Commémoration de la Réforme par le pape François – Cardinal Koch : « On ne célèbre pas un péché »

C’est peut-​être la goutte d’eau qui fera débor­der le vase de la patience de nom­breux catho­liques per­plexes. L’annonce conjointe par la Fédération luthé­rienne mon­diale et par le Conseil pon­ti­fi­cal pour la pro­mo­tion de l’unité des chré­tiens de la « célé­bra­tion » en Suède par le pape François du 500e anni­ver­saire de la Réforme de Luther, le 31 octobre pro­chain, a pro­vo­qué une onde de choc. 

Comment jus­ti­fier cette manière de fêter une révolte aus­si durable contre l’Eglise et contre Rome par une céré­mo­nie com­mune, au moyen d’une « Prière com­mune » catholico-​luthérienne, pêchée dans un guide litur­gique de publi­ca­tion récente ? C’est le car­di­nal Kurt Koch, pré­sident dudit Conseil, qui s’y est ris­qué. Il y a moins de deux ans, le même car­di­nal jugeait la démarche impos­sible. « Nous ne pou­vons pas célé­brer un péché », disait-​il même en 2012, comme le rap­pelle le site his­pa­no­phone InfoCatolica.

Les inco­hé­rences de la pen­sée et des actes pon­ti­fi­caux, et en tout cas la confu­sion qu’ils sèment, semblent avoir atteint cer­tains de ses proches, à moins qu’il ne s’agisse d’un nou­vel effet de sa « gou­ver­nance » auto­cra­tique. Il y a for­cé­ment une forme d’aveuglement volon­taire chez celui qui annonce et semble approu­ver sans sour­ciller une ini­tia­tive aus­si contraire à la tra­di­tion catho­lique – où il n’est même pas ques­tion de « prier côte à côte », cha­cun à sa façon, mais de prier ensemble, conjointement. 

La commémoration de la Réforme de Luther est forcément sa célébration

Le car­di­nal Koch(1) écrit : « En nous concen­trant ensemble sur la cen­tra­li­té de la ques­tion de Dieu et sur une approche chris­to­cen­trique, les luthé­riens et les catho­liques auront la pos­si­bi­li­té de célé­brer une com­mé­mo­ra­tion œcu­mé­nique de la Réforme, non seule­ment de façon prag­ma­tique, mais avec un sens pro­fond de la foi dans le Christ cru­ci­fié et ressuscité. »

Le car­di­nal Koch ne craint pas de se contredire(2). Alors que les luthé­riens com­men­çaient dès 2012 à par­ler de la célé­bra­tion de la mémoire du (mythique) pla­car­dage de ses « 95 thèses » contre Rome et ses indul­gences le 31 octobre 1517 – c’est en tout cas en ces jours que se cris­tal­li­sa la révolte de Luther – Kurt Koch avait sur­pris en met­tant en ligne sur le site de son dio­cèse de Münster une mise au point d’une grande clarté.

Il était déjà alors pré­sident du Conseil pon­ti­fi­cal pour l’unité des chré­tiens, mais on cherche en vain tout relent de diplo­ma­tie dans son refus caté­go­rique : « Nous ne pou­vons célé­brer un péché. » « Les évé­ne­ments qui divisent l’Eglise ne peuvent pas être appe­lés des jours de fête », ajoutait-​il, disant qu’on pou­vait bien se sou­ve­nir, mais cer­tai­ne­ment pas célé­brer. Il recon­nais­sait en pas­sant qu’on pour­rait l’accuser d’« anti-​œcuménisme ». Mais pour le car­di­nal Koch, les choses sont claires : autant il est pos­sible d’envisager la « recon­nais­sance mutuelle des torts », autant il faut « comme Jean-​Paul II en 2000 », affir­mait alors le car­di­nal, par là-​même « condam­ner la divi­sion de la chrétienté ».

« On ne célèbre pas un péché » : le cardinal Koch aurait-​il changé d’avis depuis 2012 ?

Une porte-​parole du Conseil de l’Eglise évan­gé­lique en Allemagne (EKD), Margot Kässmann, avait réagi avec beau­coup d’irritation aux paroles du car­di­nal Koch en disant : « La Réforme pro­tes­tante n’est pas notre péché, mais une réforme de l’Eglise urgente et néces­saire du point de vue biblique, où nous plai­dons pour la liber­té évan­gé­lique ; nous n’avons pas à nous avouer cou­pables de quoi que ce soit. »

Deux ans plus tard, le car­di­nal Koch reve­nait à la charge lors d’un entre­tien accor­dé en alle­mand à la chaîne catho­lique amé­ri­caine EWTN. Interrogé par Paul Badde, il redi­sait en 2014 que la « tra­gique » divi­sion des chré­tiens ne pou­vait être célé­brée alors que le Christ a deman­dé l’unité de son Eglise. Division dra­ma­tique où les uns se disent « évan­gé­liques », les autres « ortho­doxes », alors que l’Eglise catho­lique est seule plei­ne­ment évan­gé­lique et plei­ne­ment orthodoxe.

