Pie XII

260ᵉ pape ; de 1939 à 1958

25 février 1952

Lettre pour le septième centenaire de sainte Rose de Viterbe

Cette lettre a été envoyée à Son Excellence Monseigneur Adelchi Albanesi, évêque de Viterbe et Poscanella.

Cette année auront lieu, comme vous Nous l’é­cri­viez, au siège de votre dio­cèse, des céré­mo­nies solen­nelles en l’hon­neur de sainte Rose de Viterbe[1], pour le sep­tième cen­te­naire de son pas­sage de l’exil de la terre à la céleste patrie. Célébrer à cette occa­sion la mémoire d’une vierge si noble, n’est pas réser­vé à ses seuls conci­toyens, ni aux membres du Tiers-​Ordre Fran­ciscain, dans les rangs duquel elle mili­ta, ni aux seules jeunes filles ita­liennes d’Action Catholique, dont elle est l’illustre patronne : il convient que l’Eglise entière l’ho­nore, voyant en elle un très écla­tant modèle de ver­tu chrétienne.

Elle brille certes et répand dans le jar­din de l’Eglise une agréable odeur, cette jeune et gra­cieuse fleur de sain­te­té, à laquelle s’ap­plique exac­te­ment la parole divine : « Rapidement par­ve­nue à son terme, elle a four­ni une longue car­rière »[2]. Tandis qu’est pré­sente à Notre esprit sa vie si brève, enfer­mée dans les limites de la jeu­nesse, mais déjà par­ve­nue à la matu­ri­té de la per­fec­tion évan­gé­lique, Nous nous deman­dons ce qui est le plus admi­rable, de l’in­no­cence de son âme, conser­vée intacte depuis les plus tendres années, ou de ses nobles et brillantes actions et de ses très saints com­bats ; tout cela montre certes un carac­tère digne en tout d’ad­mi­ra­tion, éner­gique et infa­ti­gable, mais aus­si abon­dam­ment nour­ri et for­ti­fié par la grâce sur­naturelle. Cette invin­cible force d’âme res­plen­dit de tout son éclat, quand il lui fal­lut abor­der les brillantes fonc­tions, aux­quelles elle était appe­lée, à peine fran­chies les limites de l’a­do­les­cence, dans un âge si jeune et non sans un appel divin : répri­mer les ini­mi­tiés de ses conci­toyens, réfor­mer les mœurs, mettre en fuite l’hé­ré­sie, reven­di­quer dans une lutte très âpre les droits fou­lés aux pieds de la Sainte Eglise. Elle quit­ta alors la mai­son pater­nelle, dans laquelle, conduite par son amour de la soli­tude, elle avait com­men­cé dans la prière et la contem­plation à vivre très aus­tè­re­ment, elle se lan­ça si ardem­ment, sous l’im­pul­sion divine, dans le champ ouvert de l’a­pos­to­lat, qu’elle devint le plus éner­gique des sol­dats du Christ et le héraut infa­ti­gable de la parole divine. C’était un spec­tacle certes écla­tant et entiè­re­ment digne de Dieu, « qui a choi­si ce qui est faible dans le monde… pour confondre les forts[3] », que de contem­pler cette dis­ciple de saint François, sans culture, sans secours humain, uni­que­ment appuyée sur la force divine, exhor­tant par les places et les vil­lages ses conci­toyens, réfu­tant les erreurs, s’op­po­sant même ouver­te­ment et éner­gi­que­ment à ceux qui sem­blaient pos­sé­der un pou­voir pres­qu’ab­so­lu. C’est en vain que les efforts per­vers d’en­ne­mis opi­niâtres s’ef­forcent d’ar­rê­ter sa voix : attaques, embûches, exil même peuvent faire souf­frir la fillette : rien ne peut la vaincre. Et il arri­va heureu­sement que d’in­nom­brables éga­rés furent rame­nés dans le sen­tier de la véri­té, que les erreurs furent écar­tées et qu’un salu­taire renou­veau des mœurs se pro­dui­sit dans sa patrie, réno­va­tion que sainte Rose confir­ma très sou­vent et si effica­cement par des pro­diges mer­veilleux accom­plis avec le secours de Dieu.

En peu de temps, cette petite fleur, d’une beau­té imma­cu­lée, exha­la son odeur sur terre, si tôt trans­plan­tée dans les doux ombrages du Paradis. Mais son déli­cieux par­fum fut conser­vé au monde ; dans sa patrie sub­sistent, hono­rées très pieu­se­ment par ses conci­toyens et par les étran­gers ses saintes dépouilles ; sub­sistent sur­tout pro­fon­dé­ment impri­més dans les âmes les ves­tiges de ses ver­tus, au point que quelque chose de la très sainte jeune fille semble sub­sis­ter jus­qu’à nos jours et presque res­pi­rer encore dans les murs de Viterbe.

