Jean Madiran et les sacres de 1988 : « Aujourd’hui, il m’est difficile de trouver qu’il a eu tort » (vidéo)

Que pen­sait réel­le­ment Jean Madiran des sacres épis­co­paux de 1988 accom­plis par Mgr Marcel Lefebvre ?

Dans cet entre­tien appro­fon­di, M. Jacques-​Régis du Cray, agré­gé d’histoire, revient sur le rôle de Jean Madiran, figure intel­lec­tuelle majeure du catho­li­cisme fran­çais du XXe siècle, dans le com­bat pour la Tradition catho­lique, sa proxi­mi­té avec Mgr Lefebvre durant les années du concile Vatican II et de l’après-concile, puis sur la rup­ture de 1988 autour des consé­cra­tions épis­co­pales sans man­dat pontifical. 

Mais sur­tout, cette vidéo met en lumière un aspect sou­vent mécon­nu : l’évolution du juge­ment de Jean Madiran sur les sacres de 1988. 

Longtemps res­té en retrait, refu­sant de sou­te­nir publi­que­ment les consé­cra­tions tout en refu­sant éga­le­ment de condam­ner Monseigneur Lefebvre, Jean Madiran finit par recon­naître, au soir de sa vie, les fruits concrets de cet acte historique. 

Lors d’un entre­tien fil­mé en 2011 pour le docu­men­taire Monseigneur Lefebvre : Un évêque dans la tem­pête, il déclare fina­le­ment : « Aujourd’hui, il m’est dif­fi­cile de trou­ver qu’il a eu tort. » Cette phrase marque un véri­table tournant. 

Au fil des années, Jean Madiran constate : 

  • la sur­vie et le déve­lop­pe­ment de la Fraternité Saint-​Pie X ;
  • la levée des excommunications ;
  • l’absence de schisme ;
  • le main­tien des rela­tions franches avec Rome, per­mises par le fait qu’elle a des évêques ;
  • et le rôle joué par les sacres dans la dif­fu­sion et la recon­nais­sance de la messe traditionnelle. 

⏱️ Chapitres : 

01:31 Un rôle intel­lec­tuel essen­tiel dans le com­bat pour la Tradition 
05:00 Le film sur Mgr Lefebvre « Un évêque dans la tem­pête » 
08:45 Pourquoi Jean Madiran ne suit-​il pas Monseigneur Lefebvre aux sacres épis­co­paux de 1988 ? 
12:03 La ren­contre en 2011 
15:38 « Aujourd’hui, il m’est dif­fi­cile de trou­ver qu’il a eu tort » 
19:50 Un véri­table chan­ge­ment de posi­tion ? 
23:34 Le cou­rage et l’humilité de Jean Madiran 

🎥 Video : Siebe van Gaever | SyncID : MB018BQROOBDSVO

Transcription

Un rôle intellectuel essentiel dans le combat pour la Tradition

Il est vrai­sem­blable, et même cer­tain, que l’absence de consé­cra­tions n’aurait pas empê­ché les réfrac­taires de conti­nuer à gar­der le caté­chisme tra­di­tion­nel et à aller à la messe tra­di­tion­nelle. C’est Mgr Lefebvre qui est aujourd’hui le plus iden­ti­fié à toute cette résis­tance aux réformes post­con­ci­liaires, mais la per­son­na­li­té de Jean Madiran est essen­tielle. Il a véri­ta­ble­ment armé intel­lec­tuel­le­ment tous les fidèles qui se posaient des ques­tions, ceux que Mgr Lefebvre appe­lait les « catho­liques per­plexes ». Il a vrai­ment armé intel­lec­tuel­le­ment beau­coup de ses contem­po­rains dérou­tés, notam­ment, et sur­tout, dans le monde francophone.

