Léon XIII

6 janvier 1895

Lettre encyclique Longinqua oceani

Sur le catholicisme aux États-Unis

A Nos Vénérables Frères, Archevêques et Evêques des États-​Unis de l’Amérique du Nord,

LÉON XIII, PAPE.

Vénérables Frères, salut et béné­dic­tion apostolique

Nous tra­ver­sons par le cœur et par la pen­sée les loin­tains espaces de l’Océan ; et, bien que Nous Nous soyons déjà entre­te­nu avec vous dans Nos écrits, toutes les fois spé­cia­le­ment que, en ver­tu de Notre auto­ri­té, Nous avons adres­sé aux évêques de l’univers catho­lique des lettres com­munes, aujourd’hui pour­tant, Nous avons vou­lu vous par­ler à part, dans le but de pou­voir, si Dieu le veut, être de quelque uti­li­té à la cause catho­lique par­mi vous.

C’est avec le plus grand zèle et le plus grand soin que Nous entre­prenons cette œuvre. En effet, Nous appré­cions gran­de­ment et Nous affec­tion­nons vive­ment, dans sa robuste jeu­nesse, le peuple amé­ri­cain, chez qui notre esprit aper­çoit clai­re­ment le pro­grès caché, non seule­ment des affaires publiques, mais encore de la reli­gion chrétienne.

Au moment où votre nation tout entière célé­brait, naguère, le qua­trième cen­te­naire de la décou­verte de l’Amérique, dans un recon­nais­sant sou­ve­nir et par toutes sortes de démons­tra­tions, et c’était jus­tice, Nous avons, Nous aus­si, fêté avec vous la mémoire de cet heu­reux évé­ne­ment, Nous asso­ciant à votre joie et parta­geant les mêmes sen­ti­ments. En cette occa­sion, for­mer de loin des vœux pour votre conser­va­tion et votre gran­deur ne Nous parut pas suf­fi­sant. Nous sou­hai­tions de Nous mêler par quelque moyen à vos trans­ports ; et c’est pour­quoi très volon­tiers Nous avons envoyé quelqu’un pour Nous représenter.

La part que Nous avons prise à vos fêtes avait sa rai­son d’être : le peuple amé­ri­cain était à peine né à la lumière, il vagis­sait encore pour ain­si dire dans son ber­ceau, quand l’Eglise le prit et le ser­ra mater­nel­le­ment sur son sein.

Nous l’avons mon­tré ailleurs expres­sé­ment : le pre­mier fruit que Christophe Colomb vou­lait reti­rer de ses navi­ga­tions et de ses labeurs était d’ouvrir au nom chré­tien une route à tra­vers de nou­velles terres et de nou­velles mers. Il s’attacha inébran­la­ble­ment à cette pen­sée, et, à quelque rivage qu’il abor­dât, son pre­mier soin était d’y plan­ter l’image sacrée de la Croix. Comme l’arche de Noé, voguant sur les flots débor­dés, empor­tait avec ce qui res­tait du genre humain, la race d’Israël, ain­si les vais­seaux de Colomb, confiés à l’Océan, trans­por­tèrent aux rives d’outre-mer les germes des grands Etats et les pré­mices du nom chrétien.

Ce n’est pas ici le lieu de détailler un à un les évé­ne­ments qui sui­virent. Il est cer­tain que l’Evangile brilla de très bonne heure aux yeux des nations, alors encore sau­vages, décou­vertes par l’illustre Génois. On sait assez com­bien nom­breux les fils de saint François, de saint Dominique et de saint Ignace, durant deux siècles conti­nus, firent voile vers ces terres, sans doute pour y por­ter leurs soins aux colo­nies venues d’Europe, mais d’abord et sur­tout pour ame­ner les indi­gènes de leurs super­sti­tions à la reli­gion chré­tienne, tra­vaux qu’ils consa­crèrent plus d’une fois par le témoi­gnage de leur sang. Les nou­veaux noms eux-​mêmes qui furent don­nés à la plu­part de vos villes, à vos fleuves, à vos mon­tagnes et à vos lacs, montrent et attestent clai­re­ment que l’Eglise catho­lique a pro­fon­dé­ment gra­vé son empreinte sur les ori­gines de votre nation. — Peut-​être faut-​il voir aus­si un des­sein par­ti­cu­lier de la divine Providence dans ce que Nous rap­pe­lons ici : lorsque les colo­nies amé­ri­caines, après avoir, grâce au concours des catho­liques, obte­nu la liber­té et le pou­voir, se grou­pèrent en une répu­blique régu­liè­re­ment consti­tuée, à ce moment même, la hié­rar­chie catho­lique fut éta­blie, sui­vant les règles, par­mi vous ; et dans le temps où le suf­frage popu­laire por­tait Washington à la pré­si­dence de la République, l’autorité apos­tolique met­tait à la tête de l’Eglise amé­ri­caine son pre­mier évêque. L’amitié et les bons rap­ports qui — c’est un fait cer­tain — exis­taient entre l’un et l’autre, paraissent une preuve que ces villes confé­dé­rées doivent être unies par la concorde et l’amitié à l’Eglise catholique.

