Sainte Fleur

Crédits photo : Philippe Lissac/Godong (Droits gérés)

Humilité et chas­te­té : deux leçons tirées de la vie de sainte Fleur.

Née vers 1309 à Maurs dans le Cantal, de noble famille, Flore – ou Fleur – rentre à l’âge de 15 ans chez les Hospitalières de saint Jean, dans le dio­cèse de Cahors : l’Hôpital-Beaulieu, à Issendolus.

Fervente et appli­quée dans ses charges, le bon Dieu va per­mettre qu’elle soit assaillie de toute une série d’épreuves pour sa sanc­ti­fi­ca­tion et notre édification.

L’office des reli­gieuses consis­tait sur­tout au sou­la­ge­ment des misères du pro­chain : les pauvres, les malades trou­vaient chez elles de quoi sub­ve­nir à leurs besoins. Ce qui néces­site évi­dem­ment cer­tains biens à distribuer.

Or, quelques mois après sa pro­fes­sion reli­gieuse, il sem­bla à sainte Fleur qu’il lui serait impos­sible de faire son salut ; en effet, elle vou­lait res­ter pauvre, et elle trou­vait la richesse par­tout : l’Ordre pos­sé­dait de grands biens, les reli­gieuses ne man­quaient de rien, et se sou­ve­nant com­bien il est dif­fi­cile à un riche de ren­trer dans le royaume des deux, ce sujet la tour­men­tait sans qu’elle eût la solu­tion. C’est alors qu’arriva au monas­tère un reli­gieux répu­té pour sa sagesse. Elle s’ouvrit à lui. Grand bien lui en prit, car elle trou­va la solu­tion à son trouble : les richesses n’empêchent pas l’accès au royaume des deux, c’est l’attachement qui est mau­vais. Ainsi, les reli­gieuses de l’Ordre pouvaient-​elles user des biens dont elles dis­po­saient, pour la plus grande gloire de Dieu et le sou­la­ge­ment des misères. Comment faire la cha­ri­té si l’on n’a pas de quoi donner ?

C’est la pre­mière leçon que nous donne sainte Fleur : ayant ouvert son âme à un sage direc­teur, elle en a reçu les conseils qui ont apai­sé ses scru­pules. Retenons éga­le­ment que les biens que le bon Dieu a mis à notre dis­po­si­tion doivent être uti­li­sés pour que son règne arrive, « en en usant, comme dit saint Paul, comme n’en usant pas ».

Cette pre­mière épreuve pas­sée, le démon s’enhardit, voyant com­bien il per­drait à lais­ser cette jeune pousse s’épanouir, à ten­ter Fleur contre la ver­tu angé­lique. Ces misé­rables ima­gi­na­tions dont il l’obsédait étaient pré­sen­tées comme des néces­si­tés de la nature : il fau­drait bien qu’elle suc­combe tôt ou tard. La réponse de la reli­gieuse fut à la hau­teur de sa ver­tu : « Retire-​toi bien loin de moi ! »

Le démon ne s’avoua pas vain­cu, et insis­ta, mena­çant l’héroïque sœur de grandes souf­frances de la part de ses core­li­gion­naires, si elle ne cédait pas à ses instances.

Tourmentée, Fleur ne ces­sait pas d’adresser ses prières à Dieu, avec force larmes et regards vers le Ciel. Sa tris­tesse mani­feste, ses gestes sac­ca­dés, ses sou­pirs au chœur, tout son main­tien sem­blait indi­quer un début de démence, et elle fut trai­tée comme folle par ses consœurs, qui se mirent à la mépri­ser. Malgré les moque­ries et les bri­mades, elle res­ta fixée vers Dieu, s’enfermant dans le silence. Comment expli­quer ce dont elle souffrait ?

Enfin Notre-​Seigneur récom­pen­sa sa constance et trans­for­ma ses humi­lia­tions en autant de mérites : il lui fît sen­tir quelque chose du sup­plice de la Croix, puis lui don­na une fer­veur nou­velle, une grande dou­ceur inté­rieure, et ce fut la fin des ten­ta­tions. Désormais, les nou­veaux assauts que le démon ten­ta contre l’angélique sœur furent repous­sés par le Christ lui-​même, qui avait suf­fi­sam­ment éprou­vé sa fidé­li­té. C’est la deuxième leçon : les ten­ta­tions contre la chas­te­té doivent être com­bat­tues avec fer­me­té, en se réfu­giant dans le Cœur très aimant de Notre-​Seigneur, en accep­tant les humiliations.

La répu­ta­tion de sain­te­té de Fleur se pro­pa­gea loin au-​delà du monas­tère, et les mal­heu­reux se dépla­çaient pour la consul­ter, ou lui écri­vaient quand ils ne pou­vaient se rendre sur place. Dans les conver­sa­tions, elle ins­trui­sait notam­ment ses inter­lo­cu­teurs sur la manière de bien prier.

Passant le reste de sa vie dans une régu­la­ri­té exem­plaire, ne vou­lant se dis­tin­guer en rien, ne par­lant pas de ce qui aurait pu tour­ner à sa gloire, Fleur nous offre une troi­sième leçon, celle de l’humilité et de l’obéissance au devoir d’état.

Enfin, n’ayant vécu que pour Notre-​Seigneur Jésus-​Christ dont elle vivait les mys­tères dans son âme tout au long de l’année litur­gique, ayant un attrait spé­cial pour la sainte Eucharistie et une dévo­tion ardente pour la Passion, elle ren­dit son âme à Dieu, exha­lant la bonne odeur des ver­tus qu’elle avait pra­ti­quées, le 11 juin 1347. Sa fête se célèbre le 5 octobre.

Source : Apostol n°200, octobre 2025