Sainte Julienne de Nicomédie

Vierge et mar­tyre (290 – vers 306)
Fête le 16 février

La ville de Nicomédie (aujourd’hui Ismidt) est située en Asie Mineure, au fond d’un golfe ravis­sant de la mer de Marmara. Vers la fin du IIIe siècle, l’empereur Dioclétien y pla­ça de fait la capi­tale de l’empire et y éta­blit sa rési­dence. C’est là que sous l’impulsion du César Galère, païen gros­sier et farouche, furent publiés les édits d’une nou­velle per­sé­cu­tion des plus san­glantes. Dans la cité et dans les pro­vinces avoi­si­nantes, les chré­tiens étaient fort nom­breux de même que dans l’armée et les palais impé­riaux : innom­brables furent les mar­tyrs : plu­sieurs mil­liers en un mois dans les murs de Nicomédie. La vierge Julienne périt dans cette per­sé­cu­tion. Son culte est très ancien et fort répan­du. Les Actes ont été publiés par les Bollandistes : nous allons en repro­duire les prin­ci­paux épi­sodes. Le lec­teur remar­que­ra sans peine ce qu’ils peuvent avoir de com­mun avec ce qui est racon­té d’autres mar­tyrs : c’est la même varié­té dans les sup­plices, la même inuti­li­té de ces tour­ments, enfin le cou­ron­ne­ment d’une mira­cu­leuse car­rière dans la déca­pi­ta­tion sup­por­tée pour le nom de Jésus-Christ.

Un lis entre les épines.

Le père de Julienne, dont le nom ou le sur­nom était Africanus ou Africain, très zélé pour le culte des faux dieux, était par là même un grand enne­mi des chré­tiens. Sa mère, femme fri­vole et timide, désap­prou­vait les cruau­tés des per­sé­cu­teurs, mais n’osait point prendre par­ti pour les dis­ciples de Jésus-​Christ, dont la morale sainte parais­sait d’ailleurs trop sévère à son amour des plaisirs.

Élevée dans un pareil milieu, la jeune fille sem­blait des­ti­née à n’être toute sa vie qu’une païenne vul­gaire, mais sa fidé­li­té et son cou­rage à répondre aux misé­ri­cor­dieuses pré­ve­nances de la grâce de Dieu la firent pas­ser des ténèbres du paga­nisme aux lumi­neuses clar­tés de la foi.

Elle éprou­va, dès son enfance, du dégoût pour l’idolâtrie ; elle se mit en rap­port avec les chré­tiens, fut ins­truite des saintes véri­tés et reçut le bap­tême à l’insu de son père.

Fidèle à la foi de Jésus-​Christ, elle gran­dit en âge et en ver­tu ; le père, fier de sa fille, admi­rait ses qua­li­tés sans en savoir la cause, et son­geait à lui pré­pa­rer un brillant mariage. Grande fut sa joie quand Evilatius ou Eluze, jeune homme riche, bien vu des empe­reurs, vint lui deman­der la main de Julienne. Le païen s’empressa de don­ner sa parole sans même consul­ter sa fille, et le pré­ten­dant, qui était aus­si un ado­ra­teur des idoles, pré­pa­ra ses fiançailles.

Sainte Julienne refuse d’épouser un païen.

Il serait dif­fi­cile de peindre la sur­prise et la tris­tesse de Julienne à cette nou­velle ; elle ne son­geait point à ce moment au mariage, mais sur­tout elle ne vou­lait à aucun prix épou­ser un païen. Avouer quelle était chré­tienne, c’était exas­pé­rer son père et peut-​être s’ouvrir le che­min des sup­plices. Croyant décou­ra­ger Evilatius ou du moins gagner du temps, elle lui décla­ra, peut-​être assez impru­dem­ment, qu’elle n’écoutera aucune pro­po­si­tion de sa part avant qu’il ne soit pré­fet de Nicomédie.