Et ce n’est pas sans rai­son. En effet, seules, les bonnes mœurs assoient soli­de­ment un gou­ver­ne­ment ; c’est ce qu’a clai­re­ment vu et pro­cla­mé votre pre­mier citoyen, l’homme illustre dont Nous venons de pro­non­cer le nom, chez qui la péné­tra­tion et la pru­dence poli­tique furent si grandes. Mais les bonnes mœurs sont main­te­nues d’une façon excel­lente et toute par­ti­cu­lière par la reli­gion qui, de sa nature, conserve et reven­dique tous les prin­cipes d’où découlent les devoirs, et, pro­po­sant à Notre acti­vi­té les plus puis­sants motifs, ordonne de vivre ver­tueu­se­ment et défend de pécher. Or, qu’est-ce que l’Eglise, sinon une socié­té légi­time fon­dée par la volon­té et par l’ordre de Jésus-​Christ, pour conser­ver la sain­te­té des mœurs et défendre la reli­gion ? Aussi, et c’est une véri­té que Nous Nous sommes sou­vent effor­cé de per­sua­der du haut de Notre Siège Apostolique, l’Eglise, qui par elle-​même et de sa nature, s’occupe du salut des âmes et du bon­heur céleste à acqué­rir, offre néan­moins, dans l’ordre des choses tem­po­relles, tant et de si grands avan­tages, qu’elle ne pour­rait en pro­cu­rer de plus nom­breux ni de plus impor­tants, si elle avait été spé­cia­le­ment et prin­ci­pa­le­ment ins­ti­tuée pour assu­rer le bon­heur de la vie que nous menons sur la terre.

Que votre République ait pro­gres­sé, qu’elle ait réa­li­sé de rapides amé­lio­ra­tions, même en ce qui touche à la reli­gion, tout le monde l’a vu. De même, en effet, que l’immense accu­mu­la­tion du bien-​être et du pou­voir a, dans un seul siècle, déve­lop­pé vos cités, ain­si voyons-​nous l’Eglise, de très faible et très petite qu’elle était d’a­bord, deve­nue rapi­de­ment très grande et mer­veilleu­se­ment pros­père. Si, d’un côté, l’accroissement des res­sources et des richesses de vos villes est jus­te­ment attri­bué au génie de la race amé­ri­caine et à sa labo­rieuse acti­vi­té, d’autre part, il faut recon­naître que la situa­tion flo­ris­sante de l’Eglise catho­lique est due d’a­bord à la ver­tu, au zèle et à la pru­dence des évêques et du cler­gé, ensuite à la foi et à la muni­fi­cence des catho­liques. C’est ain­si que les efforts éner­giques de toutes les classes de la socié­té vous ont per­mis de fon­der d’in­nombrables œuvres pieuses et utiles : églises, col­lèges pour l’édu­cation de la jeu­nesse, ins­ti­tuts pour l’en­sei­gne­ment supé­rieur, mai­sons d’hospitalité pour le peuple, hôpi­taux, monas­tères. En ce qui concerne plus par­ti­cu­liè­re­ment la for­ma­tion des âmes, qui consiste dans la pra­tique des ver­tus chré­tiennes, beau­coup de faits Nous ont été appris qui Nous donnent de grandes espé­rances et Nous rem­plissent de joie, Nous vou­lons par­ler de l’ac­crois­se­ment pro­gres­sif des clercs, tant sécu­liers que régu­liers, de l’hon­neur où l’on tient les Congrégations pieuses, de l’état flo­ris­sant des écoles parois­siales catho­liques ain­si que des écoles domi­ni­cales des­ti­nées à l’enseigne­ment de la doc­trine chré­tienne, et des écoles d’é­té ; des Sociétés de secours mutuels, d’as­sis­tance des pauvres et de tem­pé­rance ; et Nous ne par­lons pas des preuves nom­breuses que le peuple donne de sa piété.

Cet heu­reux état de choses, il n’en faut point dou­ter, est dû en grande par­tie aux pres­crip­tions et aux décrets de vos Synodes, de ceux sur­tout que l’au­to­ri­té du Siège Apostolique a convo­qués et sanc­tion­nés en ces der­niers temps. Mais aus­si — et il nous est agréable de recon­naître la véri­té, — il faut en rendre quelque peu grâce à l’é­qui­té des lois sous les­quelles vit l’Amérique, et aux mœurs d’une République bien consti­tuée. Chez vous, en effet, grâce à la bonne consti­tu­tion de l’Etat, l’Eglise n’é­tant gênée par les liens d’au­cune loi, étant défen­due contre la vio­lence par le droit com­mun et l’é­qui­té des juge­ments, a obte­nu la liber­té garan­tie de vivre et d’a­gir sans obs­tacle. Toutes ces remarques sont vraies ; pour­tant, il faut se gar­der d’une erreur : qu’on n’aille pas conclure de là que la meilleure situa­tion pour l’Eglise est celle qu’elle a en Amérique, ou bien qu’il est tou­jours per­mis et utile de sépa­rer, de dis­joindre les inté­rêts de l’Eglise et l’Etat comme en Amérique.

