Mgr Schneider appelle Rome à reconnaître les nouveaux évêques de la FSSPX

Dans un entre­tien accor­dé au jour­na­liste Niwa Limbu pour le média AdVaticanum le 2 sep­tembre 2026, Mgr Athanasius Schneider explique pour­quoi il conti­nue de défendre la Fraternité Saint-​Pie X mal­gré les sanc­tions qui ont sui­vi les consé­cra­tions épis­co­pales du 1er juillet. Il aborde éga­le­ment les ambi­guï­tés de Vatican II, les exi­gences impo­sées à la Fraternité et la réforme litur­gique, répon­dant à la récente caté­chèse de Léon XIV qui ne cor­res­pond « ni à la réa­li­té ni à l’histoire ».

Saint Athanase et la désobéissance à un ordre pontifical

Mgr Schneider com­mence par pré­ci­ser la por­tée de la com­pa­rai­son qu’il avait faite entre la situa­tion actuelle de la Fraternité et celle de saint Athanase sous le pape Libère. Il ne pré­tend nul­le­ment que l’évêque d’Alexandrie aurait accom­pli des consé­cra­tions épis­co­pales sans man­dat pon­ti­fi­cal : « Aucune com­pa­rai­son n’est exacte à 100 %. Dans des situa­tions his­to­riques dif­fi­ciles, elle sert davan­tage d’illustration. Bien enten­du, je n’ai pas com­pa­ré le cas d’Athanase à celui des sacres eux-​mêmes. Ce serait erroné. »

Une telle affir­ma­tion serait d’ailleurs ana­chro­nique, puisque le man­dat pon­ti­fi­cal n’était pas alors requis sous sa forme actuelle pour les consé­cra­tions épis­co­pales. Le point com­mun réside ailleurs : dans les deux situa­tions, un ordre concret du Pape fut refu­sé pour ne pas com­pro­mettre l’intégrité de la foi.

Saint Athanase avait reçu du pape Libère l’ordre d’entrer en com­mu­nion ecclé­sias­tique avec des évêques héré­tiques ou semi-​hérétiques d’Orient. Celui-​ci lui disait en sub­stance : « Moi, le Pape, je suis en com­mu­nion avec ces évêques. Comment pouvez-​vous, Athanase, refu­ser la com­mu­nion avec un groupe d’évêques avec les­quels moi-​même, en tant que Pape, je suis en com­mu­nion ? » Il refu­sa d’obéir et pour­sui­vit, mal­gré l’excommunication pro­non­cée contre lui, le gou­ver­ne­ment de son dio­cèse et de sa pro­vince ecclésiastique.

L’évêque auxi­liaire d’Astana n’élude pas la situa­tion : « Si Athanase avait obéi au Pape, il aurait com­pro­mis sa conscience et l’intégrité de la foi parce qu’il aurait, d’une cer­taine manière, recon­nu des évêques au moins semi-​hérétiques. Il ne pou­vait pas le faire. »

Mgr Schneider sou­ligne que, d’un point de vue stric­te­ment ecclé­sias­tique, saint Athanase alla plus loin que la Fraternité, puisqu’il conti­nua d’exercer une véri­table juri­dic­tion : « Sous ce rap­port, la situa­tion d’Athanase était alors plus grave que la déso­béis­sance maté­rielle de la Fraternité Saint-​Pie X à pro­pos des sacres. […] Alors qu’il était excom­mu­nié, il exer­ça une juri­dic­tion pleine sur son dio­cèse et même sur ses sièges métro­po­li­tains : il ne se conten­tait pas de célé­brer les sacre­ments, mais exer­çait toute la juri­dic­tion ecclé­sias­tique. Il ne tint tout sim­ple­ment aucun compte de l’excommunication pontificale. »

De la même manière, explique-​t-​il, la Fraternité ne recon­naît pas la peine pro­non­cée en juillet, « parce qu’elle la consi­dère comme injuste et inva­lide, puisqu’elle l’empêcherait de pour­suivre son œuvre par amour de l’Église ». Saint Athanase, lui, disait : « Je dois conti­nuer de gou­ver­ner mon dio­cèse et ma pro­vince métro­po­li­taine d’Égypte pour le bien – par amour – de l’Église. »

