Dominicain, Pape (1504–1572). Fête le 5 mai.
Le Pape saint Pie V est un exemple frappant de la vérification de ce passage des psaumes : De stercore erigens pauperem ou de ce mot du cantique de la Sainte Vierge : Exaltavit humîles, c’est-à-dire que, quand il le veut, le bon Dieu se sert des plus pauvres, des plus humbles, par la naissance et par le cœur, pour leur faire jouer sur la terre un rôle de premier plan.
Michel Ghislieri — Sa vocation
Deux religieux Dominicains cheminaient un jour à travers le Piémont, distribuant aux populations qu’ils rencontraient le pain de la prédication évangélique. S’étant arrêtés dans un village appelé Bosco, non loin d’Alexandrie, ils rencontrèrent un jeune pâtre, don la physionomie ouverte et intelligente les frappa : il se nommait Michel Ghislieri, était né à Bosco le 15 janvier 1504, et descendait d’une antique famille que les guerres du XVe siècle avaient réduite à la pauvreté.
Michel s’approcha des missionnaires, qui, surpris de son attitude édifiante, de la maturité précoce de son jugement, crurent avoi trouvé une « vocation » possible et lui proposèrent de les suivre Aucune offre ne pouvait être plus agréable au cœur de l’enfant : il va rejoindre ses parents, obtient d’eux sur-le-champ le consentement désiré et leur bénédiction, et le voilà parti, tenant un pan de la robe de l’un des religieux.
Premières années de vie religieuse
L’enfant n’avait que quatorze ans et se distinguait entre tous ses compagnons par son intelligence, sa piété et une tendre dévotion envers la Mère de Dieu.
A Voghera, il fut bientôt apprécié des religieux qui l’avaient accueilli ; son affection pour les pratiques de la vie monastique et la docilité avec laquelle il recevait les enseignements de ses maîtres le rendirent en peu de temps cher à la communauté. On lui donna l’habit avec le nom de Fr. Michel-Alexandrin ; même une fois cardinal, il sera longtemps connu sous l’unique nom d’Alexandrin, en souvenir de la ville d’Alexandrie. Du noviciat, il passa à Vigevano, célèbre scolasticat, où il prononça ses vœux solennels en 1519. Enfin, il fut envoyé à Bologne, qui était alors la pépinière la plus florissante de l’Ordre, Ses progrès furent si rapides, qu’en peu de temps il devint capable d’enseigner à son tour.
Mais les études, si saintes qu’elles soient, dessèchent bientôt l’esprit qui n’y cherche qu’une satisfaction plus ou moins mondaine. Le jeune professeur le savait : aussi répétait-il souvent à ses élèves que, s’ils voulaient profiter utilement de leur science, ils devaient l’assaisonner du sel de la piété. Il leur en donnait lui-même l’exemple, ne se dispensant, jamais, quelles que fussent ses occupations, de l’assistance au chœur et des autres exercices de sa communauté.
Quand il arriva au terme de sa vingt-quatrième année, ses supérieurs l’appelèrent à la prêtrise. Le Fr. Michel-Alexandrin fit son possible pour écarter un fardeau qu’il se jugeait indigne de porter ; mais il dut céder à la voix de l’obéissance.
Il célébra sa première messe à Bosco, ce berceau de son enfance, qu’il ne revit pas sans une certaine tristesse, car les armées de François Ier marchant sur Pavie avaient laissé après elles une profonde désolation. Le jeune religieux consola ses compatriotes et ranima leur courage.
Charges diverses dans l’Ordre
Il remonta dans sa chaire de théologie, et l’occupa avec le même éclat, jusqu’au jour où il fut appelé à exercer la charge de prieur, successivement à Vigevano, Soncino et Alba.
Rarement supérieur montra autant d’affection à ses inférieurs, et en même temps exigea d’eux une obéissance plus complète. Sévère pour lui-même, il savait condescendre à tous leurs besoins, mais jamais il ne toléra les moindres abus.
Inquisiteur de Lombardie
La Lombardie, alors ravagée par les armées françaises, était exposée à un danger encore plus sérieux. Les protestants de Suisse ne négligeaient aucune occasion d’y introduire des livres hérétiques, et les populations peu éclairées se laissaient facilement séduire par ces nouveautés impies.
