Entretien sur sainte Marie-Madeleine.
L’abbé François Delmotte vient de publier aux éditions Clovis Sainte Marie-Madeleine, femme de l’Évangile. L’occasion de découvrir ou redécouvrir une figure centrale de l’Évangile.
La Porte Latine : Pourquoi avoir choisi d’écrire sur sainte Marie-Madeleine ?
Abbé François Delmotte : Mon désir était de faire connaître cette figure centrale de l’Évangile. À travers elle, je veux montrer que n’importe qui, quel que soit son parcours, peut pratiquer les vérités enseignées par l’Évangile aujourd’hui. Sa vie parle bien plus qu’un traité théorique ; elle a côtoyé le Christ, a reçu ses enseignements et les a mis en pratique. C’est donc un modèle concret pour nous tous.
LPL : A partir de quelles sources avez-vous travaillé ? Vous êtes-vous appuyé uniquement sur les Évangiles ?
FD : L’Évangile est la source principale et la plus sûre. C’est là que l’on découvre son rôle unique auprès du Christ. Cependant, pour rendre le récit vivant et proche de nous, je me suis aussi appuyé sur la tradition de l’Église et la liturgie qui, depuis des siècles, méditent sur sa figure. Mon but n’était pas d’écrire une thèse historique, mais de brosser le portrait d’une personne vivante dont l’exemple peut nous guider concrètement aujourd’hui. C’est ce côté « incarné » qui touche les lecteurs.
LPL : Beaucoup de gens ont peur d’ouvrir un livre religieux par crainte de tomber sur de la théorie complexe. Pourquoi garantissez-vous que votre ouvrage est accessible à toute « âme de bonne volonté » ?
FD : Effectivement ce petit livre n’est pas un traité théorique. Parce que présenter la vie d’une personne réelle, cela parle toujours plus que des grandes considérations de théologie. On suit sainte Marie-Madeleine pas à pas, on voit comment elle écoute le Christ et comment elle agit. C’est concret, c’est vivant. C’est pour cela que même des personnes non-croyantes y trouvent de l’intérêt. Et à plus forte raison, les catholiques !
LPL : On présente souvent Marie-Madeleine comme une figure du passé, presque figée dans les icônes. Pourtant, vous affirmez qu’elle est un modèle pour notre 21ème siècle. Comment une femme d’il y a 2000 ans peut-elle nous aider dans nos vies modernes ?
FD : C’est justement là toute la force de l’Evangile. Marie-Madeleine n’est pas une figure abstraite ; elle a vécu des épreuves, des doutes et une transformation radicale. En la suivant, on comprend que l’Évangile n’est pas une liste de règles anciennes, mais le mode d’emploi de la vie chrétienne, adapté à la nature humaine, qui, elle, n’a pas changée. Elle nous apprend à passer de l’agitation à la paix intérieure, ce qui est très actuel dans notre mode de vie trop « branché » devant les écrans.
LPL : Un chapitre de votre livre évoque les larmes de Madeleine. Vous dites qu’elles ne sont pas une faiblesse. En quoi cela peut-il apporter quelque chose au lecteur d’aujourd’hui ?
FD : Aujourd’hui, montrer sa vulnérabilité est souvent mal vu et mal compris. Mais à travers sainte Marie-Madeleine, on découvre que les larmes peuvent être la marque de grâces reçues. Elles expriment une sincérité profonde et une ouverture de l’âme. Saint Thomas d’Aquin a d’ailleurs de belles expressions sur ce sujet.
LPL : Notre époque est celle du bruit, de l’agitation permanente. Marie-Madeleine, au contraire, est aussi la figure de la contemplation. Est-ce un message pour notre monde stressé ?
FD : Absolument. Sainte Marie-Madeleine nous apprend à nous arrêter. Elle a su se tenir aux pieds du Seigneur pour l’écouter, puis au pied de la Croix dans le silence. Dans un monde qui exige de nous une performance permanente, elle nous rappelle que la véritable vie est la vie intérieure de l’âme. Réhabiliter les larmes et la contemplation, ce n’est pas fuir la réalité, c’est au contraire retrouver le sens profond de toute vie chrétienne.
LPL : Beaucoup de librairies généralistes proposent votre livre à la vente, bien en dehors du monde de la Tradition. Comment l’expliquez-vous ?
FD : C’est le signe que le sujet répond à une véritable attente, bien au-delà des cercles habituels des fidèles. Sa présence dans les catalogues permet une diffusion large. Le cœur humain a toujours soif de vérité et de modèles authentiques. Dans notre monde souvent superficiel, une figure comme sainte Marie-Madeleine apporte une réponse concrète à cette attente profonde. Ce n’est pas une question de mode, c’est bien plutôt le signe que l’Évangile, surtout lorsqu’il est présenté à travers la vie d’une personne, reste d’une actualité brûlante car il attire et donne le salut que toute âme droite espère. A mon avis, cette présence en librairie confirme simplement que les gens cherchent du sens à leur vie.
LPL : Ce livre est-il réservé aux catholiques pratiquants ?