La com­pa­rai­son porte éga­le­ment sur l’attitude adop­tée envers l’autorité qui frappe. Mgr Schneider insiste sur l’absence d’amertume de la Fraternité : « La Fraternité Saint-​Pie X n’a pas réagi à l’excommunication avec amer­tume ; elle conti­nue de prier pour le Pape et de le consi­dé­rer comme son père. Même lorsqu’un père frappe son fils, ses membres conti­nuent – alors même qu’ils sont frap­pés par le Pape – à l’aimer et à accom­plir leur œuvre par amour pour le Saint-​Siège et pour toute l’Église. »

Saint Athanase avait lui-​même évo­qué avec beau­coup de déli­ca­tesse la fai­blesse du pape Libère, sans le juger et en rap­pe­lant qu’il avait agi sous la pres­sion. C’est là, conclut Mgr Schneider, le « cœur » de la comparaison.

Des enseignements non définitifs qui peuvent être corrigés

L’entretien aborde ensuite les « ambi­guï­tés objec­tives » de cer­tains textes de Vatican II. Mgr Schneider constate qu’après la ren­contre entre le car­di­nal Víctor Manuel Fernández et l’abbé Davide Pagliarani, le pré­fet du Dicastère pour la doc­trine de la foi a de nou­veau affir­mé que les textes du Concile ne pou­vaient pas être corrigés.

L’évêque auxi­liaire d’Astana conteste cette posi­tion en rap­pe­lant la nature non défi­ni­tive des ensei­gne­ments propres de Vatican II : « Comme Paul VI l’a décla­ré en jan­vier 1966, ces textes ne consti­tuent pas for­mel­le­ment des ensei­gne­ments défi­ni­tifs. Les textes de Vatican II ne sont ni des ensei­gne­ments infaillibles ni des ensei­gne­ments défi­ni­tifs de l’Église. Je parle ici des ensei­gne­ments propres au Concile. Bien enten­du, lorsque le Concile cite des dogmes – et il en cite beau­coup -, ceux-​ci demeurent des dogmes. Là n’est pas la ques­tion. » Dès lors, demande-​t-​il, « pour­quoi ne pourraient-​ils pas être amen­dés, amé­lio­rés ou même corrigés ? »

Mgr Schneider invoque plu­sieurs pré­cé­dents his­to­riques. Il cite d’abord le concile de Florence (1439), qui avait affir­mé que la matière du sacre­ment de l’ordre était la remise des ins­tru­ments, et non l’imposition des mains. Or, durant le pre­mier mil­lé­naire, l’Église, en Orient comme en Occident, avait employé l’imposition des mains sans remise des ins­tru­ments, « cer­tains théo­lo­giens furent donc sur­pris que le Concile for­mule cette affir­ma­tion. Elle man­quait d’équilibre et consti­tuait objec­ti­ve­ment une erreur. Mais le Saint-​Siège se mon­tra alors assez tolé­rant et n’interdit pas aux théo­lo­giens d’en dis­cu­ter ni même de sou­le­ver des objec­tions contre cette formulation. »

Siècle après siècle, la majo­ri­té des théo­lo­giens sou­tint que la matière du sacre­ment était uni­que­ment l’imposition des mains.

Des siècles plus tard, en 1947, le pape Pie XII « décla­ra défi­ni­ti­ve­ment, dans un docu­ment solen­nel, que la matière était uni­que­ment – il a bien insis­té sur ce mot – l’imposition des mains. Formellement, il cor­ri­gea donc un concile œcu­mé­nique sur un point de doctrine. »

Le contraste avec notre époque post­con­ci­liaire est rele­vé : « De nos jours, il est inter­dit de dis­cu­ter, de cor­ri­ger ou de modi­fier cer­taines affir­ma­tions à la fois pas­to­rales et doc­tri­nales : la liber­té reli­gieuse, l’œcuménisme et la col­lé­gia­li­té, c’est-à-dire les deux ou trois points qui concernent par­ti­cu­liè­re­ment la Fraternité Saint-​Pie X. Il fau­drait sim­ple­ment les accep­ter, faire quelques efforts intel­lec­tuels, quelques contor­sions men­tales, et tout serait alors réglé. Ce n’est pas honnête. »

