Léon XIII

Lettre encyclique Grande Munus

30 septembre 1880

Sur les saints Cyrille et Méthode apôtres des slaves

Table des matières

A tous nos vénérables Frères, les Patriarches, Primats, Archevêques et, Evêques du monde catholique en grâce et communion avec le Siège apostolique,
Léon XIII, Pape,

Vénérables frères, salut et bénédiction apostolique

L’auguste charge de propager le nom chrétien, confiée d’une manière particulière au bienheureux Pierre, Prince des apôtres, et à ses successeurs, a porté les Pontifes romains à envoyer, à différentes époques, aux diverses nations de la terre des messagers du saint Evangile, selon que les circonstances et les conseils du Dieu de misé­ricorde paraissaient le demander. C’est pourquoi, de même qu’ils déléguèrent pour l’instruction des âmes Augustin aux Bretons, Patrice aux Irlandais, Boniface aux Germains, Willibrod aux Prisons, aux Bataves, aux Belges, et bien d’autres encore à d’autres peuples, ainsi ils conférèrent aux saints Cyrille et Méthode le pouvoir de remplir le ministère apostolique auprès des peuples slaves, qui, grâce à leur zèle et à leurs grands travaux, virent la lumière de l’Évangile et passèrent de la vie barbare à la civilisation.

Si la renommée, fidèle au souvenir de leurs bienfaits, n’a jamais cessé de célébrer dans tout le pays slave Cyrille et Méthode, couple illustre d’apôtres, l’Eglise romaine non plus ne les a pas entourés d’un culte moindre, elle qui, de leur vivant, les a honorés l’un et l’autre dans beaucoup de circonstances, et ne voulut pas se priver des cendres du premier des deux qui mourut. Aussi, dès l’année 1858, les Bohèmes, les Moraves et les Croates de race slave, qui avaient coutume de célébrer chaque année, le 9 mars, une solennité en l’honneur de Cyrille et de Méthode, obtinrent de la faveur de Pie IX, Notre prédé­cesseur, d’immortelle mémoire, de faire désormais leur fête le 5 juillet, et de réciter l’office en mémoire de Cyrille et de Méthode.

Peu après, dans le temps que se tenait le grand Concile du Vatican, beaucoup d’évêques demandèrent instamment au Siège apostolique que leur culte et leur fête du rite déterminé fussent étendus à toute l’Eglise. Mais l’affaire n’ayant pas encore abouti jusqu’à ce jour et un changement étant survenu par les vicissitudes du temps dans l’état politique le ces contrées, l’occasion Nous parait favorable d’être utile aux peuples slaves, dont Nous avons grandement à cœur la conservation et le salut. C’est pourquoi, si Nous voulons que Notre paternelle affec­tion ne leur manque en rien, Nous voulons aussi que s’étende et s’ac­croisse le culte de ces hommes saints qui, de même qu’autrefois ils amenèrent les populations slaves de la mort au salut en propageant la foi catholique parmi elles, de même aujourd’hui les défendront puissamment par leur céleste patronage.

