Où en sont les rapports de la FSSX avec Rome ?

Villepreux, le 2 octobre 2011

Le same­di 1er octobre 2011, Mgr Bernard Fellay, Supérieur géné­ral de la Fraternité Saint-​Pie X, a don­né, à Villepreux (78), une confé­rence sur le thème de l’actualité des rap­ports entre la Fraternité Saint-​Pie X et Rome. Interrogé par l’abbé Alain Lorans, il est notam­ment reve­nu sur la ren­contre du 14 sep­tembre 2011 avec le car­di­nal Levada.

Abbé Lorans : Monseigneur, que s’est-​il pas­sé le 14 sep­tembre à Rome ? Qui avez­vous rencontré ?

Mgr Fellay : Avant de vous répondre, je vou­drais faire quelques rap­pels his­to­riques sur la genèse de cette ren­contre. Vous vous sou­ve­nez qu’à la fin de l’an 2000, et au début de 2001, lors de la pre­mière approche romaine qui pro­po­sait une solu­tion à la Fraternité Saint- Pie X, nous avions com­men­cé par dire : « Votre pro­po­si­tion nous inté­resse, mais vu la façon dont vous agis­sez avec les prêtres et les fidèles ayant au fond la même aspi­ra­tion que la nôtre vers la Tradition, et qui ont été recon­nus par vous, nous ne pou­vons pas vous faire confiance. Avant tout, il vous faut rebâ­tir cette confiance ; c’est la rai­son pour laquelle nous vous deman­dons des gestes qui n’ex­priment pas seule­ment d’une manière ver­bale mais, dans les faits, que Rome veut bien la Tradition, la veut et la soutient ».

Bref historique des rapports de la Fraternité Saint-​Pie X avec Rome, depuis 2001

Ces deux signes, c’é­tait tout d’a­bord la messe pour tous : que tous les prêtres, dans le monde entier, puissent célé­brer l’an­cienne messe ; et ensuite, puisque les évêques ont l’ha­bi­tude d’a­gi­ter comme un épou­van­tail l’ar­gu­ment de l’ex­com­mu­ni­ca­tion – peu importe que l’on y croie ou non, nous esti­mons pour notre part qu’il n’y a rien eu – mais nous deman­dions à ce que cet épou­van­tail soit reti­ré. C’était comme un préa­lable – c’est le terme qu’on a uti­li­sé – avant d’al­ler plus loin. Au début, ce préa­lable a été reçu à Rome par une fin de non rece­voir. Au sujet de la messe, on nous répon­dait : « Le pape est d’ac­cord sur le fait que la messe n’a jamais été abro­gée, et que par consé­quent tout prêtre peut la dire ». Et à sa suite il y avait des car­di­naux les plus impor­tants, toute une liste nous était don­née : le car­di­nal Sodano, Secrétaire d’Etat ; le car­di­nal Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la doc­trine de la Foi ; le car­di­nal Castrillón, Préfet de la Congrégation pour le Clergé ; le car­di­nal Medina, Préfet pour la Liturgie et les Sacrements ; on nous a cité éga­le­ment le Conseil pour l’in­ter­pré­ta­tion des textes légis­la­tifs diri­gé par le car­di­nal Herranz ; les tri­bu­naux avec Mgr De Magistris… Bref toute une liste de per­son­nages très impor­tants au Vatican, tous d’ac­cord pour dire que la messe n’a­vait jamais été abro­gée, et que par consé­quent on pou­vait la célébrer.

Avec une telle intro­duc­tion nous étions fon­dés à nous poser la ques­tion : existe-​t-​il encore un pro­blème au sujet de la messe ? Alors on nous expli­quait que oui, bien sûr, à l’é­che­lon supé­rieur tout le monde était d’ac­cord, mais « endes­sous, vous com­pre­nez, il y a les secré­taires et puis les sous-​secrétaires et, eux, ils ne sont pas d’ac­cord ». Conclusion : on ne peut pas vous l’accorder.

Par écrit, dans une lettre du mois de mai 2001, le car­di­nal Castrillón expli­quait que pour un cer­tain nombre de fidèles et d’é­vêques, accor­der la messe joue­rait en défa­veur de la réforme litur­gique, ce serait un désa­veu de Paul VI, et que par consé­quent on ne pou­vait pas l’ac­cor­der. Donc des fidèles et des évêques jugent – ce sont eux les juges de l’Eglise – qu’on ne peut pas accor­der cette messe. On peut dire qu’en 2001, c’é­tait bien parti !

Arrive l’ac­ces­sion au sou­ve­rain pon­ti­fi­cat de Benoît XVI en 2005. Le pape aborde assez rapi­de­ment la ques­tion de la libé­ra­li­sa­tion de la messe. C’est plus qu’une per­mis­sion, mais il fau­dra deux ans pour que l’ou­ver­ture se concré­tise, en 2007, par le Motu pro­prio. Même si cela ne se passe pas si faci­le­ment que cela, c’est enfin pas­sé. Et ensuite deuxième étape, la levée des excom­mu­ni­ca­tions en 2009.

Dans notre pers­pec­tive, en tout cela il s’a­git d’une oppo­si­tion bien plus pro­fonde qu’une simple hos­ti­li­té humaine, il s’a­git de l’en­sei­gne­ment de la doc­trine. Si nous avons nos posi­tions, ce n’est pas parce que telle ou telle per­sonne nous plaît ou ne nous plaît pas. Il s’a­git uni­que­ment pour nous de gar­der la Foi, de vivre de la Foi catho­lique. C’est l’u­nique rai­son de ce conflit.

Tout cela est clair pour nous, et nous l’a­vons expri­mé à l’é­poque en deman­dant, pour paci­fier le cli­mat, d’en­le­ver ces élé­ments bel­li­queux, comme celui de l’ex­com­mu­ni­ca­tion. Cela ne veut pas dire qu’on enlève les pro­blèmes, mais cela veut dire qu’on enlève un peu de l’as­pect pas­sion­nel, pour pou­voir jus­te­ment trai­ter des pro­blèmes de fond qui sont doctrinaux.

Tant que nous n’au­rons pas réso­lu au moins dans leurs prin­cipes les grands pro­blèmes qui nous opposent à Rome, pas­ser à une solu­tion pra­tique nous mène­rait à retrou­ver dans la suite les mêmes pro­blèmes qu’­hier, qui ris­que­raient alors de nous frap­per d’une manière encore plus dou­lou­reuse qu’au­pa­ra­vant, d’où notre insis­tance pour abor­der les ques­tions doctrinales.

La pers­pec­tive romaine sur cette ques­tion doc­tri­nale n’est évi­dem­ment pas néces­sai­re­ment la même que la nôtre. Rome, au moment de la signa­ture de ce fameux décret sur la levée de l’ex­com­mu­ni­ca­tion, n’a pas caché qu’il res­tait des pro­blèmes doc­tri­naux dont il fal­lait par­ler, comme pour dire que les pro­blèmes doc­tri­naux venaient de la Fraternité. Nous, nous disons : c’est de l’autre côté qu’il y a des pro­blèmes dont il faut trai­ter. En réa­li­té, peu importe la manière dont on aborde les dif­fi­cul­tés, pour­vu qu’on en dis­cute. Il faut au moins com­men­cer par en dis­cu­ter, sinon on n’ar­ri­ve­ra jamais à aller plus loin.

