Le Bienheureux Guillaume de Toulouse

Ambroise Fredeau, Le Bienheureux Guillaume de Toulouse tourmenté par les démons. Musée des Augustins, Toulouse. Creative Commons via Wikimedia.

De l’Ordre de Saint-​Augustin (1297–1369). Fête le 30 mai. 

La ville de Toulouse et la région du Languedoc souf­fraient encore au XIVe siècle des ter­ribles ravages que l’hé­ré­sie albi­geoise avait cau­sés à la foi et aux mœurs dans le midi de la France. Les dis­cordes intes­tines s’ajoutaient à l’irréligion et à la cor­rup­tion chez beau­coup de sei­gneurs et de princes, et les peuples en res­sen­taient les tristes consé­quences. Pour réfor­mer les mœurs publiques et redon­ner aux popu­la­tions tou­lou­saines le véri­table esprit chré­tien. Dieu sus­ci­ta, dans la per­sonne de Guillaume de Toulouse, un apôtre zélé pour sa gloire et le salut des âmes. Par sa pié­té, ses ver­tus héroïques, ses pré­di­ca­tions, ses miracles, cet humble prêtre contri­bua plus au relè­ve­ment reli­gieux de sa petite patrie que les croi­sés de Simon de Montfort.

Religieux illustre par la naissance, le savoir, la vertu

Issu de la noble et catho­lique famille des Natholosa, Guillaume, sur­nom­mé Guillaume de Naurose ou de Toulouse, naquit dans cette ville en 1297. Elevé dans la crainte de Dieu, il mon­tra tout jeune enfant des dis­po­si­tions heu­reuses pour la pié­té et les études. Dégoûté de bonne heure du monde et de ses séduc­tions, il alla, âgé seule­ment de 19 ans, frap­per à la porte du couvent des Ermites de Saint-​Augustin et deman­da hum­ble­ment à ces reli­gieux de l’admettre dans leur compagnie.

Dès son entrée au novi­ciat, il devint un homme tout nou­veau, sur lequel le Seigneur se plut à répandre ses grâces avec abon­dance. La dou­ceur et l’humilité, ver­tus qu’il ne ces­sa de pra­ti­quer toute sa vie, brillaient en lui d’un éclat extraordinaire.

Il étu­dia avec suc­cès les huma­ni­tés, la logique et toutes les sciences théo­lo­giques et natu­relles. Ordonné prêtre à 1’âge requis, il fut envoyé par ses supé­rieurs à l’Université de Paris, où il devint un modèle par sa science et par la pure­té de ses mœurs. Nanti du grade de doc­teur en théo­lo­gie, il revint à Toulouse, mais loin de s’enorgueillir de ses connais­sances, il ne pen­sait qu’à fuir les hommes mon­dains. L’oraison, les conver­sa­tions édi­fiantes, les lec­tures des Vies des Saints et leur imi­ta­tion fai­saient toutes ses délices. Attentif, sur toutes choses, à la réci­ta­tion de l’Office divin et à la célé­bra­tion des saints mys­tères, il y met­tait toute son appli­ca­tion, et plu­sieurs fois on le vit des­cendre de l’autel, comme un nou­veau Moïse, la tête cou­ron­née de rayons de flammes. Au chœur, il psal­mo­diait dévo­te­ment et dis­tinc­te­ment les heures cano­niales ; il fai­sait de même dans ses voyages comme s’il eût été au chœur.

Il pous­sait très loin l’esprit de mor­ti­fi­ca­tion dans la nour­ri­ture et le vête­ment ; c’est ain­si qu’il jeû­na sept années de suite au pain et à l’eau, et il se pro­po­sait de conti­nuer ain­si toute sa vie si le Supérieur de l’Ordre ne le lui eût défen­du. Il obtint cepen­dant comme une grâce de jeû­ner les mer­cre­dis, ven­dre­dis et same­dis, sans pré­ju­dice des jeûnes pres­crits par l’Eglise ou en usage chez les Augustins.

