Pie XII

260ᵉ pape ; de 1939 à 1958

11 octobre 1954

Lettre encyclique Ad cæli Reginam

Fête liturgique de «La Sainte Vierge Marie Reine»

Table des matières

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, évêques et autres Ordinaires en paix et com­mu­nion avec le Siège apos­to­lique, ain­si qu’à tout le cler­gé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,

Salut et Bénédiction apostolique !

Dès les pre­miers siècles de l’Église Catholique, le peuple chré­tien fit mon­ter vers la Reine du Ciel ses prières et ses chants de louange filiale dans la séré­ni­té des heures de joie et plus encore dans l’an­goisse des périls mena­çants. Jamais ne fut déçue l’es­pé­rance mise en la Mère du divin Roi Jésus-​Christ ; jamais ne s’af­fai­blit la foi qui nous enseigne que la Vierge Marie Mère de Dieu règne sur l’u­ni­vers entier avec un cœur mater­nel, tout comme elle est ceinte d’une royale cou­ronne de gloire dans la béa­ti­tude céleste.

Or, après les cala­mi­tés qui, jusque sous Nos yeux, ont cou­vert de ruines des villes flo­ris­santes et de nom­breux vil­lages, Nous voyons avec dou­leur débor­der dan­ge­reu­se­ment les flots de pro­fondes misères morales, vaciller par­fois les bases mêmes de la jus­tice, triom­pher un peu par­tout l’at­trait des plai­sirs cor­rup­teurs, et, dans cette conjonc­ture inquié­tante, Nous sommes sai­si d’une vive angoisse. Aussi est-​ce avec confiance que Nous recou­rons à Marie notre Reine, lui mani­fes­tant non seule­ment Notre amour, mais aus­si celui, de qui­conque se glo­ri­fie du nom de chrétien.

Le 1er novembre de l’an­née 1950 – il Nous plaît de le rap­pe­ler -, en pré­sence d’une mul­ti­tude de Cardinaux, d’Évêques, de prêtres et de fidèles accou­rus du monde entier, Nous avons Nous-​même défi­ni le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge dans le ciel, [1] où, en corps et en âme, elle règne avec son Fils unique par­mi les chœurs des Anges et des Saints.

En outre, à l’oc­ca­sion du cen­te­naire de la défi­ni­tion du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX, Notre Prédécesseur d’im­mor­telle mémoire, Nous avons pro­mul­gué la pré­sente Année Mariale ; [2] et ce Nous est aujourd’­hui une grande conso­la­tion de voir à Rome – à Sainte Marie-​Majeure en par­ti­cu­lier où les foules viennent mani­fes­ter leur confiance et leur grand amour envers leur Mère du Ciel –, mais éga­le­ment dans le monde entier, la pié­té envers la Vierge Mère de Dieu refleu­rir tou­jours davan­tage et les prin­ci­paux sanc­tuaires mariaux rece­voir sans inter­rup­tion de nom­breux et pieux pèle­ri­nages. Et l’on sait que, chaque fois que Nous en eûmes l’oc­ca­sion, dans Nos allo­cu­tions d’au­dience ou Nos radio-​messages, Nous avons exhor­té tous les fidèles à aimer de tout leur cœur, comme des fils, leur Mère très bonne et très puis­sante. À ce sujet, Nous rap­pe­lons volon­tiers le mes­sage radio­pho­nique adres­sé au peuple por­tu­gais lors du cou­ron­ne­ment de la sta­tue mira­cu­leuse de Fatima, [3] et que Nous avons qua­li­fié Nous-​même de mes­sage de la « Royauté » de Marie. [4]

Pour mettre donc en quelque sorte le comble à ces marques de Notre pié­té envers la Mère de Dieu, que le peuple chré­tien a accueillies avec tant de fer­veur, pour conclure heu­reu­se­ment l’Année Mariale qui touche désor­mais à son terme, pour accé­der enfin aux demandes ins­tantes qui Nous par­viennent à ce sujet de toutes parts, Nous avons déci­dé d’ins­ti­tuer la fête litur­gique de « La Sainte Vierge Marie Reine ».

Nous n’en­ten­dons pas pro­po­ser par là au peuple chré­tien une nou­velle véri­té à croire, car le titre même et les argu­ments qui jus­ti­fient la digni­té royale de Marie ont déjà de tout temps été abon­dam­ment for­mu­lés et se trouvent dans les docu­ments anciens de l’Église et dans les livres liturgiques.

Nous dési­rons seule­ment les rap­pe­ler par cette Encyclique, afin de célé­brer à nou­veau les louanges de Notre Mère du ciel, de rani­mer dans tous les cœurs une pié­té plus ardente envers elle, et de contri­buer ain­si au bien des âmes.

