Conférence intitulée La victoire du Christ sur la prise de contrôle hostile au sein de l’Église, donnée au Congrès organisé à Pittsburgh (États-Unis) par le journal The Remnant, le 3 octobre 2026.

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La crise de l’Église ne se joue pas seulement dans les débats doctrinaux : elle touche, selon Mgr Athanasius Schneider, jusqu’à ses structures de gouvernement. À la Catholic Identity Conference, organisée à Pittsburgh (États-Unis) par le journal The Remnant, le 3 octobre 2026, le prélat a confronté cette situation aux grandes épreuves de l’histoire catholique, où les simples fidèles ont parfois dû défendre la foi contre leurs propres pasteurs.
« Nous sommes témoins d’une crise sans précédent dans l’Église, d’une prise de contrôle hostile des structures administratives stratégiques de l’Église catholique. » Le ton est donné dès l’ouverture de la conférence de Mgr Schneider, intitulée La victoire du Christ sur la prise de contrôle hostile au sein de l’Église. Le prélat dénonce la propagation « non seulement d’ambiguïtés doctrinales empoisonnées, mais même d’hérésies ouvertement professées dans les rangs du haut clergé », phénomène qui, dans certains cas, « confine à l’apostasie ».
Pour comprendre cette situation, il revient à l’avertissement du Christ : « Dans le monde, vous aurez à souffrir ; mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33). Ce monde, explique-t-il, désigne une société et une culture qui s’organisent indépendamment de Dieu, jusqu’à devenir hostiles à la Révélation et à la royauté du Christ. Or, au cours des soixante dernières années, cet esprit du monde a progressivement pénétré les structures ecclésiastiques, au point d’en occuper les postes administratifs stratégiques.
Vatican II et l’entrée de la « fumée de Satan »
Mgr Schneider s’interroge sur le changement de perspective intervenu à la veille du concile Vatican II. Pendant vingt siècles, l’Église avait puisé sa vitalité dans les sources de l’Écriture et de la Tradition, les sacrements et l’exemple de ses innombrables saints. Pourquoi aurait-elle soudain eu besoin d’ouvrir ses fenêtres pour recevoir l’air frais du monde moderne ? Et de quel monde s’agissait-il ? D’un monde marqué par le matérialisme consumériste, l’esprit de la Révolution française et les philosophies modernes.
Depuis Vatican II, affirme-t-il, les conséquences de cette ouverture sont devenues manifestes. Il rappelle les paroles de Paul VI, le 29 juin 1972 : « Par quelque fissure, la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu. » L’évêque cite alors un témoignage moins connu, celui de Mgr Manoel Pestana, évêque d’Anápolis, au Brésil, de 1979 à 2004, qui fut son professeur et l’ordonna prêtre. Surnommé l’« Athanase du Brésil », ce prélat déclarait en 1988 : « Ce n’est pas seulement la fumée de Satan qui est entrée dans l’Église par une ouverture cachée, comme l’avait dit Paul VI. C’est plutôt par les grandes portes que le diable est entré triomphalement, jusque dans les plus hautes sphères de l’Église, par l’intermédiaire de ses fidèles serviteurs. »
Mgr Pestana allait jusqu’à demander, dans la préface d’un livre du célèbre exorciste Gabriele Amorth, qui chasserait les démons des séminaires, des résidences épiscopales, des conférences épiscopales et même des palais pontificaux.
Pour Mgr Schneider, la crise actuelle dépasse par son étendue celle de l’arianisme au IVe siècle. Cette dernière avait principalement pour objet la divinité du Christ. Aujourd’hui, les désordres touchent simultanément la doctrine, la morale, la liturgie et la discipline. « C’est comme un corps atteint d’une maladie qui ne touche pas seulement un organe, mais tous les organes. »
Toutefois, cette maladie ne saurait être mortelle : l’Église est indestructible, parce qu’elle est d’institution divine. Le Christ demeure sa tête, le Saint-Esprit l’assiste et la Sainte Vierge est sa Mère. La vérité peut être obscurcie et défigurée, mais seulement pour un temps.
Saint Athanase : les églises occupées, la foi conservée
Pour éclairer la situation présente, Mgr Schneider fait appel à saint Athanase, qui connut au IVe siècle la persécution des défenseurs de la foi catholique par les ariens. Alors que les hérétiques occupaient les édifices religieux et les sièges épiscopaux, le grand docteur de l’Église encourageait les fidèles demeurés attachés à la foi apostolique : « Ils peuvent occuper nos églises, mais ils se tiennent en dehors de la vraie foi. Vous restez à l’extérieur des lieux de culte, mais la foi demeure en vous. »
Puis cette question : « Qui a perdu et qui a gagné dans cette lutte ? Celui qui détient le siège ou celui qui maintient la foi ? » Les bâtiments et les charges ecclésiastiques, rappelle saint Athanase, sont de bonnes choses lorsqu’ils servent à transmettre la foi des Apôtres. Mais ils ne sauraient remplacer cette foi. « Même si les catholiques fidèles à la Tradition étaient réduits à une simple poignée, ils seraient la véritable Église de Jésus-Christ. »
Mgr Schneider voit dans ces paroles une consolation particulière pour les catholiques attachés à la Tradition, aujourd’hui marginalisés ou persécutés au sein même de l’Église.
Il rappelle néanmoins, avec saint Augustin, que l’Église terrestre demeure un corps mêlé de bons et de mauvais, à l’image du champ où croissent ensemble le bon grain et l’ivraie. Cette réalité concerne aussi bien le haut clergé que les simples fidèles. Le jugement définitif appartient à Dieu.