Il évoque éga­le­ment l’enseignement du concile de Florence sur le sort des per­sonnes mortes sans bap­tême, qui iraient « immé­dia­te­ment en enfer. Une telle affir­ma­tion est très dés­équi­li­brée. Par la suite, les théo­lo­giens esti­mèrent qu’il lui man­quait quelque chose et qu’elle n’était pas tout à fait exacte. L’Église per­mit d’en dis­cu­ter jusqu’au XIXe siècle. Pie IX publia deux docu­ments, deux ency­cliques, dans les­quels il trai­ta cette ques­tion et cor­ri­gea l’affirmation doc­tri­nale de Florence, en décla­rant que les per­sonnes non bap­ti­sées qui meurent dans ce que l’on appelle l’ignorance invin­cible peuvent être sau­vées par des voies que Dieu seul connaît. »

Pour Mgr Schneider, ces exemples montrent que la dis­cus­sion théo­lo­gique autour d’un ensei­gne­ment non défi­ni­tif ne consti­tue pas une atteinte à l’autorité de l’Église : « Pourquoi ne pas faire preuve de davan­tage de tolé­rance et dire : “Très bien, discutons-​en. Ces trois points sont peut-​être plus impor­tants ; accor­dons la liber­té d’en débattre” ? Pourquoi ne pas pro­po­ser des amen­de­ments, voire des modi­fi­ca­tions ou des cor­rec­tions, afin que ces textes ne soient plus ambigus ? »

L’évêque cite enfin deux lettres du pape Honorius Ier au patriarche de Constantinople et « rele­vant de son magis­tère pon­ti­fi­cal authen­tique ». Sans être direc­te­ment héré­tiques, elles étaient suf­fi­sam­ment ambi­guës pour favo­ri­ser la dif­fu­sion de l’hérésie mono­thé­lite : « elles inci­tèrent le patriarche héré­tique de Constantinople et les héré­tiques d’Orient à conti­nuer de répandre l’hérésie, en se récla­mant du pape Honorius. » L’« her­mé­neu­tique de la conti­nui­té » ten­tée par son suc­ces­seur Jean IV pour ten­ter « de sau­ver la situa­tion, de défendre Honorius » ne fut pas rete­nue par les pon­tifes sui­vants ni par le troi­sième concile de Constantinople. Honorius fut fina­le­ment condam­né, y com­pris par le pape saint Léon II, « en rai­son de cette ambiguïté. »

Mgr Schneider en tire une conclu­sion nette : « Nous ne pou­vons pas conti­nuer avec les textes ambi­gus de Vatican II. Nous devons les cor­ri­ger afin qu’ils deviennent par­fai­te­ment clairs sur l’œcuménisme et la liber­té reli­gieuse, sans lais­ser aucune pos­si­bi­li­té à des inter­pré­ta­tions ambi­guës – les­quelles se sont déjà pro­duites au cours de ces six décennies. »

Selon lui, les consé­quences de ces ambi­guï­tés sont désor­mais mani­festes dans un faux œcu­mé­nisme et une concep­tion rela­ti­viste du dia­logue reli­gieux, qui affai­blissent l’affirmation de l’unique véri­té et de l’unique vraie reli­gion fon­dée par Dieu. « La majo­ri­té des prêtres et des sémi­na­ristes de ce que l’on appelle le Novus Ordo, dans les facul­tés de théo­lo­gie catho­liques actuelles, vous répon­dront : “Les dif­fé­rentes com­mu­nau­tés chré­tiennes suivent toutes la même voie vers Dieu et vers le Christ. Il n’est pas abso­lu­ment néces­saire de se conver­tir.” Cette concep­tion est même éten­due aux non-​chrétiens. Elle se répand de plus en plus, est ensei­gnée dans les facul­tés et prê­chée par des prêtres, et même par des évêques. »

« Je peux mieux comprendre la Fraternité »

Niwa Limbu adresse alors à Mgr Schneider une objec­tion directe : puisqu’il demeure lui-​même un évêque cano­ni­que­ment recon­nu tout en cri­ti­quant les ambi­guï­tés de Vatican II et le nou­veau rite, pour­quoi cette alter­na­tive entre la clar­té de la foi et la recon­nais­sance pon­ti­fi­cale ne concernerait-​elle que la Fraternité ?