Première partie

Le peuple chré­tien, même dans les siècles pas­sés, croyait avec rai­son que celle dont est né le Fils du Très-​Haut, qui « règne­ra à jamais dans la mai­son de Jacob », (Lc. I, 32.) « Prince de la paix », (Is. IX, 6.) « Roi des rois et Seigneur des Seigneurs », (Ap. XIX, 16.) avait reçu plus que toute autre créa­ture des grâces et pri­vi­lèges uniques ; et consi­dé­rant aus­si les rela­tions étroites qui unis­saient la mère au fils, il a recon­nu sans peine la digni­té royale suprême de la Mère de Dieu.

C’est pour­quoi il n’est pas éton­nant que les anciens écri­vains ecclé­sias­tiques, forts de la parole de l’Archange Gabriel pré­di­sant que le Fils de Marie régne­rait éter­nel­le­ment, [5] et de celle d’Élisabeth, qui, en la saluant avec res­pect, l’ap­pe­lait « la Mère de mon Seigneur », (Lc. I, 43.) aient déjà appe­lé Marie « la Mère du Roi », « la Mère du Seigneur », mon­trant clai­re­ment qu’en ver­tu de la digni­té royale de son Fils elle pos­sé­dait une gran­deur et une excel­lence à part.

Aussi Saint Ephrem, dans l’ar­deur de son ins­pi­ra­tion poé­tique, lui prête-​t-​il ces paroles « Que le ciel me sou­tienne de son étreinte, car j’ai été hono­rée plus que lui. En effet le ciel ne fut pas ta mère, mais tu en as fait ton trône ! ». [6] Et ailleurs il la prie en ces termes « … noble jeune fille et Patronne, Reine, Maîtresse, garde-​moi, protège-​moi, de peur que Satan auteur de tout mal ne se réjouisse à mon sujet et que le cri­mi­nel adver­saire ne triomphe de moi ». [7]

Saint Grégoire de Nazianze appelle Marie « Mère du Roi de tout l’u­ni­vers », « Mère Vierge, (qui) a enfan­té le Roi du monde entier ». [8] Prudence déclare que cette mère « s’é­tonne d’a­voir engen­dré Dieu comme homme et même comme Roi suprême ». [9]

Cette digni­té royale de la. Bienheureuse Vierge Marie est clai­re­ment et net­te­ment signi­fiée par ceux qui l’ap­pellent « Souveraine », « Dominatrice », « Reine ».

Déjà dans une homé­lie attri­buée à Origène, Marie est appe­lée par Élisabeth non seule­ment « Mère de mon Seigneur », mais « Ma Souveraine ». [10]

La même idée res­sort du pas­sage sui­vant de saint Jérôme dans lequel, par­mi les dif­fé­rentes inter­pré­ta­tions du nom de Marie, il met en der­nier lieu celle-​ci : « Il faut savoir qu’en syriaque Marie signi­fie Souveraine ». [11] Après lui Saint Chrysologue for­mule la même pen­sée d’une manière encore plus affir­ma­tive : « Le mot hébreu Marie se tra­duit en latin Souveraine : l’Ange l’ap­pelle Souveraine pour qu’elle cesse de trem­bler comme une ser­vante, elle à qui l’au­to­ri­té même de son Fils a obte­nu de naître et d’être appe­lée Souveraine ». [12]

Épiphane, évêque de Constantinople, écri­vant au Souverain Pontife Hormisdas, dit qu’il faut prier pour que l’u­ni­té de l’Église soit conser­vée « par la grâce de la sainte et consub­stan­tielle Trinité et par l’in­ter­ces­sion de notre Sainte Souveraine, la glo­rieuse Vierge Marie Mère de Dieu ». [13]

Un auteur de la même époque salue en ces termes solen­nels la Sainte Vierge, assise à la droite de Dieu, pour lui deman­der de prier pour nous : « Souveraine des mor­tels, très sainte Mère de Dieu ». [14]

Saint André de Crète attri­bue plu­sieurs fois à la Vierge Marie la digni­té de Reine ; il écrit par exemple : « (Jésus) trans­porte aujourd’­hui hors de sa demeure ter­restre la Reine du genre humain, sa Mère tou­jours Vierge, dans le sein de laquelle, sans ces­ser d’être Dieu, il a pris la forme humaine ». [15] Et ailleurs : « Reine de tout le genre humain, fidèle en réa­li­té au sens de ton nom et qui, Dieu seul excep­té, dépasse toute chose ». [16]

Saint Germain salue en ces termes l’humble Vierge : « Assieds-​toi, ô Souveraine, il convient en effet que tu sièges en haut lieu puisque tu es Reine et plus glo­rieuse que tous les rois » [17]. Il l’ap­pelle aus­si : « Souveraine de tous les habi­tants de la. Terre ». [18]

Saint Jean Damascène lui donne le nom de « Reine, Patronne, Souveraine », [19] et même de : « Souveraine de toute créa­ture » [20] ; un ancien écri­vain de l’Église Occidentale l’ap­pelle : « heu­reuse Reine », « Reine éter­nelle près du Roi son Fils », elle dont « la tête blanche comme la neige est ornée d’un dia­dème d’or ». [21]

Enfin Saint Ildefonse de Tolède unit presque tous ces titres d’hon­neur en cette salu­ta­tion : « Ô ma Souveraine, Maîtresse suprême ; Mère de mon Souverain, tu règnes sur moi… Souveraine par­mi les ser­vantes, Reine par­mi tes sœurs ». [22]

À par­tir de ces témoi­gnages et d’autres ana­logues, presque innom­brables, qui remontent à l’an­ti­qui­té, les théo­lo­giens de l’Église ont éla­bo­ré la. doc­trine selon laquelle ils appellent la Très Sainte Vierge, Reine de toutes les créa­tures, Reine du monde, Souveraine de l’Univers.

