Discours

Printemps de la nature, printemps de l'Eglise, printemps des familles chrétiennes - Discours aux jeunes époux

7 mai 1941
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Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 7 mai 1941

La vie ne meurt point, chers jeunes époux, dans les variations et l’écoulement des saisons : leur succession même donne au cours de l’an sa diversité et ramène toujours le printemps. Le jour a, lui aussi, ses saisons : dans la matinée nous goûtons le printemps, et à midi l’été ; le soir nous fait l’impression de l’automne, et la nuit de l’hiver. Spectacle de vie renaissante que le printemps, cette saison de joie où tout redonne à la nature le sourire : la verte chevelure des bois, les prés et les jardins en fleurs, les légères corolles des arbres fruitiers, les harmonies des oiseaux, la douce chaleur du soleil qui s’avance sur la voûte du ciel dans la splendeur de sa majesté, en époux de la nature qu’il salue, embellit, colore et féconde de ses rayons vivifiants. Le printemps de son beau manteau recouvre la terre et il éveille dans nos âmes un hymne de louanges au Créateur, qui déploie sa bonté et libéralité dans le livre de la nature, pour nous apprendre à nous renouveler, nous aussi, dans la vie de l’esprit et dans la foi en Dieu.

Notre sainte Mère l’Eglise a également son printemps, le printemps des alléluias que multiplie la liturgie pascale pour nous inviter à la joie : à la joie de la triomphante résurrection du Christ, fleur virginale de la Vierge Mère, lys divin de la rouge vallée de la Passion (cf. Cant., u, 1) ; à la joie du printemps des premières communautés chrétiennes, dont nous avons relu aux Actes des Apôtres les émouvants épisodes, présage et prémices du futur renouveau spirituel des peuples, les fleurs et les fruits de la conquête de l’apostolat catholique.

Pour vous, vous êtes au printemps de la vie. Vous vivez le printemps de la famille que vous venez de fonder. Vous le vivez dans la joie et la délicieuse intimité des premiers pas que vous faites à deux, et vous respirez le parfum des espérances d’une vie féconde qui montera autour de vous comme les rejets au pied de l’olivier, d’une vie que Dieu vous appelle à multiplier par votre union, de la vie la plus belle qui soit ici-bas : la vie des âmes chrétiennes.

Printemps de la nature, printemps de la joie chrétienne, printemps des noces chrétiennes : vous jouissez maintenant de ces trois printemps et vous exultez, comme si le monde qui vous entoure se réduisait pour vous à votre seule vie. Mais, si vous interrompez un instant vos doux colloques pour prendre en main un journal, vous rencontrerez dans ses colonnes une autre vie et un autre monde : faits de guerre, terribles combats sur terre, sur mer et dans le ciel ; mais vous rencontrerez aussi de magnifiques exemples de générosité envers ceux qui souffrent, de magnifiques exemples de dévouement, d’héroïsme et de sacrifice.

Vous-mêmes, bien-aimés fils et filles, au milieu de ces bouleversements formidables, par un grand et bel acte de foi chrétienne, vous n’avez pas craint de fonder vos nouvelles familles. C’est que vous savez et croyez que le renouveau infaillible du printemps dans le tumulte des événements humains n’est point une dérision ou une froide indifférence d’une nature aveugle, ni la folle imagination de rêveurs ingénus, mais le témoignage et la manifestation de ce suprême et paternel « Amour qui meut le soleil et les autres étoiles »2, amour dont la constante sollicitude ne se relâche jamais, ne fût-ce qu’un instant, dans le gouvernement du monde, et dont la miséricorde domine et modère les agitations des hommes.

Votre confiance chrétienne n’est ni puérilité, ni insouciance, ni fatalisme

Votre foi n’est-elle pas une confiance dans la douceur et la force de la main divine toujours vigilante et attentive et ordonnant sans cesse les événements grands et petits, joyeux et douloureux de cette vie ? Entendez la haute et belle leçon que Dieu vous donne dans le triple printemps que vous vivez ces jours-ci et qui raffermit votre confiance.