Jean Madiran est donc une per­son­na­li­té qui s’engage dans le com­bat poli­tique après-​guerre. Il est un grand défen­seur de la chré­tien­té et de la cité catho­lique. À par­tir du concile, il se spé­cia­lise vrai­ment dans tous les débats reli­gieux catho­liques. Il crée une revue, Itinéraires, fon­dée en 1956, qui fonc­tion­ne­ra pen­dant une qua­ran­taine d’années. Pendant qua­rante ans, Jean Madiran va donc armer intel­lec­tuel­le­ment ces catho­liques per­plexes face aux nou­veau­tés qui ont lieu dans l’Église.

Itinéraires est une revue essen­tielle pour les per­sonnes de cette époque. Il faut bien s’imaginer qu’à l’époque, il n’y a pas YouTube, il n’y a pas les sites des dif­fé­rentes ins­ti­tu­tions : les contem­po­rains n’ont connais­sance des grands débats reli­gieux qu’à tra­vers ce type de revue. C’est vrai­ment la presse de l’époque qui joue un rôle essen­tiel. Itinéraires a aus­si ceci de par­ti­cu­lier : c’est une revue vrai­ment intel­lec­tuelle, avec une dizaine de numé­ros par an, qui ana­lyse les grands textes publiés après le concile.

Jean Madiran y fait aus­si inter­ve­nir un grand nombre de per­son­na­li­tés reli­gieuses de pre­mier plan : le père Calmel, le père de La Barre du Lac, le père Guérard des Lauriers inter­viennent dans Itinéraires. C’est donc vrai­ment une per­son­na­li­té incon­tour­nable dans la construc­tion de la pen­sée des fidèles catho­liques fran­co­phones de cette époque.

Il a avan­cé main dans la main avec Mgr Lefebvre dans toute cette résis­tance aux réformes post­con­ci­liaires. Dans les débuts d’Écône, Jean Madiran est même pré­sent phy­si­que­ment et intel­lec­tuel­le­ment auprès des pre­miers sémi­na­ristes de la Fraternité Saint-​Pie X. Il inter­vient, il donne des confé­rences de doc­trine sociale de l’Église aux jeunes séminaristes.

Lorsque Mgr Lefebvre fait sa fameuse décla­ra­tion de 1974 — « Nous adhé­rons de tout notre cœur, de toute notre âme à la Rome catho­lique » — des débats appa­raissent par­mi les sémi­na­ristes de la Fraternité Saint-​Pie X. Mgr Lefebvre s’en rend compte. Jean Madiran se trouve à Écône à ce moment-​là, et c’est lui qui explique aux sémi­na­ristes com­ment il faut inter­pré­ter cette décla­ra­tion, qui marque un peu le début des ennuis avec Rome.

Il est donc vrai­ment une per­son­na­li­té phare de tout ce com­bat post­con­ci­liaire auprès de Mgr Lefebvre. Et, effec­ti­ve­ment, il va y avoir une petite incom­pré­hen­sion en 1988, dix-​huit ans après la fon­da­tion de la Fraternité Saint-​Pie X.

Le film sur Mgr Lefebvre « Un évêque dans la tempête »

Je vais vous expli­quer ce qui s’est pas­sé il y a une quin­zaine d’années main­te­nant. Je suis his­to­rien de for­ma­tion, et j’ai pro­po­sé à l’abbé de Cacqueray, qui était alors supé­rieur du dis­trict de France de la Fraternité Saint-​Pie X et por­teur du pro­jet, de réa­li­ser ce film. L’idée était de faire connaître la per­son­na­li­té de Mgr Lefebvre au plus jeune public, à des per­sonnes qui n’étaient pas for­cé­ment convain­cues par ses choix dans l’histoire récente de l’Église, et de faire mieux connaître cette personnalité.