Les Pasteurs suprêmes de l’Église ont esti­mé de leur devoir d’ap­prou­ver et d’en­cou­ra­ger par leurs exhor­ta­tions et leurs éloges la pié­té du peuple chré­tien envers sa Mère du ciel et sa Reine. Aussi, sans par­ler des docu­ments des Papes récents, rap­pe­lons sim­ple­ment ceux-​ci : dès le sep­tième siècle Notre Prédécesseur Saint Martin I appelle Marie « Notre glo­rieuse Souveraine tou­jours Vierge » ; [23] Saint Agathon, dans son épître syno­dale aux Pères du sixième Concile œcu­mé­nique dit d’elle « notre Souveraine, vrai­ment Mère de Dieu au sens propre » ; [24] au hui­tième siècle, Grégoire II dans sa lettre au Patriarche Saint Germain, qui fut lue aux accla­ma­tions de tous les Pères du sep­tième Concile œcu­mé­nique, lui donne le titre de « Souveraine uni­ver­selle et vraie Mère de Dieu », et de « Souveraine de tous les chré­tiens ». [25]

Rappelons en outre que Notre Prédécesseur d’im­mor­telle mémoire Sixte IV, men­tion­nant avec faveur la doc­trine de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge dans sa Lettre Apostolique Cum praeex­cel­sa, [26] com­mence par appe­ler Marie « Reine du ciel et de la terre » et affirme que le Roi suprême lui a en quelque sorte trans­mis son pou­voir. [27]

C’est pour­quoi Saint Alphonse de Liguori ras­sem­blant tous les témoi­gnages des siècles pré­cé­dents écrit avec grande pié­té : « Puisque la Vierge Marie a été éle­vée à la digni­té si haute de Mère de Dieu, c’est à bon droit que l’Église lui à décer­né le titre de Reine ». [28]

Deuxième partie

La sainte litur­gie, qui est comme le fidèle miroir de la doc­trine trans­mise par les anciens et crue par le peuple chré­tien à tra­vers les âges, tant en Orient qu’en Occident, a tou­jours chan­té et chante encore sans cesse les louanges de la Reine des cieux.

De l’Orient reten­tissent ces accents fer­vents : « Ô Mère de Dieu, aujourd’­hui tu as été trans­por­tée au ciel sur les chars des Chérubins, les Séraphins sont à ton ser­vice, et les légions des armées célestes s’in­clinent devant toi ». [29]

Et ceux-​ci : « Ô juste, ô très heu­reux (Joseph), à cause de ton ori­gine royale tu as été choi­si entre tous pour époux de la Reine pure, qui enfan­te­ra mer­veilleu­se­ment le Roi Jésus ». [30] De même : « Je dirai un hymne à la Mère Reine, et je m’ap­pro­che­rai d’elle avec joie pour chan­ter dans l’al­lé­gresse ses mer­veilles… Ô Souveraine, notre langue ne peut te chan­ter digne­ment, parce que Tu es plus éle­vée que les Séraphins, Toi qui as engen­dré le Christ Roi… Salut, ô Reine du monde, salut, ô Marie, Souveraine de nous tous ». [31]

Dans le Missel éthio­pien, on lit : « Ô Marie, centre de l’u­ni­vers. … Tu es plus grande que les Chérubins aux jeux innom­brables et que les Séraphins aux six ailes… Le ciel et la terre sont entiè­re­ment rem­plis de ta sain­te­té et de ta gloire » [32].

L’Église latine chante la vieille et très douce prière du « Salve Regina » et les joyeuses antiennes « Ave, Regina coe­lo­rum », « Regina coe­li, lae­tare », celles aus­si que l’on récite aux fêtes de la Sainte Vierge : « La Reine s’est assise à ta droite en vête­ment d’or cou­vert d’or­ne­ments variés » ; [33] « Le ciel et la terre te célèbrent comme leur puis­sante Reine » [34] ; « Aujourd’hui la Vierge Marie est mon­tée aux cieux : réjouissez-​vous, car elle règne avec le Christ à jamais ». [35]

Il faut y ajou­ter, entre autres, les Litanies de Lorette, qui invitent tous les jours le peuple chré­tien à saluer plu­sieurs fois Marie du titre de Reine. De même, depuis bien des siècles, les chré­tiens méditent sur l’empire de Marie qui embrasse le ciel et la. terre, lors­qu’ils consi­dèrent le cin­quième mys­tère glo­rieux du Rosaire, que l’on peut appe­ler la cou­ronne mys­tique de la Reine du ciel.