Cette confiance n’est point une ingénuité puérile s’imaginant que le printemps durera toujours, que sa charmante beauté ne passera jamais, que les chaleurs torrides, les froids et les neiges ne reviendront plus. Elle n’est point l’ingénuité qui s’enivre du présent sans une pensée pour l’avenir, sans un effort pour raffermir l’âme et la préparer aux privations et aux épreuves.

Cette confiance n’est point une indolente étourderie vivant au jour le jour, dans le rêve trompeur qu’aux premiers roulements du tonnerre il sera toujours temps de se réveiller pour se mettre, tant bien que mal, à l’abri de la tempête, comme si le meilleur parti à prendre actuellement était de jouir, sans aucune préoccupation, de la tranquillité présente, des rayons du soleil présent si peu durables soient-ils.

Cette confiance n’est pas la triste résignation du fatalisme paralysé par la conviction que sous l’aveugle déchaînement des choses il n’y a qu’à courber le dos pour recevoir le coup le moins mal possible et pour tâcher d’en amortir le choc avec la souplesse de la balle qui se laisse rouler en tous sens et heurter de toutes parts sans résistance ni raideur inutiles.

. mais foi en l’amour du Dieu de miséricorde et de sagesse.

Qu’est-ce donc que votre confiance ? C’est la foi dans l’amour de Dieu. Nos cognovimus et credidimus caritati, quam habet Deus in nobis (1Jn 4,16), « et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru ». Elevez votre pensée au-dessus des ouragans et des tempêtes d’ici-bas. Vous croyez de toute votre âme que le cours du monde qui nous porte dans ses tourbillons, qui nous meurtrit et nous étourdit, n’est point le débordement irréfléchi ni le choc de forces aveugles qui se précipitent au hasard. Pour déconcertants et sombres que puissent en être les gouffres et les rapides, vous croyez que la toute-puissance d’un amour et d’une sagesse sans borne conduit toutes choses ici-bas, veille sur toutes choses, dirige toutes choses vers un but : le triomphe de la miséricorde de Dieu, plus encore que de sa justice.

Vous savez que Dieu n’oublie jamais le but de ses oeuvres et que leur sagesse brillera dans le ciel lorsqu’il nous sera donné de parcourir, dans la vision divine, les sentiers de cette vie que nos pas auront marqués de traces sanglantes, et que sa grâce aura semés de fleurs.

Vous savez que rien au monde, ni l’amour d’une jeune mère, ni la mutuelle tendresse de nouveaux mariés, que rien ne ressemble, même de loin, à la tendresse d’amour infini dont Dieu entoure et embrasse toutes nos âmes et chacune d’elles en particulier.

Vous savez que, dans ses éternels, grandioses et magnifiques conseils sur les destinées du monde et de l’humanité, vous savez que, si sa prévoyance daigne se pencher jusque sur les lys des champs et les oiseaux du ciel, l’amour de Dieu a des desseins particuliers sur chacune de vos âmes, fût-elle la plus ignorée et la plus chétive aux yeux des hommes. Ces desseins sont d’une si affectueuse et si sage sollicitude que vous n’en mettrez vous-mêmes jamais autant à préparer tout ce qui pourra servir à accueillir, égayer et embellir la venue des chers petits que vous attendez en une joyeuse espérance.

Le cours de votre existence, les pas et les instants de votre vie sont peut-être bien humbles et bien cachés, mais Dieu ne les laissera pas à la merci du hasard. Tout est voulu ou permis par la sagesse et puissance de sa bonté, qui tourne au bien même le mal. A vos heures de travail intense, dans vos repos, dans l’inconscience de votre sommeil, à aucun instant de vos journées l’oeil et la main de Dieu ne cesseront jamais de soutenir de leur vigilant amour, de guider et de conduire vos vies et la vie de vos enfants.