Revirement ? Confusion men­tale ? Comment expli­quer, sinon, le der­nier com­mu­ni­qué du car­di­nal Koch où il annonce sans com­men­taire la déci­sion du pape François de « com­mé­mo­rer » l’événement qui a déclen­ché l’officialisation de l’hérésie de Luther ?

La célébration commune de Luther par le pape François et les évangéliques : un scandale

La réponse tient pro­ba­ble­ment en quelques mots : parce que c’est le pape qui l’a deman­dé. De la même manière, le car­di­nal Sarah a été char­gé d’officialiser le chan­ge­ment litur­gique qui ouvre la céré­mo­nie du lave­ment des pieds aux femmes, à la demande expresse du pape François.

On ravale ses objec­tions, sans doute ajoute-​t-​on une prière silen­cieuse pour le sou­ve­rain pon­tife, bref, on fait le dos rond. Peut-​être n’y a‑t-​il pas d’autre moyen. Peut-​être la contes­ta­tion directe aurait-​elle des consé­quences plus graves encore que de lais­ser la confu­sion en l’état.

En atten­dant, les mes­sages envoyés avec insis­tance par le pape François ne font que l’entretenir. L’affaire de la com­mu­nion pour les luthériens(3) a fait grand bruit à Rome, tan­dis que les pré­lats les plus ortho­doxes essayaient déses­pé­ré­ment de tordre ses pro­pos afin de les rendre plus clai­re­ment catholiques.

Il est grand temps de se rap­pe­ler que les pro­pos et les actes ordi­naires du pape n’engagent pas son infailli­bi­li­té. Et que l’Eglise a les pro­messes de la vie éter­nelle. On peut avoir de justes griefs – l’affaire Luther ne partit-​elle pas de son indi­gna­tion devant la vente des indul­gences ? – et les expri­mer sans sens de l’Eglise. Ce qui abou­tit trop sou­vent au rejet de ce qu’elle enseigne avec cer­ti­tude depuis deux millénaires.

En ces temps trou­blés où l’on manque tant à l’Espérance, il ne faut pas oublier de deman­der la grâce et la ver­tu de la Foi.

Anne Dolhein

Sources : reinformation.tv/​InfoCatolica/​LPL du 7 février 2016 

Notes de la rédaction de LPL

(1) Kurt Koch, né le 15 mars 1950 à Emmenbrücke (Suisse). Président du Conseil pon­ti­fi­cal pour la pro­mo­tion de l’u­ni­té des chré­tiens depuis juillet 2010. Créé car­di­nal par Benoît XVI lors du consis­toire du 20 novembre 2010. Il reçoit alors le titre de cardinal-​diacre de Nostra Signora del Sacro Cuore. Le 16 décembre 2013, il est nom­mé par le pape François, membre de la Congrégation pour les évêques et le 9 sep­tembre 2014 Père syno­dal pour la troi­sième assem­blée géné­rale extra­or­di­naire du synode des évêques sur la famille se dérou­lant du 5 au 19 octobre en qua­li­té de pré­sident du Conseil pon­ti­fi­cal pour la pro­mo­tion de l’u­ni­té des chré­tiens.
(2) Le car­di­nal Koch n’est pas à une contra­dic­tion près : c’est lui qui en sep­tembre 2006, vou­lant « faire preuve d’ou­ver­ture » concer­nant la ques­tion de la construc­tion de mina­rets en Suisse, exige le rejet de l’i­ni­tia­tive anti-​minaret en pré­pa­ra­tion, tout en récla­mant davan­tage de liber­té reli­gieuse pour les chré­tiens en terre d’is­lam. Il réci­dive en sep­tembre 2009, en tant que pré­sident de la CES, en dénon­çant à nou­veau l’i­ni­tia­tive anti-​minarets et en deman­dant son rejet.
(3) Cardinal Sarah et Mgr Schneider : l’ac­cès des luthé­riens à la com­mu­nion ne peut pas se résu­mer à une affaire de conscience – 2 décembre 2015