Parmi les ques­tions qui se sont posées au début, puisqu’il a fal­lu plu­sieurs années de pré­pa­ra­tion pour ce long docu­men­taire de 90 minutes réa­li­sé en 2012, il y avait celle de savoir qui nous allions inter­ro­ger. Très rapi­de­ment, la figure de Jean Madiran s’est impo­sée, puisqu’il fait par­tie de ces per­son­na­li­tés qui ont accom­pa­gné Mgr Lefebvre dans tout ce com­bat des années 1960–1970, après le concile.

Lorsque nous avons com­men­cé ce film, notre objec­tif était de pré­sen­ter le fon­da­teur de la Fraternité Saint-​Pie X tel qu’il était. Il s’agissait de mon­trer Mgr Lefebvre à tra­vers les récits objec­tifs de ses contem­po­rains : ceux qui l’ont appré­cié, ceux qui l’ont moins appré­cié, ceux qui l’ont sui­vi, et aus­si ceux qui ne l’ont pas sui­vi. Parmi les anciens spi­ri­tains, cer­tains se sont vrai­ment éle­vés contre lui, et ils inter­viennent dans le film. L’idée n’était pas de don­ner sim­ple­ment l’opinion que les contem­po­rains pou­vaient avoir sur ses choix.

Cela, c’était secon­daire. S’il fal­lait dire si telle ou telle per­sonne pen­sait ceci ou cela des consé­cra­tions ou du refus d’obéir à Rome, c’était secon­daire. Nous avons cepen­dant fait une excep­tion avec ce pas­sage de Jean Madiran, où, dans le film, nous le lais­sons appré­cier le choix de Mgr Lefebvre en 1988. Cette prise de posi­tion de Jean Madiran s’est révé­lée être quelque chose d’un peu inouï au regard de tout ce que fut son iti­né­raire et de ce que fut la Fraternité Saint-​Pie X au cours de ces années.

Dès le concile, Jean Madiran ren­contre Mgr Lefebvre et va l’aider, le secon­der. C’est au moment de la der­nière ses­sion du concile qu’une ren­contre a lieu à Fontgombault. Mgr Lefebvre fait alors appel à lui : en tant que père conci­liaire, il avait droit à un expert. Il avait l’abbé Berto comme expert plus offi­ciel­le­ment, mais il a ponc­tuel­le­ment fait appel à Jean Madiran pour ana­ly­ser le sché­ma 13 sur la col­lé­gia­li­té. Jean Madiran a tra­vaillé toute une nuit sur ce sujet. Dès cette époque, ils étaient donc déjà en sym­biose intellectuelle.

Par la suite, dans tous les débuts de la Fraternité, Jean Madiran l’a accom­pa­gné. C’est lui qui lan­çait tous les débats dans Itinéraires. Il échan­geait énor­mé­ment avec Mgr Lefebvre. Lorsque Jean Madiran inter­pelle Paul VI en 1974 en disant : « Rendez-​nous la messe, rendez-​nous la Sainte Écriture, rendez-​nous la doc­trine », cela fait écho à ce que dit Mgr Lefebvre. On retrouve presque mot pour mot ces expres­sions dans un de ses grands ser­mons, où Mgr Lefebvre dit : « Rendez-​nous la doc­trine de tou­jours, rendez-​nous la messe, rendez-​nous la Sainte Écriture. »

On a vrai­ment deux per­son­na­li­tés qui avancent main dans la main : l’un en créant une bouée de sau­ve­tage sacer­do­tale, l’autre en armant intel­lec­tuel­le­ment les fidèles parallèlement.

Pourquoi Jean Madiran ne suit-​il pas Monseigneur Lefebvre aux sacres épiscopaux de 1988 ?

Pourquoi Jean Madiran n’a‑t-il pas sui­vi Mgr Lefebvre en 1988 ? Il a peut-​être sur­es­ti­mé les dégâts qui ont exis­té dans les familles du fait de la sépa­ra­tion de 1988. C’est vrai que des choix dif­fé­rents ont été posés. Certains ont vou­lu suivre Mgr Lefebvre au risque des condam­na­tions. D’autres ont refu­sé de le suivre pour évi­ter ces condam­na­tions, et cela a créé des dégâts dans les familles. Sans doute Jean Madiran a‑t-​il craint que ces dis­putes portent atteinte au com­bat tra­di­tio­na­liste. C’est pro­ba­ble­ment la rai­son pour laquelle il a vou­lu se mettre en retrait.