Pendant on peut dire deux ans, les ques­tions prin­ci­pales ont été dis­cu­tées. Il est clair qu’il n’a pas été pos­sible de tout abor­der. Les pro­blèmes cau­sés par le Concile et l’après-​Concile, sou­lèvent beau­coup de ques­tions, mais on voit cepen­dant que Vatican II en est comme la source. Nous ne vou­lons pas dire par là que le Concile est la cause de tous les maux de l’Eglise, car cer­tains lui sont anté­rieurs. Le Concile n’au­rait jamais eu l’a­bou­tis­se­ment que l’on connaît s’il n’a­vait pas été pré­pa­ré, c’est évident.

Néanmoins au Concile se sont cris­tal­li­sés, éta­blis, léga­li­sés, on peut dire même cano­ni­sés un cer­tain nombre de ces prin­cipes qui font mal à l’Eglise, des prin­cipes qu’elle avait autre­fois tout sim­ple­ment condam­nés, ou pour une par­tie condam­nés, et puis d’autres choses qui sont vrai­ment nou­velles. Ces prin­cipes ont lar­ge­ment intro­duit l’es­prit du monde, le libé­ra­lisme qui est par essence étran­ger à l’Eglise. Le libé­ra­lisme, c’est bien l’es­prit du monde d’aujourd’hui.

Ces ques­tions théo­lo­giques ont été trai­tées de manière simple. Au lieu d’é­changes épi­so­diques sim­ple­ment oraux, qui n’au­raient pas été très fruc­tueux, Rome a sou­hai­té des échanges écrits : la Fraternité com­men­çait par poser le pro­blème, les experts romains répon­daient par écrit. Si l’on dis­po­sait d’un temps suf­fi­sant, il y avait une réponse à la réponse, et même éven­tuel­le­ment une réponse à la réponse de la réponse. C’était donc un va-​et-​vient qui pré­pa­rait une ren­contre d’é­change oral, qui avait lieu sur un fon­de­ment bien éta­bli. Ces entre­tiens ont duré à peu près deux ans. Après quoi, il fal­lait bien tirer un bilan qui en serait, en quelque sorte, la conclu­sion. C’est la rai­son qui nous a été don­née pour la ren­contre du 14 septembre.

La rencontre avec le cardinal Levada, le 14 septembre 2011, à Rome

Ainsi, nous sommes invi­tés à Rome. Il est assez sur­pre­nant que le Supérieur géné­ral ait été convo­qué, par­don invi­té – c’est le terme uti­li­sé – avec ses deux Assistants. C’est le Conseil géné­ral ; la Fraternité est gou­ver­née par un Supérieur géné­ral qui est assis­té de deux conseillers, de deux assis­tants géné­raux. C’est la loi de l’Eglise qui le veut ain­si : pour les grandes déci­sions, la voix du supé­rieur géné­ral ne suf­fit pas, même pour la vali­di­té de ces déci­sions impor­tantes ; il faut alors aus­si le vote des deux assis­tants, c’est-​à-​dire du Conseil géné­ral. Il en est ain­si dans toutes les socié­tés reli­gieuses, ce n’est pas exceptionnel.

Donc cette fois-​ci le Conseil est invi­té. Cela laisse sup­po­ser qu’il s’a­git de quelque chose d’im­por­tant. On nous pré­cise que la réunion a pour objet d” « éva­luer ces dis­cus­sions » – c’est-​à-​dire de por­ter un juge­ment sur ce qu’on a dit, sur ce qui a été échan­gé. La seconde rai­son de cette invi­ta­tion est d” « abor­der les pers­pec­tives futures » ; c’est un terme très vaste, on peut y mettre tout ce qu’on veut, et l’on peut tout imaginer.

Nous arri­vons peu avant 10h à la Congrégation de la Foi. Nous reçoivent le car­di­nal Levada, ain­si que le secré­taire pour la Congrégation de la Foi, Mgr Ladaria, et Mgr Pozzo, secré­taire de la Commission Ecclesia Dei. Il y avait là aus­si un secré­taire pour noter. La dis­cus­sion a duré envi­ron 2 H 20 – 2 H 30.

Il s’a­gis­sait bien d’é­va­luer les dis­cus­sions, mais il n’est pas sor­ti grand-​chose, sinon qu’il y avait eu ces dis­cus­sions et que le but pour­sui­vi avait été atteint puisque celui­ci était de per­mettre à la Fraternité d’ex­po­ser sa posi­tion. On peut en conclure ce que l’on veut, mais pour Rome ces dis­cus­sions ont bien abou­ti puisque la Fraternité a réus­si à expo­ser sa posi­tion. C’est la ver­sion offi­cielle, je ne vous livre aucun secret. C’est inté­res­sant et en même temps nous res­tons un peu sur notre faim !

Alors que se passe-​t-​il ? Notre posi­tion vous la connais­sez, nous l’a­vons expo­sée maintes fois : nous voyons en Vatican II la cause de la crise de l’Eglise. Encore une fois en met­tant toutes les nuances, en accep­tant que cer­tains élé­ments, cer­tains prin­cipes nocifs ne viennent pas direc­te­ment du Concile. Mais par rap­port à l’Eglise, dans l’Eglise, il est abso­lu­ment indé­niable, pour nous, que la révo­lu­tion du Concile a ame­né le désastre que l’on constate tous les jours. Et si l’on parle de désastre, ce désastre a une cause.

Deux signes tangibles de la crise dans l’Eglise : le viellissement du clergé et la raréfaction des vocations

Il faut le noter au pas­sage, il est cer­tain qu’on a beau­coup avan­cé pen­dant ces années. Je me sou­viens de mes pre­mières visites à Rome, lorsque j’es­sayais de dire que cela n’al­lait pas dans l’Eglise, on me répon­dait : « Mais non, tout va bien ! » J’étais obli­gé de me munir d’exemples, de docu­ments à mon­trer pour appuyer mes dires. Maintenant, Rome admet qu’ef­fec­ti­ve­ment cer­taines choses ne vont pas, peut-​être parce que la crise est plus visible. Ce malaise se fait res­sen­tir cruel­le­ment, notam­ment au niveau des voca­tions. Pensez que le nombre d’or­di­na­tions sacer­do­tales pour le dio­cèse de Rome – c’est-​àdire les prêtres qui appar­tiennent au dio­cèse de Rome, sur l’an­née qui court et l’an­née pro­chaine – s’é­lève à une ordi­na­tion, une seule ! Et si l’on regarde les dio­cèses de France, d’Allemagne, de l’Europe entière, c’est une catas­trophe sans nom. C’est mathé­ma­tique, les chiffres parlent, et dès qu’on réflé­chit un tout petit peu, ce sont des chiffres qui tra­duisent une réalité.