Enfin l’art basé sur les prin­cipes chré­tiens et ins­pi­ré de leur esprit, inter­pré­tant exac­te­ment depuis le Concile d’Éphèse la pié­té authen­tique et spon­ta­née des fidèles, repré­sente Marie en Reine et en Impératrice, assise sur un trône royal, ornée d’in­signes royaux, ceinte d’un dia­dème, entou­rée d’une cohorte d’Anges et de Saints, mon­trant qu’elle domine non seule­ment les forces de la nature mais aus­si les attaques per­verses de Satan. L’iconographie, pour tra­duire la digni­té royale de la Bienheureuse Vierge Marie, s’est enri­chie à toutes les époques d’œuvres d’art de la plus grande valeur ; elle est même allée jus­qu’à repré­sen­ter le Divin Rédempteur cei­gnant le front de sa Mère d’une cou­ronne éclatante.

[,es Pontifes Romains n’ont pas man­qué de favo­ri­ser cette dévo­tion popu­laire en cou­ron­nant sou­vent, de leurs propres mains ou par l’in­ter­mé­diaire de Légats pon­ti­fi­caux, les images de la Vierge déjà remar­quables par le culte public qu’on leur rendait.

Troisième partie

Comme Nous l’a­vons indi­qué plus haut, Vénérables Frères, l’ar­gu­ment prin­ci­pal sur lequel se fonde la digni­té royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tra­di­tion antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa mater­ni­té divine. Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engen­dré par la Vierge : « Il sera appe­lé Fils du Très-​Haut et le Seigneur Dieu lui don­ne­ra le trône de David, son père, et il régne­ra dans la mai­son de Jacob éter­nel­le­ment et son règne n’au­ra pas de fin » (Lc I, 32, 33.) ; en outre, Marie est pro­cla­mée « Mère du Seigneur ». [36] Il s’en­suit logi­que­ment qu’elle-​même est Reine, puis­qu’elle a don­né la vie à un Fils qui, dès l’ins­tant de sa concep­tion, même comme homme, était, à cause de l’u­nion hypo­sta­tique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses.

Saint Jean Damascène a donc rai­son d’é­crire : « Elle est vrai­ment deve­nue la Souveraine de toute la créa­tion au moment où elle devint Mère du Créateur » [37] et l’Archange Gabriel lui-​même peut-​être appe­lé le pre­mier héraut de la digni­té royale de Marie.

Cependant la Bienheureuse Vierge doit être pro­cla­mée Reine non seule­ment à cause de sa mater­ni­té divine mais aus­si parce que selon la volon­té de Dieu, elle joua. dans l’œuvre de notre salut éter­nel, un rôle des plus émi­nents. « Quelle pen­sée plus douce – écri­vait Notre Prédécesseur d’heu­reuse mémoire, Pie XI – pour­rait Nous venir à l’es­prit que celle-​ci : le Christ est notre Roi non seule­ment par droit de nais­sance mais aus­si par un droit acquis, c’est-​à-​dire par la Rédemption ? Que tous les hommes oublieux du prix que nous avons coû­té à notre Rédempteur s’en sou­viennent : « Vous n’a­vez pas été rache­tés par l’or ou l’argent qui sont des biens cor­rup­tibles, … mais par le sang pré­cieux du Christ, Agneau imma­cu­lé et sans tache ». [38] Nous n’ap­par­te­nons donc plus à nous-​mêmes, parce que c’est « d’un grand prix », [39] que « le Christ nous a rache­tés ». [40]

Dans l’ac­com­plis­se­ment de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroi­te­ment asso­ciée au Christ ; aus­si chante-​t-​on à bon droit dans la Sainte Liturgie : « Sainte Marie, Reine du ciel et maî­tresse du monde, bri­sée de dou­leur, était debout près de la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ ». [41] Et un pieux dis­ciple de Saint Anselme pou­vait écrire au Moyen-​âge : « Comme… Dieu, en créant toutes choses par sa puis­sance, est Père et Seigneur de tout, ain­si Marie, en res­tau­rant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu’il les a éta­blies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les res­tau­rant dans leur digni­té ori­gi­nelle par la grâce qu’elle méri­ta ». [42] En effet « Comme le Christ pour nous avoir rache­tés est notre Seigneur et notre Roi à un titre par­ti­cu­lier, ain­si la Bienheureuse Vierge est aus­si notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contri­bua à notre Rédemption, en don­nant sa chair à son Fils et en l’of­frant volon­tai­re­ment pour nous, dési­rant, deman­dant et pro­cu­rant notre salut d’une manière toute spé­ciale ». [43]