Mgr Schneider répond en retra­çant avec fran­chise sa propre évo­lu­tion : « Lorsque je suis deve­nu évêque, je n’avais pas encore plei­ne­ment conscience de ces ques­tions. Je dois être hon­nête. Je suis main­te­nant évêque depuis vingt ans. Je suis spé­cia­liste de patris­tique et j’ai étu­dié tou­jours plus pro­fon­dé­ment la situa­tion : les textes du Concile, son his­toire et ses débats. »

Cette étude lui a fait prendre davan­tage conscience des ambi­guï­tés conci­liaires, mais aus­si des défi­ciences du nou­veau rite : « Nous ne pou­vons pas pré­tendre que le Novus Ordo – autre­ment dit, sa rec­ti­tude ou sa légi­ti­mi­té – n’a pas besoin d’être cor­ri­gé. Nous ne pou­vons pas conti­nuer avec un rite litur­gique aus­si ambi­gu, qui affai­blit la clar­té du carac­tère sacri­fi­ciel de la messe. »

Il ajoute : « J’en ai main­te­nant davan­tage conscience et peux donc mieux com­prendre la Fraternité, qui ne peut sous­crire à ces affir­ma­tions du Concile ni recon­naître la bon­té ou la rec­ti­tude de la nou­velle messe. »

Ancien visi­teur apos­to­lique de la FSSPX, Mgr Schneider rap­pelle les condi­tions que le car­di­nal Gerhard Müller avait encore vou­lu lui impo­ser en 2017. La Fraternité se décla­rait prête à recon­naître la vali­di­té de la nou­velle messe et des nou­veaux sacre­ments. Mais Rome ne vou­lait pas s’en tenir là : elle exi­geait aus­si la recon­nais­sance de la bon­té, de la légi­ti­mi­té et de la rec­ti­tude du nou­veau rite, ain­si qu’une accep­ta­tion glo­bale des ensei­gne­ments de Vatican II comme appar­te­nant à la Tradition de l’Église.

Mgr Schneider affirme avoir alors plai­dé auprès du Saint-​Siège en faveur d’une approche plus mesu­rée : « Je leur ai dit : “Je vous en prie, soyez satis­faits qu’ils soient dis­po­sés à recon­naître la vali­di­té.” Mais le Saint-​Siège ne s’en conten­tait pas. Il adop­ta une approche maxi­ma­liste et exi­gea davan­tage de la Fraternité. Je leur ai dit : “Je vous en prie, adop­tez une approche mini­ma­liste, pour des rai­sons pas­to­rales et historiques.” »

Il rap­pelle que les mêmes exi­gences ont été réaf­fir­mées par le car­di­nal Fernández en février 2026 : pour obte­nir des évêques, la Fraternité devait accep­ter les affir­ma­tions contes­tées de Vatican II et recon­naître la bon­té de la nou­velle messe. Les dis­cus­sions théo­lo­giques étaient pro­po­sées, mais leur conclu­sion était fixée à l’avance.

Un appel au Saint-Père

À la ques­tion de savoir ce qu’il dirait aujourd’hui au pape Léon XIV et au car­di­nal Fernández, Mgr Schneider répond par un aver­tis­se­ment : « Ne com­met­tez pas une grave erreur his­to­rique, afin que l’Église n’ait pas à s’en repen­tir après votre mort et que les pro­chains pon­tifes n’aient pas à s’en repentir. »

Il juge incom­pré­hen­sible qu’en 2026 l’autorité ecclé­sias­tique se montre inca­pable de résoudre un pro­blème d’abord pas­to­ral, même s’il com­porte des élé­ments doc­tri­naux. Il reprend pour cela le voca­bu­laire même constam­ment employé dans l’Église contem­po­raine : « Il nous faut adop­ter une atti­tude et une solu­tion très magna­nimes, véri­ta­ble­ment pas­to­rales et même syno­dales : mani­fes­ter un peu plus d’ouverture et d’esprit syno­dal. » La vraie syno­da­li­té, celle qui cherche le bien de l’Eglise et non sa démo­cra­ti­sa­tion, celle qui écoute les besoins réels des âmes et non les slo­gans du monde, voi­là ce à quoi appelle Mgr Schneider.