Cette réponse le décon­cer­ta d’abord, mais telles étaient son estime et sa pas­sion pour la jeune fille qu’il mit tout en œuvre pour arri­ver à la pre­mière magis­tra­ture. A force de démarches et moyen­nant une grosse somme d’argent don­née à des­sein à l’empereur, il obtint la charge tant dési­rée. Aussitôt, il envoie un mes­sage à Julienne : « Vous ne vou­liez épou­ser qu’un pré­fet, je suis préfet ! »

Cette fois, il fal­lait se pré­pa­rer au com­bat. Julienne le com­prend. Par le jeûne et la prière, elle sup­plie le Seigneur de venir à son aide, puis entre fran­che­ment en lice. Cette fois, il fal­lait se pré­pa­rer au com­bat. Julienne le com­prend. Par le jeûne et la prière, elle sup­plie le Seigneur de venir à son aide, puis entre fran­che­ment en lice. 

« Je suis chré­tienne, fait-​elle dire à son pré­ten­dant, je n’épouserai jamais un ado­ra­teur des idoles ; renon­cez à ce culte impie des démons, ado­rez le Dieu des chré­tiens, seul véri­table, et alors seule­ment je consen­ti­rai au mariage que vous sou­hai­tez. Il vous est d’ailleurs facile de com­prendre que si nous sommes de deux reli­gions dif­fé­rentes, quand même nos corps seraient unis, nos cœurs seraient séparés, »

A la lec­ture de ce mes­sage, le pré­fet appelle immé­dia­te­ment le père de Julienne et le ren­seigne. Stupeur et colère d’Africain : « J’en jure par tous nos dieux, s’écrie-t-il, si cela est vrai, je vous la livre­rai mal­gré elle, avec le droit d’en faire ce que vous voudrez. »

Le père retourne chez lui, en proie à la honte et à la colère ; il a hâte de revoir sa fille et de lui deman­der compte de sa conduite. A la vue de son aimable enfant, sa ten­dresse pater­nelle l’emporte d’abord sur son indi­gna­tion : « Julienne, dit-​il, ma très douce fille, ma chère enfant, le pré­fet t’offre sa main et tu refuses ! Pourquoi ? Moi qui comp­tais célé­brer pro­chai­ne­ment vos noces ! »

Confiante en Jésus-​Christ, Julienne répond avec fer­me­té qu’elle n’épousera jamais un homme d’une autre reli­gion que la sienne.

Le païen fré­mit de colère :

- Tu ne veux pas m’obéir ?… Par Apollon et Diane, si tu per­sistes dans ton entê­te­ment, je te fais jeter aux bêtes féroces.

- Ne pen­sez pas m’effrayer, mon père. Avec l’aide de Jésus- Christ, fils du Dieu vivant, jamais je ne consen­ti­rai à ce que vous demandez.

Africain ne s’attendait pas à trou­ver tant de cou­rage dans sa fille ; il se radou­cit, et repre­nant le ton de la prière, il recom­mence ses supplications :

- Julienne, sois rai­son­nable, ne perds pas par ta faute un si brillant ave­nir. Ma fille, ne m’inflige pas l’affront de man­quer à ma parole. Toi, tou­jours si obéis­sante, pour­quoi refuses-​tu main­te­nant d’écouter ton père ?

- Je suis chré­tienne, répon­dit la jeune fille. J’affronterai tous les sup­plices plu­tôt que de renon­cer à l’obéissance que je dois d’abord à mon Dieu et à mon Maître Jésus-Christ.

- Tu es chré­tienne !… dit Africain bon­dis­sant de rage.

Et oubliant qu’il est père, il appelle des esclaves, en fait des bour­reaux, leur ordonne de dépouiller sa fille et de la fla­gel­ler en sa présence :

- Adore les dieux ! lui dit-​il pen­dant que les fouets rou­gissent de sang ses inno­centes épaules.

Et Julienne de répondre d’un voix forte :

- Des idoles sourdes et muettes n’auront ni ma foi, ni mes ado­ra­tions, ni mes sacri­fices, mais j’adore Notre-​Seigneur Jésus- Christ, qui vit et règne dans les siècles des siècles.