De ces pré­misses, on peut tirer l’ar­gu­ment sui­vant : dans l’œuvre du salut spi­ri­tuel, Marie fut, par la volon­té de Dieu, asso­ciée au Christ Jésus, prin­cipe de salut, et cela d’une manière sem­blable à celle dont Ève fut asso­ciée à Adam, prin­cipe de mort, si bien que l’on peut dire de notre Rédemption qu’elle s’ef­fec­tua selon une cer­taine « réca­pi­tu­la­tion » [44] en ver­tu de laquelle le genre humain, assu­jet­ti à la mort par une vierge, se sauve aus­si par l’in­ter­mé­diaire d’une vierge ; en outre on peut dire que cette glo­rieuse Souveraine fut choi­sie comme Mère de Dieu pré­ci­sé­ment « pour être asso­ciée à lui dans la rédemp­tion du genre humain » [45] ; réel­le­ment « ce fut elle qui, exempte de toute faute per­son­nelle ou héré­di­taire, tou­jours étroi­te­ment unie à son Fils, l’a offert sur le Golgotha au Père Éternel, sacri­fiant en même temps son amour et ses droits mater­nels, comme une nou­velle Ève, pour toute la pos­té­ri­té d’Adam, souillée par sa chute misé­rable » [46] ; on pour­ra donc légi­ti­me­ment en conclure que, comme le Christ, nou­vel Adam, est notre Roi parce qu’il est non seule­ment Fils de Dieu, mais aus­si notre Rédempteur, il est éga­le­ment per­mis d’af­fir­mer, par une cer­taine ana­lo­gie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu’elle est Mère de Dieu et parce que, comme une nou­velle Ève, elle fut, asso­ciée au nou­vel Adam.

Sans doute, seul Jésus-​Christ, Dieu et homme, est Roi, au sens plein, propre et abso­lu du mot ; Marie, tou­te­fois, par­ti­cipe aus­si à sa digni­té royale, bien que d’une manière limi­tée et ana­lo­gique, parce qu’elle est la Mère du Christ Dieu et qu’elle est asso­ciée à l’œuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses enne­mis et dans son triomphe rem­por­té sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi Elle atteint une gloire tel­le­ment sublime qu’elle dépasse l’ex­cel­lence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puis­sance royale qui l’au­to­rise à dis­tri­buer les tré­sors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l’ef­fi­ca­ci­té inépui­sable de son inter­ces­sion mater­nelle auprès du Fils et du Père.

Aucun doute par consé­quent que la Sainte Vierge ne dépasse en digni­té toute la créa­tion et n’ait sur tous, après son Fils, la pri­mau­té. « Toi enfin – chante Saint Sophrone – tu as dépas­sé de loin toute créa­ture. Que peut-​il exis­ter de plus éle­vé que cette grâce dont toi seule as béné­fi­cié de par la volon­té de Dieu ? » [47] Et Saint Germain va encore plus loin dans la louange : « Ta digni­té te met au des­sus de toutes les créa­tures ; ton excel­lence te rend supé­rieure aux anges ». [48] Saint Jean Damascène ensuite en vient jus­qu’à écrire cette phrase : « La dif­fé­rence entre les ser­vi­teurs de Dieu et sa Mère est infi­nie ». [49]

Pour nous aider à com­prendre la digni­té sublime que la Mère de Dieu a atteinte au des­sus de toutes les créa­tures, nous pou­vons consi­dé­rer que la Sainte Vierge, depuis le pre­mier ins­tant de sa concep­tion, fut com­blée d’une telle abon­dance de grâces qu’elle dépas­sait la grâce de tous les Saints. Aussi – comme l’é­cri­vait Notre Prédécesseur Pie IX d’heu­reuse mémoire, dans sa Bulle Ineffabilis Deus – « bien au des­sus de tous les Anges et de tous les Saints », le Dieu inef­fable « a enri­chi Marie avec muni­fi­cence de tous les dons célestes, pui­sés au tré­sor de la divi­ni­té ; aus­si, tou­jours pré­ser­vée des moindres souillures du péché, toute belle et par­faite, elle a atteint une telle plé­ni­tude d’in­no­cence et de sain­te­té qu’on ne peut en ima­gi­ner de plus grande en des­sous de Dieu et que jamais per­sonne, sauf Dieu lui-​même, ne réus­si­ra à la com­prendre ». [50]

En outre, la Bienheureuse Vierge n’a pas seule­ment réa­li­sé le suprême degré, après le Christ, de l’ex­cel­lence et de la per­fec­tion mais elle par­ti­cipe aus­si en quelque sorte à l’ac­tion par laquelle on dit avec rai­son que son Fils, notre Rédempteur, règne sur les esprits et les volon­tés des hommes. En effet, si le Verbe opère les miracles et répand la grâce par le moyen de son huma­ni­té, s’il se sert des Sacrements et des Saints comme d’ins­tru­ments pour le salut des âmes, pour­quoi ne peut-​il pas se ser­vir de se Mère très Sainte pour nous dis­tri­buer les fruits de la Rédemption ? Vraiment c’est avec un cœur mater­nel comme dit encore Notre Prédécesseur Pie IX, que, trai­tant l’af­faire de notre salut, elle se pré­oc­cupe de tout le genre humain, ayant été éta­blie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre et se trou­vant exal­tée au des­sus de tous les chœurs des Anges et de tous les Saints du ciel à la droite de son Fils unique, Jésus-​Christ Notre Seigneur : elle obtient audience par la puis­sance de ses sup­pli­ca­tions, mater­nelles, elle reçoit tout ce qu’elle demande et ne connaît jamais de refus. [51] À ce pro­pos, un autre de Nos Prédécesseurs, Léon XIII d’heu­reuse mémoire, décla­ra que la Bienheureuse Vierge Marie dis­pose d’un pou­voir « presque sans limites » [52] pour concé­der des grâces, et Saint Pie X ajoute que Marie rem­plit cet office « pour ain­si dire par droit mater­nel ». [53]

