La soumission requise au Magistère discréditée par le même Magistère.
Le pèlerinage Ad Petri Sedem fait lui aussi l’expérience des portes fermées : l’autorisation d’une procession à la basilique Saint Pierre lui a été refusée. Il y a deux mois, Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Grenoble, donnait d’avance une raison de ce refus[1] : faire droit aux demandes de célébrer la messe selon le rite traditionnel contribuerait à entretenir le « climat de défiance systématique » et la « logique de soupçon » à l’égard de ce qui vient de Rome.
De manière plus radicale et agressive, un théologien romain, Andrea Grillo[2], parle de Mgr Cordileone comme d’un archevêque schismatique parce qu’il préfère Summorum Pontificum à Traditionis Custodes.
Le Magistère à défendre selon Mgr Eychenne, c’est la « dynamique ecclésiologique, anthropologique et liturgique, de l’ensemble du concile Vatican II », portée par les papes depuis Jean XXIII. Refuser les décisions doctrinales, liturgiques, disciplinaires, de ces papes, c’est partir dans la voie du refus de l’autorité magistérielle des papes.
Il est difficile de comprendre comment on peut à la fois revendiquer le respect et la soumission intellectuelles dues à l’autorité magistérielle et laisser dans la plus tranquille impunité les bravades les plus grossières contre la doctrine de l’Église : un évêque belge se prépare à ordonner des hommes mariés, l’épiscopat allemand n’en finit pas de mépriser les faibles rappels à l’ordre de Rome (prédication des laïcs, bénédiction des unions irrégulières, etc.) ; quant à la morale, le quotidien dans lequel Mgr Eychenne publie sa contribution publie complaisamment les tribunes qui relativisent ce qui en reste[3].
Mais cette « dynamique ecclésiologique » n’est-elle pas elle-même une manière de piétiner le Magistère antérieur et la pratique passée de l’Église ? Les théologiens condamnés sous Pie XII sont désormais portés aux nues ; le Saint-Office est accusé par le pape François d’avoir procédé de manière immorale[4] ; on n’en finit pas de procéder à des repentances dans lesquelles les hommes d’Église battent la coulpe, non seulement de leurs prédécesseurs, mais encore de l’Église elle-même, comme récemment celle de Léon XIV pour le retard de l’Église à condamner l’esclavage[5].
Il est clair que ce Church bashing ne peut obliger en conscience. Faute d’un discours magistériel intelligible[6], il reste à s’en tenir au Magistère passé.
Notes de bas de page
- https://www.la-croix.com/a‑vif/liberaliser-la-liturgie-serait-instiller-le-virus-de-la-defiance-20260824 ↩︎
- https://www.cittadellaeditrice.com/munera/un-arcivescovo-scismatico-in-segnatura-apostolica-le-parole-irresponsabili-di-mons-cordileone/ ↩︎
- Cf. par exemple cet article, tout un programme : https://www.la-croix.com/a‑vif/toute-masturbation-est-elle-intrinsequement-desordonnee-20261009 ↩︎
- Lettre à Mgr Fernandez sur sa nomination au poste de préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, 1er juillet 2023, https://fr.zenit.org/2023/07/03/lettre-du-pape-au-nouveau-prefet-de-doctrine-de-la-foi/ ↩︎
- Encyclique Magnifica humanitas, ↩︎
- On ne peut malheureusement que donner raison aujourd’hui au cardinal Müller : « On ne doit pas attendre d’un authentique catholique qu’il accepte sans critique n’importe quel document qui vient de Rome ou d’une autorité épiscopale. » Gerhard cardinal Müller, « Die Piusbruderschaft und ihre Einheit mit der Kirche », 21 février 2026, https://www.kath.net/news/89675, traduction nôtre. ↩︎