En effet, si la reli­gion catho­lique est hono­rée par­mi vous, si elle pros­père, si même elle s’est accrue, il faut l’attribuer entiè­re­ment à la fécon­di­té divine dont jouit l’Eglise, qui, lorsque per­sonne ne s’y oppose, lorsque rien ne lui fait obs­tacle, s’é­tend d’elle-même et se répand ; pour­tant elle pro­dui­rait encore bien plus de fruits si elle jouis­sait, non seule­ment de la liber­té, mais encore de la faveur des lois et de la pro­tec­tion des pou­voirs publics.

Pour Nous, autant que les cir­cons­tances Nous l’ont per­mis, Nous n’a­vons jamais négli­gé de conser­ver et d’affermir par­mi vous la reli­gion catho­lique. Pour ce motif, Nous avons sur­tout entre­pris deux œuvres qui vous sont bien connues ; l’une, de déve­lop­per l’étude des sciences, l’autre, de per­fec­tion­ner l’administration des inté­rêts catho­liques. En effet, bien que l’Amérique comp­tât déjà des Univer­sités nom­breuses et célèbres, Nous avons cepen­dant jugé bon qu’il en exis­tât une ins­ti­tuée par l’au­to­ri­té du Siège Apostolique, et dotée par Nous de tous droits ; des pro­fes­seurs catho­liques y ins­trui­raient les hommes avides de savoir, d’abord dans les sciences phi­lo­so­phiques et théo­lo­giques, puis, lorsque les res­sources et les temps le permet­traient, dans les autres sciences, dans celles notam­ment que notre siècle a fon­dées ou per­fec­tion­nées. Toute éru­di­tion, en effet, serait incom­plète, s’il ne s’y joi­gnait quelque connais­sance des sciences modernes. Dans le mou­ve­ment si rapide des esprits, quand le désir de savoir, louable et bon en lui-​même, est si lar­ge­ment répan­du, il convient que les catho­liques marchent à la tête, et non à la suite des autres. Aussi, doivent-​ils se parer de tout l’éclat de la science, s’exercer avec ardeur à la recherche de la véri­té et à l’investigation de toute la nature autant que faire se peut.

D’ailleurs, telle fut tou­jours l’in­ten­tion de l’Eglise ; tou­jours elle a mis tous ses efforts et tous les soins qu’elle a pu pour recu­ler les bornes de la science. Aussi, Vénérables Frères, par la lettre que Nous vous avons adres­sée, le 7 mars 1889, avons-​Nous fon­dé, selon les règles, à Washington, votre capi­tale, une Université pour la jeu­nesse dési­reuse d’une ins­truc­tion supé­rieure. Vous-​mêmes, en grand nombre, avez mani­fes­té com­bien ce lieu devait être favo­rable aux hautes études. Nous entre­te­nant à ce sujet en Consistoire avec Nos Vénérables Frères les car­di­naux de la Sainte Eglise romaine, Nous avons décla­ré vou­loir que, dans cette Université, on se fit une loi de joindre l’é­ru­di­tion et la science à l’intégrité de la foi, et de for­mer la jeu­nesse à la reli­gion non moins qu’aux arts libé­raux. Aussi, avons-​Nous déci­dé de confier aux évêques des Etats-​Unis la saine direc­tion des études et le soin de la bonne édu­ca­tion des jeunes gens, confé­rant l’autorité et la charge de chan­ce­lier, comme on dit, à l’archevêque de Baltimore.

Ces débuts, grâce à Dieu, ont été assez heu­reux. En effet, sans retard aucun, au moment où vous célé­briez par des fêtes solen­nelles le cen­te­naire de l’établissement de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique, l’enseignement sacré y com­men­ça en pré­sence de Notre légat, sous d’heu­reux aus­pices. Depuis lors, Nous avons appris que la théo­lo­gie y est ensei­gnée par des hommes remar­quables dont le talent et la science sont unis à une fidé­li­té et à une sou­mis­sion toute particu­lière envers le Siège Apostolique.

Il n’y a pas long­temps encore, Nous appre­nions que la géné­ro­si­té d’un prêtre pieux avait com­men­cé et ache­vé un édi­fice des­ti­né à l’enseignement des sciences et des lettres dans l’intérêt des clercs aus­si bien que des laïques. Nous espé­rons sans peine que cet exemple sus­ci­te­ra des imi­ta­teurs par­mi vos conci­toyens. Nous ne sommes pas, en effet, sans connaître le carac­tère des Américains, et eux-​mêmes ne peuvent igno­rer que toute libé­ra­li­té pour cette œuvre sera com­pen­sée par de très grands avan­tages pour le bien commun.

Tout le monde sait com­bien les Universités de ce genre, que, à diverses époques, l’Eglise romaine a ou fon­dées elle-​même ou approu­vées et déve­lop­pées par ses règle­ments, ont répan­du dans toute l’Europe les tré­sors de la science et des lettres.