Quand on dit que la moyenne d’âge des prêtres en France est de 70 ans, on com­prend ce que cela veut dire. Quand on constate qu’il y a moins de 100 prêtres ordon­nés chaque année pour toute la France, la pro­por­tion de ces nou­veaux prêtres – qui d’ailleurs ne sont pas tous très jeunes – est inca­pable de sta­bi­li­ser, encore moins d’a­bais­ser cette moyenne d’âge. Ce qui veut dire que la moyenne d’âge, elle, aug­mente encore d’un an, presque chaque année, puis­qu’il n’y a pra­ti­que­ment pas d’en­trées et que les prêtres conti­nuent de vieillir : à 70 ans, vous n’a­vez plus la force d’un prêtre de 30 ans ou de 40 ans. De plus, il est évident qu’à un cer­tain moment le Bon Dieu les rap­pel­le­ra. Et cette moyenne d’âge de 70 ans, dans 10 ans pas­se­ra à presque 80 ans ! Combien en restera-​t-​il en acti­vi­té, avec une telle moyenne ? Ce sera fini, ou à peu près fini.

Si l’on exa­mine main­te­nant la moyenne du nombre de paroisses par prêtre, c’est effrayant. Je vous donne juste un exemple : il y a quelques années, le dio­cèse de Bourges qui comp­tait aupa­ra­vant 500 paroisses ou 550, les a réduites à 60 pour faire en sorte que chaque paroisse ait un prêtre. Déjà une réduc­tion presque par 10. Le curé qui s’oc­cupe de Saint-​Michel en Brenne où est située la Maison Mère des Soeurs de la Fraternité Saint-​Pie X, a en charge 40 paroisses, dans un rayon de plus de cin­quante kilo­mètres. C’est une situa­tion impos­sible à gérer ! Un seul prêtre pour­ra assu­rer la messe dans une ou deux églises, tout au plus trois, sur un ter­ri­toire qui semble être un véri­table ter­ri­toire de mis­sion. En effet, c’est dans les mis­sions qu’on a de tels espaces, or nous sommes en France, on peut dire dans la France pro­fonde. Et ce n’est pas le seul pays, plus on avan­ce­ra, plus cette situa­tion va empi­rer. La dis­pa­ri­tion des socié­tés reli­gieuses, des congré­ga­tions reli­gieuses, c’est le même pro­blème : il n’y a plus d’entrées.

Aux Etats-​Unis, en 15 ans, la dimi­nu­tion des entrées dans les ordres reli­gieux est éga­le­ment ter­ri­fiante. Dans ce pays, ceux qui s’en sortent le mieux ce sont encore les jésuites qui n’ont eu une dimi­nu­tion d’en­trées que de seule­ment 70%. C’est-​à-​dire que lors­qu’il y en avait 10 qui entraient il y a 15 ans, à l’heure actuelle, il n’y en a plus que 3. Toutes les autres congré­ga­tions reli­gieuses, mas­cu­lines ou fémi­nines, ont eu une dimi­nu­tion d’au moins 90% des entrées. Il y en avait 10 qui entraient il y a 15 ans, il y en a 1 qui entre main­te­nant. Et on ne vous dit pas com­bien sortent sur le nombre de ceux qui sont entrés ! Cela aus­si existe. Quand on pense que chez nous, pour les ordi­na­tions sacer­do­tales – il en a tou­jours été ain­si dans l’Eglise, même dans les périodes les meilleures – ce sont à peu près 40% des can­di­dats qui n’ar­rivent pas au sacer­doce. Sur 10 qui entrent, il y en a 5 ou 6 qui deviennent prêtres. Quand la Fraternité a débu­té, à peu près 40% de ceux qui étaient entrés au sémi­naire par­ve­naient au sacer­doce. Maintenant on en est, en moyenne, à peu près à la moi­tié. Si vous appre­nez que cette année 50 sémi­na­ristes sont entrés au sémi­naire, vous pou­vez vous dire que dans 6 ans on aura 25 prêtres, c’est à peu près la moyenne. Mais encore une fois il y a des varia­tions, c’est nor­mal, ce sont des hommes.

Cela per­met cepen­dant cer­tains cal­culs. Si l’on vous dit que si peu de sémi­na­ristes sont entrés dans les sémi­naires dio­cé­sains, com­bien vont res­ter ? Il faut divi­ser par plus de la moi­tié ! On n’est vrai­ment pas loin, si ce n’est déjà main­te­nant, d’une ges­tion de ban­que­route. Pas seule­ment au plan maté­riel, mais encore sur le plan des effec­tifs du cler­gé dans tous nos pays de chré­tien­té. L’Europe don­nait des prêtres pour l’Europe ; mais elle était aus­si le foyer, la source de tout l’é­lan mis­sion­naire. On nous dit certes qu’il y a des voca­tions issues des pays de mis­sion. Mais il faut voir com­ment ces sémi­na­ristes sont for­més. Et encore une fois com­bien de temps ils tiennent.

Toutes ces questions-​là res­tent grandes ouvertes. Ajoutez encore à cela les pro­blèmes de ces prêtres qui ne veulent pas être tout à fait prêtres ou seule­ment à moi­tié, qui veulent prendre femme, comme vous l’a­vez enten­du cer­tai­ne­ment. Ce mou­ve­ment est main­te­nant ins­tal­lé en Allemagne, et tout récem­ment en Autriche où envi­ron 300 à 350 prêtres et une ving­taine de diacres sont mon­tés au cré­neau pour récla­mer le mariage des prêtres, l’ac­ces­sion au sacer­doce des femmes, la pré­di­ca­tion pour les laïcs, la com­mu­nion pour les divor­cés rema­riés, enfin toutes ces ques­tions morales sur les­quelles, Dieu mer­ci, l’Eglise tient encore. Ces prêtres non seule­ment réclament, mais menacent de pas­ser à l’ac­tion. Il faut avoir pré­sent à l’es­prit tout cet aspect des choses… Quand on dit que cela ne va pas dans l’Eglise, on a quand même rai­son de le dire ! Et à tous les niveaux : celui de la Foi, celui de l’en­sei­gne­ment, celui du caté­chisme, partout…

Les propositions romaines

C’est ain­si que nous sommes arri­vés à Rome, le 14 sep­tembre, et l’on nous a dit : « Nous vous fai­sons une pro­po­si­tion ; vous signez une décla­ra­tion doc­tri­nale – c’est ce qui est inti­tu­lé “pré­am­bule doc­tri­nal” –, et puis nous vous don­ne­rons une struc­ture cano­nique ». Celle qui a été évo­quée, avec pos­si­bi­li­té d’en dis­cu­ter, consiste en une pré­la­ture per­son­nelle ; la seule qui existe jus­qu’i­ci, c’est l’Opus Dei. Cela donne une cer­taine auto­no­mie, mais néan­moins beau­coup de points res­tent en sus­pens. Nous, nous demeu­rions un peu sur notre faim parce que nous vou­lions une dis­cus­sion théo­lo­gique, et d’une cer­taine manière on nous fai­sait com­prendre que les dis­cus­sion doc­tri­nales avaient eu lieu et que main­te­nant on tour­nait la page pour aller plus loin, et régler tout cela. Un car­di­nal a dit à un prêtre qui nous l’a rap­por­té : « Oui, c’est vrai qu’il reste des diver­gences doc­tri­nales, mais c’est le pape qui le veut ». Et je pense qu’on peut prendre cette parole pour vraie. Déjà en 2005, au cours de l’au­dience que j’a­vais eue avec lui, le pape avait expri­mé le désir que la ques­tion de la Fraternité soit réglée rapi­de­ment. Je le com­prends. Il faut du temps, il faut des étapes, et son âge avance. Je pense que c’est peut-​être un peu cette impa­tience – ou cette volon­té per­son­nelle de régler cette affaire – qui le pousse à dire qu’on la règle maintenant.

