Léon XIII

256ᵉ pape ; de 1878 à 1903

8 septembre 1899

Lettre encyclique Depuis le jour

Aux clergé de France, sur l'instruction du clergé dans les séminaires.

A nos véné­rables frères les arche­vêques, évêques et au cler­gé de France
Vénérables frères, Très chers fils,

Depuis le jour où Nous avons été éle­vé à la chaire pon­ti­fi­cale, la France a été constam­ment l’objet de Notre sol­li­ci­tude et de Notre affec­tion toute par­ti­cu­lière. C’est chez elle, en effet, que, dans le cours des siècles, mû par les inson­dables des­seins de sa misé­ri­corde sur le monde, Dieu a choi­si de pré­fé­rence les hommes apos­to­liques des­ti­nés à prê­cher la vraie foi jusqu’aux confins du globe, et à por­ter la lumière de l’Evangile aux nations encore plon­gées dans les ténèbres du paga­nisme. Il l’a pré­des­ti­née à être le défen­seur de son Eglise et l’instrument de ses grandes œuvres : Gesta Dei per Francos.

A une si haute mis­sion cor­res­pondent évi­dem­ment de nom­breux et graves devoirs. Désireux, comme Nos pré­dé­ces­seurs, de voir la France accom­plir fidè­le­ment le glo­rieux man­dat dont elle a été char­gée, Nous lui avons plu­sieurs fois déjà, durant Notre long Pontificat, adres­sé Nos conseils, Nos encou­ra­ge­ments, Nos exhor­ta­tions. Nous l’avons fait tout spé­cia­le­ment dans Notre Lettre Encyclique du 8 février 1884, Nobilissima Gallorum gens, et dans Notre Lettre du 16 février 1892, publiée dans l’idiome de la France et qui com­mence par ces mots : Au milieu des sol­li­ci­tudes. Nos paroles ne sont pas demeu­rées infruc­tueuses, et Nous savons par vous, Vénérables Frères, qu’une grande par­tie du peuple fran­çais tient tou­jours en hon­neur la foi de ses ancêtres et rem­plit avec fidé­li­té les devoirs qu’elle impose. D’autre part, Nous ne sau­rions igno­rer que les enne­mis de cette foi sainte ne sont pas demeu­rés inac­tifs, et qu’ils sont par­ve­nus à ban­nir tout prin­cipe de reli­gion d’un grand nombre de familles, qui, par suite, vivent dans une lamen­table igno­rance de la véri­té révé­lée et dans une com­plète indif­fé­rence pour tout ce qui touche à leurs inté­rêts spi­ri­tuels et au salut de leurs âmes.

Si donc, et à bon droit, Nous féli­ci­tons la France d’être pour les nations infi­dèles un foyer d’apostolat, Nous devons encou­ra­ger aus­si les efforts de ceux de ses fils qui, enrô­lés dans le sacer­doce de Jésus-​Christ, tra­vaillent à évan­gé­li­ser leurs com­pa­triotes, à les pré­mu­nir contre l’envahissement du natu­ra­lisme et de l’incrédulité, avec leurs funestes et inévi­tables consé­quences. Appelés par la volon­té de Dieu à être les sau­veurs du monde, les prêtres doivent tout tou­jours, et avant tout, se rap­pe­ler qu’ils sont, de par l’institution même de Jésus-​Christ, « le sel de la terre » (Mt 5, 13), d’où saint Paul, écri­vant à son dis­ciple Timothée, conclut avec rai­son qu’ils doivent être l’exemple des fidèles « dans leurs paroles et dans leurs rap­ports avec le pro­chain, par leur cha­ri­té, leur foi et leur pure­té » (1 Tm 4, 12).

Qu’il en soit ain­si du cler­gé de France, pris dans son ensemble, ce Nous est tou­jours, Vénérables Frères, une grande conso­la­tion de l’apprendre, soit par les rela­tions qua­drien­nales que vous Nous envoyez sur l’état de vos dio­cèses, confor­mé­ment à la Constitution de Sixte-​Quint ; soit par les com­mu­ni­ca­tions orales que Nous rece­vons de vous, lorsque Nous avons la joie de Nous entre­te­nir avec vous et de rece­voir vos confi­dences : Oui, la digni­té de la vie, l’ardeur de la foi, l’esprit de dévoue­ment et de sacri­fice, l’élan et la géné­ro­si­té du zèle, la cha­ri­té inépui­sable envers le pro­chain, l’énergie dans toutes les nobles et fécondes entre­prises qui ont pour but la gloire de Dieu, le salut des âmes, le bon­heur de la patrie : telles sont les tra­di­tion­nelles et pré­cieuses qua­li­tés du cler­gé fran­çais, aux­quelles Nous sommes heu­reux de pou­voir rendre ici un public et pater­nel témoignage.

Toutefois, en rai­son même de la tendre et pro­fonde affec­tion que Nous lui por­tons, tout à la fois pour satis­faire au devoir de Notre minis­tère apos­to­lique, et pour répondre à Notre vif désir de le voir demeu­rer tou­jours à la hau­teur de sa grande mis­sion, Nous avons réso­lu, Vénérables Frères, de trai­ter dans la pré­sente Lettre quelques points que les cir­cons­tances actuelles recom­mandent de la façon la plus ins­tante à la conscien­cieuse atten­tion des pre­miers pas­teurs de l’Eglise de France et des prêtres qui tra­vaillent sous leur autorité.

C’est d’abord chose évi­dente que, plus un office est rele­vé, com­plexe, dif­fi­cile, plus longue et plus soi­gnée doit être la pré­pa­ra­tion de ceux qui sont appe­lés à le rem­plir. Or, existe-​t-​il sur la terre une digni­té plus haute que celle du sacer­doce et un minis­tère impo­sant une plus lourde res­pon­sa­bi­li­té, que celui qui a pour objet la sanc­ti­fi­ca­tion de tous les actes libres de l’homme ? N’est-ce pas du gou­ver­ne­ment des âmes que les Pères ont dit, avec rai­son, que c’est « l’art des arts », c’est-à-dire le plus impor­tant et le plus déli­cat de tous les labeurs aux­quels un homme puisse être appli­qué au pro­fit de ses sem­blables, ars artium regi­men ani­ma­rum ? [1] Rien donc ne devra être négli­gé pour pré­pa­rer à rem­plir digne­ment et fruc­tueu­se­ment une telle mis­sion, ceux qu’une voca­tion divine y appelle.

Avant toute chose, il convient de dis­cer­ner, par­mi les jeunes enfants, ceux en qui le Très Haut a dépo­sé le germe d’une sem­blable voca­tion. Nous savons que, dans un cer­tain nombre de dio­cèses de France, grâce à vos sages recom­man­da­tions, les prêtres des paroisses, sur­tout dans les cam­pagnes, s’appliquent, avec un zèle et une abné­ga­tion que Nous ne sau­rions trop louer, à com­men­cer eux-​mêmes les études élé­men­taires des enfants dans les­quels ils ont remar­qué des dis­po­si­tions sérieuses à la pié­té et des apti­tudes au tra­vail intel­lec­tuel. Les écoles pres­by­té­rales sont ain­si comme le pre­mier degré de cette échelle ascen­dante qui, d’abord par les Petits, puis par les Grands Séminaires, fera mon­ter jusqu’au sacer­doce les jeunes gens aux­quels le Sauveur a répé­té l’appel adres­sé à Pierre et à André, à Jean et à Jacques : « Laissez vos filets ; suivez-​moi ; je veux faire de vous des pêcheurs d’hommes » (Mt 4, 19).