Aujourd’hui même, pour ne point par­ler des autres, il suf­fit de nom­mer l’Université de Louvain, où la nation belge trouve presque chaque jour les élé­ments de sa pros­pé­ri­té et de sa gloire. Des avan­tages ana­logues et tout aus­si nom­breux doivent être faci­le­ment atten­dus de la grande Université de Washington, si maîtres et élèves — ce dont Nous ne dou­tons nul­le­ment — obéissent à nos ins­tructions, et, si, éloi­gnant les inté­rêts de par­tis et les dis­putes, ils se conci­lient la sym­pa­thie du peuple et du clergé.

Nous vou­lons ici, Vénérables Frères, recom­man­der à votre cha­ri­té et à la géné­ro­si­té publique le col­lège éta­bli à Rome pour l’ensei­gnement des sciences sacrées aux jeunes clercs de l’Amérique du Nord, col­lège fon­dé par Pie IX, Notre pré­dé­ces­seur, et que Nous-​même avons pris soin d’affermir en lui don­nant une consti­tu­tion régu­lière par Notre lettre du 25 octobre 1884 ; d’autant plus que l’événement n’a nul­le­ment trom­pé les com­munes espé­rances qu’on en avait conçues. Vous-​mêmes êtes témoins que, dans un court espace de temps, de nom­breux et bons prêtres sont sor­tis de ce col­lège, et qu’il en est par­mi eux qui ont atteint, grâce à leur mérite et à leur science, les degrés les plus éle­vés des digni­tés ecclé­sias­tiques. Aussi, sommes-​Nous per­sua­dé que vous ferez œuvre utile en con­tinuant d’y envoyer des jeunes gens d’é­lite et de les y faire éle­ver pour l’espoir de l’Eglise. Les talents et les ver­tus qu’ils auront acquis à Rome, ils les déploie­ront un jour dans leur patrie et les feront ser­vir au bien commun.

De même, dès le com­men­ce­ment de Notre pon­ti­fi­cat, mû par l’affection dont Nous entou­rons les catho­liques de votre nation, Nous avons com­men­cé à Nous occu­per avec soin du troi­sième Con­cile de Baltimore. Plus tard, lorsque les arche­vêques man­dés par Nous pour ce motif vinrent à Rome, Nous leur deman­dâmes avec soin ce qu’ils croyaient qu’on dût déci­der pour le bien com­mun. Enfin, après avoir mûre­ment exa­mi­né les décrets por­tés par tous les évêques convo­qués à Baltimore, Nous avons réso­lu de les rati­fier de Notre auto­ri­té apos­to­lique. Les résul­tats de cette œuvre ne tar­dèrent pas à se mani­fes­ter. L’expérience a mon­tré et montre encore que ces déci­sions du Concile de Baltimore étaient salu­taires et très bien appro­priées aux cir­cons­tances. On a déjà pu se rendre un compte suf­fi­sant de leur effi­ca­ci­té pour affer­mir la dis­ci­pline, exci­ter le zèle et la vigi­lance du cler­gé, pro­té­ger et déve­lop­per l’instruction catho­lique de la jeunesse.

Toutefois, Vénérables Frères, si, en toutes ces choses, Nous recon­naissons votre zèle, si Nous louons la constance unie chez vous à la pru­dence, c’est à juste titre que Nous le fai­sons. Nous com­pre­nons bien, en effet, qu’une telle abon­dance de fruits ne seraient pas arri­vés à matu­ri­té aus­si faci­le­ment ni aus­si rapi­de­ment, si vous-​mêmes ne vous étiez appli­qués, cha­cun dans la mesure de votre pou­voir, à suivre avec soin et fidé­li­té les sages déci­sions que vous aviez prises à Baltimore.

Le Concile de Baltimore ter­mi­né, il res­tait à don­ner à l’œuvre une sorte de cou­ron­ne­ment légi­time et conve­nable. Il Nous a paru qu’on n’en pou­vait dési­rer de meilleur que la consti­tu­tion régu­lière, par le Saint-​Siège, d’une léga­tion en Amérique, et, comme vous le savez, Nous l’a­vons régu­liè­re­ment éta­blie. Par là, ain­si que Nous l’avons dit ailleurs, Nous avons d’abord vou­lu témoi­gner que l’Amérique tenait la même place dans Notre cœur et avait les mêmes droits à Notre bien­veillance que les autres Etats, même les plus grands et les plus puis­sants. Nous Nous sommes ensuite pré­oc­cu­pé de res­ser­rer davan­tage les liens des devoirs et des rela­tions qui vous rat­tachent, vous et tant de mil­liers de catho­liques, au Siège Apostolique. En réa­li­té, le peuple catho­lique a com­pris que la mesure prise par Nous et qu’il sen­tait lui devoir être salu­taire, était de plus conforme aux usages et aux tra­di­tions du Siège Apostolique. En effet, les Pontifes romains, par cela même qu’ils tiennent de Dieu le pou­voir de gérer les inté­rêts du monde chré­tien, ont accou­tu­mé, dès la plus haute anti­quité, d’envoyer au loin leurs légats aux nations et aux peuples chré­tiens. Ils agissent ain­si en ver­tu, non d’un pou­voir étran­ger, mais d’un droit qui leur appar­tient en propre, parce que « le Pon­tife romain, à qui le Christ a confé­ré la puis­sance ordi­naire et immé­diate, soit sur toutes les Eglises et sur cha­cune d’elles, soit sur tous les pas­teurs, sur tous les fidèles et sur cha­cun d’eux [1], ne pou­vant par­cou­rir en per­sonne chaque pays, ni exer­cer directe­ment les sol­li­ci­tudes de sa charge pas­to­rale sur le trou­peau qui lui est confié, doit néces­sai­re­ment par­fois, sui­vant les devoirs de sa charge, envoyer aux diverses par­ties du monde, selon la néces­si­té des temps, des légats qui, le sup­pléant dans ses fonc­tions, cor­rigent les erreurs, apla­nissent les dif­fi­cul­tés et pro­curent aux peuples qui leur sont confiés, un accrois­se­ment de salut [2]. »

