Saint Pie X

Réponse de la Commission Biblique Sur les synoptiques

26 juin 1912

I. Auteur, date de composition et vérité historique des évangiles selon saint Marc et selon saint Luc

Question 1 : La voix claire de la Tradition, qui depuis les com­men­ce­ments de l’Église est admi­ra­ble­ment una­nime et qui a été confir­mée par des preuves mul­tiples, à savoir les témoi­gnages expli­cites des saints Pères et des écri­vains ecclé­sias­tiques, les cita­tions et les allu­sions qui se trouvent dans leurs écrits, l’usage des héré­tiques anciens, les tra­duc­tions des livres du Nouveau Testament, presque tous les manus­crits les plus anciens, comme aus­si par des rai­sons internes, tirées du texte des livres saints eux-​mêmes, est-​il pos­sible d’affirmer de façon cer­taine que Marc, le dis­ciple et l’interprète de Pierre, et le méde­cin Luc, l’assistant et le com­pa­gnon de Paul, sont réel­le­ment les auteurs des évan­giles qui leur sont res­pec­ti­ve­ment attribués ? 

Réponse : Oui. 

Question 2 : Les argu­ments par les­quels cer­tains cri­tiques cherchent à démon­trer que les der­niers douze ver­sets de l’évangile de Marc [Mc 16, 9–20] n’ont pas été rédi­gés par Marc, mais ajou­tés par une autre main, sont-​ils de nature à don­ner le droit d’affirmer qu’ils ne doivent pas être recon­nus comme ins­pi­rés et cano­niques ; ou du moins qu’ils démontrent que Marc n’est pas l’auteur de ces versets ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

Question 3 : Est-​il per­mis de même de dou­ter de l’inspiration et de la cano­ni­ci­té des récits de Luc concer­nant l’enfance du Christ [Lc 16, 9–20] ou l’apparition de l’Ange qui récon­for­ta Jésus et la sueur de sang [Lc 22, 43 s] ; ou peut-​on au moins mon­trer par des argu­ments solides – ce qui plai­sait aux héré­tiques anciens et qui plaît éga­le­ment à des cri­tiques plus récents – que ces récits ne font pas par­tie de l’Évangile ori­gi­nel de Luc ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

Question 4 : Les docu­ments très rares et tout à fait iso­lés dans les­quels le can­tique Magnificat [Lc 1, 46–55] n’est pas attri­bué à la bien­heu­reuse Vierge Marie mais à Élisabeth, peuvent-​ils et doivent-​ils pré­va­loir de quelque manière contre le témoi­gnage concor­dant de presque tous les manus­crits aus­si bien du texte ori­gi­nal grec que des tra­duc­tions, et contre l’interprétation que le contexte n’exige pas moins que le sen­ti­ment de la Vierge elle-​même et la Tradition constante de l’Église ?

Réponse : Non. 

Question 5 : S’agissant de l’ordre chro­no­lo­gique des évan­giles est-​il per­mis de s’éloigner de l’opinion cor­ro­bo­rée par le témoi­gnage à la fois très ancien et constant de la Tradition et qui atteste qu’après Matthieu qui, le pre­mier de tous, com­po­sa son évan­gile dans la langue mater­nelle, Marc a écrit le deuxième, et Luc le troi­sième ; ou faut-​il d’un autre côté consi­dé­rer comme contraire à cette concep­tion l’opinion qui affirme que le deuxième et le troi­sième évan­gile ont été com­po­sés avant la tra­duc­tion grecque du pre­mier évangile ? 

Réponse : Non pour les deux parties. 

Question 6 : Peut-​on dif­fé­rer la date de com­po­si­tion des Évangiles de Marc et de Luc jusqu’à la des­truc­tion de Jérusalem ; ou parce que chez Luc la pro­phé­tie du Seigneur concer­nant la des­truc­tion de cette ville appa­raît plus pré­cise, peut-​on sou­te­nir que son évan­gile au moins a été com­po­sé après que le siège eut déjà commencé ?

Réponse : Non pour les deux parties. 

Question 7 : Doit-​on affir­mer que l’évangile de Luc a pré­cé­dé le livre des Actes des Apôtres, et que puisque ce livre, com­po­sé par le même Luc [Ac 1, 1], était ter­mi­né à la fin de la cap­ti­vi­té romaine de l’Apôtre [Ac 28, 30 s], son évan­gile n’a pas été com­po­sé après cette date ? 