Que tous les fidèles chré­tiens se glo­ri­fient donc d’être sou­mis a l’empire de la Vierge Mère de Dieu qui dis­pose d’un pou­voir royal et brûle d’a­mour maternel.

Mais en trai­tant les ques­tions qui regardent la Sainte Vierge, que les Théologiens et les Prédicateurs de la parole divine aient soin d’é­vi­ter ce qui les ferait dévier du droit che­min, pour tom­ber dans une double erreur ; qu’ils se gardent et des opi­nions pri­vées de fon­de­ment, dont les expres­sions exa­gé­rées dépassent les limites du vrai, et d’une étroi­tesse d’es­prit exces­sive quand il s’a­git de cette digni­té unique, sublime, et même presque divine de la Mère de Dieu, que le Docteur Angélique nous enseigne à lui attri­buer « à cause du bien infi­ni qu’est Dieu ». [54]

Du reste, sur ce point de la doc­trine chré­tienne comme en d’autres, « la norme pro­chaine et uni­ver­selle de la véri­té » est, pour tous, le Magistère vivant de l’Église que le Christ a éta­bli « éga­le­ment pour éclai­rer et expli­quer ce qui, dans le dépôt de la foi, n’est conte­nu qu’obs­cu­ré­ment et comme impli­ci­te­ment ». [55]

Quatrième partie

Les monu­ments de l’an­ti­qui­té chré­tienne, les prières de la litur­gie, le sens reli­gieux inné du peuple chré­tien, les œuvres d’art, nous ont four­ni des témoi­gnages qui affirment l’ex­cel­lence de la Vierge Mère de Dieu en sa digni­té royale ; Nous avons aus­si prou­vé que les rai­sons déduites par la théo­lo­gie du tré­sor de la foi divine confirment plei­ne­ment cette véri­té. De tant de témoi­gnages cités, il se forme un concert dont l’é­cho résonne au loin pour célé­brer le carac­tère suprême et la gloire royale de la Mère de Dieu et des hommes, « éle­vée désor­mais au royaume céleste au des­sus des chœurs angé­liques ». [56]

De longues et mûres réflexions Nous ayant per­sua­dé que si cette véri­té soli­de­ment démon­trée était ren­due plus res­plen­dis­sante aux yeux de tous – comme une lampe qui brille davan­tage quand elle est pla­cée sur le can­dé­labre – l’Église en recueille­rait de grands fruits, par Notre auto­ri­té apos­to­lique Nous décré­tons et ins­ti­tuons la fête de Marie Reine, qui se célé­bre­ra chaque année dans le monde entier le 31 mai. Nous ordon­nons éga­le­ment que, ce jour-​là, on renou­velle la consé­cra­tion du genre humain au Cœur Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie. C’est là en effet que repose le grand espoir de voir se lever une ère de bon­heur, où régne­ront la paix chré­tienne et le triomphe de la religion.

Que tous s’ap­prochent donc avec une confiance plus grande qu’au­pa­ra­vant, du trône de misé­ri­corde et de grâce de notre Reine et Mère, pour deman­der le secours dans l’ad­ver­si­té, la lumière dans les ténèbres, le récon­fort dans la dou­leur et les larmes ; qu’ils s’ef­forcent sur­tout de s’ar­ra­cher à la ser­vi­tude du péché et qu’ils offrent un hom­mage inces­sant, péné­tré de la fer­veur d’une dévo­tion filiale, à la royau­té d’une telle Mère.

Que ses Sanctuaires soient fré­quen­tés et ses fêtes célé­brées par la foule des fidèles ; que la pieuse cou­ronne du Rosaire soit dans toutes les mains et que, pour chan­ter ses gloires, elle ras­semble dans les églises, les mai­sons, les hôpi­taux, les pri­sons, aus­si bien de petits groupes que de grandes assem­blées de fidèles. Que le nom de Marie plus doux que le nec­tar, plus pré­cieux que n’im­porte quelle gemme soit l’ob­jet des plus grands hon­neurs ; que per­sonne ne pro­nonce de blas­phèmes impies, signe d’une âme cor­rom­pue, contre un nom qui brille d’une telle majes­té et que la grâce mater­nelle rend véné­rable ; qu’on n’ose même rien dire qui tra­hisse un manque de res­pect à son égard.