Lui-​même a uti­li­sé cette expres­sion : il a dit qu’il ne vou­lait pas prendre posi­tion. Effectivement, il ne fait pas par­tie de ceux qui ont vou­lu expli­quer dans tous les jour­naux ou sur toutes les antennes de radio que Mgr Lefebvre avait tort. Il ne l’a pas fait. Pour autant, il n’a pas non plus dit qu’il fal­lait suivre abso­lu­ment, corps et âme, Mgr Lefebvre.

Jean Madiran fait pour­tant par­tie de ceux qui, dans les années 1970, notam­ment au moment de l’été chaud de 1976, ont été très vigou­reux dans leur pen­sée. La plume de Jean Madiran était assez tran­chée. Il fait par­tie de ceux qui poin­taient du doigt les évêques de France sans grand ména­ge­ment. Mgr Lefebvre était beau­coup plus pru­dent en soi.

Jean Madiran incarne un peu ce qu’a pu incar­ner Louis Veuillot au XIXe siècle : un jour­na­liste quelque peu polé­miste, qui osait poin­ter du doigt les évêques qui ne fai­saient pas for­cé­ment bonne œuvre au sein de l’Église. Jean Madiran fait cela au cours des années 1970. C’est donc quelqu’un qui a un vrai cou­rage. Mgr Lefebvre s’appuie sur lui pour cela.

Et en 1988, lorsqu’il faut poser le choix fina­le­ment le plus cru­cial, il y a incom­pré­hen­sion entre les deux hommes. Jean Madiran a‑t-​il ima­gi­né toutes les consé­quences de ses choix ? Seul Dieu sait ce qu’il a pu penser.

À l’évidence, il y a une rup­ture entre les deux hommes en 1988. Il y a une bles­sure réci­proque, qui ne se fait pas for­cé­ment à l’initiative de l’un ou de l’autre. Ce sont presque, fina­le­ment, les fidèles eux-​mêmes qui la provoquent.

Beaucoup de fidèles tra­di­tio­na­listes se désa­bonnent d’Itinéraires. La revue décline à par­tir de 1988 et dis­pa­raît en 1996. Cela affecte énor­mé­ment Jean Madiran.

Du côté de Mgr Lefebvre, il est évident qu’il y a éga­le­ment une bles­sure. Ils ont vrai­ment mar­ché main dans la main pen­dant les années 1970 et 1980. À par­tir de l’année sui­vante, Mgr Lefebvre retire les prêtres du pèle­ri­nage de Chartres, qui est l’univers auquel appar­tient Jean Madiran : le Centre Charlier, Bernard Antony, tout l’entourage proche de Jean Madiran.

Il y a donc véri­ta­ble­ment une incom­pré­hen­sion entre les deux hommes, et il n’y a visi­ble­ment plus d’explication jusqu’au décès de Mgr Lefebvre, trois ans plus tard, en 1991.

La rencontre en 2011

À la suite de l’idée de l’abbé de Cacqueray de faire appel à Jean Madiran, je le contacte par l’intermédiaire de Jeanne Smits, qui tra­vaillait alors avec lui à Présent, afin d’avoir la pos­si­bi­li­té de l’interroger dans le cadre du film.

Au télé­phone, il m’a d’abord répon­du que cela ne l’intéressait pas du tout, qu’il n’avait jamais reçu les télé­vi­sions, qu’il vou­lait pas­ser à autre chose, que cela ne l’intéressait pas et que je n’aurais pas gain de cause. Je me suis tout de même per­mis de lui dire : « Je tente tou­jours de vous écrire. » Il m’a répon­du : « Tentez toujours. »

Finalement, alors que je ne m’y atten­dais pas, il m’a envoyé une lettre me disant : « J’ai bien reçu votre demande. Ma réponse est OUI », en majus­cules et sou­li­gné, avec son adresse.