Voyant que la déci­sion de sa fille était inébran­lable, Africain la fit conduire au pré­fet de la ville, son pré­ten­du fian­cé, afin qu’il avi­sât lui-même.

Sainte Julienne devant le préfet. – Cruels supplices.

Evilatius la fit donc com­pa­raître à son tri­bu­nal. Julienne arrive grave et modeste ; elle ne paraît point effrayée, le sup­plice de la veille n’a pas alté­ré la beau­té de ses traits. A sa vue, le pré­fet sent en lui-​même un rude com­bat s’élever entre son amour et sa colère. Le pre­mier l’emporte. Le magis­trat exhorte la jeune fille à le prendre pour mari ; il l’assure qu’il ne l’empêchera pas d’être chré­tienne, lui-​même se ferait chré­tien si les édits impé­riaux ne le défen­daient pas. Qu’elle obéisse à son père ; si elle refuse le mariage qu’on lui pro­pose, ce sera la mort.

La vierge ne se laisse pas trom­per par ces pro­messes men­teuses ni effrayer par la menace de la mort. Elle répond au pré­fet que s’il veut l’avoir pour épouse, il doit d’abord se faire bap­ti­ser. Elle ne chan­ge­ra point sa réso­lu­tion de n’épouser qu’un chré­tien, même en pré­sence des sup­plices les plus terribles.

A ces mots, l’amour du pré­fet se change en une fureur de pré­ten­dant humi­lié et vain­cu. Sur son ordre, Julienne est ren­ver­sée par terre et trois sol­dats se suc­cèdent pour l’accabler de coups. Enfin, le juge cruel ordonne de cesser :

- Ce n’est là qu’un com­men­ce­ment, crie-​t-​il à sa vic­time, lève- toi, adore la déesse Diane, et tu seras déli­vrée. Sinon, je le jure par le grand dieu Apollon, je ne te ferai point grâce.

- N’espère pas, répond dou­ce­ment la jeune chré­tienne, pou­voir m’arracher à l’amour de Jésus-​Christ mon Dieu.

Le tyran la fait éle­ver en l’air par quatre cour­roies, et ordonne de conti­nuer la fla­gel­la­tion. Ce sup­plice ne lui paraît pas encore assez raf­fi­né ; alors on sus­pend la mar­tyre par les che­veux, et une dou­zaine de bour­reaux se suc­cèdent autour d’elle pour la fla­gel­ler avec des verges flexibles et des nerfs de bœuf.

Cet affreux sup­plice dura plu­sieurs heures, le sang ruis­se­lait à terre, le visage de la vic­time était défi­gu­ré, ses yeux tumé­fiés, ses sour­cils rele­vés jusqu’au som­met du front, la peau de la tête et ses che­veux arrachés. 

« Jésus-​Christ, Fils de Dieu, venez à mon secours ! » mur­mu­rait la vierge.

Quand les bour­reaux furent las de la frap­per, ils allu­mèrent au-​dessous d’elle des fagots de paille pour brû­ler ses plaies, et lui per­cèrent les mains avec un fer rouge.

Lorsqu’on la déta­cha, après six heures de sus­pen­sion, elle vivait encore et conser­vait sa connais­sance. Elle tour­na vers le juge sa figure san­glante et dit :

- Malheureux, tu ne pour­ras pas me vaincre par tes tour­ments ; mais moi, par la puis­sance de Jésus-​Christ, je triom­phe­rai de ta cruau­té et je te ferai rou­gir du diable ton père.

Le tyran ordonne de ver­ser sur elle de l’eau bouillante, mais elle ne res­sent aucun mal de ce supplice.

Alors le pré­fet com­man­da de la char­ger de chaînes et de la jeter dans un cachot.

Le père du mensonge. Sainte Julienne mène le démon enchaîné. 