La voie pro­po­sée aurait consis­té à per­mettre les consé­cra­tions ou, désor­mais, à recon­naître les évêques consa­crés, afin de créer un cli­mat de confiance per­met­tant la pour­suite des dis­cus­sions. « Puisque le Saint-​Siège est le plus fort, celui qui est le plus fort doit faire preuve de davan­tage d’ouverture envers celui qui est le plus faible et qui ne dis­pose pas d’un tel pou­voir. Du point de vue cano­nique, la Fraternité est sans pou­voir. Le Saint-​Siège est puis­sant : tout le pou­voir se trouve de son côté. »

Mgr Schneider ne nie pas que les dis­cus­sions doc­tri­nales puissent être longues. Mais il demande que la Fraternité soit d’abord « quelque peu inté­grée à la vie nor­male de l’Église », afin que ces échanges puissent se dérou­ler fort d’éléments concrets plus posi­tif et plus fécond, dans un cadre qui per­mette d’avoir une confiance solide. « Mais cela peut prendre du temps, beau­coup de temps. L’Église a tou­jours accor­dé du temps et fait preuve de tolé­rance en per­met­tant de dis­cu­ter cer­taines ques­tions pen­dant de très nom­breuses années. »

Son appel au Pape tient en une phrase : « Vous êtes le seul à pou­voir résoudre cette situa­tion, avec une grande cha­ri­té pater­nelle et beau­coup de magnanimité. »

Une catéchèse qui ne correspond « ni à la réalité ni à l’histoire »

La der­nière par­tie de l’entretien porte sur la caté­chèse don­née par Léon XIV le 26 août 2026. Le Pape y pré­sen­tait la réforme litur­gique post­con­ci­liaire comme ins­crite dans la Tradition vivante de l’Église et ordon­née à une par­ti­ci­pa­tion consciente et active des fidèles, afin qu’ils ne demeurent pas des « spec­ta­teurs muets ».

Pour Mgr Schneider, cette pré­sen­ta­tion reste théo­rique et ne rend compte ni du nou­veau rite lui-​même ni de sa célé­bra­tion habi­tuelle : « Cette caté­chèse n’a pas sai­si la véri­table réa­li­té du Novus Ordo, ni la manière dont il est célé­bré dans l’immense majo­ri­té des cas à tra­vers le monde. Elle n’exprime pas la réa­li­té, ne l’accepte pas et ne la voit pas. Il s’agit plu­tôt d’un dis­cours théo­rique qui ne cor­res­pond pas à la pra­tique telle qu’elle existe réellement. »

Plus fon­da­men­ta­le­ment, il affirme que le rite pro­mul­gué en 1969 ne cor­res­pond pas à ce que les Pères conci­liaires avaient vou­lu à Vatican II lors du débat sur la litur­gie en 1963.

Il invoque tout d’abord le témoi­gnage du car­di­nal Joseph Ratzinger, qui avait assis­té aux débats conci­liaires comme expert. Dans une lettre adres­sée en 1976 au pro­fes­seur Wolfgang Waldstein, celui-​ci aurait affir­mé que le Novus Ordo tel qu’il fut fina­le­ment éla­bo­ré n’était pas ce que les Pères du Concile avaient envisagé.

Mgr Schneider men­tionne éga­le­ment le car­di­nal Ferdinando Antonelli, membre de la com­mis­sion Bugnini char­gée de la réforme, le père Louis Bouyer, expert au Concile puis membre du Consilium, ain­si que l’archimandrite Boniface Luykx. Tous ont témoi­gné du dépas­se­ment des inten­tions conci­liaires par les arti­sans de la réforme. « Ce sont des faits. Nous ne pou­vons pas les nier. Il m’a sem­blé que cette caté­chèse consis­tait sim­ple­ment à fer­mer les yeux et à conti­nuer de répé­ter des for­mules rhé­to­riques qui peuvent être vraies en elles-​mêmes, certes, mais qui ne cor­res­pondent ni à la réa­li­té ni à l’histoire. »

Mgr Schneider invite le Pape et ses conseillers à relire l’intégralité des débats conci­liaires sur la litur­gie. Ceux-​ci montrent, affirme-​t-​il, que les Pères étaient très pru­dents face à toute trans­for­ma­tion radi­cale et que leurs dis­cus­sions por­taient prin­ci­pa­le­ment sur l’usage du latin et des langues vernaculaires.