La vie des deux frères apôtres

Début de leur vie

Cyrille et Méthode, frères germains, nés dans la célèbre ville de Thessalonique, vinrent de bonne heure à Constantinople pour étudier les sciences humaines dans la capitale même de l’Orient. On ne tarda pas à remarquer l’étincelle de génie qui brillait déjà dans ces jeunes gens ; l’un et l’autre firent de grands progrès en peu de temps, mais surtout Cyrille qui se distingua tellement dans les sciences qu’il mérita comme un honneur particulier d’être appelé le Philosophe. Peu de temps après, Méthode embrassa l’état monastique ; de son côté, Cyrille fut jugé digne d’être chargé par l’impératrice Théodora, à la demande du patriarche Ignace, d’instruire dans la foi chrétienne les Khazares, peuples situés au-delà de la Chersonèse qui demandaient à Constantinople des prêtres instruits. Il accepta volontiers cette charge. Aussi s’étant rendu d’abord en Chersonèse, il consacra quelque temps, comme plusieurs le racontent, à l’étude de la langue du pays ; et à cette époque il lui arriva, par le plus heureux des présages, de décou­vrir les restes sacrés du pape saint Clément Ier, qu’il n’eut pas de peine à reconnaître, grâce à l’antique tradition aussi bien qu’à l’ancre avec laquelle on savait que le magnanime martyr fut précipité dans la mer par ordre de l’empereur Trajan et ensuite enseveli. Maître d’un si précieux trésor, il pénétra dans les villes et les résidences des Khazares, et bientôt, après avoir aboli divers genres de superstition, il gagna à Jésus-Christ ces peuples, instruits par ses enseignements et mus par l’esprit de Dieu. La nouvelle communauté chrétienne étant heureusement constituée, il donna un mémorable exemple de conti­nence et de charité à la fois, en refusant tous les présents que lui offraient les habitants, à l’exception des esclaves, dont il se réserva l’affranchissement s’ils se convertissaient au christianisme. Bientôt il revint à Constantinople. Dans le monastère de Polychrone, où Méthode s’était déjà retiré, Cyrille se retira aussi.

L’évangélisation de la Moravie

Pendant ce temps-là, la renommée avait apporté à Rastiz, prince de Moravie, le bruit des événements heureux arrivés chez les Khazares. Celui-ci, excité par leur exemple, négocia avec l’empereur Michel III l’envoi par Constantinople de quelques ouvriers évangéliques, et il obtint sans peine ce qu’il désirait. Le mérite insigne de Cyrille et de Méthode, et leur dévouement bien connu pour le prochain, les liront donc désigner pour la mission de Moravie.

S’étant mis en route à travers la Bulgarie, qui était déjà initiée à la foi chrétienne, ils ne négligent en aucun lieu l’occasion d’y accroître la religion. En Moravie, la foule étant venue à leur rencontre jusqu’aux limites de la principauté, ils sont reçus avec le plus grand empres­sement et avec une joie insigne. Sans retard, ils s’appliquent à pénétrer les esprits des enseignements chrétiens et à les élever vers l’espérance des biens célestes, et cela avec tant d’ardeur, avec un zèle si laborieux, qu’en peu de temps la nation des Moraves s’était donnée spontanément à Jésus-Christ.

L’invention du cyrillique et du glagolitique

La connaissance que Cyrille avait antérieurement acquise de l’idiome slave ne contribua pas peu à ce résultat ; l’influence de la littérature sacrée des deux Testaments, qu’il avait traduits en langue populaire, fut considérable. Aussi toute la nation des Slaves doit-elle beaucoup à celui de qui elle a reçu non seulement la foi chrétienne, mais aussi le bienfait de la civilisation ; car Cyrille et Méthode furent les inven­teurs de l’alphabet qui a fourni à la langue des Slaves ses signes et ses moyens d’expression, et pour cette raison ils passent avec raison pour les fondateurs de la langue elle-même.

Découverte des reliques de saint Clément Ier

La renommée avait apporté de ces provinces si éloignées et si iso­lées jusqu’à Rome la gloire de ces actions. Aussi le Souverain Pontife Nicolas Ier ayant ordonné aux saints frères de se rendre à Rome, ceux-ci s’empressent d’exécuter sans retard ses ordres, et ayant pris avec ardeur le chemin de Rome, ils apportent avec eux les reliques de saint Clément. A cette nouvelle, Adrien II, qui avait été élu à la place du feu pape Nicolas, s’avance au milieu du concours du clergé et du peuple et avec les apprêts d’une réception solennelle à la rencontre de ces hôtes illustres. Le corps de saint Clément, honoré sur l’heure même de prodiges insignes, fut porté en grande pompe à la basilique élevée au temps de Constantin sur les ruines mêmes de la maison paternelle de l’invincible martyr.