Est arri­vé ce 8 février 2011, où j’ai pu l’interroger sur Mgr Lefebvre. Au cours de l’entretien, je sen­tais qu’il vou­lait atti­rer les ques­tions vers les consé­cra­tions épis­co­pales de 1988. Moi, j’essayais à chaque fois de reve­nir sur le concile, parce que je savais que le sujet était un peu miné.

J’avais néan­moins une ques­tion qui m’intéressait : pour­quoi avait-​il encou­ra­gé Mgr Lefebvre à déso­béir à Rome en 1976, mais ne l’avait-il pas sui­vi en 1988 ? C’est alors qu’il m’a expli­qué que, pour lui, 1988 repré­sen­tait quelque chose d’un autre ordre, un degré plus éle­vé dans la désobéissance.

C’est là qu’il a fait cette décla­ra­tion deve­nue célèbre : « Moi, à l’époque, je n’étais pas capable de por­ter un juge­ment. Aujourd’hui, il m’est dif­fi­cile de trou­ver qu’il ait eu tort. »

Jean Madiran expli­quait alors que, si la Fraternité Saint-​Pie X existe encore aujourd’hui, c’est parce que Mgr Lefebvre a consa­cré quatre évêques. Il ajou­tait que, sans ces consé­cra­tions, la dif­fu­sion de la messe tra­di­tion­nelle aurait sans doute été beau­coup plus lente et beau­coup plus restreinte.

Pour lui, Mgr Lefebvre avait assu­ré les condi­tions de durée de son œuvre.

« Aujourd’hui, il m’est difficile de trouver qu’il a eu tort »

Ce qui était assez inté­res­sant visuel­le­ment, c’est qu’il me par­lait de face, avec l’œil très vif. Puis, lorsqu’il a abor­dé cette ques­tion, il s’est volon­tai­re­ment tour­né sur sa droite, vers les grandes baies vitrées qui domi­naient Paris. Comme s’il cher­chait l’inspiration.

Et il a dit : « Moi, à l’époque, je n’étais pas capable de por­ter un juge­ment. » Puis il y a eu un grand silence. Et ensuite : « Aujourd’hui, il m’est dif­fi­cile de trou­ver qu’il ait eu tort. »

Ce que l’on peut voir, en tout cas, c’est que l’acte le plus grave n’est pas celui de main­te­nir l’existence de la Fraternité mal­gré le retrait de son exis­tence cano­nique. La déci­sion la plus grave, c’est en 1988 d’ordonner quatre évêques, non pas seule­ment sans l’autorisation du pape, mais à l’encontre d’une inter­dic­tion du pape qui lui était per­son­nel­le­ment adres­sée.
 

Quand on voit la régu­la­ri­sa­tion qui a été faite, alors que l’excommunication était auto­ma­tique dans le droit canon, et qu’elle a ensuite été levée par Benoît XVI, on voit bien que si la Fraternité Saint-​Pie X existe encore aujourd’hui, c’est parce que Mgr Lefebvre a don­né quatre évêques.
 

Ce qui fait qu’elle a le poids qu’elle a, qu’elle est prise par le pape comme un inter­lo­cu­teur, c’est parce qu’il y a des évêques.

S’il n’y avait pas eu cette ordi­na­tion de quatre évêques, il est vrai­sem­blable, il est cer­tain même, que cela n’aurait pas empê­ché les réfrac­taires de conti­nuer à gar­der le caté­chisme tra­di­tion­nel et aller à la messe tra­di­tion­nelle. Mais la libé­ra­tion de la messe serait venue beau­coup moins vite, et de manière beau­coup plus res­treinte.
 