Or Sacrosanctum Concilium demande expli­ci­te­ment que l’usage de la langue latine soit conser­vé dans le rite romain et que les fidèles puissent réci­ter ou chan­ter ensemble en latin les par­ties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent, le Kyrie, le Gloria, le Credo, l’Agnus Dei et le Sanctus. « Dans plus de 90 % des célé­bra­tions du Novus Ordo, cela n’est abso­lu­ment pas appli­qué. Cette pra­tique s’oppose donc à un man­dat expli­cite du Concile, dont le Saint-​Père devrait éga­le­ment tenir compte lorsqu’il aborde cette question. »

Mgr Schneider rap­porte qu’au cours des débats, un évêque avait aver­ti que l’extension des langues ver­na­cu­laires condui­rait un jour à la célé­bra­tion inté­grale de la messe dans ces langues. L’assemblée avait ri de cette éven­tua­li­té, tan­dis que le pré­sident de la com­mis­sion assu­rait qu’une telle évo­lu­tion ne se pro­dui­rait jamais. « Voilà quelle était l’atmosphère psy­cho­lo­gique du Concile : la majo­ri­té des Pères conci­liaires n’imaginait pas que la messe pour­rait être célé­brée entiè­re­ment dans les langues vernaculaires. »

Aujourd’hui, constate-​t-​il, l’usage exclu­sif des langues ver­na­cu­laires est deve­nu presque géné­ral, tan­dis les prêtres sont sanc­tion­nés lorsqu’ils sou­haitent célé­brer le nou­veau rite en latin.

Mgr Schneider nuance éga­le­ment la concep­tion de la par­ti­ci­pa­tion active. Il ne sou­haite pas que toute l’assemblée demeure sys­té­ma­ti­que­ment muette, mais rap­pelle que la contem­pla­tion silen­cieuse pos­sède sa place dans la messe : « Certaines per­sonnes dési­rent vrai­ment gar­der le silence pen­dant la messe afin de contem­pler inté­rieu­re­ment. La contem­pla­tion est éga­le­ment pos­sible pen­dant la messe. […] Il peut aus­si exis­ter une par­ti­ci­pa­tion active qui demeure sté­rile, parce qu’elle n’est accom­pa­gnée d’aucune par­ti­ci­pa­tion intérieure. »

Du missel de 1965 à celui de 1969

Mgr Schneider rap­pelle enfin que la pre­mière mise en œuvre de la consti­tu­tion litur­gique conci­liaire ne fut pas le mis­sel de 1969, que l’on appelle « nou­velle messe » ou Novus Ordo, mais les réformes intro­duites en 1965. Lorsque les Pères revinrent à Rome pour la der­nière ses­sion du Concile, ils célé­brèrent selon cette litur­gie réformée.

Cette réforme litur­gique de 1965 conser­vait la messe tra­di­tion­nelle « avec seule­ment deux modi­fi­ca­tions : la sup­pres­sion du psaume 42 et celle du der­nier Évangile. Dans l’ancien rite, le psaume 42 était déjà omis à toutes les messes de Requiem pour les défunts, ain­si que pen­dant les deux der­nières semaines pré­cé­dant Pâques, durant le temps de la Passion. Il ne s’agissait donc pas d’une nou­veau­té. Quelle était alors la grande réforme visible de 1965 ? Comme les Pères conci­liaires l’avaient pro­po­sé, elle consis­tait en un emploi plus large de la langue ver­na­cu­laire. La pre­mière par­tie de la messe, jusqu’à la pré­face, était en langue ver­na­cu­laire, puis de nou­veau après le canon. » Mais, insiste Mgr Schneider, de la pré­face à la fin du canon, par­ties cen­trales de la messe, le latin demeu­rait obli­ga­toire et le canon conti­nuait d’être réci­té à voix basse. Selon lui, « il s’agissait d’une réforme très pru­dente et orga­nique, comme le Concile l’avait demandé. »

