L’Immaculée Conception, rempart de la Foi

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Qu’enseigne le Magistère sur les pri­vi­lèges de Marie ? Extraits de l’en­cy­clique Ad Diem Illum de Saint Pie X.

Mais, afin que l’on ne croie pas que Nous ayons per­du de vue Notre sujet, qui est le mys­tère de l’Immaculée Conception, que de secours effi­caces n’y trouve-​t-​on pas, et dans leur propre source, pour conser­ver ces mêmes ver­tus et les pra­ti­quer comme il convient !

D’où partent, en réa­li­té, les enne­mis de la reli­gion pour semer tant et de si graves erreurs, dont la foi d’un si grand nombre se trouve ébran­lée ? Ils com­mencent par nier la chute pri­mi­tive de l’homme et sa déchéance. Pures fables, donc, que la tache ori­gi­nelle et tous les maux qui en ont été la suite : les sources de l’humanité viciées, viciant à leur tour toute la race humaine ; consé­quem­ment, le mal intro­duit par­mi les hommes, et entraî­nant la néces­si­té d’un rédemp­teur. Tout cela reje­té, il est aisé de com­prendre qu’il ne reste plus de place ni au Christ, ni à l’Église, ni à la grâce, ni à quoi que ce soit qui passe la nature. C’est l’édifice de la foi ren­ver­sé de fond en comble. – Or, que les peuples croient et qu’ils pro­fessent que la Vierge Marie a été, dès le pre­mier ins­tant de sa concep­tion, pré­ser­vée de toute souillure : dès lors, il est néces­saire qu’ils admettent, et la faute ori­gi­nelle, et la réha­bi­li­ta­tion de l’humanité par Jésus-​Christ, et l’Évangile et l’Église, et enfin la loi de la souf­france : en ver­tu de quoi tout ce qu’il y a de ratio­na­lisme et de maté­ria­lisme au monde est arra­ché par la racine et détruit, et il reste cette gloire à la sagesse chré­tienne d’avoir conser­vé et défen­du la vérité.

De plus, c’est une per­ver­si­té com­mune aux enne­mis de la foi, sur­tout à notre époque, de répu­dier, et de pro­cla­mer qu’il les faut répu­dier, tout res­pect et toute obéis­sance à l’égard de l’autorité de l’Église, voire même de tout pou­voir humain, dans la pen­sée qu’il leur sera plus facile ensuite de venir à bout de la foi.C’est ici l’origine de l’anar­chisme, doc­trine la plus nui­sible et la plus per­ni­cieuse qui soit à toute espèce d’ordre, natu­rel et surnaturel.

Or, une telle peste, éga­le­ment fatale à la socié­té et au nom chré­tien, trouve sa ruine dans le dogme de l’Immaculée Conception de Marie, par l’obligation qu’il impose de recon­naître à l’Église un pou­voir, devant lequel non seule­ment la volon­té ait à plier, mais encore l’esprit. Car c’est par l’effet d’une sou­mis­sion de ce genre que le peuple chré­tien adresse cette louange à la Vierge : Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache ori­gi­nelle n’est point en vous (Alléluia de la messe de l’Immaculée Conception).

Et par là se trouve jus­ti­fié une fois de plus ce que l’Église affirme d’elle, que, seule, elle a exter­mi­né les héré­sies dans le monde entier.

Que si la foi, comme dit l’Apôtre, n’est pas autre chose que le fon­de­ment des choses à espé­rer (Hebr. XI, 1), on convien­dra aisé­ment que par le fait que l’Immaculée Conception de Marie confirme notre foi, par là aus­si elle ravive en nous l’espérance. D’autant plus que si la Vierge a été affran­chie de la tache ori­gi­nelle, c’est parce qu’elle devait être la Mère du Christ : or, elle fut Mère du Christ afin que nos âmes pussent revivre à l’espérance des biens éternels.

Et main­te­nant, pour omettre ici la cha­ri­té à l’égard de Dieu, qui ne trou­ve­rait dans la contem­pla­tion de la Vierge imma­cu­lée un sti­mu­lant à gar­der reli­gieu­se­ment le pré­cepte de Jésus-​Christ, celui qu’il a décla­ré sien par excel­lence, savoir que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous a aimés ?

Marie veille sur l’Eglise

Un grand signe – c’est en ces termes que l’apôtre saint Jean décrit une vision divine – un grand signe est appa­ru dans le ciel : une femme, revê­tue du soleil, ayant sous ses pieds la lune, et, autour de sa tête, une cou­ronne de douze étoiles (Apoc. XII, 1). Or, nul n’ignore que cette femme signi­fie la Vierge Marie, qui, sans atteinte pour son inté­gri­té, engen­dra notre Chef. Et l’Apôtre de pour­suivre : Ayant un fruit en son sein, l’enfantement lui arra­chait de grands cris et lui cau­sait de cruelles dou­leurs (Apoc. XII, 2). Saint Jean vit donc la très sainte Mère de Dieu au sein de l’éternelle béa­ti­tude et tou­te­fois en tra­vail d’un mys­té­rieux enfan­te­ment. Quel enfan­te­ment ? Le nôtre assu­ré­ment, à nous qui, rete­nus encore dans cet exil, avons besoin d’être engen­drés au par­fait amour de Dieu et à l’éternelle féli­ci­té. Quant aux dou­leurs de l’enfantement, elles marquent l’ardeur et l’amour avec les­quels Marie veille sur nous du haut du ciel, et tra­vaille, par d’infatigables prières, à por­ter à sa plé­ni­tude le nombre des élus.

C’est notre désir que tous les fidèles s’appliquent à acqué­rir cette ver­tu de cha­ri­té, et pro­fitent sur­tout pour cela des fêtes extra­or­di­naires qui vont se célé­brer en l’honneur de la Conception imma­cu­lée de Marie.

Avec quelle rage, avec quelle fré­né­sie n’attaque-t-on pas aujourd’hui Jésus-​Christ et la reli­gion qu’il a fon­dée ! Quel dan­ger donc pour un grand nombre, dan­ger actuel et pres­sant, de se lais­ser entraî­ner aux enva­his­se­ments de l’erreur et de perdre la foi ! C’est pour­quoi que celui qui pense être debout prenne garde de tom­ber (I Cor. X, 12). Mais que tous aus­si adressent à Dieu, avec l’appui de la Vierge, d’humbles et ins­tantes prières, afin qu’il ramène au che­min de la véri­té ceux qui ont eu le mal­heur de s’en écar­ter. Car Nous savons d’expérience que la prière qui jaillit de la cha­ri­té et qui s’appuie sur l’intercession de Marie n’a jamais été vaine.

Assurément, il n’y a pas à attendre que les attaques contre l’Église cessent jamais : car il est néces­saire que des héré­sies se pro­duisent, afin que les âmes de foi éprou­vée soient mani­fes­tées par­mi vous (I Cor. XI, 19). Mais la Vierge ne lais­se­ra pas, de son côté, de nous sou­te­nir dans nos épreuves, si dures soient-​elles, et de pour­suivre la lutte qu’elle a enga­gée dès sa concep­tion, en sorte que quo­ti­dien­ne­ment nous pour­rons répé­ter cette parole : Aujourd’hui a été bri­sée par elle la tête de l’antique ser­pent (Office de l’Immaculée Conception, IIe Vêpres).

Saint Pie X, Encyclique Ad Diem Illum pour l’an­ni­ver­saire de la défi­ni­tion de l’Immaculée Conception, 2 février 1904. 

257ᵉ pape ; de 1903 à 1914