Régler l’af­faire cela veut dire don­ner un sta­tut, une exis­tence cano­nique à la Fraternité, mais cela pose éga­le­ment le pro­blème de la doc­trine, parce qu’ils savent bien à Rome qu’on ne va pas se taire. Ce qui ouvre une quan­ti­té de ques­tions importantes.

On nous a remis deux docu­ments, ou plu­tôt un ensemble en deux par­ties : une par­tie doc­tri­nale qui est encore à dis­cu­ter, par­tiel­le­ment car il s’a­git d’un pro­jet qu’ils nous disent modi­fiable, étant sauve la sub­stance. Il faut savoir ce qu’ils entendent par sub­stance : une par­tie à laquelle on ne peut pas tou­cher, et une autre que l’on pour­rait éven­tuel­le­ment corriger.

Rome a publié un com­mu­ni­qué où il est annon­cé qu’est impo­sé à la Fraternité un cer­tain nombre de prin­cipes qui sont néces­saires pour la conser­va­tion de la Foi, et aus­si un cer­tain nombre de cri­tères d’in­ter­pré­ta­tion du Magistère consti­tuant ce qui est néces­saire pour être catho­lique – c’est la manière dont ils s’ex­priment. Cela étant admis, reste libre une cri­tique légi­time, une étude des textes, de cer­taines expres­sions par­ti­cu­lières du concile Vatican II et du Magistère postérieur.

Cette petite phrase, lourde de consé­quences, est cer­tai­ne­ment quelque chose de majeur. Cette ouver­ture per­met­tant de cri­ti­quer le Concile, même si cette facul­té est encore limi­tée, est très impor­tante, même capi­tale ; je pense que c’est la pre­mière fois que cela arrive. Avec cela, le tabou du Concile tombe. Même si l’on tient encore au Concile, quand on com­mence à dire qu’on peut en dis­cu­ter, c’est évi­dem­ment qu’on lâche du lest. Reste pour nous la ques­tion de savoir jus­qu’à quel point on pour­ra l’u­ti­li­ser, c’est-​à-​dire la marge qui existe entre les cri­tères d’in­ter­pré­ta­tion obli­ga­toires et la liber­té de dis­cu­ter, parce que s’il fal­lait tout accep­ter, on ne ver­rait plus alors ce qu’on peut discuter.

On ne peut pas dire que le docu­ment soit tout à fait clair ; et même, il fal­lait s’y attendre, il est pas­sa­ble­ment dif­fi­cile à com­prendre. Beaucoup de points doivent être éclair­cis, ne serait-​ce que pour pou­voir por­ter un juge­ment cor­rect, hon­nête, sur le texte qu’on nous a pro­po­sé, exa­mi­ner si des points ne sont pas clairs ou tels qu’on ne pour­rait pas les accep­ter. Peut-​on éclair­cir ces points ? C’est ce qui sera étu­dié au cours d’une nou­velle réunion, cette fois­ci entre nous.

Abbé Lorans : Alors pré­ci­sé­ment vous vous réunis­sez le 7 octobre, à Albano. Pourquoi Albano qui est à deux pas de Castel Gandolfo ? En clair, estce que vous le faites exprès ?

Mgr Fellay : J’aimerais bien, mais non pas du tout ! C’est une occa­sion qui nous a été don­née tout sim­ple­ment depuis long­temps. Nous avions pré­vu une réunion pour étu­dier une ques­tion par­ti­cu­lière et inté­res­sante : Comment trai­ter avec les medias, com­ment la Fraternité doit-​elle com­mu­ni­quer avec les medias, com­ment réagir lors­qu’on se fait atta­quer, com­ment faire pour faire pas­ser notre mes­sage ? Un cer­tain nombre de pro­fes­sion­nels des medias étaient invi­tés, les Supérieurs des dis­tricts aus­si, mais de manière facul­ta­tive, sur­tout ceux qui s’oc­cupent plus spé­cia­le­ment de la com­mu­ni­ca­tion dans la Fraternité. J’ai pu consta­ter que beau­coup étaient inté­res­sés. J’ai vou­lu pro­fi­ter de cette réunion pour trai­ter d’un sujet tout autre, jus­te­ment de ce nou­veau geste qui nous vient de Rome : com­ment l’é­va­luer, com­ment faut-​il y répondre ? La réunion ini­tia­le­ment pré­vue devait avoir lieu à Albano, on n’a chan­gé ni le lieu, ni la date, on a sim­ple­ment deman­dé à tous les supé­rieurs de s’y rendre.

Opinions conciliaires et vérités de foi

Abbé Lorans : On ne peut pas vous deman­der de nous dire exac­te­ment ce qui va se pas­ser à Albano, c’est une réunion à huis clos, mais il y a eu la semaine der­nière un voyage en Allemagne où le pape a tenu des pro­pos très oecu­mé­niques en direc­tion des pro­tes­tants ; il a par­lé aus­si de la façon dont il voit l’Etat de droit libé­ral dans le dis­cours qu’il a tenu au Bundestag. Il va y avoir après votre réunion à Albano, tou­jours en Italie, mais cette fois-​ci à Assise une autre réunion cer­tai­ne­ment plus inter­re­li­gieuse que celle que vous allez tenir à Albano les 7 et 8 octobre, est-​ce que vous allez lire le docu­ment qui vous a été remis à tra­vers ces décla­ra­tions, à tra­vers les actes qui ont été posés, en Allemagne il n’y a pas long­temps, et à Assise bientôt ?

Mgr Fellay : En soi il faut dis­tin­guer, mais in concre­to nous trou­vons pré­ci­sé­ment dans ces deux évé­ne­ments l’ap­pli­ca­tion de ce que nous repro­chons à Rome aujourd’­hui. Une appli­ca­tion toute pro­chaine là, devant nos yeux ; et une autre qu’il n’est pas dif­fi­cile de se remé­mo­rer. Il est évident que ces faits seront pris en consi­dé­ra­tion, parce que la ques­tion est tou­jours la même, on ne s’en­tend pas, on n’est pas d’ac­cord. Que faire dans une telle situa­tion ? Est-​il fina­le­ment pos­sible de nous pla­cer sous une auto­ri­té qu’on est bien déci­dé à aver­tir de ses dévia­tions quand elles arrivent et si elles arrivent ? Imaginez un peu, humai­ne­ment c’est insup­por­table ; je ne connais pas un supé­rieur qui serait d’ac­cord pour dire à un infé­rieur : « Vous avez le droit de me cri­ti­quer tant que vous vou­lez ». C’est impos­sible ! Un supé­rieur dira tout sim­ple­ment à cet infé­rieur : « Vous vous tai­sez ou vous pre­nez la porte ! » On a vrai­ment de la peine à sim­ple­ment conce­voir com­ment une coexis­tence serait pos­sible en rai­son de cette situa­tion théo­lo­gique non réglée, ou alors c’est qu’on place toutes ces diver­gences au niveau de l’o­pi­nion. On les com­prend comme se situant au niveau des hommes, mais en l’oc­cur­rence c’est bien aus­si au niveau de l’Eglise qu’elle se situent.

