Assise : Léon XIV ravive le scandale de 1986

Voyage apostolique du pape Léon XIV en France. Rencontre interreligieuse au Centre des Congrès Robert Schuman à Metz, Moselle.

Sous le patro­nage du pape, les repré­sen­tants de reli­gions étran­gères à l’unique Église fon­dée par Jésus-​Christ seront invi­tés à prier pour la paix selon leurs propres rites.

Le pape Léon XIV se ren­dra à Assise le 27 octobre 2026 pour par­ti­ci­per à la clô­ture d’une ren­contre inter­na­tio­nale pour la paix orga­ni­sée par la Communauté de Sant’Egidio, exac­te­ment qua­rante ans après la Journée mon­diale de prière pour la paix convo­quée dans cette même ville par Jean-​Paul II.

Placée sous le thème « Paix désar­mée et désar­mante », la mani­fes­ta­tion se dérou­le­ra du 25 au 27 octobre et réuni­ra 384 per­son­na­li­tés venues de 53 pays, par­mi les­quelles des res­pon­sables reli­gieux, des repré­sen­tants des ins­ti­tu­tions et des per­son­na­li­tés du monde cultu­rel. Selon les orga­ni­sa­teurs, 155 inter­ve­nants par­ti­ci­pe­ront aux 24 forums thé­ma­tiques pré­vus au cours de ces trois jour­nées, qui devraient atti­rer envi­ron 5 000 personnes.

Parmi les per­son­na­li­tés annon­cées figurent le patriarche ortho­doxe de Constantinople, Bartholomée Ier, ain­si que des repré­sen­tants des dif­fé­rentes confes­sions chré­tiennes, du judaïsme, de l’islam, de l’hindouisme, du boud­dhisme et d’autres reli­gions. Le métro­po­lite Antonij, res­pon­sable des rela­tions exté­rieures du Patriarcat ortho­doxe de Moscou, devrait éga­le­ment être présent.

Trois journées consacrées à la paix et au dialogue interreligieux

La ren­contre s’ouvrira le dimanche 25 octobre à 16 h 30, au centre de congrès UmbriaFiere de Bastia Umbra, près d’Assise, par une assem­blée inau­gu­rale réunis­sant les prin­ci­pales per­son­na­li­tés invitées.

Le lun­di 26 octobre, seize forums se dérou­le­ront à par­tir de 9 h 30 dans plu­sieurs lieux d’Assise et de Santa Maria degli Angeli. Les débats por­te­ront notam­ment sur les conflits armés, le désar­me­ment nucléaire, les migra­tions, la pau­vre­té, la situa­tion des jeunes, les nou­velles tech­no­lo­gies et l’intelligence artificielle.

Plusieurs ren­contres seront spé­ci­fi­que­ment consa­crées aux ques­tions reli­gieuses, notam­ment à la prière pour la paix, à l’unité des chré­tiens et à l’héritage de la ren­contre d’Assise de 1986. Les inter­ve­nants exa­mi­ne­ront éga­le­ment le rôle que les reli­gions peuvent jouer dans les conflits contem­po­rains et les pers­pec­tives du dia­logue entre les dif­fé­rentes tra­di­tions religieuses.

Le mar­di 27 octobre, huit nou­veaux forums com­men­ce­ront à 9 h 30. L’un d’eux, inti­tu­lé « 1986–2026 : l’actualité de l’esprit d’Assise », revien­dra direc­te­ment sur la jour­née orga­ni­sée par Jean-​Paul II qua­rante ans aupa­ra­vant et sur les ini­tia­tives inter­re­li­gieuses qui lui ont succédé.

Le thème géné­ral de la ren­contre reprend une expres­sion employée par Léon XIV dès sa pre­mière allo­cu­tion, pro­non­cée depuis le bal­con de la basi­lique Saint-​Pierre, le 8 mai 2025, quelques ins­tants après son élec­tion, lorsqu’il avait évo­qué la paix du Christ res­sus­ci­té comme une paix « désar­mée et désar­mante, humble et persévérante ».

Qui priera et à qui s’adresseront ces prières ?

La der­nière jour­née sera mar­quée par la pré­sence de Léon XIV, atten­du à Assise aux alen­tours de midi. À 15h30, le pape par­ti­ci­pe­ra à une prière pour la paix dans la basi­lique infé­rieure Saint-​François, aux côtés du patriarche Bartholomée Ier et des repré­sen­tants des autres confes­sions chré­tiennes. Le sou­ve­rain pon­tife et le patriarche pro­non­ce­ront cha­cun une méditation.