Quant aux Petits Séminaires, cette très salu­taire ins­ti­tu­tion a été sou­vent et jus­te­ment com­pa­rée à ces pépi­nières ou sont mises à part les plantes qui réclament des soins plus spé­ciaux et plus assi­dus, moyen­nant les­quels, seuls, elles peuvent por­ter des fruits et dédom­ma­ger de leurs peines ceux qui s’appliquent à les culti­ver. Nous renou­ve­lons, à cet égard, la recom­man­da­tion que, dans son Encyclique du 8 décembre 1849, Notre pré­dé­ces­seur, Pie IX, adres­sait aux évêques. Elle se réfé­rait elle-​même à une des plus impor­tantes déci­sions des Pères du saint Concile de Trente. C’est la gloire de l’Eglise de France, dans le siècle pré­sent, d’en avoir tenu le plus grand compte, puisqu’il n’est pas un seul des 94 dio­cèses dont elle se com­pose qui ne soit doté d’un ou de plu­sieurs Petits Séminaires.

Nous savons, véné­rables Frères, de quelles sol­li­ci­tudes vous entou­rez ces ins­ti­tu­tions si jus­te­ment chères à votre zèle pas­to­ral, et Nous vous en féli­ci­tons. Les prêtres qui, sous votre haute direc­tion, tra­vaillent à la for­ma­tion de la jeu­nesse appe­lée à s’enrôler plus tard dans les rangs de la milice sacer­do­tale, ne sau­raient trop sou­vent médi­ter devant Dieu l’importance excep­tion­nelle de la mis­sion que vous leur confiez. Il ne s’agit pas pour eux, comme pour le com­mun des maîtres, d’enseigner sim­ple­ment à ces enfants les élé­ments des lettres et des sciences humaines. Ce n’est là que la moindre par­tie de leur tâche. Il faut que leur atten­tion, leur zèle, leur dévoue­ment soient sans cesse en éveil et en action, d’une part, pour étu­dier conti­nuel­le­ment sous le regard et dans la lumière de Dieu les âmes des enfants et les indices signi­fi­ca­tifs de leur voca­tion au ser­vice des autels ; de l’autre, pour aider l’inexpérience et la fai­blesse de leurs jeunes dis­ciples, à pro­té­ger la grâce si pré­cieuse de l’appel divin contre toutes les influences funestes, soit du dehors, soit du dedans. Ils ont donc à rem­plir un minis­tère humble, labo­rieux, déli­cat, qui exige une constante abné­ga­tion. Afin de sou­te­nir leur cou­rage dans l’accomplissement de leurs devoirs, ils auront soin de le retrem­per aux sources les plus pures de l’esprit. de foi. Ils ne per­dront jamais de vue qu’ils n’ont point à pré­pa­rer pour des fonc­tions ter­restres, si légi­times et hono­rables soient-​elles les enfants dont ils forment l’intelligence, le coeur, le carac­tère. L’Eglise les leur confie pour qu’ils deviennent capables un jour d’être des prêtres, c’est-à-dire des mis­sion­naires de l’Evangile, des conti­nua­teurs de l’oeuvre de Jésus-​Christ, des dis­tri­bu­teurs de sa grâce et de ses sacre­ments. Que cette consi­dé­ra­tion, toute sur­na­tu­relle, se mêle inces­sam­ment à leur double action de pro­fes­seurs et d’éducateurs, et soit comme ce levain qu’il faut mélan­ger au meilleur fro­ment, sui­vant la para­bole évan­gé­lique, pour les trans­for­mer en un pain savou­reux et sub­stan­tiel (cf. Mt 13, 33).

Si la pré­oc­cu­pa­tion constante d’une pre­mière et indis­pen­sable for­ma­tion à l’esprit et aux ver­tus du sacer­doce doit ins­pi­rer les maîtres de vos Petits Séminaires dans leurs rela­tions avec leurs élèves, c’est à cette même idée prin­ci­pale et direc­trice que se rap­por­te­ront le plan des études et toute l’économie de la dis­ci­pline. Nous n’ignorons pas, Vénérables Frères, que dans une cer­taine mesure, vous êtes obli­gés de comp­ter avec les pro­grammes de l’Etat et les condi­tions mises par lui à l’obtention des grades uni­ver­si­taires, puisque, dans un cer­tain nombre de cas, ces grades sont exi­gés des prêtres employés soit à la direc­tion des col­lèges libres pla­cés sous la tutelle des évêques et des Congrégations reli­gieuses, soit à l’enseignement supé­rieur dans les Facultés catho­liques que vous avez si loua­ble­ment fon­dées. Il est, d’ailleurs, d’un inté­rêt sou­ve­rain, pour main­te­nir l’influence du cler­gé sur la socié­té, qu’il compte dans ses rangs un assez grand nombre de prêtres ne le cédant en rien pour la science, dont les grades sont la consta­ta­tion offi­cielle, aux maîtres que l’Etat forme pour ses lycées et ses Universités.

Toutefois, et après avoir fait à cette exi­gence des pro­grammes la part qu’imposent les cir­cons­tances, il faut que les études des aspi­rants au sacer­doce demeurent fidèles aux méthodes tra­di­tion­nelles des siècles pas­sés. Ce sont elles qui ont for­mé les hommes émi­nents dont l’Eglise de France est fière à si juste titre, les Pétau, les Thomassin, les Mabillon et tant d’autres, sans par­ler de votre Bossuet, appe­lé l’aigle de Meaux, parce que, soit par l’élévation des pen­sées, soit par la noblesse du lan­gage, son génie plane dans les plus sublimes régions de la science et de l’éloquence chré­tienne. Or, c’est l’étude des belles-​lettres qui a puis­sam­ment aidé ces hommes à deve­nir de très vaillants et utiles ouvriers au ser­vice de l’Eglise, et les a ren­dus capables de com­po­ser des ouvrages vrai­ment dignes de pas­ser à la pos­té­ri­té et qui contri­buent encore de nos jours à la défense et à la dif­fu­sion de la véri­té révé­lée. En effet, c’est le propre des belles-​lettres, quand elles sont ensei­gnées par des maîtres chré­tiens et habiles, de déve­lop­per rapi­de­ment dans l’âme des jeunes gens tous les germes de vie intel­lec­tuelle et morale, en même temps qu’elles contri­buent à don­ner au juge­ment de la rec­ti­tude et de l’ampleur, et au lan­gage, de l’élégance et de la distinction.

Cette consi­dé­ra­tion acquiert une impor­tance spé­ciale quand il s’agit des lit­té­ra­tures grecque et latine, dépo­si­taires des chefs‑d’oeuvre de science sacrée que l’Eglise compte à bon droit par­mi ses plus pré­cieux tré­sors. Il y a un demi-​siècle, pen­dant cette période trop courte de véri­table liber­té, durant laquelle les évêques de France pou­vaient se réunir et concer­ter les mesures qu’ils esti­maient les plus propres à favo­ri­ser les pro­grès de la reli­gion et, du même coup, les plus pro­fi­tables à la paix publique, plu­sieurs de vos Conciles pro­vin­ciaux, Vénérables Frères, recom­man­dèrent de la façon la plus expresse la culture de la langue et de la lit­té­ra­ture latines. Vos col­lègues d’alors déplo­raient déjà que, dans votre pays, la connais­sance du latin ten­dît à décroître [2].