Que tous s’ef­forcent selon leur condi­tion de repro­duire dans leur cœur et dans leur vie, avec un zèle vigi­lant et atten­tif, les grandes ver­tus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante. Il s’en­sui­vra en effet que les chré­tiens, en hono­rant et imi­tant une si grande Reine, se sen­ti­ront enfin vrai­ment frères et, ban­nis­sant l’en­vie et les dési­rs immo­dé­rés des richesses, déve­lop­pe­ront la cha­ri­té sociale, res­pec­te­ront les droits des pauvres et aime­ront la paix. Que per­sonne donc ne se croie fils de Marie, digne d’être accueilli sous sa puis­sante pro­tec­tion, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contri­bue avec amour à la vraie fra­ter­ni­té, sou­cieuse non de bles­ser et de nuire, mais d’ai­der et de consoler.

En bien des régions du globe, des hommes sont injus­te­ment pour­sui­vis pour leur pro­fes­sion de foi chré­tienne et pri­vés des droits humains et divins de la liber­té ; pour écar­ter ces maux, les requêtes jus­ti­fiées et les pro­tes­ta­tions répé­tées sont jus­qu’à pré­sent res­tées impuis­santes. Veuille la puis­sante Souveraine des choses et des temps qui, de son pied vir­gi­nal, sait réduire les vio­lences, tour­ner ses yeux de misé­ri­corde dont l’é­clat apporte le calme, éloigne les nuées et les tem­pêtes, vers ses fils inno­cents et éprou­vés ; qu’elle leur accorde à eux aus­si de jouir enfin sans retard de la liber­té qui leur est due, pour qu’ils puissent pra­ti­quer ouver­te­ment leur reli­gion, et que, tout en ser­vant la cause de l’Évangile, ils contri­buent aus­si par leur col­la­bo­ra­tion et l’exemple écla­tant de leurs ver­tus au milieu des épreuves, à la force et au pro­grès de la cité terrestre.

Nous pen­sons éga­le­ment que la Fête ins­ti­tuée par cette Lettre Encyclique afin que tous recon­naissent plus clai­re­ment et honorent avec plus de zèle l’empire clé­ment et mater­nel de la Mère de Dieu, peut contri­buer gran­de­ment à conser­ver, conso­li­der et rendre per­pé­tuelle la paix des peuples, mena­cée presque chaque jour par des évé­ne­ments inquié­tants. N’est-​Elle pas l’arc-​en-​ciel posé sur les nuées devant Dieu en signe d’al­liance paci­fique ? (Cf. Gn IX, 13.) « Regarde l’arc et bénis celui qui l’a fait ; il est écla­tant de splen­deur ; il embrasse le ciel de son cercle radieux et les mains du Très-​Haut l’ont ten­du ». (Eccl, XLIII, 12–13.) Que qui­conque honore donc la Souveraine des Anges et des hommes – et per­sonne ne doit se croire exemp­té de ce tri­but de recon­nais­sance et d’a­mour – l’in­voque aus­si comme la Reine très puis­sante, média­trice de paix : qu’il res­pecte et défende la paix qui n’est ni injus­tice impu­nie ni licence effré­née, mais concorde bien ordon­née dans l’o­béis­sance à la volon­té de Dieu ; c’est à la conser­ver et à l’ac­croître que tendent les exhor­ta­tions et les ordres mater­nels de la Vierge Marie.

Vivement dési­reux que la Reine et Mère du peuple chré­tien accueille ces vœux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l’é­ter­ni­té, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accor­dons de tout cœur, comme gage du secours du Dieu tout-​puissant et comme preuve de Notre affec­tion, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, en la fête de la Maternité de la Vierge Marie, le 11 octobre 1954, sei­zième année de Notre Pontificat.

PIE XII, Pape.