Aussi les cardinaux du Saint-Office, après mûres délibérations, tombèrent-ils d’accord que le P. Alexandrin Ghislieri était plus capable que tout autre d’opposer une digue aux débordements de l’hérésie. Il fut donc, à cet effet, nommé inquisiteur et envoyé à Côme.
Autant son humilité avait eu de peine à accepter la charge de supérieur quand elle lui avait été imposée, autant son empressement fut grand quand il s’agit d’embrasser une mission qui répondait si bien à l’ardeur dont son âme brûlait pour la défense de la vérité.
A Còme, son premier soin fut de parcourir tout le territoire de sa juridiction. Il voyageait ordinairement à pied, sanctifiant la route par la méditation ou la récitation de prières vocales, mettant autant de soin à rechercher les incommodités et les privations, qu’un autre en aurait mis à rechercher ses aises.
Un négociant de Côme avait convenu avec les protestants de Genève de l’envoi d’une grande quantité de livres calvinistes, qu’il se proposait de vendre un bon prix. Le siège épiscopal était alors vacant. Ce misérable fut assez habile pour se ménager des intelligences jusque dans le Chapitre.
Ghislieri n’hésita pas à déclarer excommuniés tous ceux qui avaient prêté leur concours à des actes si abominables. Les chanoines en furent vivement irrités, et ils excitaient le peuple contre lui.
Le prêtre le plus compromis dans cette affaire porta plainte près de Ferdinand de Gonzague, alors gouverneur de Milan. Il lui représenta que le zèle intempestif de Ghislieri avait été la seule cause de troubles qui s’étaient produits, et que le remède à y opposer serait de lui retirer une charge dont il s’acquittait avec si peu de prudence. Le gouverneur fit venir l’inquisiteur et le reçut d’une manière outrageante.
Cependant si Ghislieri, en cette circonstance, faisait bon marché de sa réputation, il ne pouvait consentir à voir l’autorité de l’Eglise ainsi méprisée. Il se rendit donc à Rome pour rendre compte de sa conduite et de tout ce qui s’était passé. Il y arriva le 24 décembre 1550.
La réception qu’on lui fit fut assez singulière. Comme il allait demander l’hospitalité à Sainte-Sabine, couvent de son Ordre, le prieur, qui ne le connaissait point, le prit, à son extérieur négligé, pour un ambitieux qui venait mendier les faveurs de la cour pontificale. Il lui dit même d’un ton railleur :
– Que venez-vous chercher ici , mon Père ? Venez-vous voir si le collège des cardinaux est disposé à vous faire Pape ?
– Je viens à Rome, répondit Ghislieri, parce que les intérêts de l’Eglise m’y appellent ; j’en sortirai aussitôt que ma tâche sera remplie. Jusque-là, je ne vous demande qu’une courte hospitalité et un peu de foin pour ma mule.
Moins de quinze ans après, ce voyageur d’aspect poussiéreux monterait sur le siège de saint Pierre…
La conduite de l’inquisiteur fut pleinement approuvée à Rome, et les réclamations des chanoines de Côme ne firent que tourner à leur confusion.
Evêque et cardinal
Pendant que Ghislieri était à Rome, il se lia d’amitié avec le cardinal Caraffa, préfet de la Congrégation du Saint-Office. Celui-ci, plus clairvoyant que le prieur de Sainte-Sabine, comprit qu’une âme aux sentiments si élevés et si généreux était appelée par Dieu à une mission de lutte ardente contre l’hérésie, dont les progrès devenaient de jour en jour plus alarmants. Il le fit donc nommer, en 1551, commissaire général du Saint-Office. Et quand, en 1555, le cardinal Caraffa fut appelé, sous le nom de Paul IV, à succéder au Pape Marcel II, il s’empressa de mander auprès de lui l’inquisiteur dont il avait si bien jugé le mérite.
Non content, de le maintenir dans sa dignité de commissaire général du Saint-Office, il voulut le créer évêque des deux diocèses unis de Nepi et Sutri. Ghisleri, vivement, alarmé de cette nouvelle, alla se jeter aux genoux du Pape, le suppliant de ne point lui imposer un fardeau si redoutable et de le laisser mourir sous l’habit monastique. Mais Paul IV ne répondit à ces instances qu’en lui enjoignant de se soumettre à ses dispositions.
