Saint Eucher[1] parle de la mort, de la certitude où nous sommes de mourir, de l’incertitude du moment où nous mourrons. Cette page devrait être classique, tant elle exprime bien la doctrine chrétienne de la mort.
Mais, puisque nous avons parlé de la fragilité des possessions temporelles, il faut bien que nous disions un mot de la condition même de cette brève existence. Qu’est-ce que cela, je vous prie, qu’est-ce que cela ? Les humains ne voient rien journellement autant que la mort, ils n’oublient rien aussi facilement que la mort ! Le genre humain est emporté par la mort en une chute rapide, et toute la suite des générations court le long des siècles ! Nos pères ont passé, nous nous en irons, venant du large, par vagues qui se poussent et dont les dernières se brisent au rivage. De même, les âges successifs se brisent contre le poteau final de la mort ! Que cette pensée, jour et nuit, que le souvenir de cette condition qui est la nôtre nous frappe.
Pensons à la fin de la vie qui arrive d’instant en instant et qui se rapproche d’autant plus qu’elle nous a fait davantage attendre. Espérons lointain ce jour prochain, que nous savons ne pas pouvoir être. « Préparons, comme il est écrit, nos voies pour le départ ! » Si nous y pensons, si nous méditons en ce sens, nous n’aurons pas peur de la mort. Bienheureux qui vous êtes réconciliés déjà au Christ ! Ils ne peuvent être hantés d’une grande crainte de la mort ceux qui déjà « désirent être dissous pour être avec le Christ » (Phil 1, 23) ; qui, devant ce jour suprême de la vie présente, toujours prêts, toujours tranquilles, attendent en silence ! Il est, en effet, sans importance que l’on finisse cette vie temporelle à tel ou tel instant, dès lors qu’on passe à l’éternelle.
Source : J. Goubert et L. Cristiani, Les plus beaux textes sur l’au-delà. Image : Godong.
Notes de bas de page
- mort en 738 ; moine bénédictin devenu évêque d’Orléans. ↩︎