Quand la mar­tyre se vit seule, aban­don­née, toute meur­trie et déchi­rée de plaies, sur le sol humide de son obs­cure pri­son, elle se tour­na vers Jésus-​Christ, le céleste Époux de son âme : 

« Seigneur, Dieu tout-​puissant, disait-​elle, venez à mon secours dans ce périlleux pas­sage. C’est pour l’amour de vous que j’ai été réduite en cet état, ne m’abandonnez point. Vous qui avez déli­vré Daniel de la gueule des lions et les trois enfants de la four­naise ardente, soyez mon pro­tec­teur, soyez mon secours et ma force au milieu des tour­ments ; donnez-​moi la vic­toire contre le pré­fet, afin que sa cruau­té impie soit confon­due et que gloire vous soit ren­due dans les siècles des siècles. »

Elle priait de la sorte, quand tout à coup une vive lueur vint irri­ter ses yeux malades et éclai­rer les murs du cachot ; elle aper­çoit devant elle un homme d’où sem­blait jaillir toute cette lueur et qui affec­tait la majes­tueuse gra­vi­té d’un ange du ciel :

- Julienne, bien-​aimée de Dieu, dit-​il, voi­ci que le pré­fet te pré­pare des sup­plices plus atroces encore ; mais déjà tu as assez souf­fert, tu as suf­fi­sam­ment mon­tré ton cou­rage ; Dieu est content de toi et ne veut pas que tu affrontes de nou­veaux sup­plices. Demain, on vien­dra te cher­cher pour te for­cer à sacri­fier aux idoles ; tu obéi­ras cette fois, pour évi­ter de nou­veaux tourments.

Sainte Julienne roue de coups un démon qui l’engageait à apostasier.

Un trouble extrême s’empara de l’âme de la pri­son­nière en enten­dant un pareil langage.

- Qui es-​tu ? demanda-​t-​elle à l’apparition.
- Je suis un ange de Dieu, envoyé pour te sau­ver de la mort qu’on te prépare.

Un ange de Dieu qui conseille l’apostasie et la lâche­té, était-​ce pos­sible ? Julienne recon­naît bien vite à ce trait l’ange de ténèbres, traî­treu­se­ment trans­for­mé en ange de lumière, pour la trom­per et la perdre. Elle pousse un gémis­se­ment et levant au ciel ses yeux pleins de larmes.

- Seigneur, roi du ciel et de la terre, dit-​elle ne m’abandonnez pas. Toute ma confiance est en vous, ne me lais­sez pas suc­com­ber aux ten­ta­tions de l’ennemi. Faites-​moi connaître quel est celui-​là qui me conseille d’adorer les idoles.

Aussitôt une voix suave se fit entendre :

- Julienne, aie bon cou­rage, je suis avec toi, sai­sis celui qui te parle, je te donne la puis­sance de le domi­ner et de lui faire dire son nom.

Ces mots pénètrent jusqu’au fond de l’âme de la mar­tyre, y por­tant avec eux la joie et la paix ; en même temps, elle ne sent plus la cruelle dou­leur de ses bles­sures ; elle se lève, elle se voit gué­rie, elle est pleine de vigueur et de san­té, et elle voit son enne­mi, le monstre infer­nal, enchaî­né à ses pieds.

Il a per­du main­te­nant sa beau­té fac­tice et la lai­deur de son corps emprun­té est digne de lui. Julienne fait le signe de la croix et sai­sis­sant le diable par ses chaînes :

- Qui es-​tu ? lui demande-​t-​elle, d’où viens-​tu ? Qui t’a envoyé vers moi ?

Le démon, for­cé de par­ler et main­te­nu enchaî­né comme un esclave cou­pable, répond qu’il est l’un des prin­ci­paux auxi­liaires de Satan venu pour la séduire et la faire apos­ta­sier comme il a fait pour tant d’autres. Mais aujourd’hui, c’est lui qui a été vain­cu et humi­lié par la vierge chrétienne.

Le four embrasé. – Merveilles et conversions.