Les ven­dre­dis et same­dis, il redou­blait de com­ponc­tion, pleu­rait ses péchés et s’écriait en s’inspirant de l’Evangile et de l’apôtre saint Paul : « Mon Dieu, com­bien de temps demeurerai-​je dans cette val­lée de larmes ! Je ne suis qu’un ser­vi­teur inutile ! Je désire ma dis­so­lu­tion ! Je veux être avec vous. »

Passionnément épris de la pau­vre­té, il ne vou­lait rien pos­sé­der, pas même des vête­ments neufs. Il refu­sait ceux que ses parents ou de pieux fidèles lui offraient, ou les don­nait aux pauvres. En revanche il se mon­trait tou­jours d’une pro­pre­té irré­pro­chable, et rapié­çait de ses mains les habits encore en état de ser­vir. Sa couche était com­po­sée d’une natte de joncs et d’une toile rugueuse- II n’avait point d’argent et n’en vou­lait point rece­voir, si ce n’est pour l’entretien de la lampe qu’il tenait sans cesse allu­mée en l’honneur de Notre-​Dame du Puy.

Dans sa cel­lule on ne voyait qu’une petite table sur laquelle il man­geait avec son com­pa­gnon ; à ce moment il obser­vait le silence, ou, s’il par­lait, ce n’était que de Dieu et de ses Saints. Il pra­ti­quait aus­si la pau­vre­té dans sa nour­ri­ture, de sorte que si on lui appor­tait quelques mets déli­cats, il les don­nait à ses frères malades ou mal­heu­reux. Il aimait exhor­ter les reli­gieux et les simples fidèles à évi­ter la superfluité.

La belle ver­tu de chas­te­té lui était extrê­me­ment chère et il demeu­ra vierge toute sa vie. C’était un ange dans un corps mor­tel. De crainte de perdre cette pré­cieuse ver­tu, il macé­rait sa chair par les jeûnes, les veilles et les dis­ci­plines. Quatre fois le jour il se fla­gel­lait avec une chaîne de lai­ton : la pre­mière fois pour lui, la deuxième pour tous les pécheurs qui sont dans le monde, la troi­sième pour les âmes du pur­ga­toire et la qua­trième pour ses frères, parents et amis.

Il avait une confiance abso­lue en l’efficacité de la prière : aus­si était-​il très assi­du à l’o­rai­son, y consa­crant le plus de temps pos­sible au point de pas­ser des jours et des nuits dans l’amoureuse contem­pla­tion de Dieu et des mys­tères de la vie de Jésus.

Victoires sur Satan

Le démon lui appa­rut maintes fois, tan­tôt sous un aspect hideux, tan­tôt sous des formes agréables ; un jour même il usur­pa la res­sem­blance de la bien­heu­reuse Vierge por­tant l’Enfant Jésus entre ses bras, et il invi­ta Guillaume à l’adorer. Le ser­vi­teur de Dieu fai­sait sans s’émouvoir le signe de la croix et ces visions per­fides s’évanouissaient.

C’est sur­tout à Pamiers, au temps où il était prieur du couvent des Ermites de Saint-​Augustin éta­bli dans cette ville, que l’esprit de ténèbres s’acharna à le mal­trai­ter. Une nuit, les reli­gieux, se ren­dant au chœur pour Matines, le trou­vèrent à demi mort, à la suite des coups dont le diable l’avait frap­pé, et ils le por­tèrent dans sa cel­lule pour le gué­rir de ses bles­sures ; mais il en gar­da toute sa vie les traces.

Ambroise Fredeau, Le Bienheureux Guillaume de Toulouse tour­men­té par les démons. Musée des Augustins, Toulouse. Creative Commons via Wikimedia. 

Malgré tous ces mau­vais trai­te­ments, jamais l’humble moine ne lais­sait échap­per la moindre plainte, et plus le démon le bat­tait et l’in­sul­tait, plus il redou­blait de fer­veur, plus il invo­quait Notre-​Seigneur et plus il opé­rait de conver­sions et de prodiges.