Ce serait un soup­çon injuste et faux — si jamais il venait à exis­ter — de croire que l’au­to­ri­té de Notre légat est en oppo­si­tion avec l’autorité des évêques. Nous vou­lons et Nous devons vou­loir qu’ils soient sacrés pour Nous plus que pour tout autre, les droits de ceux que l’Esprit-Saint a pla­cés comme évêques pour gou­ver­ner l’Eglise de Dieu ; Nous vou­lons que ces droits demeurent intacts dans toute nation et en tout lieu. D’autant plus que la digni­té de chaque évêque est tel­le­ment unie par sa nature à la digni­té du Pontife romain que celui qui veille à l’une défend néces­sai­re­ment l’autre. Mon hon­neur est l’hon­neur de l’Eglise uni­ver­selle. Mon hon­neur est la force inébran­lable de mes frères. Je suis vrai­ment hono­ré lorsque l’hon­neur dû à cha­cun d’eux ne lui est pas refu­sé [3].

Aussi le rôle et les fonc­tions du légat apos­to­lique, quelle que puisse être la gran­deur de son auto­ri­té, étant d’accomplir les ordres et d’interpréter la volon­té du Pontife qui l’en­voie, le légat, bien loin de cau­ser quelque détri­ment à la puis­sance ordi­naire des évêques, la confirme, au contraire, et la fortifie.

En effet, son auto­ri­té sera d’un grand poids pour main­te­nir l’obéis­sance par­mi le peuple, la dis­ci­pline et le res­pect dû aux évêques par­mi le cler­gé, et, par­mi les évêques, la cha­ri­té mutuelle jointe à une par­faite concorde.

Cette union si salu­taire et si dési­rable, qui repose sur­tout sur l’accord des sen­ti­ments et des actes, fera cer­tai­ne­ment que cha­cun de vous conti­nue­ra à s’occuper dili­gem­ment de l’administration de son dio­cèse ; que per­sonne ne met­tra d’entraves à l’administration de celui-​ci ; que nul ne s’inquiétera des pro­jets ni des actes de celui-​là ; et que, tous ensemble, éloi­gnant les dis­sen­sions et conser­vant le res­pect mutuel, tra­vaille­ront à accroître l’honneur de l’Eglise améri­caine et le bien com­mun par la par­faite har­mo­nie de leurs efforts. A peine peut-​on ima­gi­ner ce que cette concorde des évêques pro­dui­ra de fruits de salut pour les nôtres, et quelle force cet exemple aura sur les autres. Ceux-​ci, en effet, par cette seule preuve, ver­ront faci­lement que l’apostolat divin est vrai­ment pas­sé par héri­tage aux mains des évêques catholiques.

Il est encore un autre point gran­de­ment à consi­dé­rer. Les hommes sages s’accordent à recon­naître, et Nous-​même l’avons consta­té un peu plus haut et bien volon­tiers, que l’Amérique paraît appe­lée à de hautes des­ti­nées. Or, Nous vou­lons que l’Eglise catho­lique par­ti­cipe et concoure à cette gran­deur que l’on pré­voit. Aussi pensons-​Nous qu’il est juste et néces­saire qu’elle marche de concert avec l’Etat, d’un pas ferme, vers le pro­grès, met­tant à pro­fit toutes les occa­sions que le temps offri­ra. En même temps, elle devra faire en sorte que ses ver­tus et ses ins­ti­tu­tions contri­buent autant que pos­sible au déve­lop­pe­ment des Etats. Elle attein­dra d’autant plus faci­le­ment et plei­ne­ment cette double fin que l’avenir la trou­ve­ra mieux orga­nisée. Or, quel est le but de la léga­tion dont nous par­lons, si ce n’est de rendre la consti­tu­tion de l’Eglise plus solide et sa dis­ci­pline mieux défendue ?

Ceci étant, Nous sou­hai­tons vive­ment que les catho­liques se pénè­trent tous les jours plus pro­fon­dé­ment de cette véri­té, qu’ils ne peuvent pas veiller plus sage­ment à leurs inté­rêts pri­vés ni mieux méri­ter du salut com­mun, qu’en conti­nuant à se sou­mettre à l’Eglise et à lui obéir de tout cœur.