Consacrés évêques par le Pape Adrien

Ensuite Cyrille et Méthode rendent compté, en présence du clergé, au Souverain Pontife de la mission apostolique dont ils s’étaient acquittés si saintement et si laborieusement. Et comme ils étaient accusés d’avoir agi contre les usages antiques et contre les rites les plus saints, en employant la langue slave pour la célébration des mys­tères sacrés, ils plaidèrent leur cause par des raisons si justes et si pro­bantes, que le Pontife et tout le clergé avec lui les louèrent et les approuvèrent. Tous deux alors ayant prêté serment, selon la formule de la profession catholique, et ayant juré qu’ils resteraient dans la foi du bienheureux Pierre et des Pontifes romains, furent créés et con­sacrés évêques par Adrien lui-même, et plusieurs de leurs disciples furent promus aux différents Ordres sacrés.

Le dessein de la Providence était que Cyrille terminât le cours de sa vie à Rome, le 14 février de l’an 869, plus mûr en vertu qu’en âge. Il eut des funérailles publiques et solennelles, célébrées avec la même pompe que pour les Pontifes romains, et il fut placé en grand, honneur dans le tombeau qu’Adrien s’était fait construire pour lui-même. Le corps saint du défunt, que le peuple romain ne laissa pas transporter à Constantinople, malgré les désirs d’une mère désolée, fut conduit à la basilique de Saint-Clément et déposé près des cendres de celui que Cyrille lui-même avait conservé avec vénération pendant tant d’années. Et pendant qu’il était porté à travers la ville, au milieu des chants joyeux des psaumes, on eût dit que le peuple romain, en lui décernant les honneurs célestes, lui faisait plutôt un triomphe que des funé­railles.

Labeur apostolique en Moravie

Après cela, Méthode retourna comme évêque, par l’ordre et sous les auspices du Souverain Pontife, reprendre ses fonctions apostoliques en Moravie. Dans cette province, « devenue par son âme l’informateur de son troupeau », il s’appliqua de plus en plus à servir la cause catholique ; on le vit combattre énergiquement les novateurs pour les empêcher de ruiner le nom catholique par la folie des opinions; ins­truire dans la religion le prince Swentopolk, qui avait succédé à Rastiz, le reprendre quand il manquait à son devoir, le gourmander jusqu’à le punir même de l’excommunication. Pour ces raisons, il s’attira la haine du cruel et impudique tyran, qui l’envoya en exil. Mais rappelé d’exil peu de temps après, il obtint, par d’habiles exhortations, que le prince donnât des preuves de meilleures dispositions et qu’il comprit la nécessité de racheter ses anciennes habitudes par un nouveau genre de vie. Ce qu’il y a de plus admirable, c’est que la vigilante charité de Méthode ayant dépassé les limites de la Moravie, comme elle attei­gnait du vivant de Cyrille les Liburniens et les Serbes, ainsi elle embrassait maintenant les Pannoniens, dont il convertit le prince à la religion catholique et le retint dans le devoir; et les Bulgares, qu’il confirma dans la foi chrétienne avec leur prince Boris ; et les Dalmates, auxquels il distribuait et dispensait les grâces célestes ; et les Carinthiens, qu’il travailla ardemment à amener à la connaissance et au culte du seul vrai Dieu.

il s’appliqua de plus en plus à servir la cause catholique ; on le vit combattre énergiquement les novateurs pour les empêcher de ruiner le nom catholique par la folie des opinions

La liturgie en slavon

Mais cela devint pour lui une source d’épreuves : car quelques membres de la nouvelle société des chrétiens, jaloux des actes coura­geux et de la vertu de Méthode, l’accusèrent, malgré son innocence, auprès de Jean VIII, successeur d’Adrien, d’avoir une foi suspecte et de violer la tradition des aïeux, lesquels, dans la célébration des Saints Mystères, se servaient de la langue grecque ou de la langue latine seule, à l’exclusion de toute autre. Alors le Pontife, dans son zèle pour le maintien de l’intégrité de la foi et de l’ancienne tradition, appelle Méthode à Rome et lui enjoint de repousser l’accusation et de se justifier.