Le bienheureux Guillaume chasse le démon du corps d’une possédée

En récom­pense de ses vic­toires sur l’enfer, sur le monde et ses pas­sions, Guillaume reçut de Dieu le pou­voir de vaincre le démon, de com­man­der aux élé­ments et de conver­tir les âmes. Pour preuve, nous n’avons qu’à citer le P. Simplicien de Saint-​Martin, Provincial de son Ordre en Aquitaine et célèbre hagio­graphe du XVIIe siècle :

L’histoire nous apprend, dit cet auteur, que du temps du Bienheureux il y avait, dans Toulouse, une jeune fille pos­sé­dée, qu’on condui­sait sou­vent pour l’exorciser à Saint-​Antoine de Vienne, petite église proche de Saint-​Georges ; mais, comme on n’avançait à rien et que le diable ne vou­lait ni par­ler ni sor­tir de ce corps, on fut contraint d’avoir recours à Guillaume.

Le nar­ra­teur conti­nue son récit, que nous abré­geons en même temps que nous lui don­nons une forme plus moderne.

Guillaume donc se vit tant pres­sé, soit par ses supé­rieurs, soit par l’importunité de plu­sieurs per­sonnes, qu’il y alla ; mais, ayant ren­con­tré dans la rue quelques-​uns des reli­gieux de l’Ordre qui dési­raient assis­ter à cette scène par curio­si­té, i] les reprit sévè­re­ment, car il vou­lait agir sans cette sorte de témoins ; il n’irait pas plus loin si ses confrères ne s’en retour­naient pas. Ceux-​ci revinrent donc au couvent. Alors Guillaume entra dans l’église ; après avoir recom­man­dé cette affaire à Dieu et s’être muni de la prière pour atta­quer le démon qui tenait for­te­ment la place, il posa à la pos­sé­dée plu­sieurs ques­tions et obtint réponse : entre autres choses, il lui deman­da quel était le Saint que l’on fêtait en ce jour ; le démon répon­dit comme il fal­lait, nom­mant le Saint mar­qué au calen­drier pour cette date.

Dieu mon­tra publi­que­ment qu’il n’est pas per­mis d’agir avec légè­re­té en des matières si graves. En effet, un doc­teur de l’Université, ayant deman­dé de quel Saint il avait lui-​même réci­té les Matines la nuit pré­cé­dente, s’en­ten­dit repro­cher à la face et sa conduite déré­glée et une faute grave dont il s’était ren­du cou­pable pré­ci­sé­ment en cette même nuit. Cela fut cause que per­sonne n’osa plus inter­ro­ger la pos­sé­dée. Guillaume, de la part de Dieu, lui ordon­na de se taire. Puis il fit sor­tir tous les assis­tants, se mit en prières et chas­sa enfin le démon du corps de la mal­heu­reuse : il gué­rit la jeune fille et la ren­dit à ses parents.

Une autre fois, vers 1354, à la demande du vicaire géné­ral de Toulouse, l’humble reli­gieux ren­dit la paix et la confiance à deux orphe­lines du vil­lage de Villariès : le démon leur fai­sait voir presque conti­nuel­le­ment leurs parents avec des visages et des pos­tures si hor­ribles que de frayeur elles tom­baient sou­vent évanouies.

Guillaume sauve un noyé et accomplit divers autres miracles

En se ren­dant en cette petite loca­li­té, il sau­va mira­cu­leu­se­ment la vie à son conduc­teur, nom­mé Sabetery, qui vou­lait pas­ser à gué la rivière de 1’Hers, alors débor­dée. Cet homme fut empor­té par le cou­rant fort violent : il aurait infailli­ble­ment péri, si Guillaume se jetant à l’eau ne l’avait reti­ré de la rivière avec autant de faci­li­té que saint Maur le fit pour le moine saint Placide.

Une autre année, la pré­sence et sur­tout les ardentes prières du saint reli­gieux continrent les flots dévas­ta­teurs de la Garonne et pré­ser­vèrent la ville de Toulouse d’une inon­da­tion inévi­table et désastreuse.