Il y a des degrés, des véri­tés obli­gées, ce qu’on appelle la Foi, que l’on doit accep­ter, et le Magistère, quand c’est un vrai magis­tère, impose cette doc­trine, et condamne ceux qui disent le contraire. D’autre part, cer­tains domaines ou cer­taines ques­tions sont lais­sées ouvertes. S’agissant des ques­tions ouvertes, l’Eglise se pro­pose soit de tran­cher un jour tout en accep­tant pour l’ins­tant la libre dis­cus­sion, soit elle ne per­met pas la dis­cus­sion tout en lais­sant la ques­tion ouverte. On trouve quelques exemples concrets de cette pra­tique dans l’his­toire de l’Eglise, notam­ment le grand dif­fé­rend entre les jésuites et les domi­ni­cains sur la ques­tion de la grâce : la nature et la grâce, com­ment la grâce s’ar­ti­cule avec le libre-​arbitre. Les domi­ni­cains et les jésuites s’en­tr’ex­com­mu­niaient à ce sujet et le pape, ne sou­hai­tant pas tran­cher, a dit que la ques­tion res­tait libre, tout en mena­çant d’ex­com­mu­nier celui qui essaie­rait d’ex­com­mu­nier l’autre.

C’est un exemple de ques­tion que l’Eglise n’a pas vou­lu tran­cher, tout sim­ple­ment. Il y en a d’autres, ce ne sont pas néces­sai­re­ment des ques­tions de détail, il peut s’a­gir de ques­tions impor­tantes. Comme de savoir si, dans les gouttes de sang qui sont tom­bées sur le che­min du cal­vaire – Notre Seigneur a per­du du sang sur le che­min de la Croix – la divi­ni­té est res­tée unie à ces gouttes ou non ? Eh bien ! cette ques­tion est encore ouverte, l’Eglise n’a pas vou­lu la tran­cher. Au moment de mon­ter au Ciel, la Sainte Vierge estelle morte, ou s’est-​elle seule­ment endor­mie ? Cette ques­tion non plus n’est pas tran­chée. Une ques­tion qui n’est pas tran­chée reste ce qu’on appelle de l’ordre de l’o­pi­nion. C’est-​à-​dire que vous pou­vez pen­ser que la Sainte Vierge est morte ou qu’elle n’est pas morte, et vous avez le droit de le pen­ser. Ce n’est bien sûr pas la même chose, mais l’Eglise laisse pour l’ins­tant la liber­té de pen­ser ce que l’on veut sur le sujet. Produisez de bons argu­ments, et cela vous sem­ble­ra peut-​être plus comme ceci ou plus comme cela, mais c’est discutable.

La situa­tion dans laquelle nous nous trou­vons main­te­nant est-​elle celle où Rome dirait que tous les points dont nous dis­cu­tons sont dis­cu­tables ? Est-​ce vrai­ment ce que dit Rome ? Personnellement je ne le crois pas. Il fau­drait essayer de creu­ser un peu. Jusqu’où va cette « tolé­rance » de l’Eglise aujourd’­hui envers nous, lors­qu’ils disent que l’on peut dis­cu­ter cer­tains points ?

Ce n’est pas une ques­tion en soi, puis­qu’en soi nous atta­quons le Concile. Mais la ques­tion est de savoir – afin de pré­voir ce qui va nous arri­ver – ce que pense, ce que veut l’au­to­ri­té actuelle dans l’Eglise. Si on me dit par exemple : « Vous pou­vez dis­cu­ter seule­ment sur le point de savoir si on peut ou non dia­lo­guer avec des pro­tes­tants », – cette ques­tion est impor­tante –, mais si on ajoute : « vous pou­vez dis­cu­ter sur ce point, mais pas sur le reste », alors cela ne pas­se­ra pas.

Vous voyez que ce sont vrai­ment des ques­tions cru­ciales qui se pré­sentent à nous. D’une part, il est mani­feste que Rome a fait un pas vers nous, mais de l’autre on peut se deman­der : est-​ce par bonne volon­té ou pas ? Bien sûr, avec notre tour­nure d’es­prit, on aurait faci­le­ment ten­dance à pen­ser : n’y a‑til pas une mau­vaise inten­tion, un piège ? Personnellement je dis­tin­gue­rais. Je ne pense pas qu’il y ait une mau­vaise inten­tion, mais il peut y avoir un piège, ne serait-​ce qu’en rai­son de la situa­tion objec­tive que cela créerait.

L’heure est grave, sans aucun doute, des deux côtés. Cette ouver­ture de Rome à la dis­cus­sion porte un coup ter­rible à tous ceux qui ont vou­lu faire de Vatican II le point de départ d’une nou­velle Eglise ; un coup ter­rible aux pro­gres­sistes qui ont vou­lu avec le Concile tour­ner la page. Si on ouvre cette dis­cus­sion, si on per­met main­te­nant de dis­cu­ter le Concile, il est très clair que pour les adeptes de cette nou­velle Eglise, c’est fini. Cela veut donc dire que de toute façon nous devrons faire face à l’op­po­si­tion des pro­gres­sistes. Plus que jamais, cette fois-​ci nous sommes comme une épée dans leur chair – je pense que c’est impor­tant de le voir. C’est quand même une avan­cée impor­tante qui vient de se faire là. Mais sera-​t-​elle uti­li­sable par nous en pra­tique ? Voilà la grande question.

Rome fait de nou­veau un geste, si nous n’y répon­dons pas, ou si nous répon­dons par la néga­tive, ceux qui vont paraître être les méchants, les têtus, les obtus, c’est nous, – les irré­cu­pé­rables, ce sera nous. Il faut donc réflé­chir à tout cela. Bien sûr il y a les ques­tions de Foi, mais aus­si les ques­tions de prudence.

Ces textes qui nous ont été remis le 14 sep­tembre ont été pré­sen­tés à l’un ou l’autre spé­cia­liste à Rome, et voi­ci ce qu’ils nous ont dit, – c’est très ins­truc­tif : « Faites atten­tion, ce texte n’est pas un texte dog­ma­tique, c’est un texte diplo­ma­tique entre deux par­ties qui ne peuvent pas perdre la face ». Evidemment, nous avons de la peine à com­prendre ce langage-​là, nous vou­lons que les choses soient claires, nous vou­lons un oui qui soit oui, un non qui soit non, et pas des oui­non ou des non-​oui. Toute notre dif­fi­cul­té est d’ar­ri­ver à bien tenir le cap dans cet imbroglio.

La critique de Vatican II s’étend hors de la Fraternité Saint-​Pie X

Abbé Lorans : Monseigneur, mer­ci pour cette belle tran­si­tion, au fond vous nous invi­tez à lire Sì Sì No No, c’est-​à-​dire le Courrier de Rome. Je vou­lais jus­te­ment vous poser cette ques­tion : dans cette situa­tion très dif­fi­cile, nous venons de le com­prendre, est-​ce que vous avez le sen­ti­ment de rece­voir un sou­tien de la part d’un ouvrage qui vient de paraître pré­ci­sé­ment aux édi­tions du Courrier de Rome, le pen­dant fran­çais de ce qu’est en Italie le Sì Sì No No de Don Putti. Je veux par­ler de l’ou­vrage de Mgr Brunero Gherardini, la suite de ce livre paru depuis main­te­nant un peu plus d’un an et qui s’in­ti­tu­lait Le concile Vatican II, un débat à ouvrir.