Si, depuis plu­sieurs années, les méthodes péda­go­giques en vigueur dans les éta­blis­se­ments de l’Etat réduisent pro­gres­si­ve­ment l’étude de la langue latine, et sup­priment des exer­cices de prose et de poé­sie que nos devan­ciers esti­maient à bon droit devoir tenir une grande place dans les classes des col­lèges, les Petits Séminaires se met­tront en garde contre ces inno­va­tions ins­pi­rées par des pré­oc­cu­pa­tions uti­li­taires, et qui tournent au détri­ment de la solide for­ma­tion de l’esprit. A ces anciennes méthodes, tant de fois jus­ti­fiées par leurs résul­tats, Nous appli­que­rions volon­tiers le mot de saint Paul à son dis­ciple Timothée, et, avec l’Apôtre, Nous vous dirions, Vénérables Frères : « Gardez-​en le dépôt » (1 Tm 6, 20) avec un soin jaloux. Si un jour, ce qu’à Dieu ne plaise, elles devaient dis­pa­raître com­plè­te­ment des autres écoles publiques, que vos Petits Séminaires et col­lèges libres les gardent avec une intel­li­gente et patrio­tique sol­li­ci­tude. Vous imi­te­rez ain­si les prêtres de Jérusalem qui, vou­lant sous­traire à de bar­bares enva­his­seurs le feu sacré du Temple, le cachèrent de manière à pou­voir le retrou­ver et à lui rendre toute sa splen­deur, quand les mau­vais jours seraient pas­sés (cf. 2 M 1, 19. 22).

Une fois en pos­ses­sion de la langue latine, qui est comme la clef de la science sacrée, et les facul­tés de l’esprit suf­fi­sam­ment déve­lop­pées par l’étude des belles-​lettres, les jeunes gens qui se des­tinent au sacer­doce passent du Petit au Grand Séminaire. Ils s’y pré­pa­re­ront, par la pié­té et l’exercice des ver­tus clé­ri­cales, à la récep­tion des saints Ordres, en même temps qu’ils s’y livre­ront à l’étude de la phi­lo­so­phie et de la théologie.

Nous le disions dans Notre Encyclique Æterni Patris, dont Nous recom­man­dons de nou­veau la lec­ture atten­tive à vos sémi­na­ristes et à leurs maîtres, et Nous le disions en Nous appuyant sur l’autorité de saint Paul c’est par les vaines sub­ti­li­tés de la mau­vaise phi­lo­so­phie, per phi­lo­so­phiam et inanem fal­la­ciam (Col 2, 8), que l’esprit des fidèles se laisse le plus sou­vent trom­per, et que la pure­té de la foi se cor­rompt par­mi les hommes. Nous ajou­tions, et les évé­ne­ments accom­plis depuis vingt ans ont bien tris­te­ment confir­mé les réflexions et les appré­hen­sions que Nous expri­mions alors : « Si l’on fait atten­tion aux condi­tions cri­tiques du temps où nous vivons, si l’on embrasse par la pen­sée l’état des affaires tant publiques que pri­vées, on décou­vri­ra sans peine que la cause des maux qui nous oppriment, comme de ceux qui nous menacent, consiste en ceci : que des opi­nions erro­nées sur toutes choses, divines et humaines, des écoles des phi­lo­sophes se sont peu à peu glis­sées dans tous les rangs de la socié­té et sont arri­vées à se faire accep­ter d’un grand nombre d’esprits » [3].

Nous réprou­vons de nou­veau ces doc­trines qui n’ont de la vraie phi­lo­so­phie que le nom, et qui, ébran­lant la base même du savoir humain, conduisent logi­que­ment au scep­ti­cisme uni­ver­sel et à l’irréligion. Ce nous est une pro­fonde dou­leur d’apprendre que, depuis quelques années, des catho­liques ont cru pou­voir se mettre à la remorque d’une phi­lo­so­phie qui, sous le spé­cieux pré­texte d’affranchir la rai­son humaine de toute idée pré­con­çue et de toute illu­sion, lui dénie le droit de rien affir­mer au delà de ses propres opé­ra­tions, sacri­fiant ain­si à un sub­jec­ti­visme radi­cal toutes les cer­ti­tudes que la méta­phy­sique tra­di­tion­nelle, consa­crée par l’autorité des plus vigou­reux esprits, don­nait comme néces­saires et inébran­lables fon­de­ments à la démons­tra­tion de l’existence de Dieu, de la spi­ri­tua­li­té et de l’immortalité de l’âme, et de la réa­li­té objec­tive du monde exté­rieur. Il est pro­fon­dé­ment regret­table que ce scep­ti­cisme doc­tri­nal, d’importation étran­gère et d’origine pro­tes­tante, ait pu être accueilli avec tant de faveur dans un pays jus­te­ment célèbre par son amour pour la clar­té des idées et pour celle du lan­gage. Nous savons, Vénérables Frères, à quel point vous par­ta­gez là-​dessus Nos justes pré­oc­cu­pa­tions et Nous comp­tons que vous redou­ble­rez de sol­li­ci­tude et de vigi­lance pour écar­ter de l’enseignement de vos Séminaires cette fal­la­cieuse et dan­ge­reuse phi­lo­so­phie, met­tant plus que jamais en hon­neur les méthodes que Nous recom­man­dions dans Notre Encyclique pré­ci­tée du 4 août 1879.

Moins que jamais, à notre époque, les élèves de vos Petits et de vos Grands Séminaires ne sau­raient demeu­rer étran­gers à l’étude des sciences phy­siques et natu­relles. II convient donc qu’ils y soient appli­qués, mais avec mesure et dans de sages pro­por­tions. II n’est donc nul­le­ment néces­saire que, dans les cours de sciences, annexes à l’étude de la phi­lo­so­phie, les pro­fes­seurs se croient obli­gés d’exposer en détail les appli­ca­tions presque innom­brables des sciences phy­siques et natu­relles aux diverses branches de l’industrie humaine. Il suf­fit que leurs élèves en connaissent avec pré­ci­sion les grands prin­cipes et les conclu­sions som­maires, afin d’être en état de résoudre les objec­tions que les incré­dules tirent de ces sciences contre les ensei­gne­ments de la révélation.

Par-​dessus tout, il importe que, durant deux ans au moins, les élèves de vos Grands Séminaires étu­dient avec un soin assi­du la phi­lo­so­phie ration­nelle, laquelle, disait un savant Bénédictin, l’honneur de son Ordre et de la France, D. Mabillon, leur sera d’un si grand secours, non seule­ment pour leur apprendre à bien rai­son­ner et à por­ter de justes juge­ments, mais pour les mettre à même de défendre la foi ortho­doxe contre les argu­ments cap­tieux et sou­vent sophis­tiques des adver­saires [4].

Viennent ensuite les sciences sacrées pro­pre­ment dites, à savoir la Théologie dog­ma­tique et la Théologie morale, l’Ecriture Sainte, l’Histoire ecclé­sias­tique et le Droit Canon. Ce sont là les sciences propres au prêtre. Il en reçoit une pre­mière ini­tia­tion pen­dant son séjour au Grand Séminaire ; il devra en pour­suivre l’étude tout le reste de sa vie.

La théo­lo­gie, c’est la science des choses de la foi. Elle s’alimente, nous dit le pape Sixte-​Quint, à ces sources tou­jours jaillis­santes qui sont les Saintes Ecritures, les déci­sions des Papes, les décrets des Conciles[5].

