internes, tirées du texte des livres saints eux-​mêmes, est-​il pos­sible d’affirmer de façon cer­taine que Marc, le dis­ciple et l’interprète de Pierre, et le méde­cin Luc, l’assistant et le com­pa­gnon de Paul, sont réel­le­ment les auteurs des évan­giles qui leur sont res­pec­ti­ve­ment attribués ? 

Réponse : Oui. 

Question 2 : Les argu­ments par les­quels cer­tains cri­tiques cherchent à démon­trer que les der­niers douze ver­sets de l’évangile de Marc [Mc 16, 9–20] n’ont pas été rédi­gés par Marc, mais ajou­tés par une autre main, sont-​ils de nature à don­ner le droit d’affirmer qu’ils ne doivent pas être recon­nus comme ins­pi­rés et cano­niques ; ou du moins qu’ils démontrent que Marc n’est pas l’auteur de ces versets ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

Question 3 : Est-​il per­mis de même de dou­ter de l’inspiration et de la cano­ni­ci­té des récits de Luc concer­nant l’enfance du Christ [Lc 16, 9–20] ou l’apparition de l’Ange qui récon­for­ta Jésus et la sueur de sang [Lc 22, 43 s] ; ou peut-​on au moins mon­trer par des argu­ments solides – ce qui plai­sait aux héré­tiques anciens et qui plaît éga­le­ment à des cri­tiques plus récents – que ces récits ne font pas par­tie de l’Évangile ori­gi­nel de Luc ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

Question 4 : Les docu­ments très rares et tout à fait iso­lés dans les­quels le can­tique Magnificat [Lc 1, 46–55] n’est pas attri­bué à la bien­heu­reuse Vierge Marie mais à Élisabeth, peuvent-​ils et doivent-​ils pré­va­loir de quelque manière contre le témoi­gnage concor­dant de presque tous les manus­crits aus­si bien du texte ori­gi­nal grec que des tra­duc­tions, et contre l’interprétation que le contexte n’exige pas moins que le sen­ti­ment de la Vierge elle-​même et la Tradition constante de l’Église ?

Réponse : Non. 

Question 5 : S’agissant de l’ordre chro­no­lo­gique des évan­giles est-​il per­mis de s’éloigner de l’opinion cor­ro­bo­rée par le témoi­gnage à la fois très ancien et constant de la Tradition et qui atteste qu’après Matthieu qui, le pre­mier de tous, com­po­sa son évan­gile dans la langue mater­nelle, Marc a écrit le deuxième, et Luc le troi­sième ; ou faut-​il d’un autre côté consi­dé­rer comme contraire à cette concep­tion l’opinion qui affirme que le deuxième et le troi­sième évan­gile ont été com­po­sés avant la tra­duc­tion grecque du pre­mier évangile ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

Question 6 : Peut-​on dif­fé­rer la date de com­po­si­tion des Évangiles de Marc et de Luc jusqu’à la des­truc­tion de Jérusalem ; ou parce que chez Luc la pro­phé­tie du Seigneur concer­nant la des­truc­tion de cette ville appa­raît plus pré­cise, peut-​on sou­te­nir que son évan­gile au moins a été com­po­sé après que le siège eut déjà commencé ?

Réponse : Non pour les deux parties. 

Question 7 : Doit-​on affir­mer que l’évangile de Luc a pré­cé­dé le livre des Actes des Apôtres, et que puisque ce livre, com­po­sé par le même Luc [Ac 1, 1], était ter­mi­né à la fin de la cap­ti­vi­té romaine de l’Apôtre [Ac 28, 30 s], son évan­gile n’a pas été com­po­sé après cette date ? 

Réponse : Oui. 

Question 8 : Si on consi­dère aus­si bien les témoi­gnages de la Tradition que les argu­ments internes concer­nant les sources qu’ont uti­li­sées l’un et l’autre évan­gé­liste en com­po­sant l’évangile, peut-​on rai­son­na­ble­ment mettre en doute la concep­tion qui tient que Marc a écrit selon la pré­di­ca­tion de Pierre, et Luc selon la pré­di­ca­tion de Paul, et qui affirme en même temps que ces évan­gé­listes ont dis­po­sé éga­le­ment d’autres sources dignes de foi, soit orales soit aus­si déjà mises par écrit ? 

Réponse : Non. 

Question 9 : Les paroles et les actions qui sont racon­tées de façon exacte et pour ain­si dire lit­té­ra­le­ment par Marc selon la pré­di­ca­tion de Pierre, et qui sont pré­sen­tées de la façon la plus sin­cère par Luc, qui dès le départ s’est soi­gneu­se­ment infor­mé de tout auprès de témoins très dignes de foi puisqu’ils ont vu eux-​mêmes dès le com­men­ce­ment et qu’ils furent des ser­vi­teurs de la Parole [Lc 1, 2 s] réclament-​elles à juste titre pour elles-​mêmes cette foi his­to­rique que l’Église leur a tou­jours accor­dée ; ou au contraire ces mêmes actions et ces mêmes paroles doivent-​elles être consi­dé­rées comme étant dénuées, au moins en par­tie, de véri­té his­to­rique, soit parce que les écri­vains n’étaient pas des témoins ocu­laires, soit parce qu’il n’est pas rare qu’on constate chez les deux évan­gé­listes un manque d’ordre et une dif­fé­rence dans la suc­ces­sion des faits ; soit parce que, étant venus et ayant écrit plus tard, ils ont dû néces­sai­re­ment rap­por­ter des concep­tions qui étaient étran­gères à ce qu’ont pen­sé le Christ et les apôtres, ou des faits déjà plus ou moins défor­més par l’imagination du peuple, ou enfin parce que, cha­cun selon son des­sein, ils se sont lais­sé conduire par des idées dog­ma­tiques préconçues ? 

Réponse : Oui pour la pre­mière par­tie ; non pour la deuxième. 

II. La question synoptique, ou les rapports mutuels entre les trois premiers évangiles

Question 1 : En main­te­nant sauf ce qui, confor­mé­ment à ce qui a été éta­bli pré­cé­dem­ment, doit-​être main­te­nu sauf – en par­ti­cu­lier pour ce qui est de l’authenticité et de l’intégrité des trois évan­giles de Matthieu, de Marc et de Luc, de l’identité sub­stan­tielle de l’évangile grec de Matthieu avec son ori­gi­nal pri­mi­tif, ain­si que pour ce qui est de l’ordre chro­no­lo­gique dans lequel ils ont été écrits –, compte tenu des concep­tions diverses et oppo­sées si nom­breuses des auteurs, est-​il per­mis aux exé­gètes de dis­cu­ter libre­ment pour expli­quer les res­sem­blances et les dif­fé­rences entre les évan­giles, et de recou­rir aux hypo­thèses de la Tradition soit écrite, soit orale, ou encore de la dépen­dance de l’un par rap­port à celui ou à ceux qui précèdent ? 

Réponse : Oui. 

Question 2 : Doit-​on consi­dé­rer que main­tiennent sauf ce qui a été éta­bli plus haut ceux qui, ne s’appuyant sur aucun témoi­gnage de la Tradition, et sur aucune preuve his­to­rique, approuvent sans hési­ter l’hypothèse dite des « deux sources », laquelle tente d’expliquer la com­po­si­tion de l’évangile grec de Matthieu et de l’évangile de Luc à par­tir sur­tout de leur dépen­dance de l’évangile de Marc et d’une col­lec­tion dite des paroles du Seigneur ; et peuvent-​ils dès lors la défendre librement ? 

Réponse : Non pour les deux parties.