Méthode, toujours prêt à obéir et fort du témoignage de sa con­science, comparut en l’année 880 devant le pape Jean, plusieurs évêques et le clergé romain; et là il remporta une facile victoire en prouvant qu’il avait toujours gardé et fidèlement enseigné aux autres la foi qu’en présence et avec l’approbation d’Adrien il avait professée et promis de garder par son serment juré au tombeau du Prince des apôtres, et que, s’il s’était servi pour les Saints Mystères de la langue slave, c’était pour de justes motifs, par licence spéciale du pontife Adrien lui-même, et sans que le texte sacré y répugnât. Par cette défense, il se justifia si bien de tout soupçon de faute, que sur-le-champ le Pontife embrassa Méthode, et voulut bien confirmer son pouvoir archiépiscopal et sa mission chez les Slaves. En outre, le Pontife ayant délégué plusieurs évêques sur qui devait présider Méthode et qui devaient l’aider dans l’administration des affaires chrétiennes, le renvoya en Moravie avec des lettres très flatteuses et des pleins pouvoirs. Et plus tard, lorsque de nouveau l’envie des méchants s’attaqua à Méthode, le Souverain Pontife voulut bien encore par de nouvelles lettres confirmer toutes ces faveurs.

C’est pourquoi, pleinement rassuré et uni au Souverain Pontife et à toute l’Eglise romaine par le lien très étroit de la foi et de la charité, Méthode persévéra avec beaucoup plus de vigilance encore dans l’ac­complissement de la charge qui lui avait été dévolue, et il ne fit point attendre les fruits remarquables de son zèle. Car après avoir lui-même, à l’aide d’un prêtre, converti à la foi catholique Borzivoy, prince des Bohêmes, et un peu après Ludmille, l’épouse de ce prince, il sut en peu de temps faire en sorte que le christianisme se répandit partout dans cette nation. Dans le même temps il s’appliqua à faire parvenir la lumière de l’Evangile dans la Pologne, ou, ayant lui-même pénétré en Galicie, il fonda un siège épiscopal à Léopol.

Etablissement du siège épiscopal de Kiev

De là, étant entré, comme quelques-uns le rapportent, dans la Mos­covie proprement dite, il établit le siège épiscopal de Kiev. S’étant ainsi couvert d’immortels lauriers, il retourna en Moravie, auprès des siens ; sentant qu’il approchait de sa fin dernière, il désigna lui-même son successeur et, après avoir, par ses derniers conseils, exhorté à la vertu son clergé et son peuple, il quitta avec une grande paix cette vie, qui pour lui avait été le chemin du ciel. De même que Rome pleura Cyrille, ainsi la Moravie témoigna son chagrin de la mort de Méthode et ses regrets de sa perte en honorant de toutes manières ses funérailles.

Leur lien avec Rome

C’est une grande joie, Vénérables Frères, que Nous donne la mémoire de ces événements, et Nous ne sommes pas peu ému de contempler, si loin, derrière nous, l’union magnifique dans ses belles origines des nations slaves avec l’Eglise romaine. Car si c’est de Constantinople que ces deux propagateurs du nom chrétien, dont Nous venons de parler, sont partis pour pénétrer chez les infidèles, c’est de ce Siège apostolique, centre de l’unité catholique, qu’ils ont dû recevoir l’investiture de leur mission, ou plus simplement la sainte et nécessaire approbation de cette mission. En effet, c’est ici, dans cette ville de Rome, qu’ils ont rendu compte de leur mission et qu’ils ont répondu à leurs accu­sateurs ; c’est ici, au tombeau de Pierre et de Paul, qu’ils ont juré de garder la foi catholique, qu’ils ont reçu la consécration épiscopale en même temps que le pouvoir de constituer la hiérarchie sacrée en observant la distinction des Ordres. Enfin c’est ici qu’on a sollicité et obtenu la licence d’employer la langue slave dans les rites sacrés, et il y a cette année dix siècles que le Souverain Pontife Jean VIII écrivait à Swentopolk, prince de Moravie : « A bon droit Nous louons les lettres slaves lesquelles retentissent des louanges dues à Dieu, et Nous ordonnons que dans cette même langue soient célébrées les louanges et les œuvres de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et rien, dans la foi orthodoxe est ici à comprendre et dans la doctrine, n’empêche soit qu’on chante la messe en la langue slave, soit qu’on lise dans cette langue le saint Evangile ou les leçons divines du Nouveau et de l’Ancien Testament bien traduites et interprétées, ou qu’on psalmodie tous les offices des Heures. » Cette coutume, après bien des vicissitudes, fut sanctionnée par Benoît XIV, par des lettres apostoliques datées du 25 août 1754.