Appelée posi­tive et spé­cu­la­tive, ou sco­las­tique, sui­vant la méthode qu’on emploie pour l’étudier, la théo­lo­gie ne se borne bas à pro­po­ser les véri­tés à croire ; elle en scrute le fond intime, elle en montre les rap­ports avec la rai­son humaine, et, à l’aide des res­sources que lui four­nit la vraie phi­lo­so­phie, elle les explique, les déve­loppe, et les adapte exac­te­ment à tous les besoins de la défense et de la pro­pa­ga­tion de la foi. A l’instar de Béléséel, à qui le Seigneur avait don­né son esprit de sagesse, d’intelligence et de science, en lui confiant la mis­sion de bâtir son temple, le théo­lo­gien « taille les pierres pré­cieuses des divins dogmes, les assor­tit avec art, et, par l’encadrement dans lequel il les place, en fait res­sor­tir l’éclat, le charme et la beau­té » [6].

C’est donc avec rai­son que le même Sixte-​Quint appelle cette théo­lo­gie (et il parle spé­cia­le­ment ici de la théo­lo­gie sco­las­tique) un don du ciel et demande qu’elle soit main­te­nue dans les écoles et culti­vée avec une grande ardeur, comme étant ce qu’il y a de plus fruc­tueux pour l’Eglise [7].

Est-​il besoin d’ajouter que le livre par excel­lence ou les élèves pour­ront étu­dier avec plus de pro­fit la théo­lo­gie sco­las­tique est la Somme Théologique de saint Thomas d’Aquin ? Nous vou­lons donc que les pro­fes­seurs aient soin d’en expli­quer à tous leurs élèves la méthode, ain­si que les prin­ci­paux articles rela­tifs à la foi catholique.

Nous recom­man­dons éga­le­ment que tous les sémi­na­ristes aient entre les mains et relisent sou­vent le livre d’or, connu sous le nom de Catéchisme du saint Concile de Trente ou Catéchisme romain, dédié à tous les prêtres inves­tis de la charge pas­to­rale (Catechismus ad paro­chos). Remarquable à la fois par la richesse et l’exactitude de la doc­trine et par l’élégance du style, ce caté­chisme est un pré­cieux abré­gé de toute la théo­lo­gie dog­ma­tique et morale. Qui le pos­sé­de­rait à fond aurait tou­jours à sa dis­po­si­tion les res­sources à l’aide des­quelles un prêtre peut prê­cher avec fruit, s’acquitter digne­ment de l’important minis­tère de la confes­sion et de la direc­tion des âmes, et être en état de réfu­ter vic­to­rieu­se­ment les objec­tions des incrédules.

Au sujet de l’étude des Saintes Ecritures, Nous appe­lons de nou­veau votre atten­tion, Vénérables Frères, sur les ensei­gne­ments que Nous avons don­nés dans Notre Encyclique Providentissimus Deus [8], dont nous dési­rons que les pro­fes­seurs donnent connais­sance à leurs dis­ciples, en y ajou­tant les expli­ca­tions néces­saires. Ils les met­tront spé­cia­le­ment en garde contre des ten­dances inquié­tantes qui cherchent à s’introduire dans l’interprétation de la Bible, et qui, si elles venaient à pré­va­loir, ne tar­de­raient pas à en rui­ner l’inspiration et le carac­tère sur­na­tu­rels. Sous le spé­cieux pré­texte d’enlever aux adver­saires de la parole révé­lée l’usage d’arguments qui sem­blaient irré­fu­tables contre l’authenticité et la véra­ci­té des Livres Saints, des écri­vains catho­liques ont cru très habile de prendre ces argu­ments à leur compte. En ver­tu de cette étrange et périlleuse tac­tique, ils ont tra­vaillé, de leurs propres mains, à faire des brèches dans les murailles de la cité qu’ils avaient mis­sion de défendre. Dans Notre Encyclique pré­ci­tée, ain­si que dans un autre docu­ment [9]), Nous avons fait jus­tice de ces dan­ge­reuses témé­ri­tés. Tout en encou­ra­geant nos exé­gètes à se tenir au cou­rant des pro­grès de la cri­tique, Nous avons fer­me­ment main­te­nu les prin­cipes sanc­tion­nés en cette matière par l’autorité tra­di­tion­nelle des Pères et des Conciles, et renou­ve­lés de nos jours par le Concile du Vatican.

L’historien de l’Eglise sera d’autant plus fort pour faire res­sor­tir son ori­gine divine, supé­rieure à tout concept d’ordre pure­ment ter­restre et natu­rel, qu’il aura été plus loyal à ne rien dis­si­mu­ler des épreuves que les fautes de ses enfants, et par­fois même de ses ministres, ont fait subir à cette Epouse du Christ dans le cours des siècles. Etudiée de cette façon, l’histoire de l’Eglise, à elle toute seule, consti­tue une magni­fique et concluante démons­tra­tion de la véri­té et de la divi­ni­té du christianisme.

L’histoire de l’Eglise est comme un miroir où res­plen­dit la vie de l’Eglise à tra­vers les siècles. Bien plus encore que l’histoire civile et pro­fane, elle démontre la sou­ve­raine liber­té de Dieu et son action pro­vi­den­tielle sur la marche des évé­ne­ments. Ceux qui l’étudient ne doivent jamais perdre de vue qu’elle ren­ferme un ensemble de faits dog­ma­tiques, qui s’imposent à la foi et qu’il n’est per­mis à per­sonne de révo­quer en doute. Cette idée direc­trice et sur­na­tu­relle qui pré­side aux des­ti­nées de l’Eglise est en même temps le flam­beau dont la lumière éclaire son his­toire. Toutefois, et parce que l’Eglise, qui conti­nue par­mi les hommes la vie du Verbe incar­né, se com­pose d’un élé­ment divin et d’un élé­ment humain, ce der­nier doit être expo­sé par les élèves avec une grande pro­bi­té. Comme il est dit au livre de Job : « Dieu n’a pas besoin de nos men­songes » (Jb 13, 77) [10].

Enfin, pour ache­ver le cycle des études par les­quelles les can­di­dats au sacer­doce doivent se pré­pa­rer à leur futur minis­tère, il faut men­tion­ner le droit cano­nique, ou science des lois et de la juris­pru­dence de l’Eglise. Cette science se rat­tache par des liens très intimes et très logiques à celle de la théo­lo­gie, dont elle montre les appli­ca­tions pra­tiques à tout ce qui concerne le gou­ver­ne­ment de l’Eglise, la dis­pen­sa­tion des choses saintes, les droits et les devoirs de ses ministres, l’usage des biens tem­po­rels, dont elle a besoin pour l’accomplissement de sa mis­sion. « Sans la connais­sance du droit cano­nique (disaient fort bien les Pères d’un de vos Conciles pro­vin­ciaux), la théo­lo­gie est impar­faite, incom­plète, sem­blable à un homme qui serait pri­vé d’un bras. C’est l’ignorance du droit canon qui a favo­ri­sé la nais­sance et la dif­fu­sion de nom­breuses erreurs sur les droits des Pontifes Romains, sur ceux des évêques et sur la puis­sance que l’Eglise tient de sa propre consti­tu­tion, dont elle pro­por­tionne l’exercice aux cir­cons­tances » [11].

Nous résu­me­rons tout ce que Nous venons de dire sur vos Petits et vos Grands Séminaires par cette parole de saint Paul, que Nous recom­man­dons à la fré­quente médi­ta­tion des maîtres et des élèves de vos athé­nées ecclé­sias­tiques : « O Timothée, gar­dez avec soin le dépôt qui vous a été confié. Fuyez les pro­fanes nou­veau­tés de paroles et les objec­tions qui se couvrent du faux nom de science ; car tout ceux qui en ont fait pro­fes­sion ont erré au sujet de la foi » (1 Tm 6, 20–21) [12].