Selon son bio­graphe du XVIIe siècle, Guillaume avait reçu de Dieu le pou­voir de maî­tri­ser non seule­ment les fleuves débor­dés, mais aus­si d’arrêter les ravages de l’incendie. Une nuit le feu prit à une mai­son conti­guë au couvent des Ermites de Saint-​Augustin. L’église conven­tuelle brû­lait déjà, quand les reli­gieux eurent rai­son de l’incendie en recou­rant non à l’eau du puits, mais aux larmes de leur pieux confrère. Ce ne fut pas le seul miracle accom­pli par ce der­nier en faveur de son monas­tère. Comme le Frère Augustin, son confi­dent, allait mou­rir, Guillaume alla le visi­ter. Un petit pot plein de vin se trou­vait dans la cel­lule. Il fit le signe de la croix des­sus, com­man­da ensuite au mou­rant de boire quelques gor­gées : le reli­gieux obéit : aus­si­tôt une sueur abon­dante appa­rut et il sen­tit sur-​le-​champ les forces et la san­té lui revenir.

Au temps où Guillaume prê­chait une mis­sion dans une paroisse de la cam­pagne, il che­mi­nait avec un jeune reli­gieux de son Ordre qui, en route, souf­frait beau­coup de la soif et se décla­rait inca­pable d’aller plus loin. Emu de com­pas­sion, le Père dit à son com­pa­gnon de se repo­ser et il se mit à prier. Puis il sou­le­va une grosse pierre qui était sur le che­min : une source d’eau vive et pure appa­rut ; le pauvre assoif­fé put s’y désal­té­rer tout à son aise et atteindre sans plus de fatigue le terme du voyage.

Merveilleux effets des travaux apostoliques et des vertus du Bienheureux

Délivrer les pos­sé­dés, vaincre le démon, com­man­der aux élé­ments, gué­rir les malades par le signe de la croix, sont choses impos­sibles sans l’appui divin. La conver­sion des âmes est une œuvre encore plus dif­fi­cile, et par­tant plus glo­rieuse pour Dieu qui la réa­lise par le minis­tère sacer­do­tal. Or, Guillaume est le modèle des ouvriers apos­to­liques. Il prêche uni­que­ment l’Evangile, le renon­ce­ment, le mépris du monde, la pra­tique de la cha­ri­té. Il attaque sans crainte les vices et les pas­sions, reprend publi­que­ment les fau­teurs de crimes, les riches comme les pauvres, les sol­dats comme leurs chefs ; condamne les vaines parures des femmes, console et défend les affli­gés et les mal­heu­reux. Les paroles qu’il pro­nonce, soit en chaire, soit au confes­sion­nal, sont des paroles de salut, de cha­ri­té, de zèle com­pa­tis­sant et dévoué.

Sa conduite prêche encore plus effi­ca­ce­ment que ses lèvres ; c’est un reli­gieux sin­cè­re­ment humble dans son main­tien, son lan­gage, ses actions, enne­mi de la moindre louange ou marque de consi­dé­ra­tion. Par ses yeux, sa démarche, la réserve de ses conver­sa­tions, il enseigne la modes­tie à ceux qui l’approchent : sa béné­dic­tion chasse les ten­ta­tions impures. Sa dou­ceur, son ama­bi­li­té, sa patience lui gagnent les cœurs. Toujours recueilli et en prière, il n’aime pas les entre­tiens fri­voles : il vit en Dieu et il élève ses audi­teurs ou ses visi­teurs jusqu’à la contem­pla­tion des véri­tés célestes.

Grâce à cette vie vrai­ment sainte, Guillaume conver­tit beau­coup de pécheurs, réfor­ma la ville de Toulouse. Les cloîtres se rem­plirent, les bat­teurs de pavé se mon­trèrent plus sages, les dames moins parées, les églises appa­rurent plus fré­quen­tées, les dis­cordes et les riva­li­tés s’apaisèrent ; bref on vit tout le monde faire mieux qu’auparavant, comme dit le bio­graphe de Guillaume.

