Le rapport « Persécutés et Oubliés ? » 2026 de l’Aide à l’Église en Détresse met en évidence l’intensification des violences contre les chrétiens.
Le rapport « Persécutés et oubliés ? » (2024–2026) de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) dresse un bilan alarmant : dans 55 % des 18 pays étudiés, l’oppression envers les chrétiens s’est aggravée. À l’échelle mondiale, environ 220 millions de chrétiens sont directement exposés à la persécution. Selon le Pew Research Center, le harcèlement anti-chrétien a été recensé dans 165 pays en 2023, touchant les chrétiens plus que tout autre groupe confessionnel.
Si ce document utilise abondamment l’expression de liberté religieuse, il met surtout en évidence les restrictions toujours plus fortes, dans de nombreuses régions du monde, à la pratique de l’unique vraie religion catholique. En voici quelques exemples développés dans ce rapport.
1. Afrique subsaharienne : le foyer de la violence terroriste
L’Afrique subit une vague de terrorisme islamiste fulgurante, le continent abritant 6 des 10 pays les plus touchés par le terrorisme mondial (notamment le Burkina Faso au 2e rang, le Niger au 3ᵉ, le Nigeria au 4ᵉ et le Mali au 5ᵉ).
- Nigeria : les violences dans la Middle Belt ont contribué au déplacement de plus de 3,5 millions de personnes à l’intérieur du pays. Des attaques ciblées, comme celle de Yelewata en juin 2025, ont fait plus de 200 morts en une seule nuit. Les enlèvements de femmes et d’enfants chrétiens restent massifs (par exemple, 253 enfants enlevés dans une école catholique en novembre 2025 avant d’être libérés un mois plus tard).
- Burkina Faso : les groupes djihadistes contrôlent au moins 40 % du territoire, imposent la charia et commettent des exécutions sommaires, à l’instar du massacre de 26 hommes chrétiens à Sanaba en août 2024.
- Mozambique : dans la province de Cabo Delgado, l’insurrection islamiste a fait plus de 1 000 morts chrétiens depuis 2017, accompagnés de destructions d’églises et du déplacement rapide de 60 000 personnes en l’espace de deux semaines en août 2025.
- Mali : le pays concentre près de 75 % de ses attaques dans les zones frontalières, où des taxes islamiques oppressives (jizya) sont imposées aux chrétiens sous peine de fermeture des églises.
2. Proche et Moyen-Orient : menace existentielle et conflits
La région fait face à un exode massif menaçant la survie historique du christianisme.
- Syrie : depuis 2011, la population chrétienne s’est effondrée de plus de 80 % (atteignant même une baisse de 84 % en 14 ans). L’instabilité politique post-Assad et des attaques d’envergure — comme l’attentat-suicide contre l’église Mar Elias à Damas en juin 2025 qui a fait 25 morts et 63 blessés — accentuent la peur des minorités.
- Irak : la population chrétienne nationale est estimée entre 150 000 et 250 000 personnes (soit seulement 0,3 % de la population totale), minée par l’insécurité économique et les répercussions des tensions régionales, forçant des dizaines de familles supplémentaires à fuir des localités comme Alqosh.
- Égypte : malgré des avancées administratives (avec l’acceptation de 3 804 demandes sur 5 500 pour la construction d’églises), la Haute-Égypte reste marquée par des enlèvements récurrents de jeunes femmes chrétiennes forcées de se convertir et de se marier, avec plus de 30 cas documentés pour la seule année 2024.
- Liban : les conflits frontaliers récents ont provoqué le déplacement d’au moins un million de personnes à travers le pays, vidant de nombreuses localités chrétiennes du Sud.
3. Asie : autoritarisme étatique et nationalisme religieux
L’Asie cumule les pressions de régimes communistes intransigeants et de mouvements nationalistes radicaux.
- Corée du Nord : le régime maintient une répression absolue assimilant le christianisme à une influence occidentale ennemie. Sur une population carcérale estimée à 190 000 prisonniers politiques, les chrétiens y représentent une part importante, subissant travaux forcés et tortures pour simple possession d’une Bible. « Le christianisme est presque totalement invisible dans un pays qui, avant la guerre de Corée (1950–1953), comptait jusqu’à 3 000 églises. Fin 2025, le régime aurait “pratiquement exterminé les églises clandestines”, et les autorités se sont félicitées “d’avoir réussi à contrôler la religion” ».
- Chine : la répression s’est intensifiée avec de nouvelles lois sur le numérique (comme le Code de conduite de septembre 2025 interdisant les cultes et prêches en ligne sans licence spéciale) et des arrestations massives. Un nombre croissant de provinces, dont le Henan et le Xinjiang, interdisent aux personnes de moins de 18 ans de participer au culte.
- Inde : la violence antichrétienne a recensé plus de 700 incidents en 2025 (perturbations de cultes, agressions de prêtres, profanations). En avril 2025, dans le district de Nabarangpur (État d’Odisha), des extrémistes ont empêché l’inhumation de Saravan Gond, âgé de 21 ans, le 16 avril, exigeant que sa famille se convertisse à l’hindouisme. Alors que la famille avait refusé et procédé à l’enterrement sur son propre terrain, la mère et la sœur (âgée de 16 ans) du défunt ont été agressées. La famille a pris la fuite. Désormais, 14 États indiens se sont dotés de lois dites « anti-conversion ».
- Pakistan : le pays fait face à des persécutions endémiques, illustrées par l’augmentation des affaires de blasphème (avec 344 cas recensés en 2024 par le Center for Social Justice, touchant de manière disproportionnée les chrétiens) et des enlèvements de jeunes filles mineures estimés à environ 2 000 par an en vue de mariages forcés.
4. Amérique latine : le cas du Nicaragua
- Nicaragua : le régime durcit une répression désastreuse. Depuis 2018, plus de 1 000 agressions contre l’Église ont été comptabilisées, incluant le retrait arbitraire de la nationalité pour des opposants, l’exil forcé de 261 membres du clergé (dont plusieurs évêques) et l’interdiction de milliers de processions publiques de la Semaine sainte.
« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jn 15, 18 et 20).
Source : Aide à l’Église en Détresse. Image : Godong.