Le len­de­main, le pré­fet envoie des sol­dats à la pri­son, avec ordre de lui rame­ner Julienne si elle vit encore. La vierge chré­tienne les suit avec intré­pi­di­té, traî­nant à sa suite, au moins sur une par­tie du par­cours, son enne­mi tou­jours enchaî­né à qui elle ren­dit enfin la liber­té. Julienne l’abandonna dans un fos­sé encom­bré d’immondices, et aus­si­tôt le démon disparut.

La sur­prise du pré­fet fut extrême quand il vit sa vic­time pleine de force et de san­té. Le visage, si défi­gu­ré la veille, rayon­nait d’une joie et d’une beau­té célestes. Le païen n’en fut pas ému : Quelle magi­cienne ! pensa-​t-​il ; elle a des secrets pour mettre à son ser­vice les génies infer­naux, triom­pher des sup­plices et gué­rir les blessures.

- Dites-​moi, Julienne, lui demande-​t-​il, qui vous a appris cet art mystérieux ?

- Mon maître est Jésus-​Christ ; c’est lui qui m’a appris à ado­rer en véri­té le Père et l’Esprit-Saint. C’est par la puis­sance du Dieu unique et véri­table que j’ai vain­cu le diable ton maître. Mais toi, mal­heu­reux, tu ne sais pas les tour­ments éter­nels qui t’attendent, quand le Dieu sou­ve­rai­ne­ment juste te jet­te­ra dans les ténèbres de l’a­bîme, en puni­tion de ton impié­té cruelle. Cependant, il est temps encore de les évi­ter si tu le repens avec sin­cé­ri­té, car Jésus-​Christ, misé­ri­cor­dieux et bon, par­donne au repentir.

Le pré­fet ne voit dans cet aver­tis­se­ment que des injures, et, dans sa colère, ordonne de jeter la jeune fille dans un four embra­sé. Devant cette sen­tence, la vierge ne tremble pas ; elle invoque avec confiance le secours de Jésus-Christ.

A peine est-​elle au milieu des flammes qu’un ange paraît auprès d’elle pour la pro­té­ger ; le feu ne consume que ses liens, et, comme autre­fois les trois enfants de Babylone, Julienne, intacte et libre au milieu du bra­sier, élève les mains au ciel pour bénir son Sauveur Jésus.

A la vue de cette mer­veille, les bour­reaux et dans la foule des voix nom­breuses s’écrient :

— Il est vrai­ment tout-​puissant, le Dieu de Julienne ; il n y a pas d’autre Dieu que lui. Préfet, nous aus­si nous sommes chré­tiens, nous vou­lons par­ta­ger le sort de Julienne I

Comment expri­mer la fureur du magis­trat ? Il requiert une com­pa­gnie de sol­dats, fait arrê­ter sur-​le-​champ plus de cent trente per­sonnes, hommes et femmes, et envoie deman­der à l’empereur quel châ­ti­ment il convient de leur infli­ger. Le prince répond par une sen­tence de mort, et le pré­fet ordonne immé­dia­te­ment aux sol­dats de leur tran­cher la tête. Tous mou­rurent cou­ra­geu­se­ment pour Jésus-​Christ et, par un ins­tant de souf­frances, obtinrent le bon­heur sans fin,

Julienne enviait leur sort ; ils étaient entrés après elle dans le com­bat, ils la pré­cé­daient dans la vic­toire. Mais le per­sé­cu­teur ne l’avait épar­gnée que parce qu’il n’avait pas encore per­du l’espoir de la vaincre ou du moins de lui arra­cher la vie dans un sup­plice plus cruel. Les flammes l’avaient res­pec­tée, Evilatius lui pré­pare un bain d’huile bouillante, ou de plomb fon­du selon quelques his­to­riens. Les bour­reaux y plongent la vierge chré­tienne avec tant d’empressement qu’une par­tie du liquide brû­lant rejaillit sur eux, les bles­sant de telle sorte qu’ils ne tardent pas à expi­rer dans d’atroces souf­frances. Julienne, au contraire, loin d’éprouver aucun mal dans la chau­dière, sem­blait y pui­ser de nou­velles forces comme autre­fois l’apôtre saint Jean sou­mis à un sem­blable sup­plice. A cette vue, le pré­fet, ne sachant plus qu’inventer pour faire souf­frir sa vic­time, la condamne à avoir la tête tranchée.

