Protéger les enfants de la surprotection

Crédit : Pascal Deloche / Godong

Pierrot, 12 mois, part à la décou­verte de l’u­ni­vers. Il lâche d’une main le bar­reau de la chaise… puis de l’autre main… et se retrouve assis un peu bru­ta­le­ment par terre. Interloqué de sa mésa­ven­ture, il regarde maman en se deman­dant quoi faire. Deux cas de figure sont alors pos­sibles. Soit maman se pré­ci­pite, inquiète : « Oh pauvre ché­ri ! Bobo ? » La réac­tion de Pierrot est immé­diate : il a sen­ti à la réac­tion de maman que c’é­tait grave, et il se met à crier, ce qui ne fait qu’ag­gra­ver la réac­tion de maman : « Bouge plus, reste assis. » Soit au contraire, maman regarde Pierrot avec son bon sou­rire encou­ra­geant : « Vas‑y Pierrot, ce n’est pas grave, recom­mence. » Et Pierrot ras­sé­ré­né conti­nue son exploration. 

Cet inci­dent minime et banal nous a mon­tré sur le vif deux atti­tudes oppo­sées : dans les petites dif­fi­cul­tés de la vie, on peut soit aider son enfant à les vaincre pour se pré­pa­rer aux grandes dif­fi­cul­tés de la vie d’a­dulte, soit au contraire lui cou­per toute ini­tia­tive par sur­pro­tec­tion. C’est tout au cours de l’é­du­ca­tion qu’il fau­dra choi­sir la bonne attitude. 

Pierrot va faire sa pre­mière ren­trée sco­laire. Est-​ce que maman, encore plus inquiète que son fils, va mul­ti­plier les recom­man­da­tions, les « n’aie pas peur » autant des­ti­nés à elle-​même ? Va-​t-​elle même ver­ser quelques larmes en voyant les enfants dis­pa­raître dans la classe ? Ou bien va-​t-​elle se faire encou­ra­geante : « Tu es grand, Pierrot, main­te­nant ; tu en auras des choses à racon­ter ce soir, je suis impa­tiente de t’entendre. » 

Et voi­là que Pierrot revient un jour avec une puni­tion : « mon pauvre ché­ri, je suis sûre que la maî­tresse a été injuste, cette puni­tion est bien trop longue, je vais te faire un mot d’ex­cuse. » Ne vaut-​il pas mieux dire : « Eh oui ! Ce sont les risques du métier quand on est pas sage ! Tu ne recom­men­ce­ras plus, n’est-​ce pas ? Vas vite faire ta puni­tion, je te garde ta part de goûter. » 

Pierre a gran­di, il entre en pen­sion. Il a visi­té l’é­cole avant la ren­trée ; maman fait la valise avec lui pour lui mon­trer com­ment faire, mais seule­ment la pre­mière fois ; tout est bien expli­qué, le train, l’argent de poche… et les anges gar­diens s’oc­cu­pe­ront du reste. Pierre s’a­vance confiant puis­qu’il n’a pas enten­du maman se lamen­ter sur la sépa­ra­tion, évo­quer les dif­fi­cul­tés d’a­dap­ta­tion, de niveau sco­laire, et toutes les catas­trophes possibles. 

Pierre rentre de pen­sion le ven­dre­di soir, ten­du et avec la migraine : « Tu com­prends, maman, j’ai un fameux contrôle de maths qui m’at­tend lun­di. » Non, maman ne va pas le plaindre, ni lui faire un mot d’ex­cuse avec cer­ti­fi­cat médi­cal pour migraine. Un contrôle de maths… Il en ver­ra bien d’autres ! Mais elle se fait paci­fiante et encou­ra­geante : « Organise ton pro­gramme de révi­sion pour le week-​end ; j’emmènerai les petits frères se pro­me­ner same­di après-​midi pour que tu aies du calme, et nous met­trons dimanche un cierge à saint Joseph de Cupertino. » Avec le bon sou­rire de maman, Pierre reprend cou­rage… et tout s’est bien passé. 

Depuis que le res­pon­sable des ser­vants de messe a chan­gé, l’am­biance du groupe n’est plus la même, il y a du mau­vais esprit, l’or­ga­ni­sa­tion s’en res­sent… Et Pierre a bien envie de tout lâcher : » Voyons Pierre, tu t’es enga­gé pour l’an­née, il faut res­pec­ter ton enga­ge­ment ; as-​tu essayé de mettre du bon esprit, de sou­te­nir le nou­veau res­pon­sable ? Si tout le monde fai­sait comme toi… » Avec le sou­tien de maman et ses conseils, Pierre a tenu bon jus­qu’en juin mal­gré les dif­fi­cul­tés, et le prieur, très content de lui, décide de lui confier la tâche la plus hono­ri­fique du groupe. 

Le rôle des mères n’est pas de sup­pri­mer toutes les dif­fi­cul­tés aux enfants mais de leur apprendre à les sur­mon­ter : mon­trer, encou­ra­ger, paci­fier, conseiller, sou­te­nir, avec le sou­rire qui réchauffe et éclaire. 

Pierre est deve­nu un adulte sur lequel on peut comp­ter : per­sé­vé­rant, il ne se laisse pas abattre, il sait prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés. Dans les moments dif­fi­ciles de sa vie spi­ri­tuelle, fami­liale ou pro­fes­sion­nelle, il se sou­vient des conseils et du sou­rire de sa mère. Courage mon petit, le royaume des Cieux est au bout. 

Les sœurs de la Fraternité Saint Pie X

Source : Fideliter n°212 /​mars-​avril 2013