Cette suite que j’ai entre les mains, est sor­tie aujourd’­hui sous le titre Vatican II, un débat qui n’a pas eu lieu(1). Je sais que vous l’a­vez lu, que vous avez même ren­con­tré Mgr Gherardini. Est-​ce que vous pou­vez nous le pré­sen­ter et nous dire en quoi il peut être ou non utile dans ce débat dont vous nous avez rap­pe­lé qu’il était essen­tiel­le­ment doc­tri­nal ? Et éga­le­ment, en ques­tion sub­si­diaire, puis­qu’on sait que depuis quelques jours des intel­lec­tuels catho­liques, tant ecclé­sias­tiques que laïcs, ont adres­sé une sup­plique au pape(2) où ils demandent « un exa­men appro­fon­di du concile Vatican II », que pensez-​vous des ini­tia­tives de ce genre et com­ment les jugez-vous ?

Mgr Fellay : Je trouve qu’elles arrivent au bon moment. C’est très inté­res­sant. Je me sou­viens l’an­née pas­sée lorsque vous avez atti­ré l’at­ten­tion du public sur Mgr Gherardini et son pre­mier livre, beau­coup ont été déçus parce qu’il se démar­quait de nous pas­sa­ble­ment, il pre­nait quan­ti­té de pré­cau­tions ora­toires pour évi­ter les coups. C’était son pre­mier essai, et cer­tai­ne­ment beau­coup sont res­tés sur un petit arrière-​goût de déception.

Mgr Gherardini, cha­noine de Saint-​Pierre, actuel­le­ment âgé de 85 ans, ancien doyen de l’Université du Latran, est aujourd’­hui encore direc­teur de la revue de théo­lo­gie Divinitas ; je crois que c’est la seule revue qui soit publiée au Vatican. Il est, on peut le dire, un maître en théo­lo­gie qui a eu le cou­rage d’é­le­ver la voix, et plus il écrit, plus il a de cou­rage. J’aimerais juste vous pré­sen­ter quelques élé­ments de ce livre, car il vaut la peine d’être lu. Cette fois-​ci vous ne serez pas déçus, mises à part peut-​être ici ou là une ou deux phrases, mais sur l’en­semble vous ne serez cer­tai­ne­ment pas déçus.

Vous savez que le pape actuel a pré­sen­té une nou­velle manière de voir le Concile. En essayant de sau­ver le Concile d’un pro­gres­sisme radi­cal, il a condam­né ce qu’il appelle « l’her­mé­neu­tique de la rup­ture »(3) – c’est-​à-​dire l’in­ter­pré­ta­tion ou la com­pré­hen­sion du Concile comme une rup­ture avec le pas­sé. La pre­mière fois que j’ai lu ce texte du pape, je me suis fait la réflexion que c’é­tait nous qu’il condam­nait, puisque notre posi­tion est pré­ci­sé­ment de dire que le Concile est en rup­ture avec le pas­sé. En fait, ce n’é­tait pas nous mais les pro­gres­sistes qui étaient visés ; les pro­gres­sistes qui jus­te­ment veulent faire de Vatican II le point de départ d’une nou­velle Eglise. Et c’est bien ce qui s’est pas­sé dans les faits. Le pape Benoît XVI apporte donc là une nou­velle vision des choses en disant que dans l’Eglise il y a une conti­nui­té, conti­nui­té que nous appe­lons la Tradition, et de cette Tradition on n’a pas le droit de sépa­rer Vatican II.

On est d’ac­cord là-​dessus : il faut com­prendre le Concile à la lumière de la Tradition, donc à la lumière du Magistère pré­cé­dent. Tout le pro­blème réside dans l’ap­pli­ca­tion de cette affir­ma­tion. Nous accep­tons ce qui dans le Concile est en har­mo­nie avec la Tradition, c’est nor­mal ; si l’on parle par exemple de la Sainte Trinité il n’y a aucun pro­blème ; pour ce qui est dou­teux ou ambi­gu, il faut le com­prendre comme l’Eglise l’a tou­jours ensei­gné. Quant à ce qui est faux, ou plu­tôt ce qui est contraire, nou­veau, on le rejette comme étant hors de la Tradition. La dif­fi­cul­té est que le pape Benoît XVI dit que ce Concile ne peut pas être autre­ment que fidèle et en har­mo­nie avec la Tradition. En consé­quence, tout ce qui a été fait au Concile, tout ce que nous reje­tons, est d’a­près lui en conti­nui­té avec la Tradition. Ce qu’il vient de faire, et de dire en Allemagne illustre bien ce pro­pos. Pour nous, cette manière de vou­loir allier la nou­veau­té et la Tradition heurte rien moins que le prin­cipe de non contradiction.

Un concile et deux esprits

Mgr Gherardini dans son petit ouvrage aborde ces ques­tions, en dis­tin­guant deux esprits. Le car­di­nal Ratzinger, à l’é­poque – c’é­tait déjà en 1985 –, avait décrit cette ten­dance qu’il consi­dé­rait comme mau­vaise, pro­gres­siste, en alle­mand il uti­li­sait le terme de Konzilsungeist. C’est un contre-​esprit, un mau­vais esprit du Concile, et il le condam­nait. Mgr Gherardini a tiré de cette condam­na­tion qu’il y avait un bon esprit d’un côté et un mau­vais esprit de l’autre : le mau­vais esprit, venu de l’ex­té­rieur, s’est empa­ré du Concile, et s’est impo­sé comme la manière obli­gée de le com­prendre. C’est pour cette rai­son que de temps en temps on a com­pris de tra­vers le Concile, à cause du mau­vais esprit qui, s’é­tant glis­sé à l’in­té­rieur, a empê­ché sa bonne com­pré­hen­sion. Mais à cer­tains endroits on trouve le bon esprit, et l’on sup­pose bien sûr que Rome est res­tée fidèle à ce bon esprit, et que le Concile en lui-​même a ce bon esprit. Mais Mgr Gherardini pose tout sim­ple­ment la ques­tion sui­vante : ne pensez- vous pas que ce bon esprit est en par­tie allié au mau­vais esprit ? Et si en défi­ni­tive ce mau­vais esprit était bien pré­sent dans le Concile lui-même ?

