Léon XIII

8 janvier 1896

Lettre apostolique Magni commemoratio

Accordant un jubilé extraordinaire à la France.

A tous les fidèles de France, qui ces lettres ver­ront,
Salut et béné­dic­tion apostolique

Vers la fin de la pré­sente année, le jour même de la Nativité de Notre-​Seigneur, la France catho­lique se pré­pare à célé­brer, dans la joie et l’es­pé­rance, l’anniversaire d’un grand événement.

Quatorze siècles, en effet, se sont écou­lés depuis que le roi des Francs, Clovis, cédant aux ins­pi­ra­tions de la divine Providence, abju­ra le vain culte des faux dieux, embras­sa la foi chré­tienne, et fut puri­fié et régé­né­ré dans l’eau sainte du baptême.

Grande et solen­nelle fut cette céré­mo­nie, accom­plie dans l’église métro­po­li­taine de Reims, alors qu’imitant le roi des Francs, ses deux sœurs et trois mille guer­riers reçurent la même grâce des mains du saint Pontife Remi.

Bientôt, moins par sa valeur guer­rière et son génie poli­tique que par le secours du Christ, Clovis sub­ju­guait la Gaule presque tout entière et en réunis­sait les diverses pro­vinces en un corps de nation. Sous l’influence civi­li­sa­trice du chris­tia­nisme, on vit alors ce nou­veau royaume gran­dir promp­te­ment, s’élever à un haut degré de puis­sance, et bien méri­ter de l’Eglise.

C’est dans ce bap­tême mémo­rable de Clovis que la France a été elle-​même comme bap­ti­sée ; c’est de là que date le com­men­ce­ment de sa gran­deur et de sa gloire à tra­vers les siècles. C’est donc à bon droit que, sous la vive et puis­sante impul­sion de Notre cher Fils, Benoît-​Marie Langénieux, arche­vêque de Reims, des solen­ni­tés extra­or­di­naires se pré­parent pour célé­brer la mémoire d’un si heu­reux événement.

Certes, si tant de nobles ins­ti­tu­tions célèbrent avec bon­heur le jour qui rap­pelle leur ori­gine et leurs com­men­ce­ments, est-​il rien de plus juste, rien de plus digne d’une nation, que de fêter, à tra­vers les siècles, l’année et le jour où elle est née à la foi chré­tienne pour entrer en par­ti­ci­pa­tion de l’héritage céleste.

Naguère, dans une pre­mière lettre, Nous avons briè­ve­ment rap­pelé le sou­ve­nir de ce mémo­rable évé­ne­ment, le carac­tère et la gran­deur de ce bien­fait, tous les avan­tages et la gloire qui en étaient résul­tés pour la nation française.

A ces pen­sées, Nous avons joint de pieuses et apos­to­liques exhor­tations que Nous ins­pi­raient la plus tendre cha­ri­té et l’es­poir qu’il en sor­ti­ra un grand bien. Certes, il sera bon, non moins que glo­rieux, de voir la France catho­lique s’ébranler tout entière, et por­ter ses regards et toutes ses aspi­ra­tions, aus­si bien vers ce bap­tis­tère béni de Reims, auguste ber­ceau de sa reli­gion, que vers l’illustre tom­beau de Remi, d’où cet admi­rable Maître et Pasteur semble encore prê­cher la paix et l’éternelle vie.

De pieux pèle­ri­nages à ces lieux sacrés, des mis­sions par­tout mul­ti­pliées pour la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes, des aumônes répan­dues avec une misé­ri­cor­dieuse pro­fu­sion, de solen­nelles actions de grâces ren­dues au Christ-​Dieu, l’Auteur très bon de la pros­pé­ri­té publique, ces œuvres et d’autres sem­blables contri­bue­ront puis­sam­ment à célé­brer, comme il convient, ce glo­rieux et illustre cen­te­naire ; elles aide­ront à recueillir les fruits pré­cieux qu’il est per­mis d’en espérer.

Ce résul­tat sera obte­nu, Nous n’en dou­tons point, si tous ceux qui, en France, se font gloire du nom de catho­liques, se sou­viennent des exemples de leurs aïeux, si sur­tout ils font revivre en eux leur foi vive, cette foi solide ins­pi­ra­trice des grandes choses, qui les tenait si étroi­te­ment unis au siège du bien­heu­reux Pierre ; si enfin, brû­lant de mar­cher sur leurs traces, ils renou­vellent avec une géné­reuse éner­gie et rati­fient avec une reli­gion pro­fonde les saintes pro­messes de leur baptême.