Réponse : Oui. 

Question 8 : Si on consi­dère aus­si bien les témoi­gnages de la Tradition que les argu­ments internes concer­nant les sources qu’ont uti­li­sées l’un et l’autre évan­gé­liste en com­po­sant l’évangile, peut-​on rai­son­na­ble­ment mettre en doute la concep­tion qui tient que Marc a écrit selon la pré­di­ca­tion de Pierre, et Luc selon la pré­di­ca­tion de Paul, et qui affirme en même temps que ces évan­gé­listes ont dis­po­sé éga­le­ment d’autres sources dignes de foi, soit orales soit aus­si déjà mises par écrit ? 

Réponse : Non. 

Question 9 : Les paroles et les actions qui sont racon­tées de façon exacte et pour ain­si dire lit­té­ra­le­ment par Marc selon la pré­di­ca­tion de Pierre, et qui sont pré­sen­tées de la façon la plus sin­cère par Luc, qui dès le départ s’est soi­gneu­se­ment infor­mé de tout auprès de témoins très dignes de foi puisqu’ils ont vu eux-​mêmes dès le com­men­ce­ment et qu’ils furent des ser­vi­teurs de la Parole [Lc 1, 2 s] réclament-​elles à juste titre pour elles-​mêmes cette foi his­to­rique que l’Église leur a tou­jours accor­dée ; ou au contraire ces mêmes actions et ces mêmes paroles doivent-​elles être consi­dé­rées comme étant dénuées, au moins en par­tie, de véri­té his­to­rique, soit parce que les écri­vains n’étaient pas des témoins ocu­laires, soit parce qu’il n’est pas rare qu’on constate chez les deux évan­gé­listes un manque d’ordre et une dif­fé­rence dans la suc­ces­sion des faits ; soit parce que, étant venus et ayant écrit plus tard, ils ont dû néces­sai­re­ment rap­por­ter des concep­tions qui étaient étran­gères à ce qu’ont pen­sé le Christ et les apôtres, ou des faits déjà plus ou moins défor­més par l’imagination du peuple, ou enfin parce que, cha­cun selon son des­sein, ils se sont lais­sé conduire par des idées dog­ma­tiques préconçues ? 

Réponse : Oui pour la pre­mière par­tie ; non pour la deuxième. 

II. La question synoptique, ou les rapports mutuels entre les trois premiers évangiles

Question 1 : En main­te­nant sauf ce qui, confor­mé­ment à ce qui a été éta­bli pré­cé­dem­ment, doit-​être main­te­nu sauf – en par­ti­cu­lier pour ce qui est de l’authenticité et de l’intégrité des trois évan­giles de Matthieu, de Marc et de Luc, de l’identité sub­stan­tielle de l’évangile grec de Matthieu avec son ori­gi­nal pri­mi­tif, ain­si que pour ce qui est de l’ordre chro­no­lo­gique dans lequel ils ont été écrits –, compte tenu des concep­tions diverses et oppo­sées si nom­breuses des auteurs, est-​il per­mis aux exé­gètes de dis­cu­ter libre­ment pour expli­quer les res­sem­blances et les dif­fé­rences entre les évan­giles, et de recou­rir aux hypo­thèses de la Tradition soit écrite, soit orale, ou encore de la dépen­dance de l’un par rap­port à celui ou à ceux qui précèdent ? 

Réponse : Oui. 

Question 2 : Doit-​on consi­dé­rer que main­tiennent sauf ce qui a été éta­bli plus haut ceux qui, ne s’appuyant sur aucun témoi­gnage de la Tradition, et sur aucune preuve his­to­rique, approuvent sans hési­ter l’hypothèse dite des « deux sources », laquelle tente d’expliquer la com­po­si­tion de l’évangile grec de Matthieu et de l’évangile de Luc à par­tir sur­tout de leur dépen­dance de l’évangile de Marc et d’une col­lec­tion dite des paroles du Seigneur ; et peuvent-​ils dès lors la défendre librement ? 

Réponse : Non pour les deux parties.

fraternité sainte pie X
13 décembre 1908
Prononcé après la lecture des décrets de béatification des Vénérables Jeanne d'Arc, Jean Eudes, François de Capillas, Théophane Vénard et ses compagnons.
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