Les repré­sen­tants des reli­gions non chré­tiennes ne par­ti­ci­pe­ront pas à cette célé­bra­tion. Treize autres lieux de prière ont été pré­vus aux alen­tours du Sacro Convento, le couvent fran­cis­cain atte­nant à la basi­lique, afin que les repré­sen­tants du judaïsme, de l’islam, de l’hindouisme, du boud­dhisme et des autres reli­gions puissent prier sépa­ré­ment, selon leurs propres croyances et rites.

Dans la basi­lique Saint-​François, le pape prie­ra avec des repré­sen­tants des Églises ortho­doxes, sépa­rées de Rome par dif­fé­rents schismes et refu­sant la pri­mau­té de juri­dic­tion et l’infaillibilité du Pontife romain, ain­si qu’avec des repré­sen­tants des com­mu­nau­tés pro­tes­tantes, qui rejettent plu­sieurs véri­tés fon­da­men­tales de la foi catho­lique, notam­ment celles qui concernent la Sainte Vierge, le sacri­fice de la messe, le sacer­doce sacra­men­tel, les sept sacre­ments, l’autorité de la Tradition et celle du pape. Les doc­trines pro­tes­tantes accordent en outre une place cen­trale à la jus­ti­fi­ca­tion par la foi seule et au libre exa­men des Écritures.

Dans les autres lieux, les repré­sen­tants du judaïsme prie­ront sans recon­naître Jésus-​Christ comme le Messie et le Fils de Dieu, tan­dis que les musul­mans invo­que­ront Allah selon une reli­gion qui rejette expres­sé­ment la Sainte Trinité, la divi­ni­té du Christ, sa mort rédemp­trice sur la Croix et sa Résurrection, tout en recon­nais­sant Mahomet comme le der­nier des pro­phètes et le Coran comme la parole de Dieu. 

Les repré­sen­tants de l’hindouisme accom­pli­ront leurs rites selon des tra­di­tions reli­gieuses qui admettent la réin­car­na­tion et, pour cer­taines, une mul­ti­tude de divi­ni­tés. Les boud­dhistes sui­vront des pra­tiques fon­dées sur la recherche de la déli­vrance du cycle des renais­sances et l’accès au nir­va­na, sans pro­fes­ser la foi en un Dieu créa­teur per­son­nel, en une âme immor­telle au sens chré­tien ni en la grâce sur­na­tu­relle. Quant aux repré­sen­tants des reli­gions ani­mistes, leurs cultes s’adressent aux esprits, aux ancêtres ou aux puis­sances de la nature, aux­quels ils attri­buent des pou­voirs occultes sur la vie humaine.

À 16h15, les par­ti­ci­pants se retrou­ve­ront sur la place infé­rieure de la basi­lique Saint-​François pour la céré­mo­nie de clô­ture. Les pays actuel­le­ment tou­chés par les guerres seront évo­qués, avant un dis­cours de Léon XIV et la pro­cla­ma­tion d’un appel com­mun à la paix, qui sera signé par le pape et envi­ron 80 res­pon­sables religieux.

Toutes les religions accueillies, la Tradition catholique exclue

Le contraste avait été dénon­cé dès le 6 sep­tembre der­nier par l’abbé Gabriele d’Avino, supé­rieur du District d’Italie de la Fraternité Saint-​Pie X. À l’issue du 37e pèle­ri­nage de Bevagna à Assise, les prêtres et les fidèles s’étaient vu inter­dire l’entrée col­lec­tive dans la basi­lique Saint-​François pour y chan­ter le Credo, alors que la ville se pré­pa­rait à accueillir, quelques semaines plus tard, les repré­sen­tants des dif­fé­rentes religions.

Les auto­ri­tés de la basi­lique et l’évêque d’Assise avaient refu­sé cette pro­fes­sion publique de foi, tout en auto­ri­sant les pèle­rins à péné­trer dans l’édifice par petits groupes pour y prier à titre pri­vé. L’abbé d’Avino avait alors pro­non­cé son exhor­ta­tion sur le par­vis, devant les fidèles ras­sem­blés, en met­tant direc­te­ment en cause cette dif­fé­rence de traitement. 