Dans l’Église, être des évêques, cela compte. Et donc le fon­da­teur avait bien fait : il avait assu­ré les condi­tions pour que son œuvre dure.

Propos de Jean Madiran dans le film

Un véritable changement de position ?

Alors, Jean Madiran a‑t-​il véri­ta­ble­ment chan­gé de posi­tion ? Tout dépend de ce qu’il pen­sait au fond de lui-​même. Toujours est-​il que sa posi­tion publique n’était plus la même à par­tir de 2011.

Jusque-​là, il disait qu’il ne pre­nait pas posi­tion. Là, il disait clai­re­ment que les sacres épis­co­paux sans man­dat étaient fon­dés. Il insis­tait sur le fait que les excom­mu­ni­ca­tions avaient été levées et que la Fraternité Saint-​Pie X avait pu prospérer.

Il a vu les faits. Il a vu que la Fraternité ne s’était pas cou­pée de Rome, qu’elle avait conti­nué ses rela­tions avec Rome, qu’un cer­tain nombre de car­di­naux disaient qu’il n’y avait pas schisme.

Et il a eu le cou­rage, à 91 ans, de recon­naître fina­le­ment que Mgr Lefebvre avait eu rai­son de poser cet acte courageux.

Le courage et l’humilité de Jean Madiran

À mon avis, c’est très cou­ra­geux de faire cela à sa place. Cela fai­sait un cer­tain temps qu’il avait un peu quit­té l’arène jour­na­lis­tique. Il avait 91 ans. Il est mort deux ans plus tard.

Faire venir les camé­ras chez lui pour dire cela deman­dait un vrai courage.

Je pense qu’il s’est dit en conscience qu’il fal­lait réabor­der ce sujet pour rééclai­rer les gens après coup. Il a vu les effets de ces consé­cra­tions sur le tra­di­tio­na­lisme en France, sur les com­mu­nau­tés régu­la­ri­sées, sur la libé­ra­tion de la messe.

Et il fait donc cet acte cou­ra­geux de recon­naître les faits, de reve­nir sur cet acte de 1988 qu’il n’avait pas condam­né mais pour lequel il n’avait pas vou­lu prendre par­ti à l’époque.

Il disait qu’il n’avait pas à juger l’acte de conscience d’un arche­vêque. Le sacre de 1988, c’est l’acte d’un arche­vêque face à Dieu : que fais-​je de mon épiscopat ?

Jean Madiran a l’humilité de dire : « Je ne suis pas dans sa conscience. »

D’une cer­taine façon, il invite aus­si la jeu­nesse à prendre du recul avant de juger.

En 1988, les situa­tions sont inver­sées. Jean Madiran ne se croit pas en mesure de poser un juge­ment, et il a le cou­rage de le faire au soir de sa vie. Il recon­naît les fruits, les faits, les consé­quences béné­fiques des consé­cra­tions de 1988.

La posi­tion de Jean Madiran sur les sacres est pru­dente, mais, a pos­te­rio­ri, elle est cou­ra­geuse. Il recon­naît le bien-​fondé de ce qui a été posé.

Une per­sonne qui décou­vri­rait cette période de l’Église ne peut qu’être invi­tée à s’instruire, à décou­vrir, à lire. C’est ce que fai­sait pré­ci­sé­ment Jean Madiran. C’était un grand intel­lec­tuel, avec un vrai sens de la formule.

Le XIXe siècle a eu Louis Veuillot ; les années 70–80 ont eu Jean Madiran. Il avait cette acui­té pour voir les véri­tables pro­blèmes au sein de la crise de l’Église.

Le dan­ger, c’est aus­si de se prendre pour Jean Madiran. Tout le monde n’est pas Jean Madiran. À cha­cun d’analyser et de rem­plir son devoir là où il est.

Source : Film Mgr Lefebvre, un évêques dans la tem­pête – FSSPX Actualités