Notes de bas de page
  1. Cfr. Constitutio Apostolica Munificentissirnus Deus ; A. A. S. XXXXII. 1950, p. 753 sq.[]
  2. Cfr. Litt. Enc. Fulgens coro­na ; A. A. S. XXXXV, 1953, p. 577 sq.[]
  3. Cfr. A. A. S. XXXVIII, 1946, p. 264 sq.[]
  4. Cfr. L’Osservatore Romano, d. 19 Maii, a. 1946.[]
  5. Cfr. Lc. I, 32, 33.[]
  6. S. EPHRAEM, Hymni de B. Maria, ed. Th. J. Lamy, t. II, Mechliniae, 1886, hymn. XIX, p. 624.[]
  7. Idem, Oratio ad Ssmam Dei Matrem ; Opera omnia, Ed. Assemani, t. III (graece), Romae, 1747, pag. 546.[]
  8. S. GREGORIUS NAZ., Poemata dog­ma­ti­ca, XVIII. v. 58 : P. G. XXXVII, 485.[]
  9. PRUDENTIUS, Dittochaeum, XXVII : P. L. LX, 102 A.[]
  10. Hom. in S. Lucam, hom. VII ; ed. Rauer, Origenes” Werke, T. IX, p. 48 (ex cate­na Macarii Chrysocephali). Cfr. P. G. XIII, 1902 D.[]
  11. S. HIERONYMUS, Liber de nomi­ni­bus hebraeis : P. L. XXIII, 886.[]
  12. S. PETRUS CHRYSOLOGUS, Sermo 142, De Annuntiatione B. M. V. : P. L. LII, 579 C ; cfr. etiam 582 B ; 584 A : « Regina totius exs­ti­tit cas­ti­ta­tis ».[]
  13. Relatio Epiphanii Ep. Constantin. : P. L. LXIII, 498 D.[]
  14. Encomium in Dormitionem Ssmae Deiparae (inter ope­ra S. Modesti) : P. G. LXXXVI, 3306 B.[]
  15. S. ANDREAS CRETENSIS, Homilia II in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1079 B.[]
  16. Id., Homilia III in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1099 A.[]
  17. S. GERMANUS, In Praesentationem Ssmae Deiparae, I : P. G. XCVIII, 303 A.[]
  18. Id., In Praesentationem Ssmae Deiparae, II : P. G. XCVIII, 315 C.[]
  19. S. IOANNES DAMASCENUS, Homilia I in Dormitionem B. M. V. : P.G. XCVI, 719 A.[]
  20. Id., De fide ortho­doxa, I, IV, c. 14 : P. G. XLIV, 1158 B.[]
  21. De lau­di­bus Mariae (inter ope­ra Venantii Fortunati) : P. L. LXXXVIII, 282 B et 283 A.[]
  22. ILDEFONSUS TOLETANUS, De vir­gi­ni­tate per­pe­tua B. M. V. : P. L. XCVI, 58 A D.[]
  23. S. MARTINUS I, Epist. XIV : P. L. LXXXVII, 199–200 A.[]
  24. S. AGATHO : P. L. LXXXVII, 1221 A.[]
  25. HARDOUIN, Acta Conciliorum, IV, 234 ; 238 ; P. L. LXXXIX, 508 B.[]
  26. XYSTUS IV, Bulla Cum praeex­cel­sa, d. d. 28 Febr. a. 1476.[]
  27. BENEDICTUS XIV, Bulla Gloriosae Dominae, d. d. 27 Sept. a. 1748.[]
  28. S. ALFONSO, Le glo­rie di Maria, p. I, c. I, § 1.[]
  29. Ex litur­gia Armenorum : in fes­to Assumptionis, hym­nus ad Matutinum.[]
  30. Ex Menaeo (byzan­ti­no) : Dominica post Natalem, in Canone, ad Matutinum.[]
  31. Officium hym­ni “Akatistos (in ritu byzan­ti­no).[]
  32. Missale Aethiopicum, Anaphora Dominae nos­trae Mariae, Matris Dei.[]
  33. Brev. Rom., Versicutus sex­ti Respons.[]
  34. Festum Assumptionis ; hym­nus Laudum.[]
  35. Ibidem, ad Magnificat II Vesp.[]
  36. Lc I, 43[]
  37. S. IOANNES DAMASCENUS, De fide ortho­doxa, l. IV, c. 14, P. G. XCIV, 1158 s. B.[]
  38. I Petr. I, 18, 19.[]
  39. I Co, VI, 20.[]
  40. PIUS XI, Litt. Enc. Quas pri­mas : A. A. S. XVII, 1925, p. 599.[]
  41. Festum sep­tem dolo­rum B. Mariae Virg., Tractus.[]
  42. EADMERUS, De excel­len­tia Virginis Mariae, c. 11 : P. L. CLIX, 508 A B.[]
  43. F. SUAREZ, De mys­te­riis vitae Christi, disp. XXII, sect. II (ed. Vivès, XIX, 327).[]
  44. S. IRENAEUS, Adv. haer., V, 19, 1 : P. G. VII, 1175 B.[]
  45. PIUS XI, Epist. Auspicatus pro­fe­cio : A. A. S. XXV, 1933, p. 80.[]
  46. PIUS XII, Litt. Enc. Mystici Corporis : A. A. S. XXXV, 1943, p. 247.[]
  47. S. SOPHRONIUS, In Annuntiationem Beatae Mariae Virg. : P. G. LXXXVII, 3238 D ; 3242 A.[]
  48. S. GERMANUS, Hom. II in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVIII, 354 B.[]
  49. S. IOANNES DAMASCENUS, Hom. I in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVI, 715 A.[]
  50. PIUS IX, Bulla Ineffabilis Deus : Acta Pii IX, I, p. 597–598.[]
  51. Ibid. p. 618.[]
  52. LEO XIII, Litt. Enc. Adiutricem popu­li : A. S. S., XXVIII, 1895–1896, p.130.[]
  53. PIUS X, Litt. Enc. Ad diem illum : A. S. S., XXXVI, 1903–1904, p. 455.[]
  54. S. THOMAS, Summa Theol., I, q. 25, a. 6, ad 4.[]
  55. PIUS XII, Litt. Enc. Humani gene­ris : A. A. S., XLII, 1950, p. 569.[]
  56. Ex Brev. Rom. : Festum Assumptionis Beatae Mariae Virginis.[]