Dès lors, on vit briller dans le nouvel évêque toutes les vertus qui font l’apôtre ; sa vie était une dépense incessante de lui-même pour les besoins de son troupeau. Il essaya encore d’obtenir de Paul IV la permission de se retirer. Le Pape lui répondit :
– Je vous attacherai au pied une chaîne si forte qu’après ma mort même vous ne pourrez plus songer au cloître.
Il s’agissait du cardinalat, auquel Michel-Alexandrin Ghisleri fut promu le 15 mars 1557. L’émotion qui avait gagné son cœur l’empêcha d’adresser au Pape la moindre expression de remerciement, de sorte que les autres cardinaux prirent la parole pour rendre grâces au Saint-Père d’avoir associé à leur Collège un sujet si digne d’en rehausser l’éclat.
Quelques jours après sa promotion, le nouveau cardinal fut nommé inquisiteur souverain de la chrétienté et investi de cette charge en plein Consistoire ; il fut le dernier qui porta ce titre glorieux.
Les exigences de la dignité cardinalice répugnaient naturellement à l’austère vertu de ce fils de saint Dominique, mais il sut, sans manquer à la bienséance, n’en accepter que ce qui était absolument indispensable. Son palais ressemblait à un couvent. Il n’admettait à son service que des domestiques disposés à entrer dans cette voie de recueillement ; mais, ces conditions une fois admises, il les traitait avec une délicatesse et des égards inouïs à cette époque, n’interrompait jamais leurs repas ou leur sommeil pour les appeler, présidait leur prière du matin et du soir, et si l’un d’entre eux venait à tomber malade, non seulement il le faisait soigner dans une des plus belles salles du palais, mais encore il venait plusieurs fois par jour le visiter.
Évêque de Mondovi — Son retour à Rome
Le Pape Pie IV n’avait pas les mêmes idées de gouvernement que son prédécesseur Paul IV ; il éloigna de Rome le cardinal grand inquisiteur en le nommant évêque de Mondovi, mais il comprit bientôt, grâce surtout peut-être aux conseils de son jeune neveu le saint cardinal Charles Borromée, que les fonctions d’inquisiteur exigeaient la présence du titulaire à Rome ; d’ailleurs, les erreurs protestantes et le gallicanisme qui se manifestaient à cette époque exigeaient le retour rapide du prélat au centre de la chrétienté. Pour défendre la foi catholique et les intérêts de l’Eglise, même contre l’entourage et la parenté du Pape, le cardinal Alexandrin savait parler avec une liberté tout apostolique. Sa franchise ne plaisait pas à tous ; elle lui valut même l’ordre de quitter de nouveau Rome pour Mondovi. L’inquisiteur se prépara aussitôt à obéir ; or, ses bagages, partis en avant, furent pris par des corsaires ; lui-même, à cette époque, tombait gravement malade, et au moment où il revenait à la santé, Pie IV descendait au tombeau (9 décembre 1565).
Pape sous le nom de Pie V
Les cardinaux, réunis en Conclave au Vatican, songeaient à suivre le conseil de saint Charles Borromée, et à porter leurs voix sur l’un ou sur l’autre de deux des leurs que leur science et la mission importante qu’ils avaient remplie au Concile de Trente semblaient désigner tout naturellement à leurs suffrages, les cardinaux Morone et Sirlet. Ni l’un ni l’autre n’obtint le nombre de suffrages voulu. Alors le cardinal Borromée, oubliant qu’il était le neveu du Pape défunt, et soucieux uniquement de l’intérêt des âmes, proposa, le 7 janvier 1566, le nom du grand inquisiteur ; il entraîna les électeurs vers la chambre du cardinal Ghislieri, que l’on trouva en prière.
Quels ne furent pas l’étonnement et la confusion de celui-ci quand il vit les cardinaux entrer dans sa cellule pour lui annoncer son élection. Il fallut presque l’arracher de force de sa cellule pour l’entraîner jusqu’à la chapelle où se pratique la première cérémonie dite de 1’« adoration ». La volonté de Dieu se manifestait d’une manière trop visible pour qu’il persistât à repousser le fardeau qu’elle venait de lui imposer ; il accepta donc, non sans larmes, et toujours sur le conseil de saint Charles et pour montrer qu’il oubliait le passé, prit le nom de Pie V.