C’est à vous main­te­nant, très chers Fils, qui, ordon­nés prêtres, êtes deve­nus les coopé­ra­teurs de vos évêques, c’est à vous que Nous vou­lons adres­ser la parole. Nous connais­sons, et le monde entier connaît comme Nous, les qua­li­tés qui vous dis­tinguent. Pas une bonne oeuvre dont vous ne soyez ou les ins­pi­ra­teurs ou les apôtres. Dociles aux conseils que Nous avons don­nés dans Notre Encyclique Rerum Novarum, vous allez au peuple, aux ouvriers, aux pauvres. Vous cher­chez par tous les moyens à leur venir en aide, à les mora­li­ser et à rendre leur sort moins dur. Dans ce but, vous pro­vo­quez des réunions et des Congrès ; vous fon­dez des patro­nages, des cercles, des caisses rurales, des bureaux d’assistance et de pla­ce­ment pour les tra­vailleurs. Vous vous ingé­niez à intro­duire des réformes dans l’ordre éco­no­mique et social, et, pour un si dif­fi­cile labeur, vous n’hésitez pas à faire de notables sacri­fices de temps et d’argent. C’est encore pour cela que vous écri­vez des livres ou des articles dans les jour­naux et les revues pério­diques. Toutes ces choses, en elles-​mêmes, sont très louables, et vous y don­nez des preuves non équi­voques de bon vou­loir, d’intelligent et géné­reux dévoue­ment aux besoins les plus pres­sants de la socié­té contem­po­raine et des âmes.

Toutefois, très chers Fils, Nous croyons devoir appe­ler pater­nel­le­ment votre atten­tion sur quelques prin­cipes fon­da­men­taux, aux­quels vous ne man­que­rez pas de vous confor­mer, si vous vou­lez que votre action soit réel­le­ment fruc­tueuse et féconde.

Souvenez-​vous avant toute chose que, pour être pro­fi­table au bien et digne d’être loué, le zèle doit être « accom­pa­gné de dis­cré­tion, de rec­ti­tude et de pure­té. » Ainsi s’exprime le grave et judi­cieux Thomas a Kempis [13]. Avant lui, saint Bernard, la gloire de votre pays au XIIe siècle, cet apôtre infa­ti­gable de toutes les grandes causes qui tou­chaient à l’honneur de Dieu, aux droits de l’Eglise, au bien des âmes, n’avait pas craint de dire que, « sépa­ré de la science et de l’esprit de dis­cer­ne­ment ou de dis­cré­tion, le zèle est insup­por­table … que plus le zèle est ardent, plus il est néces­saire qu’il soit accom­pa­gné de cette dis­cré­tion qui met l’ordre dans l’exercice de la cha­ri­té, et sans laquelle la ver­tu elle-​même peut deve­nir un défaut et un prin­cipe de désordre » [14].

Mais la dis­cré­tion dans les oeuvres et dans le choix des moyens pour les faire réus­sir est d’autant plus indis­pen­sable que les temps pré­sents sont plus trou­blés et héris­sés de dif­fi­cul­tés plus nom­breuses. Tel acte, telle mesure, telle pra­tique de zèle pour­ront être excel­lents en eux-​mêmes, les­quels, vu les cir­cons­tances, ne pro­dui­ront que des résul­tats fâcheux. Les prêtres évi­te­ront cet incon­vé­nient et ce mal­heur si, avant d’agir et dans l’action, ils ont soin de se confor­mer à l’ordre éta­bli et aux règles de la dis­ci­pline. Or, la dis­ci­pline ecclé­sias­tique exige l’union entre les divers membres de la hié­rar­chie, le res­pect et l’obéissance des infé­rieurs à l’égard des supé­rieurs. Nous le disions naguère dans Nos lettres à l’archevêque de Tours : « L’édifice de l’Eglise, dont Dieu lui-​même est l’architecte, repose sur un très visible fon­de­ment, d’abord sur l’autorité de Pierre et de ses suc­ces­seurs, mais aus­si sur les apôtres, et les suc­ces­seurs des apôtres, qui sont les évêques ; de telle sorte qu’écouter leur voix ou la mépri­ser équi­vaut à écou­ter ou à mépri­ser Jésus-​Christ lui-​même » [15].

Ecoutez donc les paroles adres­sées par le grand mar­tyr d’Antioche, saint Ignace, au cler­gé de l’Eglise pri­mi­tive : « Que tous obéissent à leur Evêque comme Jésus-​Christ a obéi à son Père. Ne faites en dehors de votre évêque rien de ce qui touche au ser­vice de l’Eglise, et de même que Notre-​Seigneur n’a rien fait que dans une étroite union avec son Père, vous, prêtres, ne faites rien sans votre évêque. Que tous les membres du corps pres­by­té­ral lui soient unis, de même que sont unies à la harpe toutes les cordes de l’instrument » [16].

Si, au contraire, vous agis­siez, comme prêtres, en dehors de cette sou­mis­sion et de cette union à vos évêques, Nous vous répé­te­rions ce que disait Notre pré­dé­ces­seur Grégoire XVI, à savoir que, « autant qu’il dépend de votre pou­voir, vous détrui­sez de fond en comble l’ordre éta­bli avec une si sage pré­voyance par Dieu, auteur de l’Eglise » [17].

Souvenez-​vous encore, Nos chers Fils, que l’Eglise est avec rai­son com­pa­rée à une armée ran­gée en bataille, sicut cas­tro­rum acies ordi­na­ta (Ct 6, 3), parce qu’elle a pour mis­sion de com­battre les enne­mis visibles et invi­sibles de Dieu et des âmes. Voilà pour­quoi saint Paul recom­man­dait à Timothée de se com­por­ter « comme un bon sol­dat du Christ Jésus » (2 Tm 2, 3). Or, ce qui fait la force d’une armée et contri­bue le plus à la vic­toire, c’est la dis­ci­pline, c’est l’obéissance exacte et rigou­reuse de tous, à ceux qui ont la charge de commander.

C’est bien ici que le zèle intem­pes­tif et sans dis­cré­tion peut aisé­ment deve­nir la cause de véri­tables désastres. Rappelez-​vous un des faits les plus mémo­rables de l’Histoire Sainte. Assurément, ils ne man­quaient ni de cou­rage, ni de bon vou­loir, ni de dévoue­ment à la cause sacrée de la reli­gion, ces prêtres qui s’étaient grou­pés autour de Judas Machabée pour com­battre avec lui les enne­mis du vrai Dieu, les pro­fa­na­teurs du temple, les oppres­seurs de leur nation. Toutefois, ayant vou­lu s’affranchir des règles de la dis­ci­pline, ils s’engagèrent témé­rai­re­ment dans un com­bat où ils furent vain­cus. L’Esprit-Saint nous dit d’eux « qu’ils n’étaient pas de la race de ceux qui pou­vaient sau­ver Israël. » – Pourquoi ? parce qu’ils avaient vou­lu n’obéir qu’à leurs propres ins­pi­ra­tions et s’étaient jetés en avant sans attendre les ordres de leurs chefs. In die illa ceci­de­runt sacer­dotes in bel­lo dum volunt for­ti­ter facere, dum sine consi­lio exeunt in proe­lium. Ipsi autem non erant de semine viro­rum illo­rum, per quos salus fac­ta est in Israel (1 M 5, 67. 62).