D’ailleurs, sur ce point, les fidèles amé­ri­cains ont à peine besoin d’ex­hor­ta­tion : ils sont habi­tués, en effet, à adhé­rer d’eux-mêmes et avec une louable constance aux ensei­gne­ments catho­liques. Il est une règle de la plus haute impor­tance et très salu­taire à tout point de vue, qu’il Nous plaît de rap­pe­ler ici, que géné­ralement la foi et les mœurs font reli­gieu­se­ment obser­ver par­mi vous, comme il est juste. Nous vou­lons par­ler du dogme chré­tien de l’unité et de la per­pé­tui­té du mariage, qui four­nit non seule­ment à la famille mais encore à la socié­té un lien très puis­sant de conser­va­tion. Parmi vos conci­toyens, même de ceux qui, pour le reste, sont en dis­sen­ti­ment avec Nous, il en est un grand nombre qui admirent et approuvent, sur ce point, la doc­trine et les mœurs des catho­liques, effrayés qu’ils sont par la licence des divorces. En jugeant de la sorte, ils ne sont pas moins gui­dés par l’amour de leur patrie que par les conseils de la sagesse. En effet, on a peine à ima­gi­ner un fléau plus funeste à l’Etat que la pré­ten­tion de pou­voir rompre un lien que la loi divine rend per­pé­tuel et indis­so­luble. « Par suite du divorce, le pacte conju­gal perd sa sta­bi­li­té : la bien­veillance mutuelle dépé­rit, de per­ni­cieux encou­ra­ge­ments sont don­nés à l’infidélité ; la pro­tec­tion et l’éducation des enfants est com­pro­mise ; la socié­té domes­tique trouve une occa­sion de dissolu­tion ; des germes de dis­corde sont semés entre les familles ; la digni­té de la femme est amoin­drie, abais­sée, car elle court le risque, après avoir ser­vi à la pas­sion de l’homme, d’être aban­donnée. Comme pour la ruine des familles et la perte des Etats, il n’est rien de plus puis­sant que la cor­rup­tion des mœurs, il est facile de voir com­bien le divorce est un des plus grands enne­mis de la pros­pé­ri­té des familles et des Etats [4]. »

S’il s’agit de l’ordre civil, c’est un fait acquis et recon­nu que, spé­cia­le­ment dans un Etat popu­laire comme est le vôtre, il est d’une grande impor­tance que les citoyens soient probes et de bonnes mœurs. Dans une nation libre, si la jus­tice n’est pas uni­ver­sel­le­ment en hon­neur, si le peuple n’est pas sou­vent et soi­gneu­se­ment rap­pe­lé à l’observation des pré­ceptes de l’Evangile, la liber­té elle-​même peut être funeste. Aussi, que tous les membres du cler­gé qui tra­vaillent à l’ins­truc­tion du peuple traitent avec net­te­té des devoirs des citoyens, de façon à per­sua­der tous les esprits et à les péné­trer pro­fon­dé­ment de cette véri­té, qu’il faut, dans toutes les fonc­tions de la vie civile, loyau­té, dés­in­té­res­se­ment, inté­gri­té. En effet, ce qui n’est pas per­mis dans la vie pri­vée ne l’est pas non plus dans la vie publique.

Sur tous ces points, ces lettres ency­cliques que Nous avons déjà écrites durant notre Pontificat contiennent, vous le savez, de nom­breux ensei­gne­ments que les catho­liques doivent suivre et aux­quels ils doivent obéir. Liberté humaine, prin­ci­paux devoirs des chré­tiens, pou­voir civil, consti­tu­tion chré­tienne des Etats, Nous avons tou­ché à tous ces points dans Nos écrits et dans Nos dis­cours, Nous appuyant sur les prin­cipes tirés tant de la doc­trine évan­gé­lique que de la rai­son. Ceux donc qui veulent être des citoyens hon­nêtes et s’acquitter de leurs devoirs comme la foi l’exige trou­ve­ront faci­lement dans Nos lettres la règle de l’honnêteté.

De même, que les prêtres rap­pellent au peuple avec insis­tance les décrets du troi­sième Concile de Baltimore, ceux sur­tout qui portent sur la ver­tu de tem­pé­rance, l’instruction catho­lique de la jeu­nesse, l’u­sage fré­quent des sacre­ments, l’obéissance aux lois justes et aux ins­ti­tu­tions de la République.