Ceux qui avaient été dans l’intimité du nouveau Pape connaissaient sa bonté et les qualités de son cœur généreux ; mais le peuple, qui ne l’avait connu que par les actes d’autorité de sa charge d’inquisiteur, redoutait sa sévérité. Comme on lui exprimait ces appréhensions des Romains à son égard :
— J’espère, se contenta-t-il de répondre, qu’ils seront aussi affligés de ma mort qu’ils l’ont été de mon avènement.

Le nouveau Pape, soucieux des devoirs de sa charge, mit une telle ardeur à faire cesser à Rome et dans ses Etats les abus de toutes sortes, et spécialement l’ivrognerie et l’immoralité, que sa juste sévérité lui valut, du moins de son vivant, d’être plus craint qu’aimé.
Cependant il ne négligeait pas les intérêts matériels de ses sujets ; on le voit alimenter Rome en eau potable, favoriser l’industrie et même maintenir les courses de chevaux, enfin faire sortir du Vatican, pour les offrir au peuple romain, un certain nombre de précieuses œuvres d’art dont la collection formera le Musée du Capitole. Chaque jour, il recevait les doléances des pauvres gens.
Pour lui-même il continua, au milieu des honneurs de sa charge, la même vie de désintéressement et de pénitence qu’il avait menée depuis son entrée en religion.
Sollicitude pour les intérêts de l’Eglise
Dès le début, il s’empressa d’inaugurer les salutaires réformes décrétées par le Concile de Trente.
Les protestants avaient accusé l’Eglise d’avoir laissé perdre la sève divine qui avait produit de brillants rejetons dans les premiers siècles de son institution : le pontificat de saint Pie V allait donner un éclatant démenti aux invectives des sectaires impies.
Le nom de saint Pie V est resté attaché à la réforme du Bréviaire demandée par le Concile de Trente. Une Bulle, du 9 juillet 1568 rendait obligatoire le nouveau Bréviaire romain dans toutes les Eglises du monde catholique.
Au commencement de son pontificat, il donna des ordres sévères pour abolir le luxe des tombes dans les églises, où ces monuments funéraires faisaient oublier le Dieu vivant, et par leur faste reléguaient l’autel au second rang. Il favorisa le pieux usage des médailles auquel il attacha des indulgences. Le 29 mars 1567, il donna une bulle, très importante, contresignée par 39 cardinaux, défendant d’aliéner, sous quelque prétexte que ce fût, des possessions du patrimoine de Saint-Pierre ; tous les nouveaux membres du Sacré Collège devaient, s’engager par serment à observer cette bulle : il en sera ainsi au moins jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le Pape luttait contre l’erreur sous toutes ses formes ; le 6 juin 1566, il envoyait à Marie Stuart 20 000 écus d’or (plus de 200 000 francs-or) pour l’aider dans sa lutte contre la reine Elisabeth ; il s’opposait énergiquement aux luthériens en développant le rôle de l’Inquisition ; il eut aussi à combattre les erreurs de Michel Baïus ou du Bay, professeur à Louvain, et le 1er octobre 1667, il condamna 79 erreurs de ce personnage qui fut l’ancêtre du « jansénisme ». Pie V donna à saint Thomas d’Aquin, le 11 avril 1567, le titre de Docteur de l’Eglise. Il rendit obligatoire la récitation alors facultative de plusieurs des prières de la sainte messe. Enfin il institua en 1071 la Congrégation de l’Index.
Croisade contre les Turcs et victoire de Lépante
Au XVIe siècle les espérances des sultans de Constantinople avaient semblé se réveiller à la faveur des dissensions qui désolaient l’Eglise, et leurs armées formidables vinrent attaquer la chrétienté. L’empereur Maximilien II avait échoué en 1566 dans sa tentative de leur reprendre la Hongrie. Soliman II parut la même année avec une flotte nombreuse devant l’île de Malte, refuge des anciens chevaliers de Jérusalem, mais il dut pourtant battre en retraite.