Connaissance des secrets des cœurs et des événements futurs

Dieu, qui se plaît dans les cœurs chastes, non seule­ment les éclaire, mais les fait péné­trer plus avant dans les mys­tères divins et leur révèle les choses les plus cachées. La pure­té angé­lique de Guillaume lui valut le pri­vi­lège de lire dans les consciences et de pré­dire beau­coup d’événements futurs. Citons seule­ment deux faits. Quand un péni­tent lui cachait en confes­sion des fautes graves secrètes, il les lui indi­quait, l’obligeait à s’en accu­ser fidè­le­ment et gué­ris­sait ain­si le mal­heu­reux de la fausse honte. Il révé­la à l’un de ses amis l’heureux suc­cès de l’assaut qu’on don­ne­rait à Miramont (aujourd’hui Miremont) et nom­ma le capi­taine qui devait prendre cette place, sans jamais l’avoir vu ni même connu par un rap­port com­ment la bataille était enga­gée. Beaucoup d’autres évé­ne­ments lui furent dévoi­lés long­temps à l’avance, mais il tai­sait ces révé­la­tions de peur de s’attirer les louanges humaines.

Cependant ceux qui vivaient à ses côtés com­pre­naient à ses paroles que Dieu l’instruisait des choses de l’avenir. Il connut et pré­dit en par­ti­cu­lier la date de sa mort, car ses confrères lui ayant deman­dé s’il dési­rait qu’on arran­geât le petit jar­din situé près de sa cel­lule, il répon­dit que c’était inutile puis­qu’il aurait quit­té ce monde avant que quatre jours se fussent écoulés.

La mort du bienheureux Guillaume

L’infatigable apôtre de la cité tou­lou­saine se trou­vait dans sa soixante-​douzième année, lorsqu’une très grave mala­die vint l’avertir que la mort n’était, pas loin. Les per­son­nages les plus impor­tants vinrent le voir et à qui mieux mieux lui pro­cu­rèrent les remèdes les plus appro­priés. Le malade les pre­nait par esprit d’obéissance et de cha­ri­té, mais dans son cœur il sou­pi­rait après le moment où son âme enfin sépa­rée du corps serait avec Jésus-​Christ. Jetant son regard ins­pi­ré sur la nou­velle Jérusalem dont il entre­voyait déjà les divins por­tiques, il dic­ta à un de ses confrères une prière mys­té­rieuse qu’il se fît ensuite sou­vent répé­ter, puis il annon­ça de nou­veau que sa fin appro­chait ; il reçut les sacre­ments avec de grands sen­ti­ments de fer­veur, vou­lut qu’on réci­tât à deux chœurs les Heures cano­niales. Peu d’instants avant de mou­rir, il répé­tait le signe de la croix, souf­frant avec une rési­gna­tion admi­rable « les dou­leurs de la dis­so­lu­tion », comme il disait. Il expi­ra dou­ce­ment le 18 mai 1369, un ven­dre­di, l’avant-veille de la Pentecôte, selon qu’il l’avait sou­hai­té, à l’heure de Complies, dans la joie exta­tique de l’amour de Jésus. Son corps demeu­ra si beau, si frais, si colo­ré, qu’on pou­vait croire que la vie ne l’avait point aban­don­né : la pure­té vir­gi­nale pré­serve sou­vent de la corruption.

Funérailles triomphales. — Miracles et culte public

A la nou­velle que « le Saint » (ses conci­toyens lui don­naient ce nom) était mort, de nom­breux fidèles accou­rurent de la ville et des envi­rons pour véné­rer ses restes expo­sés dans l’église des Augustins, vou­lant avoir une relique de leur illustre com­pa­triote, ils cou­paient des mor­ceaux de sa robe monas­tique. Le cler­gé, les magis­trats de la ville, les reli­gieux éta­blis à Toulouse assis­tèrent aux funé­railles qui furent très solen­nelles. L’inhumation se fit dans la cha­pelle de Sainte-​Marie-​Madeleine, où Guillaume disait ordi­nai­re­ment la messe. Cinquante-​trois jours après, on rou­vrit la fosse, on reti­ra du cer­cueil le corps véné­rable, bien conser­vé, et on le ren­fer­ma dans une urne de pierre qui fut pla­cée, avec l’autorisation de l’é­vêque, sur le pilier de la même cha­pelle, à l’entrée du chœur. Au bas de l’urne, on lisait cette épi­taphe écrite en lettres d’or : Hic cor­pus bea­ti Guillelmi (ici est le corps du bien­heu­reux Guillaume).