FD : Pas du tout, il s’adresse à tout le monde. Que l’on ait déjà la foi, qu’on la découvre, ou que l’on soit simplement une « âme de bonne volonté » qui ne se pose pas forcément de questions religieuses, on peut y trouver du profit. C’est d’ailleurs un excellent cadeau pour faire découvrir les richesses de l’Évangile à des non-pratiquants.
LPL : Mais comment conciliez-vous ces deux mondes, catholiques et non-croyants ?
FD : La force de l’Évangile est qu’il est universel. Si ce livre sort des cercles habituels, c’est parce que les vérités qu’il transmet parlent à tout le monde. La Tradition de l’Eglise n’est pas un musée fermé, c’est un trésor que l’on doit partager. Saint Marie-Madeleine en est un excellent témoin : elle est profondément ancrée dans la foi de l’Église, mais son parcours est si humain, si proche de nous, qu’il peut apprendre des choses à n’importe quelle âme de bonne volonté.
LPL : Vous balayez d’un revers de main l’idée que ce livre soit réservé à un lectorat plutôt féminin. Pourtant, le titre pourrait le suggérer… Les hommes y trouvent-ils leur compte à sa lecture ?
FD : Absolument. Il suffit de regarder simplement la réalité. Dans son Missel, l’Église propose sainte Marie-Madeleine comme modèle pour tous les fidèles. Et sa place prépondérante dans l’Évangile montre que Dieu a voulu qu’elle soit un exemple pour les hommes comme pour les femmes. D’ailleurs, de nombreux hommes ont déjà lu le livre et le trouvent passionnant. Marie-Madeleine est un modèle de courage et de fidélité, de vie chrétienne finalement, qui dépasse totalement la question du genre.
LPL : Au fil des pages, on découvre la manière touchante dont sainte Marie-Madeleine devine les besoins de Notre-Seigneur, parfois avant même qu’il ne parle, comme lors de l’onction du parfum. Possède-t-elle cette intelligence du cœur ou cette forme de présence silencieuse qui comprend tout sans rien dire ?
FD : Absolument. C’est l’une des plus grandes et belles leçons de sainte Marie-Madeleine. Elle a une finesse spirituelle qui lui permet de percevoir ce que les autres, souvent trop occupés par l’action ou les discours, ne voient pas. Dans le livre, je montre comment elle passe de l’agitation à une forme d’attention à l’autre, Dieu ou le prochain. C’est une qualité immense que de savoir être là, simplement, avec une présence attentive, qui sait écouter, aider, consoler. On peut aussi servir Dieu et pratiquer la charité à travers tous les petits détails du quotidien, ces riens qui, dans l’Évangile, deviennent des preuves d’amour de Dieu et du prochain.
LPL : Sainte Marie-Madeleine est présente au pied de la Croix, au moment où presque tous les autres ont fui. Est-ce que votre livre souligne cette forme de courage viril, cette loyauté qui ne recule devant rien, même quand tout semble perdu ?
FD : Absolument. C’est un point qui frappe beaucoup. Marie-Madeleine incarne une fidélité à toute épreuve. Elle ne verse pas dans le sentimentalisme. Au contraire, sa vie est un exemple très fort d’engagement total. Quand la situation devient dangereuse et que l’échec semble définitif, elle reste au poste. C’est cette force de caractère, cette capacité à tenir ses positions par charité et dans la foi, qui en fait un modèle de courage universel. Beaucoup aujourd’hui cherchent des figures de stabilité et de loyauté. Eh bien, on peut trouver en elle ces qualités.
LPL : Quels sont les retours de lecteurs qui vous ont le plus touché ?
FD : Ce qui revient le plus souvent, c’est que les personnes me disent avoir appris des choses. Ce qui est plutôt rassurant, je trouve… Sinon, un lecteur m’a confié avoir été profondément bouleversé et il utilise désormais l’ouvrage pour sa méditation. Une lectrice a particulièrement aimé le chapitre sur les larmes : elle a compris que pleurer n’est pas une faiblesse, mais peut être la marque de grâces reçues. C’est cette dimension humaine qui touche les lecteurs.
LPL : Un dernier mot pour ceux qui hésitent encore à se procurer votre livre ?
FD : Si vous cherchez un traité de théologie complexe, ce livre n’est pas pour vous. Mais si vous voulez découvrir comment l’Évangile peut transformer une vie concrète, alors ouvrez-le. Sainte Marie-Madeleine n’est pas une figure lointaine, sur un vitrail. C’est une femme qui a cherché et aimé le Bon Dieu, qui a souffert, et qui a trouvé une joie immense à la suite du Christ-Jésus. J’ai écrit ce livre pour que chacun – homme ou femme, croyant ou simple curieux – puisse se dire : « Si elle l’a fait, je peux le faire aussi. » Alors, offrez-le, ou offrez-le-vous, car peut-être que le Bon Dieu vous attend à sa lecture pour vous accorder une de ses grâces…
128 pages – 14 x 21,5 cm – Éditions Clovis – 2026
Prix habituel 14,00 €