Dernier combat. – Victoire et immortalité.

La jeune fille accueillit la sen­tence avec joie : ses com­bats allaient donc finir, et au lieu des noces ter­restres si éphé­mères, elle allait célé­brer son union éter­nelle avec l’Agneau divin et s’asseoir au ban­quet céleste, ornée de la double palme de la vir­gi­ni­té et du mar­tyre. Elle exhor­ta la foule à quit­ter le culte des idoles pour ado­rer le seul vrai Dieu, créa­teur du ciel et de la terre. Arrivée au lieu de l’exécution, elle pria Jésus Christ son divin roi d’agréer le sacri­fice de sa vie. Elle fut déca­pi­tée, pro­ba­ble­ment en 306, à Nicomédie ; on ne connaît pas exac­te­ment le jour du martyre.

Les chré­tiens recueillirent son corps et l’ensevelirent. Quelque temps après, une ver­tueuse femme, nom­mée Sophie, sur le point de par­tir pour Rome, prit les pré­cieuses reliques pour les empor­ter avec elle, mais son navire ayant été jeté par la tem­pête sur les côtes de la Campanie, elle lais­sa son tré­sor à Pouzzoles où un beau mau­so­lée fut érigé.

Le corps de sainte Julienne ne res­ta pas long­temps à Pouzzoles ; par crainte des bar­bares., il fut trans­fé­ré à Cumes, et ense­ve­li dans la basi­lique de saint Maxime, diacre et mar­tyr. La ville de Cumes ayant été détruite dans une guerre, l’an 1207, l’archevêque de Naples envoya cher­cher les reliques de la basi­lique. « Jamais, dit un témoin ocu­laire, je n’ai sen­ti un par­fum si suave que celui qui s’exhala des osse­ments de saint Maxime et de sainte Julienne au moment de l’ouverture de leurs deux tom­beaux ; ils rem­plis­saient tout mon être d’une dou­ceur céleste. » La trans­la­tion s’accomplit au milieu d’un grand concours de peuple et fut un triomphe pour les Saints. Le corps de sainte Julienne fut dépo­sé dans l’église du couvent de Sainte-​Marie de Donnaromata, à la grande joie des reli­gieuses, et celui de saint Maxime dans l’église de Saint-Janvier.

Le culte de sainte Julienne a été célèbre en Orient et en Occident ; au Val-​Saint-​Germain, près de Dourdan, au dio­cèse de Versailles, une église dédiée en l’honneur de cette Sainte, est un ancien lieu de pèle­ri­nage, source de beau­coup de grâces. Plusieurs villes ou églises de France, de Belgique, d’Allemagne pré­tendent pos­sé­der quelques par­ties de ses reliques : il se pour­rait que toutes ne fussent pas de sainte Julienne de Nicomédie, car, ain­si que l’at­teste le Martyrologe romain, il y eut plu­sieurs vierges et mar­tyres du nom de Julienne, vic­times de la per­sé­cu­tion de Dioclétien ou de Maximin Daïa au IVe siècle.

Le Martyrologe men­tionne la vierge de Nicomédie ain­si que les diverses tor­tures qu’elle eut à endu­rer ; mais l’on se demande si la date du 16 février est l’anniversaire de sa mort ou bien celle de la trans­la­tion de ses reliques à Pouzzoles.

Sources consul­tées. — Acta Sanctomm, t. II de lévrier (Paris et Rome, i864). — Mgr Paul Guérin, Les Petits Bollandisles, t. II (Paris, 1897). — (F. S. B. P.,n“ SrZ.)