c’est de ce Siège apostolique, centre de l’unité catholique, qu’ils ont dû recevoir l’investiture de leur mission, ou plus simplement la sainte et nécessaire approbation de cette mission. En effet, c’est ici, dans cette ville de Rome, qu’ils ont rendu compte de leur mission et qu’ils ont répondu à leurs accu­sateurs

Mais les Pontifes romains, chaque fois que leur assistance fut sollicitée par les princes qui gouvernaient les peuples que le zèle de Cyrille et de Méthode avait amenés au christianisme, agirent de telle sorte qu’on ne put jamais les accuser de manquer, soit de tendresse en secourant, de douceur en enseignant, soit de bienveillance dans leurs conseils et, en toutes choses où cela était possible, de la plus grande condescen­dance. Rastiz surtout et Swentopolk, et Cocel, sainte Ludmille, et Boris connurent l’insigne charité de Nos prédécesseurs dans des cir­constances et à des époques différentes.

La sollicitude paternelle des Pontifes romains pour les peuples slaves ne s’est ni arrêtée ni relâchée depuis la mort de Cyrille et de Méthode ; elle s’affirma toujours en protégeant chez eux la sainteté de la religion et la conservation de la prospérité publique. En effet, Nicolas envoya de Rome aux Bulgares des prêtres chargés d’instruire le peuple, ainsi que les évêques de Populonie et de Porto, chargés d’organiser la nou­velle société chrétienne. Le même Pape répondit avec beaucoup d’amour aux nombreuses controverses des Bulgares sur le droit sacré, de telle façon que ceux qui sont les moins bien disposés pour l’Eglise romaine remarquent et louent la haute prudence de ces réponses.

Travail des pontifes pour le retour des schismatiques

Et depuis la douloureuse calamité du schisme, c’est la gloire d’Innocent III d’avoir réconcilié les Bulgares avec l’Eglise catholique, et c’est la gloire de Grégoire IX, d’Innocent IV, de Nicolas IV, d’Eugène IV, d’avoir maintenu cette réconciliation. De même à l’égard des Bosniaques et des Herzégoviniens, trompés par la contagion d’opi­nions perverses, on vit briller avec éclat la charité de Nos prédéces­seurs, Innocent III et Innocent IV, Grégoire IX, Clément VI, Pie II, qui s’efforcèrent, les deux premiers d’arracher l’erreur des esprits, les trois autres d’affermir solidement dans ces contrées les degrés de la hié­rarchie sacrée. On doit estimer qu’Innocent III, Nicolas IV, Benoit XI, Clément V, ne consacrèrent pas la plus petite ou la dernière part de leurs soins aux Serbes ; car c’est avec une grande prévoyance qu’ils réprimèrent les fraudes astucieusement combinées eu ce pays pour la destruction de la religion. De même aussi les Dalmates et les Liburniens reçurent de Jean X, Grégoire VII, Grégoire IX, Urbain IV, des témoi­gnages de faveur particulière et les plus grandes louanges pour leur constance dans la foi en échange de leurs bons services.

Enfin, il y a de nombreux monuments de la bienveillance de Gré­goire IX et de Clément XIV dans l’église de Sirmium, détruite au VIe siècle par les incursions des barbares et restaurée plus tard par le zèle pieux de saint Etienne, roi de Hongrie.

C’est pourquoi Nous comprenons que Nous devons rendre grâces à Dieu de ce qu’une bonne occasion Nous est donnée d’accorder une faveur à la nation slave et de pourvoir à son bien, général, et cela certes avec un zèle non moindre que celui dont ont témoigné Nos prédéces­seurs.

Car ce que Nous avons en vue, ce que Nous désirons uniquement, c’est de n’épargner aucun effort pour que les nations slaves soient enseignées par un plus grand nombre d’évêques; pour qu’elles soient affermies dans le culte de la vraie foi, dans l’obéissance à la véritable Eglise de Jésus-Christ; pour qu’elles sentent davantage, par l’expé­rience de chaque jour, quelle force pour le bien rejaillit des préceptes de l’Eglise catholique sur le foyer domestique et sur toutes les classes du pays.