Pour Nous, qui dési­rons, autant qu’il est en Notre pou­voir, rehaus­ser l’éclat de ces solen­ni­tés et en aug­men­ter les fruits pour les âmes, il Nous plaît dans le Seigneur d’ouvrir extra­or­di­nai­re­ment le tré­sor des sacrées indul­gences. C’est pour­quoi, par la misé­ri­corde du Dieu tout-​puissant, appuyé sur l’autorité des bien­heu­reux princes des apôtres, Nous accor­dons, en forme de jubi­lé, une indul­gence plé­nière et la rémis­sion de leurs péchés à tous les fidèles de France qui accom­pli­ront les œuvres sui­vantes, condi­tions de cette pré­cieuse faveur :

D’abord, ils devront visi­ter deux fois deux églises de la ville ou de la loca­li­té qu’ils habitent ; ces églises seront dési­gnées par les Ordinaires res­pec­tifs ; s’il n’y a qu’une église dans la ville ou la loca­li­té, ils la visi­te­ront quatre fois. Dans ces visites, ils prie­ront quelque temps pour la liber­té et le triomphe de Notre Mère la Sainte Eglise, pour la paix et l’union du peuple chré­tien, pour la conver­sion des pécheurs, et aus­si selon Nos intentions.

En second lieu, ils devront faire une bonne confes­sion de leurs péchés et rece­voir le Très Saint-​Sacrement de l’Eucharistie.

Enfin, ils feront, selon leurs moyens, quelque aumône aux pauvres ou à une œuvre pie.

Pour le temps pen­dant lequel cette indul­gence pour­ra être gagnée, Nous sta­tuons qu’il s’étendra, pour toute la France, du pre­mier dimanche de Carême à la fête de la Nativité de Notre-​Seigneur, de telle sorte que, pen­dant cet espace de temps, trois semaines con­tinues soient déter­mi­nées par chaque Ordinaire, pour accom­plir les condi­tions ci-​dessus indi­quées et gagner l’Indulgence en forme de jubilé.

D’autre part, mais pour la ville de Reims seule­ment, Nous accor­dons que la même indul­gence puisse y être gagnée, aux mêmes condi­tions, pen­dant tout l’es­pace de temps qui s’écoulera depuis le dimanche de la Résurrection jusqu’à la fête de tous les Saints.

En outre, Nous concé­dons, aux condi­tions accou­tu­mées, une indul­gence plé­nière à tous et à cha­cun de ceux qui assis­te­ront avec reli­gion à la réno­va­tion des pro­messes du bap­tême, qui doit être faite publi­que­ment dans toutes les églises de France, le jour de la Nati­vité de Notre-Seigneur.

Nous accor­dons misé­ri­cor­dieu­se­ment, dans le Seigneur, que toutes ces indul­gences puissent être appli­quées, par voie de suf­frage, aux âmes qui ont quit­té cette vie unies à Dieu par la charité.

Nous don­nons aus­si aux confes­seurs le pou­voir de dis­pen­ser de la com­mu­nion les enfants qui n’y ont pas encore été admis.

Enfin, Nous concé­dons à tous les confes­seurs légi­ti­me­ment ap­prouvés, pour tout le temps dési­gné, et en faveur de ceux qui ont l’intention de gagner le jubi­lé, tous les pou­voirs que Nous avons accor­dés par les Lettres apos­to­liques Pontifices maxi­mi, du 15 fé­vrier 1879, excep­tant tout ce qui est excep­té dans ces mêmes Lettres.

Nous vou­lons qu’à tous les exem­plaires de ces Lettres, même impri­més, pour­vu qu’ils soient signés d’un notaire et munis du sceau d’une per­sonne consti­tuée en digni­té ecclé­sias­tique, la même foi soit ajou­tée qu’on accor­de­rait à la signi­fi­ca­tion de Notre volon­té faite par la pro­duc­tion des Présentes.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, sous l’anneau du Pêcheur, le VIIIe jour de jan­vier de l’année 1896, de Notre pontifi­cat la dix-huitième.

C. Card, de RUGGIERO.

Conforme à l’original, P. L. Péchenard, Prot. apost., vic. génér.

Source : Lettres apos­to­lique de S. S. Léon XIII, tome 4, La Bonne Presse.

fraternité sainte pie X