Le pape François et l’intégration des migrants – 27 mai 2016


Le pape François a reçu le 6 mai 2016 le Prix Charlemagne 2016 pour « son encou­ra­ge­ment et son mes­sage d’es­poir pour la paix et le vivre-​ensemble » en Europe. D’après Le Figaro du 23 décembre 2015, date à laquelle le nom du lau­réat 2016 a été ren­du public par la muni­ci­pa­li­té d’Aix-​la-​Chapelle, ce prix « récom­pense tous les ans une contri­bu­tion excep­tion­nelle à l’u­ni­fi­ca­tion euro­péenne », depuis 1950.

Fait inédit, la céré­mo­nie s’est dérou­lée au Vatican et non dans la ville alle­mande d’Aix-la-Chapelle. Devant les plus hauts res­pon­sables des prin­ci­pales ins­ti­tu­tions euro­péennes ain­si que la chan­ce­lière alle­mande Angela Merkel et le roi d’Espagne Felipe, le Saint-​Père a fait part de son rêve d’un « nou­vel huma­nisme euro­péen », d’une « Europe jeune », capable « d’être encore mère », où « être migrant ne soit pas un délit ».

Dans son dis­cours, dis­po­nible sur le site inter­net du Vatican, le Saint-​Père n’a jamais évo­qué « les racines chré­tiennes de l’Europe ». Il a pré­fé­ré rap­pe­ler que « l’identité euro­péenne est, et a tou­jours été, une iden­ti­té dyna­mique et mul­ti­cul­tu­relle ». Quant à la place de l’Eglise au sein de ce « rêve », le pape François a affir­mé qu’elle « peut et doit contri­buer à la renais­sance » du conti­nent à condi­tion qu’elle soit « riche de témoins », pour qu’elle puisse « redon­ner l’eau pure de l’Evangile aux racines de l’Europe. »

Près de deux semaines plus tard, en rece­vant six nou­veaux ambas­sa­deurs accré­di­tés auprès du Saint-​Siège, le 19 mai 2016, François a éga­le­ment pro­non­cé un dis­cours cen­tré sur l’accueil des migrants. « De nom­breuses per­sonnes tendent à s’isoler face à la dure­té de la réa­li­té », a déplo­ré le pape. Et de sou­hai­ter : « une inté­gra­tion qui res­pecte l’identité des migrants et qui pré­serve la culture de la com­mu­nau­té qui les accueille et, en même temps, qui les enri­chit mutuellement ».

Dans un entre­tien publié le même jour, par le quo­ti­dien fran­çais La Croix, le sou­ve­rain pon­tife a admis qu’on « ne peut pas ouvrir grand les portes de façon irra­tion­nelle. » Il a tou­te­fois dénon­cé les « ghet­tos » et appe­lé à l’« inté­gra­tion », don­nant comme exemple le nou­veau maire de Londres, Sadiq Khan, fils de Pakistanais et musul­man qui a « prê­té ser­ment dans une cathé­drale (…) Cela montre pour l’Europe l’importance de retrou­ver sa capa­ci­té d’intégrer. »

Citant le quo­ti­dien tchèque Lidove novi­ny, La Croix du 10 mai rap­por­tait que le car­di­nal Dominik Duka, arche­vêque de Prague « s’(était) mon­tré scep­tique envers la ges­tion de la ques­tion des migrants de la part du pape François ». Evoquant le voyage du sou­ve­rain pon­tife sur l’île grecque de Lesbos et sa déci­sion de rame­ner des réfu­giés au Vatican en avril 2016, il a décla­ré : « ce n’est pas une solu­tion glo­bale ». Il repro­chait aus­si aux médias de se foca­li­ser sur le pape et d’oublier que ce der­nier « envoie le car­di­nal Pietro Parolin à l’ONU pour deman­der une inter­ven­tion huma­ni­taire ». Il admet tou­te­fois que « la sen­si­bi­li­té du pape François sur les ques­tions sociales est dif­fé­rente de la nôtre, en Europe », rap­pe­lant ses ori­gines sud-​américaines, où « le fos­sé entre les riches et les pauvres est plus important ».

Dans un édi­to­rial publié le 9 mai, inti­tu­lé « Que d’erreurs dans l’immigrationnisme de François », un contri­bu­teur du blog ita­lien Campari & de Maistre soup­çonne le Saint-​Père d’aimer « tel­le­ment les pauvres qu’il en veut davan­tage ». Craignant que le « nou­vel huma­nisme » pro­cla­mé lors de la remise du Prix Charlemagne ne soit « fina­le­ment ter­ri­ble­ment confus », Alessandro Rico n’hésite pas à conclure : « L’allure oscil­lante de ce pon­ti­fi­cat semble plon­ger dans la confu­sion plu­tôt que confor­ter les catho­liques égarés. »

Sources : apic/​imedia/​afp/​lefigaro /​vatican/​benoitetmoi/​lacroix – n°336 du 27/​05/​16