Extension du culte de Cyrille et Méthode à l’Eglise Universelle

En vérité, ces Eglises prennent la plus nombreuse, la plus grande part de nos pensées, et il n’est rien que Nous désirions plus vivement que d’être à même de pourvoir à leur intérêt, à leur prospérité, et de les unir à Nous par le nœud perpétuel de la concorde, ce qui est le plus grand et le meilleur lien de salut. Il Nous reste à obtenir que le Dieu riche en miséricorde favorise Nos projets et seconde Nos entre­prises. En attendant, Nous invoquons comme intercesseurs auprès de lui Cyrille et Méthode, docteurs des pays slaves ; car comme Nous vou­lons agrandir leur culte, Nous avons confiance que leur céleste pro­tection ne Nous fera point défaut.

C’est pourquoi Nous ordonnons qu’au cinquième jour du mois de juillet fixé par Pie IX, d’heureuse mémoire, soit insérée dans le calen­drier de l’Eglise romaine et universelle et annuellement célébrée, la fête des saints Cyrille et Méthode, avec l’office du rite double mineur, et la messe propre, que la Sacrée Congrégation des Rites a approuvés.

A vous, donc, Vénérables Frères, Nous ordonnons que vous veilliez à la publication de cette Encyclique, et que vous prescriviez l’obser­vation de ce qui y est édicté par tous ceux de l’Ordre des prêtres qui célèbrent les offices de l’Eglise romaine, dans leurs églises, provinces, cités, diocèses et couvents de réguliers. Nous voulons enfin, vos con­seils et vos exhortations aidant, que Cyrille et Méthode soient priés et invoqués dans le monde entier, afin que de toute la faveur dont ils jouissent auprès de Dieu ils protègent la religion chrétienne dans tout l’Orient, en obtenant la constance pour les catholiques et en inspirant aux dissidents le désir de se réconcilier avec la véritable Eglise.

Nous voulons enfin […] que Cyrille et Méthode soient priés et invoqués dans le monde entier, afin […] qu’ils protègent la religion chrétienne dans tout l’Orient, en obtenant la constance pour les catholiques et en inspirant aux dissidents le désir de se réconcilier avec la véritable Eglise.

Nous décrétons que ce qui est écrit ci-dessus soit ratifié et confirmé nonobstant la Constitution de saint Pie V, notre Prédécesseur, et les autres Constitutions apostoliques publiées sur la réforme du Bréviaire et du Missel romain, nonobstant les décrets et coutumes, même les plus reculés, et toutes autres choses contraires.

Comme gage des faveurs célestes et de Notre particulière bienveil­lance, Nous vous accordons, avec beaucoup d’amour, dans Notre-Seigneur, à vous tous, Vénérables Frères, à tout le clergé et à tout le peuple confiés à vos soins, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le trentième jour de septembre, en l’an 1880, de notre Pontificat le troisième.

LÉON XIII, PAPE.

Source : Lettres apostoliques de S. S. Léon XIII, tome VII, La Bonne Presse. Les titres ont été ajoutés par La Porte Latine

fraternité sainte pie X
Deux frères apôtres des peuples slaves au IXe siècle. L’alphabet cyrillique a été créé par saint Cyrille.
19 juillet 1889
Condamnant la possibilité d'un droit accordé par principe aux faux cultes
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18 novembre 1893
Sur l'exégèse
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8 septembre 1901
Sur la consécration de l'église du Rosaire à Lourdes
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Promulgué en 1884
Exorcisme de Léon XIII contre Satan et les anges apostats
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3 décembre 1880
Sur trois œuvres pies: propagation de la Foi de Mlle Marie-Pauline Jaricot, à la Sainte-Enfance et l'œuvre des Écoles d'Orient
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8 février 1884
Sur la question religieuse en France
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4 août 1880
Proclamant Saint Thomas d'Aquin patron des écoles catholiques
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