La rup­ture s’est pro­duite après le Concile. En 1967, Annibale Bugnini pré­sen­ta au pre­mier Synode des évêques le pro­jet de la messe qui devait être pro­mul­guée deux ans plus tard. Or la majo­ri­té des Pères syno­daux – qui avaient eux-​mêmes par­ti­ci­pé au Concile – ne l’approuva pas. « Vous le voyez : en 1967, la majo­ri­té des Pères syno­daux, qui avaient encore été Pères conci­liaires deux ans aupa­ra­vant, n’approuva pas la messe de 1969. »

Précisons ici que Mgr Lefebvre avait lui-​même sui­vi pen­dant un temps les réformes intro­duites à par­tir de 1965. Mais cette litur­gie, qui ne dura que quelques années dans le cli­mat d’aggior­na­men­to de l’époque, ne consti­tua pas un usage stable et durable : les mis­sels cor­res­pon­dants furent peu dif­fu­sés, tan­dis que se suc­cé­daient rapi­de­ment modi­fi­ca­tions et célé­bra­tions expé­ri­men­tales, jusqu’à la pro­mul­ga­tion du nou­veau rite en 1969. Sa mise en place ne fut cepen­dant pas ins­tan­ta­née, et les usages tran­si­toires issus des réformes de 1965 et de 1967 conti­nuèrent quelque temps à être pratiqués. 

Peu de temps après sa fon­da­tion en 1970, la Fraternité Saint-​Pie X choi­sit cepen­dant de s’en tenir aux livres de 1962, der­nière édi­tion stable et uni­ver­sel­le­ment publiée du rite romain tra­di­tion­nel avant cette période d’expérimentation. En adop­tant les livres de 1962 comme norme com­mune, la Fraternité contri­bua lar­ge­ment à faire de cette édi­tion la réfé­rence de la messe tra­di­tion­nelle et de la résis­tance litur­gique. Lorsque Rome vou­lut octroyer sous condi­tion la célé­bra­tion du rite tra­di­tion­nel, en 1984, 1988 et enfin 2007, c’est donc ce même mis­sel qu’elle retint : der­nière édi­tion typique anté­rieure aux réformes conci­liaires, mais aus­si celle que la FSSPX – prin­ci­pal ins­ti­tut for­mant et ordon­nant dans les années 1970 des prêtres exclu­si­ve­ment pour la messe tra­di­tion­nelle – avait main­te­nue vivante et lar­ge­ment diffusée.

Cette suc­ces­sion rapide de réformes, depuis celle de 1965 jusqu’au nou­veau rite de 1969, confirme le constat de Mgr Schneider : la messe fina­le­ment pro­mul­guée par Paul VI dépas­sa lar­ge­ment ce que les Pères conci­liaires avaient envi­sa­gé. L’évêque achève donc son ana­lyse en expri­mant ce regret à l’adresse de Léon XIV : « J’aurais sou­hai­té que le pape Léon étu­die ces ques­tions avant de pro­non­cer son dis­cours : qu’il exa­mine tous ces élé­ments his­to­riques et fac­tuels, lise les débats et écoute les témoins. »

Or, une telle peste, éga­le­ment fatale à la socié­té et au nom chré­tien, trouve sa ruine dans le dogme de l’Immaculée Conception de Marie, par l’obligation qu’il impose de recon­naître à l’Église un pou­voir, devant lequel non seule­ment la volon­té ait à plier, mais encore l’esprit. Car c’est par l’effet d’une sou­mis­sion de ce genre que le peuple chré­tien adresse cette louange à la Vierge : Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache ori­gi­nelle n’est point en vous (Alléluia de la messe de l’Immaculée Conception).

Et par là se trouve jus­ti­fié une fois de plus ce que l’Église affirme d’elle, que, seule, elle a exter­mi­né les héré­sies dans le monde entier.