En ce qui concerne la for­ma­tion des socié­tés, il faut bien prendre garde à ne point tom­ber dans l’erreur, et Nous vou­lons adres­ser cette recom­man­da­tion aux ouvriers nom­mé­ment. Assurément, ils ont le droit de s’unir en des asso­cia­tions pour le bien de leurs inté­rêts : l’Eglise les favo­rise et elles sont conformes à la nature. Mais il leur importe vive­ment de consi­dé­rer avec qui ils s’associent ; car, en recher­chant cer­tains avan­tages, ils pour­raient par­fois, par là même, mettre en péril des biens beau­coup plus grands. La prin­ci­pale garan­tie contre ce dan­ger est d’être bien réso­lu à ne jamais admettre que la jus­tice soit mécon­nue en aucun temps ni en aucune matière. Si donc il existe une socié­té dont les chefs ne soient pas des per­sonnes fer­me­ment atta­chées au bien et amies de la reli­gion, et si cette socié­té leur obéit aveu­glé­ment, elle peut faire beau­coup de mal dans l’ordre public et pri­vé ; elle ne peut pas faire de bien. De là une consé­quence, c’est qu’il faut fuir non seule­ment les associa­tions ouver­te­ment condam­nées par le juge­ment de l’Eglise, mais encore celles que l’opinion des hommes sages, prin­ci­pa­le­ment des évêques, signale comme sus­pectes et dan­ge­reuses. Bien plus, et c’est un point très impor­tant pour la sau­ve­garde de la foi, les catho­liques doivent s’as­so­cier de pré­fé­rence à des catho­liques, à moins que la néces­si­té ne les oblige à agir autre­ment. Une fois réunis ain­si en asso­cia­tions, qu’ils mettent à leur tête des prêtres ou des laïques hon­nêtes et d’une auto­ri­té recon­nue ; qu’ils en suivent les conseils et qu’ils s’efforcent de pour­suivre et de réa­li­ser pacifi­quement ce qui paraî­tra utile à leurs inté­rêts, se confor­mant sur­tout aux règles que nous avons indi­quées dans notre lettre ency­clique Rerum nova­rum.

Ils ne devront jamais oublier qu’il est juste et dési­rable de reven­diquer et de sau­ve­gar­der les droits du peuple, mais tou­jours sans man­quer à leurs propres devoirs. Et ils en ont de très grands : res­pecter le bien d’autrui, lais­ser à cha­cun la liber­té pour ses propres affaires, n’empêcher per­sonne de don­ner son tra­vail où il lui plaît et quand il lui plaît. Les actes que vous avez vu pro­duire par la vio­lence et l’émeute l’année der­nière dans votre pays, vous aver­tissent assez que l’audace et la bar­ba­rie des enne­mis de la socié­té menacent de près même les inté­rêts de l’Amérique. Les temps mêmes com­mandent aux catho­liques de tra­vailler à la tran­quilli­té publique, et pour cela d’observer les lois, d’avoir la vio­lence en hor­reur, et de ne pas deman­der plus que ne le per­met l’équité et la justice.

Pour assu­rer ce résul­tat, ceux-​là, à coup sûr, peuvent beau­coup qui se sont consa­crés à écrire, et par­mi eux, sur­tout ceux qui dépensent leurs forces dans la presse quo­ti­dienne. Nous n’i­gno­rons pas que nombre d’athlètes bien exer­cés luttent déjà dans cette arène, et que leur zèle est bien plus digne d’éloge qu’il n’a besoin d’encouragement.

Toutefois, comme l’a­vi­di­té de lire et d’apprendre est si vive et s’est tel­le­ment répan­due chez vous qu’elle peut être le prin­cipe des plus grands biens autant que des plus grands maux, il faut, par tous les moyens, cher­cher à aug­men­ter le nombre de ceux qui rem­plissent leur tâche d’écrivain avec science et bon esprit, ayant la reli­gion pour guide et l’hon­nê­te­té pour compagne.

Cela est encore plus visible en Amérique, où les catho­liques vivent en rap­ports habi­tuels avec des non catho­liques, ce qui oblige les nôtres à une extrême pru­dence et à une fer­me­té toute par­ti­cu­lière. Il faut les ins­truire, les aver­tir, les affer­mir, les exci­ter à la pra­tique des ver­tus, à l’ob­ser­vance fidèle de leurs devoirs envers l’Eglise, au milieu de si grandes occa­sions de péril.

Ces soins et ces tra­vaux sont sans doute la tâche propre du cler­gé, sa grande mis­sion ; mais, néan­moins, le pays et l’é­poque exigent de la part des jour­na­listes, qu’eux-mêmes, selon leur pou­voir, con­sacrent leurs efforts et leurs tra­vaux à la même cause.

Qu’ils consi­dèrent sérieu­se­ment que l’œuvre de la presse sera, sinon nui­sible, du moins fort peu utile à la reli­gion, si l’accord ne règne pas entre ceux qui tendent au même but. Ceux qui veulent ser­vir l’Eglise uti­le­ment, ceux qui dési­rent sin­cè­re­ment défendre par leurs écrits la reli­gion catho­lique, doivent com­battre avec un par­fait accord, et, pour ain­si dire, en rangs ser­rés. Aussi, ceux-​là paraî­traient plu­tôt décla­rer la guerre que la repous­ser, qui dissipe­raient leurs forces par la discorde.