Cet échec était trop sanglant pour que les Turcs ne songeassent pas à s’en venger. Sélim II avait succédé à Soliman. A la faveur d’une trêve signée avec l’empereur et des dissensions entre Etats chrétiens, il envoya Mohamed, un renégat, faire la conquête de Chypre (1570). Les habitants, attaqués à 1’improviste, se défendirent avec vigueur, mais ils furent vaincus et se virent l’objet de terribles représailles.
Ces nouvelles attristèrent profondément le cœur de Pie V. II écrivit aux princes chrétiens pour les pousser à une alliance générale contre l’ennemi commun de la chrétienté, mais il n’y eut guère que les Vénitiens et les Espagnols qui répondirent à son appel. Il nomma Don Juan d’Autriche généralissime des troupes et Marc-Antoine Colonna chef des galères pontificales ; le Pape prédit la victoire, mais en recommandant de s’y préparer chrétiennement. Pendant ce temps, lui-même multipliait les prières, les exercices de piété, les mortifications, malgré de douloureuses infirmités.
Embarquée à Messine, le 16 septembre i571, l’armée catholique, qui comptait 65 000 hommes, arriva le samedi 7 octobre, à une heure et demie après-midi, dans le golfe de Lépante, entre la Grèce occidentale et la presqu’île de Morée, à la vue des Turcs, au nombre de 85 000.
Le combat allait s’engager. Don Juan, faisant flèche de tout bois, libéra les milliers de galériens qui conduisaient les vaisseaux et leur fit donner des armes ; ce trait de génie eut d’heureuses conséquences. Quelques heures plus tard les Turcs firent de même, mais leurs quinze mille esclaves chrétiens vinrent bientôt grossir les rangs de l’armée catholique. La bataille fut sanglante et meurtrière des deux côtés, mais la croix y triompha d’une manière éclatante, et l’Europe comprit dès lors que le Turc n’était pas invincible.
Le même jour, à Rome, c’est-à-dire à deux cents lieues de là, vers 5 heures du soir, le Pape présidait, dans une pièce qui se trouve au bout de la Bibliothèque Vaticane, une réunion de cardinaux relative aux affaires de l’Eglise. Tout d’un coup il se lève, ouvre une fenêtre, et après être demeuré quelque temps comme en contemplation, la referme en disant :
– Laissons là nos affaires, et allons rendre grâce à Dieu ; notre armée a livré bataille aux Turcs et a remporté la victoire.
C’était, en effet, le moment précis où la croix triomphait dans le golfe de Lépante. Il fallut attendre quinze jours pour avoir confirmation de la nouvelle annoncée d’une manière si surprenante.
En action de grâces de ce succès magnifique, le Pape institua la fête de Notre-Dame de la Victoire, devenue sous Grégoire XIII fête du Saint Rosaire, et qu’il fixa au 7 octobre, et il inséra dans les litanies de la Sainte Vierge cette invocation : Auxilium christianorum, ora pro nobis (Secours des chrétiens, priez pour nous).
Maladie et mort — Canonisation
Au commencement de l’année 1573, le Pape fut torturé par la maladie de la pierre, dont il avait déjà beaucoup souffert. Il supporta son mal avec patience et il mourut le 1er mai 1572, après avoir régné six ans et quatre mois. Son corps fut inhumé d’abord en la basilique Vaticane, dans la chapelle de Saint-André. Pie V roulait reposer à Bosco, son pays natal, parmi les Frères de son Ordre, mais Sixte-Quint s’y refusa, et, lui ayant érigé un magnifique tombeau à Sainte-Marie Majeure, l’y fil transporter le 29 janvier 1588.
Pie V fut béatifié par Clément X, au centenaire de sa mort, le 1er mai 1672 ; à son « procès » figuraient 69 miracles ; son corps, levé de terre sous Innocent XII, le 16 septembre 1698, fut mis dans l’urne de marbre vert et de bronze où on le voit encore aujourd’hui. Il fut canonisé par Clément XI le 22 mai 1712.
A. J. D.
Ouvrages consultés : Comte Alfred de Falloux, Saint Pie V (4e édition, 1868) – Farochon, La Bataille de Lépante, La Bonne Presse. – Mgr Georges Grente, Saint Pie V (Collection Les Saints). Mgr Battandier, Annuaire pontifical catholique pour 1915.