A cet égard, nos enne­mis peuvent nous ser­vir d’exemple. Ils savent très bien que l’union fait la force, vis uni­ta for­tior ; aus­si, ne manquent-​ils pas de s’unir étroi­te­ment, dès qu’il s’agit de com­battre la sainte Eglise de Jésus-Christ.

Si donc, Nos chers Fils, comme tel est cer­tai­ne­ment votre cas, vous dési­rez que, dans la lutte for­mi­dable enga­gée contre l’Eglise par les sectes anti­chré­tiennes et par la cité du démon, la vic­toire reste à Dieu et à son Eglise, il est d’une abso­lue néces­si­té que vous com­bat­tiez tous ensemble, en grand ordre et en exacte dis­ci­pline, sous le com­man­de­ment de vos chefs hié­rar­chiques. N’écoutez pas ces hommes néfastes qui, tout en se disant chré­tiens et catho­liques, jettent la ziza­nie dans le champ du Seigneur et sèment la divi­sion dans son Eglise en atta­quant, et sou­vent même, en calom­niant les évêques, « éta­blis par l’Esprit-Saint pour régir l’Eglise de Dieu » (Ac 20, 28). Ne lisez ni leurs bro­chures, ni leurs jour­naux. Un bon prêtre ne doit auto­ri­ser en aucune manière ni leurs idées, ni la licence de leur lan­gage. Pourrait-​il jamais oublier que, le jour de son ordi­na­tion, il a solen­nel­le­ment pro­mis à son évêque, en face des saints autels, obe­dien­tiam et reverentiam ?

Par-​dessus tout, Nos chers Fils, rappelez-​vous que la condi­tion indis­pen­sable du vrai zèle sacer­do­tal et le meilleur gage de suc­cès dans les oeuvres aux­quelles l’obéissance hié­rar­chique vous consacre, c’est la pure­té et la sain­te­té de la vie. « Jésus a com­men­cé par faire avant d’enseigner » (Ac 1, 1). Comme lui, c’est par la pré­di­ca­tion de l’exemple que le prêtre doit pré­lu­der à la pré­di­ca­tion de la parole. « Séparés du siècle et de ses affaires (disent les Pères du saint Concile de Trente), les clercs ont été pla­cés à une hau­teur qui les met en évi­dence, et les fidèles regardent dans leur vie comme dans un miroir pour savoir ce qu’ils doivent imi­ter. C’est pour­quoi les clercs, et tous ceux que Dieu a spé­cia­le­ment appe­lés à son ser­vice, doivent si bien régler leurs actions et leurs mœurs que dans leur manière d’être, leurs mou­ve­ments, leurs démarches, leurs paroles et tous les autres détails de leur vie, il n’y ait rien qui ne soit grave, modeste, pro­fon­dé­ment empreint de reli­gion. Ils évi­te­ront les fautes qui, légères chez les autres, seraient très graves pour eux, afin qu’il n’y ait pas un seul de leurs actes qui n’inspire à tous le res­pect » [18].

A ces recom­man­da­tions du saint Concile, que Nous vou­drions, Nos chers Fils, gra­ver dans tous vos coeurs, man­que­raient assu­ré­ment les prêtres qui adop­te­raient dans leurs pré­di­ca­tions un lan­gage peu en har­mo­nie avec la digni­té de leur sacer­doce et la sain­te­té de la parole de Dieu ; qui assis­te­raient à des réunions popu­laires où leur pré­sence ne ser­vi­rait qu’à exci­ter les pas­sions des impies et des enne­mis de l’Eglise, et les expo­se­rait eux-​mêmes aux plus gros­sières injures, sans pro­fit pour per­sonne et au grand éton­ne­ment, sinon au scan­dale, des pieux fidèles ; qui pren­draient les manières d’être et d’agir, et l’esprit des sécu­liers. Assurément, le sel a besoin d’être mélan­gé à la masse qu’il doit pré­ser­ver de la cor­rup­tion, en même temps que lui-​même se défend contre elle, sous peine de perdre toute saveur et de n’être plus bon à rien qu’à être jeté dehors et fou­lé aux pieds (Mt 5, 13).

De même le prêtre, sel de la terre, dans son contact obli­gé avec la socié­té qui l’entoure, doit-​il conser­ver la modes­tie, la gra­vi­té, la sain­te­té dans son main­tien, ses actes, ses paroles, et ne pas se lais­ser enva­hir par la légè­re­té, la dis­si­pa­tion, la vani­té des gens du monde. Il faut, au contraire, qu’au milieu des hommes il conserve son âme si unie à Dieu, qu’il n’y perde rien de l’esprit de son saint état et ne soit pas contraint de faire devant Dieu et devant sa conscience ce triste et humi­liant aveu : « Toutes les fois que j’ai été par­mi les laïques, j’en suis reve­nu moins prêtre. »

Ne serait-​ce pas pour avoir, par un zèle pré­somp­tueux, mis de côté ces règles tra­di­tion­nelles de la dis­cré­tion, de la modes­tie, de la pru­dence sacer­do­tales, que cer­tains prêtres traitent de sur­an­nés, d’incompatibles avec les besoins du minis­tère dans le temps ou nous vivons, les prin­cipes de dis­ci­pline et de conduite qu’ils ont reçus de leurs maîtres du grand Séminaire ? On les voit aller, comme d’instinct, au-​devant des inno­va­tions les plus périlleuses de lan­gage, d’allures, de rela­tions. Plusieurs, hélas ! enga­gés témé­rai­re­ment sur des pentes glis­santes, où, par eux-​mêmes, ils n’avaient pas la force de se rete­nir, mépri­sant les aver­tis­se­ments cha­ri­tables de leurs supé­rieurs ou de leurs confrères plus anciens ou plus expé­ri­men­tés, ont abou­ti à des apos­ta­sies qui ont réjoui les adver­saires de l’Eglise et fait ver­ser des larmes bien amères à leurs évêques, à leurs frères dans le sacer­doce et aux pieux fidèles. Saint Augustin nous le dit : « Plus on marche avec force et rapi­di­té quand on est en dehors du bon che­min, et plus on s’égare » [19].

Assurément, il y a des nou­veau­tés avan­ta­geuses, propres à faire avan­cer le royaume de Dieu dans les âmes et dans la socié­té. Mais, nous dit le saint Evangile (Mt 13, 52), c’est au Père de famille, et non aux enfants et aux ser­vi­teurs, qu’il appar­tient de les exa­mi­ner, et, s’il le juge à pro­pos, de leur don­ner droit de cité, à côté des usages anciens et véné­rables qui com­posent l’autre par­tie de son trésor.

Lorsque, naguère, Nous rem­plis­sions le devoir apos­to­lique de mettre les catho­liques de l’Amérique du Nord en garde contre des inno­va­tions ten­dant, entre autres choses, à sub­sti­tuer aux prin­cipes de per­fec­tion consa­crés par l’enseignement des doc­teurs et par la pra­tique des saints, des maximes ou des règles de vie morale plus ou moins impré­gnées de ce natu­ra­lisme qui, de nos jours, tend à péné­trer par­tout, Nous avons hau­te­ment pro­cla­mé que, loin de répu­dier et de reje­ter en bloc les pro­grès accom­plis dans les temps pré­sents, Nous vou­lions accueillir très volon­tiers tout ce qui peut aug­men­ter le patri­moine de la science ou géné­ra­li­ser davan­tage les condi­tions de la pros­pé­ri­té publique. Mais Nous avions soin d’ajouter que ces pro­grès ne pou­vaient ser­vir effi­ca­ce­ment la cause du bien, si l’on met­tait de côté la sage auto­ri­té de l’Eglise [20].