C’est ain­si éga­le­ment que les écri­vains font, au lieu d’œuvre utile et fruc­tueuse, œuvre défec­tueuse et nui­sible, chaque fois qu’ils osent défé­rer à leur propre juge­ment les réso­lu­tions ou les actes des évêques ; et, dépouillant le res­pect qu’ils leur doivent, les cri­tiquer, les cen­su­rer, ne voyant pas quelle per­tur­ba­tion de l’ordre et quels maux engendre leur conduite. Qu’ils se sou­viennent donc de leurs devoirs et qu’ils ne fran­chissent point les justes bornes de la modestie.il faut obéir aux évêques, qui sont à un très haut degré de l’au­to­ri­té, et leur rendre l’honneur qui convient à la gran­deur et à la sain­te­té de leurs fonc­tions, ce res­pect « auquel per­sonne n’a le droit de man­quer, et qui, prin­ci­pa­le­ment chez les jour­na­listes catho­liques, doit briller et pour ain­si dire être affi­ché pour ser­vir d’exemple. Les jour­naux, en effet, des­ti­nés à se répandre au loin, tombent tous les jours entre les mains du pre­mier venu et ils ont une grande influence sur l’opinion et la conduite de la multi­tude [5]. »

Nous-​même avons, en beau­coup d’en­droits, don­né beau­coup d’enseignements concer­nant le devoir d’un bon écri­vain. De nom­breux ensei­gne­ments aus­si ont été renou­ve­lés una­ni­me­ment et par le troi­sième Concile de Baltimore, et par les arche­vêques qui se réunirent à Chicago en 1883. Que les catho­liques aient donc pré­sents à l’esprit Nos ensei­gne­ments et les vôtres, et qu’ils recon­naissent qu’ils doivent ser­vir de règle à toute l’œuvre de la presse, s’ils veulent bien s’ac­quit­ter de leurs devoirs, comme ils doivent le vouloir.

Notre pen­sée se tourne main­te­nant vers les autres Américains qui sont en dis­sen­ti­ment avec Nous sur la foi chré­tienne et dont beau­coup — qui pour­rait le nier ? — sont plus éloi­gnés de Nous par leur nais­sance que par leur volon­té. Quelle sol­li­ci­tude Nous avons de leur salut, avec quelle ardeur Nous vou­drions qu’ils revinssent se jeter dans les bras de l’Eglise, la Mère com­mune de tous les hommes, Notre lettre apos­to­lique Præclara l’a récem­ment décla­ré. Et certes, Nous ne sommes pas abso­lu­ment sans espoir, car II est avec Nous, Celui à qui tout obéit et qui a don­né sa vie pour réunir en un seul trou­peau les fils de Dieu qui étaient dis­per­sés [6].

Certes, Nous ne devrons pas les délais­ser ni les aban­don­ner à leur propre sens ; mais, par la dou­ceur et la plus grande cha­ri­té, les atti­rer à Nous, leur per­sua­dant, de toutes façons, de s’ap­pli­quer à étu­dier tous les points de la doc­trine catho­lique et à dépouiller leurs opi­nions pré­con­çues. En cela, si le pre­mier rôle appar­tient aux évêques et à tout le cler­gé, le second revient aux laïques. Ceux-​ci, en effet, peuvent aider les efforts apos­to­liques du cler­gé par la pro­bi­té des mœurs et l’intégrité de la vie. La force de l’exemple est grande, pour ceux prin­ci­pa­le­ment qui recherchent sin­cè­re­ment la véri­té et qui pra­tiquent l’hu­mi­li­té par une dis­po­si­tion natu­relle à la ver­tu ; on en compte un très grand nombre par­mi vos conci­toyens. Si le spec­tacle des ver­tus chré­tiennes a eu, sur les païens aveu­glés par une super­stition invé­té­rée, la grande influence qui nous est attes­tée par les monu­ments de l’histoire, pouvons-​nous croire qu’il ne pour­ra rien pour reti­rer de l’er­reur ceux qui ont été ini­tiés aux mys­tères chrétiens ?

Enfin, Nous ne pou­vons pas­ser sous silence ceux dont la longue infor­tune implore et réclame l’assistance des hommes apos­to­liques. Nous vou­lons par­ler des Indiens et des nègres qui habitent les ter­ritoires amé­ri­cains et qui n’ont pas encore, pour la plu­part, chas­sé les ténèbres de l’i­do­lâ­trie. Quel champ à défri­cher ! Quelle mul­ti­tude d’hommes à enri­chir des biens acquis par Jésus-Christ !

En atten­dant, comme gage des dons célestes et comme témoi­gnage de Notre bien­veillance, Nous vous don­nons très affec­tueu­se­ment dans le Seigneur, à vous, Vénérables Frères, à votre cler­gé et à votre peuple, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-​Pierre, le 6 jan­vier, fête de l’Epi­phanie de Notre-​Seigneur, l’an MDCCCXCV, le dix-​septième de Notre Pontificat.

LÉON XIII, PAPE.

Source : Lettres apos­to­liques de S. S. Léon XIII, tome 4, La Bonne Presse

Notes de bas de page

  1. Concil. Vat., Sess. IV., c. 3.[]
  2. Cap. un. Extravag. Comm. De consuel, L. I[]
  3. S. Grégoire, Lettre à Eulog. Alex., liv. viii, lettre 30.[]
  4. Enc. Arcanum.[]
  5. Lettre Cognita nobis aux arche­vêques et évêques des pro­vinces de Turin, Milan, Verceil, le 25 jan­vier 1882.[]
  6. Saint Jean xi, 52.[]
fraternité sainte pie X