Lettre n° 35 de l’abbé Franz Schmidberger aux Amis et Bienfaiteurs de la FSSPX d’octobre 1988

Chers Amis et Bienfaiteurs,

ous les maux de notre temps découlent de cette grande héré­sie des modernes : la pré­ten­due auto­no­mie de l’homme. « L’homme est libre envers la véri­té qui est Dieu, envers la loi de Jésus-​Christ et envers la foi de l’Eglise, dit le libé­ral. « Je puis pen­ser, dire et faire ce que je veux, comme il me plaît, ni Dieu, ni aucune auto­ri­té n’a à me faire aucune pres­crip­tion. Aussi soutient-​il la neu­tra­li­té ou l’incompétence de l’Etat dans le domaine reli­gieux, l’égalité fon­da­men­tale des reli­gions dans l’œcuménisme. Dans son lan­gage il n’est ques­tion que de sup­pri­mer la trans­cen­dance et l’atmosphère sur­na­tu­relle de nos sanc­tuaires et de leurs céré­mo­nies, que d’éducation anti-​autoritaire en famille et à l’école, de fémi­nisme et d’émancipation dans le rap­port des sexes, que de liber­té radi­cale de pen­sée, de parole, d’opinion et de presse en socié­té. Il est anar­chiste et révolutionnaire.

L’attitude catho­lique est à l’opposé : ouver­ture de l’esprit à la véri­té objec­tive qui s’affirme sou­ve­raine et à elle seule (car de l’erreur on ne peut pas vivre), sou­mis­sion à la loi de Jésus-​Christ, accep­ta­tion sans réserve de la foi avec toutes ses consé­quences. Le catho­lique se sou­met tou­jours, par­tout et en tout à l’ordre objec­tif de la créa­tion et de la rédemp­tion éta­bli par le Dieu tri­ni­taire ; il sait que la véri­té le rend libre tan­dis que la liber­té ne le rend pas néces­sai­re­ment vrai ! Une telle atti­tude nous est pré­sen­tée par Marie, Joseph et l’Enfant Dieu ; de tels exemples sont don­nés par les saints à tra­vers tous les siècles ; c’est là la doc­trine des papes et des conciles.

Quoi d’étonnant à ce que, pour les res­pon­sables à Rome ou sur les sièges épis­co­paux, dans l’Eglise et dans l’Etat, Monseigneur Lefebvre et la Fraternité Sacerdotale fon­dée par lui signi­fient une sérieuse menace pour leur pro­gramme libé­ral, un constant et vivant reproche ? « Traquons le Juste, puisqu’il nous incom­mode, car il est contraire à notre manière d’agir, il nous reproche de vio­ler la loi, il nous accuse de démen­tir notre édu­ca­tion. Il pré­tend pos­sé­der la connais­sance de Dieu et se nomme lui-​même fils du Seigneur. Il est pour nous la condam­na­tion de nos pen­sées, sa vue seule nous est insup­por­table. Car sa vie tranche sur celle des autres et ses voies sont toutes dif­fé­rentes. Il nous compte comme une mon­naie de mau­vais aloi, et il s’écarte de nos sen­tiers comme de souillures ; il exalte le sort final du juste et se vante d’avoir Dieu pour Père. Voyons donc si ses paroles sont vraies et exa­mi­nons ce qui lui advien­dra et nous sau­rons quelle sera l’issue de son exis­tence ; car s’il est vrai­ment fils de Dieu, Dieu l’assistera et le déli­vre­ra des mains de ses adver­saires. Soumettons-​le aux outrages et aux tour­ments afin de connaître sa dou­ceur et d’éprouver sa patience. Condamnons-​le à une mort hon­teuse, car selon ce qu’il dit, Dieu aura soin de lui » (Sagesse, II, 12–20). Et l’auteur ins­pi­ré pour­suit : « Telles sont leurs pen­sées, mais ils se trompent, car leur malice les a aveuglés ».

