Lettre n° 34 de l’abbé Franz Schmidberger aux Amis et Bienfaiteurs de la FSSPX de février 1988

Regnavit a ligno Deus !
Dieu règne par la Croix !

Chers Amis et Bienfaiteurs,

endre le monde catho­lique, rendre la pro­prié­té à son pro­prié­taire, la créa­tion à son créa­teur, les âmes à leur Rédempteur et juge, la socié­té à son Seigneur et Roi, en prê­chant et en por­tant la Croix du Christ, telle fut l’œuvre des apôtres, telle est la mis­sion de l’Église jusqu’à la fin des temps. La pré­di­ca­tion de la Croix vic­to­rieuse fut la prin­ci­pale pré­oc­cu­pa­tion de l’Apôtre des Gentils : « la doc­trine de la Croix est une folie pour ceux qui se perdent, mais pour nous qui sommes sau­vés, elle est une force divine » (I Cor. 1,18). Et on lit quelques ver­sets plus loin : « nous prê­chons un Christ cru­ci­fié, scan­dale pour les juifs et folie pour les Gentils, mais pour ceux qui sont appe­lés, soit Juifs, soit Grecs, puis­sance de Dieu et sagesse de Dieu » (I Cor. I, 23–24).

Cet unique fon­de­ment de notre foi et d’une vie chré­tienne, le concile Vatican II ne l’a pas seule­ment oublié, il l’a gra­ve­ment ébran­lé par une tra­hi­son : l’assimilation à l’esprit du temps ; le monde a été laï­ci­sé, il est deve­nu laïque, il faut qu’il demeure laïque !

Voulez-​vous quelques exemples ?
– L’esprit de com­bat est bri­sé par un appel à la col­la­bo­ra­tion avec tous les hommes de toutes idéo­lo­gies pour bâtir un monde meilleur, contrai­re­ment aux ins­truc­tions du Saint Esprit par la bouche de l’apôtre saint Paul : « Ne tirez pas au même joug que les infi­dèles. Car quelle socié­té y a‑t-​il entre la jus­tice et l’iniquité ? Quel accord entre le Christ et Bélial ? Ou quelle part a le fidèle avec l’infidèle ? » (II Cor. VI, 14–15).
– Le décret conci­liaire sur les mis­sions cite bien l’envoi des apôtres en mis­sion par le Seigneur en Mc XVI, 16, en revanche le pas­sage déci­sif de l’Épître aux Romains, au cha­pitre X, n’est pas cité.
– Les néga­teurs des dogmes de l’Église et ceux qui se sont sépa­rés d’elle ne sont plus qua­li­fiés d’hérétiques ni de schis­ma­tiques ; manque inouï de cha­ri­té, qui, en leur tai­sant la véri­té, les prive du salut éternel.
– Quant aux fins der­nières : la mort, le juge­ment, le Ciel, l’enfer, le pur­ga­toire, dont la gran­deur fait jus­te­ment trem­bler, ou bien elles ne sont plus men­tion­nées, ou bien leur conte­nu se trouve défiguré.

Sur de tels fon­de­ments ne pou­vaient s’édifier qu’une socié­té tota­le­ment sécu­la­ri­sée et l’affreuse ren­contre des reli­gions réa­li­sée à Assise, atmo­sphère dans laquelle les repré­sen­tants et les héri­tiers du Concile se sentent visi­ble­ment à l’aise ! Ici et là, il est vrai, ils main­tiennent encore la morale natu­relle, une cer­taine dis­ci­pline ecclé­sias­tique ain­si que les obli­ga­tions des indi­vi­dus envers Dieu ; mais ils ne veulent plus d’un monde catho­lique, d’institutions publiques fon­dées dans le Sang de Jésus-​Christ. Le car­di­nal Casaroli parle d’une « heure heu­reuse » en signant le nou­veau concor­dat avec l’Italie qui laï­cise ce pays, c’est-à-dire le rend athée. Dieu ne règne plus par le bois de la Croix, le « Mysterium Crucis » est éli­mi­né par l’esprit conci­liaire de sécu­la­ri­sa­tion, ou mieux de citériorité.

Chers amis et bien­fai­teurs, voi­là où nous en sommes ; il est impor­tant de le sai­sir, au moment où, à la suite de la visite du car­di­nal Gagnon en novembre et décembre 1987, nous atten­dons de Rome des pro­po­si­tions concer­nant la place qu’occuperont dans l’avenir les œuvres de la Tradition. Quelle que soit la solu­tion, Monseigneur Lefebvre a déjà for­mu­lé à plu­sieurs reprises trois exi­gences indispensables :

1. Une indé­pen­dance pra­tique vis-​à-​vis des évêques locaux jointe à un règle­ment qui assure l’activité de la Tradition dans les diocèses.
2. Un petit orga­nisme à Rome, par exemple un secré­ta­riat, qui repré­sente les inté­rêts de la Tradition.
3. La nomi­na­tion de plu­sieurs évêques issus de la famille de la Tradition.

La Rome actuelle, carac­té­ri­sée par l’esprit d’Assise, satisfera-​t-​elle de pareilles demandes ! A vue humaine cela semble exclu, mais rien n’est impos­sible à Dieu. Mgr Lefebvre a en tout cas annon­cé la consé­cra­tion d’au moins trois évêques auxi­liaires pour le 30 juin et ceci non par révolte contre le Pape ni pour éta­blir une hié­rar­chie paral­lèle ni pour se sépa­rer de Rome, mais afin seule­ment que le pauvre et humble Homme des dou­leurs règne de nou­veau par sa Croix dans la sain­te­té du sacer­doce, de la vie reli­gieuse, de la famille et des États catho­liques. C’est aus­si dans ce but que le nou­veau sémi­naire qui doit ouvrir ses portes en Australie le 4 mars, pre­mier ven­dre­di du mois, sera pla­cé sous le patro­nage de la Sainte-Croix.

Compagnons du Crucifié, nous vou­lons être « comme Israël au milieu des nations per­verses, comme les Macchabées, ou encore ces saints réfor­ma­teurs du cler­gé : saint Charles Borromée, saint Vincent de Paul, saint Jean Eudes, Monsieur Olier ; nous vou­lons for­mer une armée déci­dée à tout prix à demeu­rer catho­lique, face à la déchris­tia­ni­sa­tion qui s’opère à l’extérieur et à l’intérieur de l’Église » (Lettre de Mgr Lefebvre à un Cardinal).

Le salut du monde se trouve dans la Croix du Christ et dans la Croix du Christ seule. La Croix est notre unique espoir. « In hoc signo vinces – Par ce signe tu vaincras ».

Chers amis, nous comp­tons sur votre prière per­sé­vé­rante, votre cha­ri­té misé­ri­cor­dieuse et vos aumônes géné­reuses. En retour, Jésus, Marie et Joseph vous béni­ront, vous et vos familles.

Rickenbach, 1er dimanche de Carême, le 21 février 1988.

Abbé Franz Schmidberger,

Supérieur Général

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