En ter­mi­nant ces lettres, il Nous plaît d’appliquer au cler­gé de France, ce que Nous écri­vions jadis aux prêtres de Notre dio­cèse de Pérouse. Nous repro­dui­sons ici une par­tie de la Lettre pas­to­rale que Nous leur adres­sions le 19 juillet 1866.

Nous deman­dons aux ecclé­sias­tiques de notre dio­cèse de réflé­chir sérieu­se­ment sur leurs sublimes obli­ga­tions, sur les cir­cons­tances dif­fi­ciles que nous tra­ver­sons, et de faire en sorte que leur conduite soit en har­mo­nie avec leurs devoirs et tou­jours conforme aux règles d’un zèle éclai­ré et pru­dent. Ainsi ceux-​là même qui sont nos enne­mis cher­che­ront en vain des motifs de reproche et de blâme : qui ex adver­so est, verea­tur nihil habens malum dicere de nobis (Tt 2, 8).

Bien que les dif­fi­cul­tés et les périls se mul­ti­plient de jour en jour, le prêtre pieux et fervent ne doit pas pour cela se décou­ra­ger, il ne doit pas aban­don­ner ses devoirs, ni même s’arrêter dans l’accomplissement de la mis­sion spi­ri­tuelle qu’il a reçue pour le bien, pour le salut de l’humanité, et pour le main­tien de cette auguste reli­gion dont il est le héraut et le ministre. Car c’est sur­tout dans les dif­fi­cul­tés, dans les épreuves, que sa ver­tu s’affirme et se for­ti­fie : c’est dans les plus grands mal­heurs, au milieu des trans­for­ma­tions poli­tiques et des bou­le­ver­se­ments sociaux, que l’action bien­fai­sante et civi­li­sa­trice de son minis­tère se mani­feste avec plus d’éclat.

… Pour en venir à la pra­tique, nous trou­vons un ensei­gne­ment par­fai­te­ment adap­té aux cir­cons­tances dans les quatre maximes que le grand apôtre saint Paul don­nait à son dis­ciple Tite. En toutes choses, don­nez le bon exemple par vos œuvres, par votre doc­trine, par l’intégrité de votre vie, par la gra­vi­té de votre conduite, en ne fai­sant usage que de paroles saintes et irré­pré­hen­sibles (In omni­bus teip­sum praebe exem­plum bono­rum ope­rum, in doc­tri­na, in inte­gri­tate, in gra­vi­tate, ver­bum sanum, irre­pre­hen­si­bile – Tt 2, 7–8). Nous vou­drions que cha­cun des membres de notre cler­gé médi­tât ces maximes et y confor­mât sa conduite.

In omni­bus teip­sum praebe exem­plum bono­rum ope­rum. En toutes choses don­nez l’exemple des bonnes œuvres, c’est-à-dire d’une vie exem­plaire et active, ani­mée d’un véri­table esprit de cha­ri­té et gui­dée par les maximes de la pru­dence évan­gé­lique ; d’une vie de sacri­fice et de tra­vail, consa­crée à faire du bien au pro­chain, non pas dans des vues ter­restres et pour une récom­pense péris­sable, mais dans un but sur­na­tu­rel. Donnez l’exemple de ce lan­gage à la fois simple, noble et éle­vé, de cette parole saine et irré­pré­hen­sible, qui confond toute oppo­si­tion humaine, apaise l’antique haine que nous a vouée le monde, et nous conci­lie le res­pect, l’estime même des enne­mis de la reli­gion. Quiconque s’est voué au ser­vice du sanc­tuaire a été obli­gé en tout temps de se mon­trer un vivant modèle, un exem­plaire par­fait de toutes les ver­tus ; mais cette obli­ga­tion est beau­coup plus grande lorsque, par suite des bou­le­ver­se­ments sociaux, on marche sur un ter­rain dif­fi­cile et incer­tain, où l’on peut trou­ver à chaque pas des embûches et des pré­textes d’attaque…

In doc­tri­na. En pré­sence des efforts com­bi­nés de l’incrédulité et de l’hérésie pour consom­mer la ruine de la foi catho­lique, ce serait un vrai crime pour le cler­gé de res­ter hési­tant et inac­tif. Au milieu d’un si grand débor­de­ment d’erreurs, d’un tel conflit d’opinions, il ne peut faillir à sa mis­sion qui est de défendre le dogme atta­qué, la morale tra­ves­tie et la jus­tice si sou­vent mécon­nue. C’est à lui qu’il appar­tient de s’opposer comme une bar­rière à l’erreur enva­his­sante et à l’hérésie qui se dis­si­mule ; à lui de sur­veiller les agis­se­ments des fau­teurs d’impiété qui s’attaquent à la foi et à l’honneur de cette contrée catho­lique ; à lui de démas­quer leurs ruses et de signa­ler leurs embûches ; à lui de pré­mu­nir les simples, de for­ti­fier les timides, d’ouvrir les yeux aux aveugles. Une éru­di­tion super­fi­cielle, une science vul­gaire ne suf­fisent point pour cela : il faut des études solides, appro­fon­dies et conti­nuelles, en un mot, un ensemble de connais­sances doc­tri­nales capables de lut­ter avec la sub­ti­li­té et la sin­gu­lière astuce de nos modernes contradicteurs…

In gra­vi­tate. Par gra­vi­té, il faut entendre cette conduite sérieuse, pleine de juge­ment et de tact qui doit être propre au ministre fidèle et pru­dent que Dieu a choi­si pour le gou­ver­ne­ment de sa famille. Celui-​ci, en effet, tout en remer­ciant Dieu d’avoir dai­gné l’élever à cet hon­neur, doit se mon­trer fidèle à toutes ses obli­ga­tions, en même temps que mesu­ré et pru­dent dans tous ses actes ; il ne doit point se lais­ser domi­ner par de viles pas­sions, ni empor­ter en paroles vio­lentes et exces­sives ; il doit com­pa­tir avec bon­té aux mal­heurs et aux fai­blesses d’autrui, faire à cha­cun tout le bien qu’il peut, d’une manière dés­in­té­res­sée, sans osten­ta­tion, en main­te­nant tou­jours intact l’honneur de son carac­tère et de sa sublime dignité.

Nous reve­nons main­te­nant à vous, Nos chers fils du cler­gé fran­çais, et Nous avons la ferme confiance que Nos pres­crip­tions et Nos conseils, uni­que­ment ins­pi­rés par Notre affec­tion pater­nelle, seront com­pris et reçus par vous, selon le sens et la por­tée que Nous avons vou­lu leur don­ner en vous adres­sant ces Lettres.

Nous atten­dons beau­coup de vous, parce que Dieu vous a riche­ment pour­vus de tous les dons et de toutes les qua­li­tés néces­saires pour opé­rer de grandes et saintes choses à l’avantage de l’Eglise et de la socié­té. Nous vou­drions que pas un seul d’entre vous ne se lais­sât enta­mer par ces imper­fec­tions qui dimi­nuent la splen­deur du carac­tère sacer­do­tal et nuisent à son efficacité.

Les temps actuels sont tristes, l’avenir est encore plus sombre et plus mena­çant ; il semble annon­cer l’approche d’une crise redou­table de bou­le­ver­se­ments sociaux. Il faut donc, comme Nous l’avons dit en diverses cir­cons­tances, que nous met­tions en hon­neur les prin­cipes salu­taires de la reli­gion, ain­si que ceux de la jus­tice, de la cha­ri­té, du res­pect et du devoir. C’est à nous d’en péné­trer pro­fon­dé­ment les âmes, par­ti­cu­liè­re­ment celles qui sont cap­tives de l’incrédulité ou agi­tées par de funestes pas­sions, de faire régner la grâce et la paix de notre divin Rédempteur, qui est la lumière, la résur­rec­tion, la vie, et de réunir en lui tous les hommes, mal­gré les inévi­tables dis­tinc­tions sociales qui les séparent.