Après avoir rap­pe­lé les diver­gences doc­tri­nales qui séparent la foi catho­lique des reli­gions non chré­tiennes, mais aus­si des confes­sions pro­tes­tantes et ortho­doxes, il avait cité l’avertissement de saint Paul : « Quel accord peut-​il y avoir entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord entre le Christ et Bélial ? » Puis il avait dénon­cé l’incohérence des auto­ri­tés ecclé­sias­tiques : « Les membres et les repré­sen­tants de tous ces faux cultes prie­ront publi­que­ment dans les églises de la ville d’Assise. Or, comme vous le savez bien – et c’est la rai­son pour laquelle nous nous trou­vons dans cette cour –, les auto­ri­tés de la basi­lique qui se trouve der­rière moi et l’évêque d’Assise ont décré­té que la Fraternité Saint-​Pie X ne serait pas auto­ri­sée à prier publi­que­ment le vrai Dieu. »

Refusant la solu­tion pro­po­sée, il avait annon­cé : « Nous n’entrerons donc pas dans la basi­lique en petits groupes ; nous n’y entre­rons pas pour prier en pri­vé. Nous res­te­rons ici, à l’extérieur, sur le par­vis. Avec le sou­rire, nous accep­te­rons cette injus­tice que le Seigneur per­met aus­si pour notre édification. »

Les pèle­rins avaient fina­le­ment chan­té le Credo devant la basi­lique, pro­fes­sant publi­que­ment leur foi en Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, que l’abbé D’Avino avait rap­pe­lé comme « l’unique Médiateur, l’unique Sauveur, le Roi de ce monde et des sociétés ».

La rencontre de 1986 et les protestations de Mgr Lefebvre

La mani­fes­ta­tion de cette année entend com­mé­mo­rer la Journée mon­diale de prière pour la paix orga­ni­sée par Jean-​Paul II le 27 octobre 1986. À l’invitation du pape, des repré­sen­tants des prin­ci­pales reli­gions du monde s’étaient alors réunis à Assise pour prier en faveur de la paix, cha­cun selon ses propres croyances.

Jean-​Paul II avait cher­ché à pré­ve­nir les accu­sa­tions de syn­cré­tisme. Lors de l’audience géné­rale du 22 octobre 1986, cinq jours avant la ren­contre, il avait expli­qué qu’il ne s’agissait pas de « prier ensemble », mais d’« être ensemble pour prier ». Comme cela est de nou­veau pré­vu en 2026, les dif­fé­rentes reli­gions avaient dis­po­sé de lieux sépa­rés pour accom­plir leurs rites avant de se retrou­ver sur la place infé­rieure de la basi­lique Saint-François.

Dès le 27 août 1986, le fon­da­teur de la Fraternité Saint-​Pie X avait adres­sé une lettre à huit car­di­naux pour dénon­cer la gra­vi­té de l’initiative annon­cée. « C’est le pre­mier article du Credo et le pre­mier com­man­de­ment du Décalogue qui sont bafoués publi­que­ment par celui qui est assis sur le Siège de Pierre. Le scan­dale est incal­cu­lable dans les âmes des catho­liques », écrivait-il.

Le scan­dale ne tient pas seule­ment aux moda­li­tés pra­tiques de la ren­contre, mais au fait que le pape encou­rage publi­que­ment les repré­sen­tants des fausses reli­gions à prier selon leurs propres cultes. Il ne s’agit pas seule­ment d’une atteinte à l’unicité de la vraie reli­gion, mais aus­si d’une inci­ta­tion à accom­plir des actes de culte objec­ti­ve­ment contraires à la foi catho­lique, tout en lais­sant croire que ces prières peuvent être pla­cées sur un pied d’égalité avec celle de l’Église.

Depuis 1987, la Communauté de Sant’Egidio orga­nise régu­liè­re­ment des ren­contres inter­na­tio­nales ins­pi­rées de l’initiative de Jean-​Paul II. Benoît XVI s’était lui-​même ren­du à Assise en octobre 2011, pour le vingt-​cinquième anni­ver­saire de cette ren­contre, tan­dis que le pape François avait par­ti­ci­pé à la com­mé­mo­ra­tion du tren­tième anni­ver­saire, en sep­tembre 2016. 

Dix ans plus tard, Léon XIV s’apprête à pro­lon­ger ce scan­dale : la cité de saint François devien­dra une nou­velle fois le théâtre d’un véri­table pan­théon des idoles. Quelle paix peut donc sor­tir d’une telle confu­sion religieuse ?

(source : fsspx​.news)