Quant à Nous, Vénérable Frère, qui n’a­vons rien plus à cœur que de voir les hauts faits des anciens aigui­ser l’ar­deur des fidèles chré­tiens et les atti­rer for­te­ment à une éner­gique pro­fes­sion de leur foi et à la sain­te­té de la vie, Nous louons beau­coup et de grand cœur l’op­por­tun pro­jet d’ac­cor­der à sainte Rose les hon­neurs sécu­laires, entiè­re­ment confiant que, de même que la parole et l’œuvre de la très pure vierge furent mer­veilleu­se­ment utiles pour le salut aux aïeux et aux anciens, de même elles seront pour leurs tar­difs des­cen­dants un rap­pel salu­taire. Nous pen­sons aus­si que ce n’est pas sans un parti­culier ins­tinct pro­vi­den­tiel que, récem­ment, Notre Prédécesseur d’heu­reuse mémoire, Benoît XV, l’é­ta­blit patronne céleste des jeunes filles ita­liennes de l’Action Catholique, offerte à elles comme un modèle dont la brillante lumière amè­ne­rait leur vie à son imi­ta­tion. Notre époque pos­sède certes bien des points de res­sem­blance avec celle de cette vierge, elle n’est pas si diffé­rente du milieu de sainte Rose. En effet, les périls pour les inté­rêts chré­tiens ne sont pas moindres et le relâ­che­ment des mœurs n’a pas dimi­nué, bien au contraire ; mais les éma­na­tions de doc­trines meur­trières, la guerre même au catho­li­cisme trou­blent bien des âmes et sur­tout détournent la jeu­nesse pas­sion­née de l’in­té­gri­té des mœurs vers les plai­sirs des vices cor­rup­teurs. Que tous les catho­liques tournent donc leurs yeux admi­ra­tifs vers cette illustre sainte, au cours des pro­chaines solen­ni­tés sécu­laires et que cha­cun selon sa condi­tion, s’ef­force de repro­duire en sa propre vie ses émi­nentes ver­tus. Que sur­tout, on apprenne d’elle, devant les détresses pré­sentes, à pro­mou­voir avec ardeur les œuvres d’a­pos­to­lat qui, aujourd’­hui sur­tout, ne sont pas affaire du seul cler­gé, mais, en coopé­ra­tion avec lui, de tous les laïcs, car les prêtres n’ont pas accès chez tous et par­tout et leur tra­vail est insuf­fi­sant pour sub­ve­nir conve­na­ble­ment aux besoins innom­brables. Ebranlés par les exemples de sainte Rose qui, devant l’urgent besoin des âmes, se fit la ser­vante active de la cha­ri­té non dans la clô­ture d’un monas­tère, qu’elle dési­ra long­temps en vain, mais en pleine masse du peuple, que tous les laïcs catho­liques pensent soi­gneu­se­ment à leurs très saints devoirs de bap­ti­sés et que, munis de la force très vigou­reuse de leur Confirmation, ils ne tolèrent pas qu’ait été vaine leur incor­po­ra­tion dans la milice chré­tienne. Qu’ils sachent que les adver­saires s’ef­forcent par tous moyens de détruire les fonde­ments de la reli­gion : que donc aucun chré­tien ne se per­mette d’être oisif ; per­sonne, inoc­cu­pé ; mais que cha­cun s’at­tache à don­ner aux ministres sacrés son aide empres­sée, chaque fois que le demande le salut des âmes.

Dès main­te­nant, Nous Nous réjouis­sons du doux espoir que l’illustre sainte obtien­dra abon­dam­ment du Tout-​Puissant ces résul­tats. Nous lui deman­dons ins­tam­ment en une prière sup­pliante de conti­nuer à pro­té­ger de son très doux patro­nage le peuple de Viterbe ; qu’elle regarde avec bien­veillance toute la famille fran­cis­caine qui se réjouit jus­te­ment de son nom comme d’une gloire fami­liale ; qu’en­fin elle aide les jeunes filles qui militent dans les rangs de l’Action Catholique et qui lui sont si atta­chées et qu’elle enflamme toutes les âmes de l’ar­deur dont elle a si vive­ment brû­lé dans la pour­suite de la sain­te­té et la défense du catholicisme.

Entre temps, pour le suc­cès de toutes vos entre­prises et par­ti­cu­liè­re­ment pour l’heu­reuse réus­site des fêtes pro­chaines, Nous vous don­nons de grand cœur dans le Seigneur la Béné­diction apos­to­lique, témoi­gnage de Notre bien­veillance, à Vous Vénérable Frère, au cler­gé et au peuple qui vous sont confiés.

Source : Document Pontificaux de S. S. Pie XII, Editions Saint-​Augustin Saint Maurice – D’après le texte latin des A. A. S., XXXXIV, 1952, p. 218.

Notes de bas de page
  1. Rose de Viterbe, née en 1235, se voua à Dieu et vécut dans la péni­tence ; ter­tiaire fran­cis­caine, elle prê­cha l’Evangile à ses conci­toyens. Elle mou­rut à l’âge de 17 ans le 6 mars 1252.

    Le Pape Alexandre IV, se trou­vant à Viterbe, ordon­na, le 4 sep­tembre 1254, que le corps de la Sainte fût trans­fé­ré au couvent de Sainte-​Marie des Roses.[]

  2. Sag., IV, 13.[]
  3. I Cor., I, 27.[]
7 mars 1922
À l’occasion du tricentenaire de saint Fidèle de Sigmaringen, premier martyr de la S. Congrégation de la Propagande.
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