Vous avez confiance l’un et l’autre dans votre amour réciproque et vous vous êtes confiés l’un à l’autre votre vie et votre bonheur : ayez une foi plus vive encore et plus inébranlable dans l’amour de Dieu pour vous ; ayez une foi qui s’élève à la hauteur incalculable de cet amour qui surpasse et dépasse jusqu’à l’amour humain le plus profond et le plus puissant.

Vous vous êtes donnés l’un à l’autre : donnez-vous ensemble à Dieu. Pourriez-vous sauvegarder votre bonheur si vous viviez chacun pour soi, sans vous préoccuper de ce que pense et désire l’âme unie à votre âme ? Certes non. Vous auriez encore moins de succès à assurer le bonheur de votre vie commune, si vous la viviez à votre guise, loin de Dieu et de ses desseins d’amour sur vous, dans le mépris ou la négligence de ce qu’il désire et attend de vous.

Laissez-vous donc guider par Dieu ; et les commandements de la loi chrétienne, la direction et les conseils de l’Eglise, les dispositions de la Providence illumineront vos pas jour par jour sur le chemin de la vie.

Par la confiance en Dieu et la soumission à sa loi, la foie de votre foyer demeurera.

Ayez confiance en Dieu, ayez confiance dans le Rédempteur : il a vaincu le monde. N’attendez point de révélation extraordinaire des desseins de Dieu sur vous : ils se révéleront peu à peu dans la succession des faits et dans les événements de la journée et de la vie.

Croyez à l’amour divin qui vous a montré la voie à parcourir ; marchez dans cette voie avec droiture et vertu, et non au gré de vos caprices ; sinon vous n’éviterez point les heurts, les dissonances d’avec les harmonies divines, et votre voix détonnera dans le doux chant dont Dieu veut faire résonner votre famille. Le refus de marcher dans le chemin de Dieu, n’est-ce pas là souvent la secrète raison, la triste origine de tant de vies qui ont commencé dans une rayonnante félicité pour finir dans les plus sombres misères ? Ne soyez point des enfants capricieux, entêtés, qui se débattent dans les bras de leur mère pourtant si pleins d’amour ; n’imitez point ces hommes, bien nombreux, qui, nouveaux Pharaons, s’endurcissent et se débattent dans les mains de Dieu, et qui, au lieu de se laisser conduire en fils, rejettent sa loi, ferment l’oreille à l’inspiration de sa grâce qui les pousse vers une vie plus intégralement chrétienne : voilà d’où viennent les désaccords, les heurts, les chutes, les maladies, les ruines.

Cette foi confiante dans l’amour de Dieu, bien-aimés fils et filles, cette docile et cordiale fidélité à vous laisser guider par Dieu, à observer ses commandements, à accepter avec une filiale soumission les dispositions de sa Providence sur vous, voilà, Nous en avons l’assurance, les résolutions que vous avez prises pour cette vie commune dont le prêtre a béni les débuts.

Mais ces vertus si belles et si nécessaires, où les prendrez-vous ? Vous ne les obtiendrez, vous ne les conserverez, vous ne les développerez qu’aux sources profondes et limpides de l’eau vive qui jaillit pour la vie éternelle, c’est-à-dire dans l’assiduité à écouter la parole de Dieu et à vous instruire de plus en plus dans les enseignements de l’Eglise ; dans la prière qui vous réunira matin et soir ; dans l’assistance à la sainte messe et la fréquentation des sacrements de pénitence et d’Eucharistie, en un mot dans la vie chrétienne active et vertueuse.

Alors, oui, le printemps d’aujourd’hui durera, il fleurira dans vos âmes, il ne cessera que pour se transformer aux couronnes de fruits brillants et aux gerbes de moissons dorées de cet été sans automne et sans hiver qu’est l’éternelle joie des bienheureux du ciel.

PIE XII, Pape.