Que si la foi, comme dit l’Apôtre, n’est pas autre chose que le fon­de­ment des choses à espé­rer (Hebr. XI, 1), on convien­dra aisé­ment que par le fait que l’Immaculée Conception de Marie confirme notre foi, par là aus­si elle ravive en nous l’espérance. D’autant plus que si la Vierge a été affran­chie de la tache ori­gi­nelle, c’est parce qu’elle devait être la Mère du Christ : or, elle fut Mère du Christ afin que nos âmes pussent revivre à l’espérance des biens éternels.

Et main­te­nant, pour omettre ici la cha­ri­té à l’égard de Dieu, qui ne trou­ve­rait dans la contem­pla­tion de la Vierge imma­cu­lée un sti­mu­lant à gar­der reli­gieu­se­ment le pré­cepte de Jésus-​Christ, celui qu’il a décla­ré sien par excel­lence, savoir que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous a aimés ?

Marie veille sur l’Eglise

Un grand signe – c’est en ces termes que l’apôtre saint Jean décrit une vision divine – un grand signe est appa­ru dans le ciel : une femme, revê­tue du soleil, ayant sous ses pieds la lune, et, autour de sa tête, une cou­ronne de douze étoiles (Apoc. XII, 1). Or, nul n’ignore que cette femme signi­fie la Vierge Marie, qui, sans atteinte pour son inté­gri­té, engen­dra notre Chef. Et l’Apôtre de pour­suivre : Ayant un fruit en son sein, l’enfantement lui arra­chait de grands cris et lui cau­sait de cruelles dou­leurs (Apoc. XII, 2). Saint Jean vit donc la très sainte Mère de Dieu au sein de l’éternelle béa­ti­tude et tou­te­fois en tra­vail d’un mys­té­rieux enfan­te­ment. Quel enfan­te­ment ? Le nôtre assu­ré­ment, à nous qui, rete­nus encore dans cet exil, avons besoin d’être engen­drés au par­fait amour de Dieu et à l’éternelle féli­ci­té. Quant aux dou­leurs de l’enfantement, elles marquent l’ardeur et l’amour avec les­quels Marie veille sur nous du haut du ciel, et tra­vaille, par d’infatigables prières, à por­ter à sa plé­ni­tude le nombre des élus.

C’est notre désir que tous les fidèles s’appliquent à acqué­rir cette ver­tu de cha­ri­té, et pro­fitent sur­tout pour cela des fêtes extra­or­di­naires qui vont se célé­brer en l’honneur de la Conception imma­cu­lée de Marie.

Avec quelle rage, avec quelle fré­né­sie n’attaque-t-on pas aujourd’hui Jésus-​Christ et la reli­gion qu’il a fon­dée ! Quel dan­ger donc pour un grand nombre, dan­ger actuel et pres­sant, de se lais­ser entraî­ner aux enva­his­se­ments de l’erreur et de perdre la foi ! C’est pour­quoi que celui qui pense être debout prenne garde de tom­ber (I Cor. X, 12). Mais que tous aus­si adressent à Dieu, avec l’appui de la Vierge, d’humbles et ins­tantes prières, afin qu’il ramène au che­min de la véri­té ceux qui ont eu le mal­heur de s’en écar­ter. Car Nous savons d’expérience que la prière qui jaillit de la cha­ri­té et qui s’appuie sur l’intercession de Marie n’a jamais été vaine.

Assurément, il n’y a pas à attendre que les attaques contre l’Église cessent jamais : car il est néces­saire que des héré­sies se pro­duisent, afin que les âmes de foi éprou­vée soient mani­fes­tées par­mi vous (I Cor. XI, 19). Mais la Vierge ne lais­se­ra pas, de son côté, de nous sou­te­nir dans nos épreuves, si dures soient-​elles, et de pour­suivre la lutte qu’elle a enga­gée dès sa concep­tion, en sorte que quo­ti­dien­ne­ment nous pour­rons répé­ter cette parole : Aujourd’hui a été bri­sée par elle la tête de l’antique ser­pent (Office de l’Immaculée Conception, IIe Vêpres).

(Sources : AdVaticanum – FSSPX Actualités)