De nom­breuses gué­ri­sons, des pro­diges de tous genres furent obte­nus par l’intercession de l’humble reli­gieux et témoi­gnèrent de la sain­te­té de sa vie. Ses prin­ci­paux miracles, en par­ti­cu­lier celui de la déli­vrance de la jeune fille pos­sé­dée, étaient rap­pe­lés par des pein­tures qui entou­raient le tom­beau. Dans les siècles sui­vants le culte et la dévo­tion envers le bien­heu­reux Guillaume se mani­fes­tèrent par des pèle­ri­nages, des ex-​voto sus­pen­dus autour des reliques, une confré­rie éta­blie en son hon­neur et dans sa cha­pelle, l’insertion de son nom dans le Martyrologe gal­li­can publié en 1638, sa men­tion dans les listes des Saints et Bienheureux de l’Ordre augus­ti­nien, le récit des faveurs sur­na­tu­relles dues à sa prière. Ce culte per­sé­vé­ra jusqu’à la Révolution de 1793.

En ce moment, les reli­gieux augus­tins ayant dû aban­don­ner leur couvent, l’église fut des­ti­née à des usages pro­fanes, et les hon­neurs que la pié­té tou­lou­saine ren­dait au patron de la ville ces­sèrent par la force des choses. Ils ne devaient reprendre offi­ciel­le­ment qu’en juin 1890, A cette date, une ordon­nance du cardinal-​archevêque de Toulouse réta­blit le culte du bien­heu­reux Guillaume dans l’é­glise de l’Immaculée-Conception des orphe­lins de la Grande-​Allée : une sta­tue repré­sen­tant le ser­vi­teur de Dieu en extase, le cha­pe­let à la main, y fut éri­gée. Le 18 avril 1893, Léon XIII, par un res­crit pon­ti­fi­cal, après la sen­tence ren­due par la S. Congrégation des Rites, confir­mait le culte ren­du de temps immé­mo­rial au bien­heu­reux Guillaume de Toulouse, qui fut ins­crit dans le calen­drier de l’Ordre des Ermites de Saint-​Augustin et dans celui du dio­cèse de Toulouse. Une cha­pelle laté­rale de l’église de l’or­phe­li­nat lui fut dédiée : de nom­breux ex-​voto attes­taient la fer­veur de la dévo­tion des fidèles. Au moment des expul­sions, vers 1903, la sta­tue du bien­heu­reux Guillaume fut trans­por­tée à l’église parois­siale voi­sine de Sainte-Germaine.

Son culte ne fut pas main­te­nu dans la cha­pelle de l’orphelinat lorsque celle-​ci fut rou­verte, et son autel fut dédié à saint Joseph ; tou­te­fois, on a conser­vé un vitrail repré­sen­tant le célèbre reli­gieux, patron et pro­tec­teur de la cité et de la région tou­lou­saine. Sa fête est fixée au 30 mai dans le calen­drier litur­gique des Ermites de Saint-Augustin.

Chan. Théophile Baurens

Sources eon­sul­tées. — ‑Acta Sanctorum T. IV de mai (Paris et Rome, 1866)- — P. Simplicien de Saist-​Maktjn, O. E. S. A.. Vie de saint Augustin et des Saints de l’Ordre des Ermites (Toulouse, 1640). — Abbé Baurens de Molinier, Histoire de la vie et du culte de saint Guillaume de Toulouse (Toulouse, 1893). — (V. S. B. P., n°591)