Oui, plus que jamais, les jours où nous sommes réclament le concours et le dévoue­ment de prêtres exem­plaires, pleins de foi, de dis­cré­tion, de zèle, qui, s’inspirant de la dou­ceur et de l’énergie de Jésus-​Christ, dont ils sont les véri­tables ambas­sa­deurs, pro Christo lega­tione fun­gi­mur (2 Co 5, 20), annoncent avec une cou­ra­geuse et indé­fec­tible patience les véri­tés éter­nelles, les­quelles sont pour les âmes les semences fécondes des vertus.

Leur minis­tère sera labo­rieux, sou­vent même pénible, spé­cia­le­ment dans les pays où les popu­la­tions, absor­bées par les inté­rêts ter­restres, vivent dans l’oubli de Dieu et de sa sainte reli­gion. Mais l’action éclai­rée, cha­ri­table, infa­ti­gable du prêtre, for­ti­fiée par la grâce divine, opé­re­ra, comme elle l’a fait en tous les temps, d’incroyables pro­diges de résurrection.

Nous saluons de tous nos voeux et avec une joie inef­fable cette conso­lante pers­pec­tive, tan­dis que, dans toute l’affection de Notre coeur, Nous accor­dons à vous, véné­rables Frères, au cler­gé et à tous les catho­liques de France, la béné­dic­tion apostolique.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 8 sep­tembre de l’année 1899, de Notre Pontificat la vingt-deuxième.

LEO PP. XIII.

Notes de bas de page

  1. S. Greg. M. Lib. Regulae Past., p. 1, c. 1.[]
  2. Porro lin­guam lati­nam apud nos obso­les­cere nec quis­quam est qui nes­ciat, et viri pru­dentes conque­run­tur. Discitur tar­dis­sime, cele­rime didis­ci­tur (Litt. Synod. Patrum Conc. Paris. ad cle­ri­cos et fideles, an. 1819, in Collectio Lacensis, t. IV, col. 86).[]
  3. Encyclique : Æterni Patris.[]
  4. De Studiis Monasticis, part. II, c. 9.[]
  5. Const. Apost. Triumphantis Jerusalem.[]
  6. Pretiosas divi­ni dog­ma­tis gem­mas ins­culpe, fide­li­ter coap­ta, ador­na sapien­ter ; adiice splen­do­rem, gra­tiam, venus­ta­tem. (S. Vinc. Lir. Commonit., c. 2.) []
  7. Même Constitution.[]
  8. 18 novembre 1893.[]
  9. Genus inter­pre­tan­di audax atque immo­dice libe­rum (Lettre au Ministre Général des Frères Mineurs, 25 novembre 1898.[]
  10. Numquid Deus indi­get ves­tro men­da­cio ?[]
  11. Theologicarum doc­tri­na­rum soli­dae scien­tiae conjun­gi debet Sacrorum Canonum cog­ni­tio … sine qua theo­lo­gia erit imper­fec­ta et qua­si man­ca, nec non mul­ti errores de Romani Pontificis, epi­sco­po­rum juri­bus ac prae­ser­tim de potes­tate quam Ecclesia jure pro­prio exer­cuit, pro varie­tate tem­po­rum, for­si­tan ser­pent et pau­la­tim inva­les­cent (Conc. prov. Bitur. a. 1868).[]
  12. O Timothee, depo­si­tum cus­to­di, devi­tans pro­fa­nas vocum novi­tates, et oppo­si­tiones fal­si nomi­nis scien­tiae, quam qui­dam pro­mit­tentes, cir­ca fidem exci­de­runt.[]
  13. Zelus ani­ma­rum lau­dan­dus est si sit dis­cre­tus, rec­tus et purus.[]
  14. Importabilis siqui­dem absque scien­tia est zelus … Quo igi­tur zelus fer­vi­dior ac vehe­men­tior spi­ri­tus, pro­fu­siorque cha­ri­tas, eo vigu­lan­tio­ri opus scien­tia est quae zelum sup­pri­mat, spi­ri­tum tem­pe­ret, ordi­net cha­ri­ta­tem … Tolle hanc (dis­cre­tio­nem) et vir­tus vitium erit, ipsaque affec­tio natu­ra­lis in per­tur­ba­tio­nem magis conver­te­tur exter­mi­niumque natu­rae (S. Bern. Serm. XLIX in Cant., n. 5.) []
  15. Divinum quippe aedi­fi­cium, quod est eccle­sia, veris­sime niti­tur in fun­da­men­to conspi­cuo, pri­mum qui­dem in Petro et suc­ces­so­ri­bus ejus, proxime in apos­to­lis et suc­ces­so­ri­bus eorum, epi­sco­pis, quos, qui audit vel sper­nit, is per­inde facit ac si audiat vel sper­nat Christum Dominum (Epist ad arch. Turon). []
  16. Omnes epi­sco­pum sequi­mi­ni ut Christus Jesus Patrem … Sine epi­sco­po nemo quid­quam faciat eorum quae ad Ecclesiam spec­tant (S. Ign. Ant. Ep. ad Smyrn. 8). Quemadmodum itaque domi­nus sine Patre nihil fecit … sic et vos sine epi­sco­po (idem ad magn., VII). Vestrum pres­by­te­rium ita coap­ta­tum sit epi­sco­po ut chor­dae citha­rae (idem ad Ephes., IV).[]
  17. Quantum in vobis est, ordi­nem ab auc­tore Ecclesiae Deo pro­vi­den­tis­sime consti­tu­tem fun­di­tus ever­ti­tis (Greg. xvi. Epist. Encycl., 15 aug. 1832).[]
  18. Cum enim a rebus sae­cu­li in altio­rem subla­ti locum conspi­cian­tur, in eos tan­quam in spe­cu­lum reli­qui ocu­los conji­ciunt ex iisque sumunt quod imi­ten­tur. Quapropter sic decet omni­no cle­ri­cos, in sor­tem Domini voca­tos, vitam moresque suos omnes com­po­nere, ut habi­tu, ges­tu, inces­su, ser­mone aliisque omni­bus rebus, nil nisi grave, mode­ra­tum, ac reli­gione ple­num prae se ferant ; leviam etiam delic­ta, quae in ipsis maxi­ma essent, effu­giant, ut eorum actiones cunc­tis affe­rant vene­ra­tio­nem (S. Conc. Trid. Sess. XXII, de Reform., c. 1).[]
  19. Enarr., in Ps. XXXI, n., 4.[]
  20. Abest pro­fec­to a Nobis ut quae­cumque horum tem­po­rum inge­nium parit omnia repu­die­mus. Quin potius quid­quid inda­gan­do veri aue­ni­ten­do boni attin­gi­tur, ad patri­mo­nium doc­tri­nae augen­dum publit caeque pros­pe­ri­ta­tis fines pro­fe­ren­dos, liben­ti­bus sane Nobis acce­dit. Id tamen omne, ne soli­dae uti­li­ta­tis sit expers, esse ac vigere nequa­quam debet Ecclesiae auc­to­ri­tate sapien­tia­quae post­ha­bi­ta (Epist. ad S.R.E. Presbyt. Card. Gibbons, Archiep. Baltimor., die 22 ian. 1899).[]