Je vais vous citer juste une ou deux phrases, pour vous mon­trer son style et sa per­cep­tion des choses : « Ainsi à l’é­gard des valeurs tra­di­tion­nelles « l’es­prit du Concile » était donc lui-​même un gegen-​Geist, – donc un contre-​esprit – avant même que celui-​ci ne soit dif­fu­sé par les com­men­ta­teurs concer­nés. « L” esprit du Concile » avait géné­ra­le­ment oppo­sé le Concile même à tout ce que l’Eglise avait jusque là accré­di­té comme son pain quo­ti­dien, notam­ment aux conciles de Trente et de Vatican I. On ne peut qu’être sai­si par la pré­sence de plu­sieurs phrases, dis­sé­mi­nées çà et là dans cer­tains docu­ments, sur­tout dans les para­graphes stra­té­giques de l’in­no­va­tion intro­duite, dans le seul but d’as­su­rer une cor­res­pon­dance entre hier et aujourd’­hui [c’est-​à-​dire : ce qu’on vous dit aujourd’­hui est tra­di­tion­nel] qui en fait n’existe pas. »(4)

On affirme que ce que l’on dit main­te­nant est fidèle à la Tradition, et ce n’est pas vrai. Et l’au­teur de vous don­ner toute une série de cita­tions et de réfé­rences. Concernant la rup­ture, – car nous disons bien qu’il y a eu une rup­ture au Concile, tan­dis que le pape actuel dit qu’il n’y a pas eu de rup­ture – , voi­ci ce qu’é­crit Mgr Gherardini : « Ce fut donc une véri­table rup­ture parce qu’elle était for­te­ment vou­lue, comme une condi­tion néces­saire, comme la seule manière qui per­met­tait de répondre à des attentes, des ques­tions res­tées jusque-​là – c’est-​à-​dire depuis l’illu­mi­nisme – sans réponse.

Je me demande si vrai­ment tous les Pères conci­liaires se ren­daient compte qu’ils étaient objec­ti­ve­ment en train de s’ar­ra­cher à cette men­ta­li­té plu­ri­sé­cu­laire qui jus­qu’a­lors avait expri­mé la moti­va­tion de fond de la vie, de la prière, de l’en­sei­gne­ment et du gou­ver­ne­ment de l’Eglise ».(5)

Donc vous voyez qu’il tire fort, et même très fort. Et cela arrive au bon moment. Au moment où l’on essaie de nous obli­ger à admettre que le Concile est en har­mo­nie avec la Tradition, il se trouve des per­sonnes recon­nues, auto­ri­sées, comme Mgr Gherardini, qui disent : « Mais non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas fidèle à la Tradition ». Tout est de cette veine, dans ce petit livre qui com­porte seule­ment une cen­taine de pages, mais qui est vrai­ment le bienvenu.

Bienvenue éga­le­ment cette demande d’in­tel­lec­tuels ita­liens qui ont adres­sé une sup­plique au pape pour que le Concile soit « puri­fié », pour que l’on sorte le Concile de cette ambi­guï­té qui a ouvert le che­min à des inno­va­tions contraires à l’en­sei­gne­ment tra­di­tion­nel de l’Eglise. Autrement dit, ils essaient d’ou­vrir le débat, ce débat qui n’a pas eu lieu. Il est pro­vi­den­tiel que ces choses-​là arrivent en un moment aus­si oppor­tun. Car il ne faut se faire aucune illu­sion, nous sommes bien au milieu d’un com­bat, d’un grand com­bat, d’un com­bat d’i­dées, et tout ne va pas chan­ger en un jour, une semaine, c’est impossible…

Nous n’avancerons pas à l’aveuglette

Combien d’an­nées encore fau­drail jus­qu’à ce que l’on obtienne des res­pon­sables du Magistère cette révi­sion ? Peut-​être cela n’arrivera-​til jamais. Pourquoi ? Parce qu’ils ne peuvent pas perdre la face. Il faut le com­prendre ; on ne peut pas leur dire mettez-​vous à genoux et deman­dez par­don ! Imaginez que Rome revienne à la Tradition, il s’en sui­vrait une levée de bou­cliers de tous les pro­gres­sistes, et si à cause de nous Rome per­dait toute auto­ri­té sur les pro­gres­sistes et ne pou­vait plus leur résis­ter, où serait le gain ? On n’au­rait pas gagné grand chose ! La ques­tion n’est pas seule­ment humaine, mais plus encore c’est une ques­tion d’au­to­ri­té ; il faut tout mettre en oeuvre pour pro­té­ger l’au­to­ri­té de Rome. Venant de notre part, il peut sem­bler curieux de dire cela, mais l’au­to­ri­té doit s’exer­cer comme il faut, avec pru­dence, voi­là pour­quoi il faut la pré­ser­ver. Rome a besoin de cette auto­ri­té pour com­battre les erreurs. De notre côté, nous pen­sons évi­dem­ment que cette auto­ri­té sera affir­mée lorsque les erreurs seront corrigées.

En réa­li­té, dans cet immense conflit, rien n’est chan­gé. Tous ces pro­gres­sistes n’at­tendent que le décès du pape ; ils consi­dèrent le pon­ti­fi­cat de Benoît XVI comme une mau­vaise paren­thèse et attendent sa mort pour la fer­mer. Evidemment ils ne sont pas seuls, d’autres forces arrivent main­te­nant ! Car on ne peut pas com­pa­rer, ni dire ou pen­ser que l’Eglise est la même aujourd’­hui qu’il y a 20 ans. Si l’on ne regarde qu’au niveau des dio­cèses ou de cer­tains des actes du pape, on peut certes le pen­ser, parce que c’est tou­jours la même ligne qui est conser­vée. Mais endes­sous, vous avez la jeune géné­ra­tion qui ne par­tage pas les mêmes opinions.

Maintenant que nous avons des contacts avec Rome, je peux vous assu­rer qu’au Vatican un cer­tain nombre d’ec­clé­sias­tiques n’est pas du tout d’ac­cord avec Assise. Peutêtre se taisent-​il pour gar­der leur place ? Je ne sais pas. Ils feraient mieux de par­ler. Certains ont par­lé au pape, lui ont dit ce qu’ils pen­saient, mais cela reste en cercle fer­mé. Ils ne sont pas à l’aise, ils gardent le silence, mais on le sait quand même. On constate un désir de reve­nir à plus de sérieux, notam­ment pour la théo­lo­gie. Tant de prêtres viennent vers nous nous disant qu’ils n’ont « rien appris » au sémi­naire, après 5 ou 6 ans d’é­tudes uni­ver­si­taires. C’est triste ! Ils n’ont pas « rien appris », mais ils n’ont pas appris ce qui est propre à les for­mer à leur futur état sacer­do­tal. C’est impres­sion­nant ! Ce n’est pas sim­ple­ment le fruit de notre ima­gi­na­tion, sim­ple­ment l’es­poir de quelque chose, comme un mirage, non ! c’est une réa­li­té que nous consta­tons. Il y a des prêtres et des pré­lats au Vatican qui nous disent car­ré­ment qu’ils sont avec nous, ce n’é­tait pas le cas avant.

Est-​ce que cela bouge assez ? C’est dif­fi­cile à dire, c’est un juge­ment très dif­fi­cile à por­ter. Lorsque le moment sera venu, il fau­dra être en mesure d’é­va­luer cor­rec­te­ment la situa­tion. Actuellement, quand on voit tout ce qui se passe, on n’a pas envie d’y aller, je vous le dis fran­che­ment. Quand on voit ce voyage du pape Benoît XVI en Allemagne, on se demande dans quelle situa­tion on se met­trait ! Cependant, puisque c’est Rome qui fait ce geste, il faut l’exa­mi­ner, hon­nê­te­ment. Il faut voir jus­qu’où cela va, il faut essayer de faire avan­cer notre cause. Pour nous, le prin­cipe est posé : nous vou­lons res­ter catho­liques, ce n’est pas le moment de tra­hir, cela n’au­rait pas de sens, mais nous avons émi­nem­ment besoin de lumière pour voir clair, sai­sir le moment oppor­tun. Certains pensent que le moment est venu. Mais ce moment est très dif­fi­cile à esti­mer n’a­van­ce­rons pas à l’a­veu­glette, les biens qui sont entre nos mains sont trop pré­cieux, nous deman­dons de toutes nos forces au Bon Dieu et à ses repré­sen­tants sur terre de nous éclairer.

