Pierrot, 12 mois, part à la découverte de l’univers. Il lâche d’une main le barreau de la chaise… puis de l’autre main… et se retrouve assis un peu brutalement par terre. Interloqué de sa mésaventure, il regarde maman en se demandant quoi faire. Deux cas de figure sont alors possibles. Soit maman se précipite, inquiète : « Oh pauvre chéri ! Bobo ? » La réaction de Pierrot est immédiate : il a senti à la réaction de maman que c’était grave, et il se met à crier, ce qui ne fait qu’aggraver la réaction de maman : « Bouge plus, reste assis. » Soit au contraire, maman regarde Pierrot avec son bon sourire encourageant : « Vas‑y Pierrot, ce n’est pas grave, recommence. » Et Pierrot rasséréné continue son exploration.
Cet incident minime et banal nous a montré sur le vif deux attitudes opposées : dans les petites difficultés de la vie, on peut soit aider son enfant à les vaincre pour se préparer aux grandes difficultés de la vie d’adulte, soit au contraire lui couper toute initiative par surprotection. C’est tout au cours de l’éducation qu’il faudra choisir la bonne attitude.
Pierrot va faire sa première rentrée scolaire. Est-ce que maman, encore plus inquiète que son fils, va multiplier les recommandations, les « n’aie pas peur » autant destinés à elle-même ? Va-t-elle même verser quelques larmes en voyant les enfants disparaître dans la classe ? Ou bien va-t-elle se faire encourageante : « Tu es grand, Pierrot, maintenant ; tu en auras des choses à raconter ce soir, je suis impatiente de t’entendre. »
Et voilà que Pierrot revient un jour avec une punition : « mon pauvre chéri, je suis sûre que la maîtresse a été injuste, cette punition est bien trop longue, je vais te faire un mot d’excuse. » Ne vaut-il pas mieux dire : « Eh oui ! Ce sont les risques du métier quand on est pas sage ! Tu ne recommenceras plus, n’est-ce pas ? Vas vite faire ta punition, je te garde ta part de goûter. »
Pierre a grandi, il entre en pension. Il a visité l’école avant la rentrée ; maman fait la valise avec lui pour lui montrer comment faire, mais seulement la première fois ; tout est bien expliqué, le train, l’argent de poche… et les anges gardiens s’occuperont du reste. Pierre s’avance confiant puisqu’il n’a pas entendu maman se lamenter sur la séparation, évoquer les difficultés d’adaptation, de niveau scolaire, et toutes les catastrophes possibles.
Pierre rentre de pension le vendredi soir, tendu et avec la migraine : « Tu comprends, maman, j’ai un fameux contrôle de maths qui m’attend lundi. » Non, maman ne va pas le plaindre, ni lui faire un mot d’excuse avec certificat médical pour migraine. Un contrôle de maths… Il en verra bien d’autres ! Mais elle se fait pacifiante et encourageante : « Organise ton programme de révision pour le week-end ; j’emmènerai les petits frères se promener samedi après-midi pour que tu aies du calme, et nous mettrons dimanche un cierge à saint Joseph de Cupertino. » Avec le bon sourire de maman, Pierre reprend courage… et tout s’est bien passé.
Depuis que le responsable des servants de messe a changé, l’ambiance du groupe n’est plus la même, il y a du mauvais esprit, l’organisation s’en ressent… Et Pierre a bien envie de tout lâcher : » Voyons Pierre, tu t’es engagé pour l’année, il faut respecter ton engagement ; as-tu essayé de mettre du bon esprit, de soutenir le nouveau responsable ? Si tout le monde faisait comme toi… » Avec le soutien de maman et ses conseils, Pierre a tenu bon jusqu’en juin malgré les difficultés, et le prieur, très content de lui, décide de lui confier la tâche la plus honorifique du groupe.
Le rôle des mères n’est pas de supprimer toutes les difficultés aux enfants mais de leur apprendre à les surmonter : montrer, encourager, pacifier, conseiller, soutenir, avec le sourire qui réchauffe et éclaire.
Pierre est devenu un adulte sur lequel on peut compter : persévérant, il ne se laisse pas abattre, il sait prendre ses responsabilités. Dans les moments difficiles de sa vie spirituelle, familiale ou professionnelle, il se souvient des conseils et du sourire de sa mère. Courage mon petit, le royaume des Cieux est au bout.
Les sœurs de la Fraternité Saint Pie X
Source : Fideliter n°212 /mars-avril 2013