C’est pour ser­vir l’Eglise et l’économie objec­tive du salut que Mgr Lefebvre a pro­cé­dé le 30 juin aux sacres épis­co­paux his­to­riques à Ecône, sans aucune inten­tion de schisme, sans la moindre pen­sée de se sépa­rer du suc­ces­seur de Pierre. Cet acte cou­ra­geux reçoit aujourd’hui le témoi­gnage de ses fruits :
— Le pri­mat de la foi brille à nou­veau dans les esprits et dans l’Eglise.
— Les entre­tiens futurs avec Rome ne se dérou­le­ront plus sous la pres­sion du temps ; les ques­tions doc­tri­nales brû­lantes pour­ront et devront être trai­tées avant tout règle­ment pratique.
— L’esprit de com­bat et d’affirmation publique de la foi se trouve sub­stan­tiel­le­ment for­ti­fié chez les fidèles de tradition.
— La lampe de nos sanc­tuaires ne s’éteindra pas, car l’enfantement de nou­velles géné­ra­tions de prêtres se pour­suit : S. Exc. Mgr Tissier de Mallerais a impo­sé les mains à sept jeunes gens le 25 sep­tembre à Ecône ; S. Exc. Mgr Fellay à trois autres le 1er octobre à Zaitzkofen. S. Exc. Mgr de Galarreta ordon­ne­ra à son tour quatre prêtres le 10 décembre à la Reja et S. Exc. Mgr Williamson un autre le len­de­main, en Australie.

Nous avions un besoin pres­sant de ces nou­veaux col­la­bo­ra­teurs ; car nos prêtres sont par­tout sur­char­gés. En outre les fidèles de plus de dix pays nous demandent la grâce d’une fon­da­tion. Pouvons-​nous prendre devant Dieu la res­pon­sa­bi­li­té de les ren­voyer aux calendes grecques ? Le sou­ci de la foi dans ces pays nous pré­oc­cupe jour et nuit : Guatemala, Brésil, Japon, Corée, Nouvelle-​Guinée et Philippines, pour n’en nom­mer que quelques-​uns. Les catho­liques d’Europe et d’Amérique du Nord ne pourraient-​ils pas réci­ter chaque jour un mys­tère du Rosaire ou offrir une com­mu­nion men­suelle pour ces peuples ?

Dieu mer­ci, la Divine Providence nous a envoyé cette même année 1988 beau­coup de voca­tions. Pour la pre­mière fois le nombre des nou­velles entrées au sémi­naire, chez les Frères, les Sœurs et les Oblates s’élève à près de cent. Cela seul n’est-il pas une preuve indé­niable de l’authenticité de l’Œuvre ? Comment don­ner une expli­ca­tion pure­ment humaine à une telle crois­sance au milieu de tant de contra­dic­tions et de persécutions ?

Sans doute avons-​nous aus­si, en rela­tion avec les sacres épis­co­paux, per­du quelques prêtres et sémi­na­ristes, à vrai dire peu nom­breux mais, comme toute voca­tion a une valeur infi­nie, toute défec­tion nous touche sen­si­ble­ment et nous afflige pro­fon­dé­ment. Ces aveugles pourront-​ils encore se conver­tir au der­nier moment, avant de tom­ber tout à fait dans l’abîme entrou­vert ? Nous prions pour cela.
Nous sommes d’autant plus heu­reux d’apprendre l’union intime des évêques d’Ukraine et de leurs fidèles avec Mgr Lefebvre et la Fraternité. N’est-ce pas très pro­chai­ne­ment que les six évêques confes­seurs de la foi vont, cette année encore, consa­crer la Russie au Cœur Immaculée de Notre-​Dame, de manière dépré­ca­tive, en la fête de l’Immaculée Conception ? Préparons-​nous avec zèle à cet impor­tant évé­ne­ment pour l’Eglise et les peuples.

Chers amis et bien­fai­teurs, après les sacres, notre atten­tion porte prin­ci­pa­le­ment sur l’édification inté­rieure de notre Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X. Il s’agit pour nous, selon notre voca­tion, de renou­ve­ler l’esprit sacer­do­tal en nous-​mêmes et dans la vie du cler­gé de toute l’Eglise. Nous vou­lons conti­nuer la vie sacer­do­tale de Jésus-​Christ au saint sacri­fice de la Messe et au Très Saint Sacrement de l’autel, dans sa pau­vre­té, sa chas­te­té et son obéis­sance, jusqu’à la fin des temps, afin de sanc­ti­fier ain­si les âmes.

Que la Bienheureuse Vierge Marie, qui pré­pa­ra pen­dant trente-​trois ans le divin Agneau du sacri­fice et le mena fina­le­ment à l’autel de la Croix, daigne nous intro­duire tous dans l’esprit de l’œuvre de l’éternel et sou­ve­rain Prêtre ! Que saint Joseph nous aide à res­ter fidèles à la mis­sion de renou­veau du sacer­doce et à l’accomplir avec un ardent dévouement.
Orate fratres, orate sine inter­mis­sione. Priez, frères, priez sans relâche.

En la fête de la Maternité de la Bienheureuse Vierge Marie, le 11 octobre 1988

Abbé Franz Schmidberger

Supérieur Général

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