Le Rosaire, moyen surnaturel pour un enjeu surnaturel

Abbé Lorans : C’est le mois du Rosaire, vous avez relan­cé la croi­sade du Rosaire et vous avez dit que chaque fois qu’il y a eu un pro­grès, c’é­tait grâce au Rosaire. Est-​ce que vous pou­vez nous dire ce que nous pou­vons faire et ce que vous atten­dez pré­ci­sé­ment de cette croi­sade du Rosaire, en ce mois d’oc­tobre 2011 ?

Mgr Fellay : Prier le Rosaire et bien le prier ! Il est évident que les évé­ne­ments dans les­quels nous nous trou­vons, com­portent un côté humain, et c’est nor­mal. Mais l’en­jeu n’est pas humain, il est lit­té­ra­le­ment sur­hu­main ou sur­na­tu­rel, c’est la même chose. Cet enjeu est vrai­ment au-​dessus des forces des hommes, et dépasse les capa­ci­tés ou les forces d’un homme. C’est cela l’Eglise ! Ce serait donc une grave erreur que de comp­ter sur ses propres forces pour essayer de résoudre les pro­blèmes que nous avons. Pour les résoudre, nous vou­lons nous pla­cer sous le regard de Dieu, avec le Bon Dieu. Et dans ce com­bat qui est beau­coup plus un com­bat contre « les esprits qui rôdent dans les airs » – c’est saint Paul6 qui uti­lise cette expres­sion pour par­ler de ce grand com­bat entre le bon esprit du Bon Dieu d’un côté et l’es­prit du malin de l’autre –, dans ce combat-​là il faut prendre le grand moyen de la prière. Le Rosaire est par excel­lence l’arme de l’Eglise.

La Sainte Vierge, dans les troubles graves et pro­fonds de l’Eglise, est tou­jours venue pour pro­po­ser aux hommes cette arme contre les erreurs et les maux qui tuent les âmes, pour vaincre les dif­fi­cul­tés. C’est très beau, les papes l’ont dit. Et vous trou­vez cela aus­si à Fatima ; soeur Lucie l’a affir­mé au père Fuentes : « La Sainte Vierge a mis dans cette prière une effi­ca­ci­té par­ti­cu­lière telle qu’elle peut résoudre tous les pro­blèmes ». Tous les pro­blèmes, vous enten­dez bien, tous ! Et il faut le croire. Une des causes de l’ef­fi­ca­ci­té de la prière, c’est d’y croire. C’est capi­tal, on trouve cette condi­tion dans de nom­breux pas­sages de l’Evangile, des Epîtres. Saint Jacques nous dit notam­ment : quand vous priez, il faut croire que vous allez rece­voir, sinon vous insul­tez le Bon Dieu ; il faut lui faire confiance(7). Il a dit : « Priez et vous rece­vrez »(8) , mais y croit-​on ou non ? Et dans quelle mesure et jus­qu’où ? On y met tel­le­ment de « peut-​être » qu’on se demande si on y croit vraiment.

Parfois je crois qu’on manque d’au­dace envers le Bon Dieu ; il ne s’a­git pas d’être témé­raire, non ! mais d’a­voir une Foi très vive, et une confiance inébran­lable dans le Bon Dieu. S’il nous a pro­mis son aide, il ne nous aban­don­ne­ra pas au moment le plus grave. Il nous enseigne d’a­voir recours à lui, eh bien ! ayons recours à lui, recou­rons à la Sainte Vierge avec confiance. N’imitons pas saint Pierre lors­qu’il dit à Jésus : « Si vous êtes vrai­ment le Seigneur, com­man­dez que je marche sur les eaux ». Notre Seigneur lui répond : « Viens ». Il com­mence à mar­cher, et puis après il a peur. C’est malin ! Et nous, com­ment aurait-​on agi ? C’est facile de cri­ti­quer saint Pierre ! Notre Seigneur lui demande : « Pourquoi as-​tu dou­té ? »(9) Il ne fal­lait pas dou­ter. Dans la prière, il ne faut jamais dou­ter mais croire fer­me­ment que le Bon Dieu va venir à notre aide, croire fer­me­ment que la Sainte Vierge va nous sor­tir, nous et l’Eglise, de cette situation.

Si le Ciel se donne la peine de des­cendre jus­qu’à nous, de nous don­ner ses moyens, soyons cer­tains que le Bon Dieu ne se moque­ra pas de nous, ni la Sainte Vierge. Il faut oser, il faut oser aller loin, on ne croit pas assez aux miracles, on ima­gine que c’est réser­vé aux saints, on fait vite usage d’une fausse humi­li­té ! Il ne s’a­git pas de deman­der n’im­porte quel miracle n’im­porte com­ment, évidemment.

Notre Seigneur a dit de plus : « Si vous aviez la Foi comme un grain de séne­vé vous diriez à cette mon­tagne : “va dans la mer”, elle s’y jet­te­rait. » Alors deman­dons au moins cette foi-​là, la foi d’un grain de sénevé.

Autrement dit, nous comp­tons sur vous pour inten­si­fier ce Rosaire. Il ne faut avoir abso­lu­ment aucun doute, cette prière com­mune de toute une par­tie de l’Eglise qui s’u­nit pour deman­der cette grande grâce au Bon Dieu, cela plaît au Bon Dieu, l’ho­nore et honore aus­si la Sainte Vierge, il faut le croire. Donc allez‑y ! Entrons dans cette croi­sade, mais avec une confiance abso­lue dans le Bon Dieu.

Pour conser­ver à cette confé­rence son carac­tère propre, le style oral a été maintenu.

Source : Nouvelles de Chrétienté n°132 de novembre-​décembre 2011

Notes

(1) Mgr Brunero Gherardini, Le concile Vatican II : un débat qui n’a pas eu lieu, Courrier de Rome éd., 112 p., (11 € + 3 € de port : Courrier de Rome B.P. 156 F‑78001 Versailles Cedex – courrierderome@ wana​doo​.fr)
( 2) Voir DICI n°242 du 14/​10/​11, pp. 7 à 11. – DICI 33 rue Galande F‑75005 Paris (2 € le n°, abon­ne­ment pour 20 numé­ros : 40 € à l’ordre de Civiroma)
(3) Benoît XVI, Discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005.
( 4) p. 30
( 5) p. 31
( 6) Eph. 6, 12
( 7)cf. Jc. 1,6
( 8) cf. Lc 11, 9–10 et Jn 15,7
( 9) Mt. 14, 28–31
( 10) Mt. 17, 20 et Lc. 17,6

FSSPX Premier conseiller général

De natio­na­li­té Suisse, il est né le 12 avril 1958 et a été sacré évêque par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988. Mgr Bernard Fellay a exer­cé deux man­dats comme Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X pour un total de 24 ans de supé­rio­rat de 1994 à 2018. Il est actuel­le­ment Premier Conseiller Général de la FSSPX.