Un enfant martyr face à un évêque apostat
L’évêque auxiliaire d’Astana s’attarde ensuite sur un épisode saisissant des persécutions romaines : le martyre des chrétiens d’Abitène, en Afrique du Nord, au début du IVe siècle.
Un dimanche, le prêtre Saturnin célébrait clandestinement la messe avec ses paroissiens, malgré l’interdiction impériale. Les autorités firent irruption et arrêtèrent l’assemblée, parmi laquelle se trouvaient les enfants du prêtre, nés avant son ordination sacerdotale. L’un d’eux, Hilarion, n’avait que six ans. Conduits devant le tribunal, les chrétiens rencontrèrent leur propre évêque, Fundanus, qui venait de commettre un acte d’apostasie en offrant de l’encens à une idole.
Le contraste était saisissant : tandis que l’évêque avait renié sa foi pour préserver sa vie, ses fidèles, jusqu’aux plus jeunes, acceptaient de mourir pour le Christ.
Interrogé par le juge, le petit Hilarion répondit : « Je suis chrétien. J’ai assisté à l’assemblée. J’y suis allé de mon plein gré. Personne ne m’y a obligé. » Le magistrat tenta de l’effrayer en le menaçant de lui couper le nez et les oreilles. L’enfant ne céda pas : « Vous pouvez le faire, mais quoi qu’il arrive, je suis chrétien. » Lorsque la sentence fut prononcée, les martyrs s’écrièrent : Deo gratias ! – « Rendons grâces à Dieu ! »
Pour Mgr Schneider, ces chrétiens accomplirent par leur martyre une véritable réparation pour l’apostasie de leur évêque. L’histoire montre ainsi que Dieu permet parfois que les simples fidèles possèdent davantage de force et de fidélité que certains membres du haut clergé.
Quand les fidèles obligèrent un pape à condamner l’erreur
Autre exemple, plus inattendu encore : un épisode du pontificat d’Eugène Ier, au VIIe siècle, en pleine crise du monothélisme. Élu en 654, le pape envoya des légats à Constantinople. Ceux-ci revinrent avec une demande de l’empereur : le pontife devait reconnaître le patriarche hérétique de Constantinople et approuver une lettre dont les formulations étaient, sinon ouvertement hérétiques, du moins doctrinalement ambiguës.
Cette lettre fut examinée publiquement dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, à Rome. Le clergé et les fidèles furent si scandalisés par ces ambiguïtés qu’ils refusèrent de laisser le pape commencer la célébration de la messe avant qu’il eût publiquement promis de ne pas reconnaître le patriarche et de condamner sa lettre.
Mgr Schneider ne manque pas de relever le caractère particulièrement actuel de cet épisode. « Que se passerait-il si les laïcs, dans certaines assemblées dites synodales de notre époque, demandaient au pape et aux évêques de condamner les hérésies et les ambiguïtés les plus répandues dans la doctrine et la pratique au sein de l’Église ? » Et d’ajouter : « Voilà ce que serait une méthode synodale véritablement catholique ! »
Car le pape et les évêques « ne sont pas les maîtres ni les auteurs de la foi, mais doivent en être les gardiens, les défenseurs et les amoureux fidèles et scrupuleux ».
Le pape porté par les prières d’une religieuse
La conférence prend ensuite une dimension plus spirituelle. Mgr Schneider rappelle que les membres de la hiérarchie, malgré leur autorité, sont eux-mêmes soutenus par les prières et les sacrifices des plus humbles membres de l’Église.
Il rapporte à ce sujet une vision attribuée au cardinal Nicolas de Cues, au XVe siècle. Dans une petite église ancienne, le cardinal aperçoit plus d’un millier de religieuses en prière. Toutes se tiennent debout, les bras ouverts, les paumes tournées vers le ciel. Dans leurs mains, elles portent mystérieusement des hommes, des femmes, des rois, des empereurs, des villes et des pays entiers.
Une jeune religieuse, frêle et presque enfantine, porte le pape. La charge paraît très lourde pour elle, mais son visage rayonne de joie. Le cardinal découvre ensuite sa propre personne dans les mains d’une religieuse âgée. Il distingue jusqu’aux fautes de son âme et de sa vie. Son guide lui explique que ces prières soutiennent les pécheurs qui, malgré leurs faiblesses, n’ont pas cessé d’aimer Dieu.
Mais qu’en est-il de ceux qui n’aiment plus ? Conduit dans la crypte, le cardinal aperçoit d’autres religieuses qui portent cette fois les âmes non dans leurs mains, mais dans leurs cœurs. Certaines retrouvent l’amour de Dieu grâce à ces sacrifices ; d’autres devront répondre devant le Juge divin des grâces offertes pour elles. « Tout sacrifice porte du fruit », conclut le récit.
Par cette image, Mgr Schneider souligne la puissance cachée de la vie contemplative et des sacrifices offerts pour l’Église, y compris pour ses pasteurs infidèles.
« Nous devons réveiller le Seigneur »
La crise actuelle ne doit pas conduire les catholiques au désespoir. Pour le montrer, Mgr Schneider revient à l’image évangélique de la barque des Apôtres, battue par les flots, tandis que le Christ dort. Le Seigneur paraît absent, mais il demeure présent. Il se lèvera et commandera à la tempête, comme il l’a fait sur le lac de Tibériade.
L’évêque raconte une retraite prêchée par le cardinal Robert Sarah à plusieurs évêques en Pologne. Évoquant précisément cette scène évangélique, le cardinal avait déclaré : « Nous devons réveiller le Seigneur ! » Un autre évêque lui avait alors répondu : « Éminence, si nous dormons nous aussi, qui réveillera alors le Seigneur ? »
Comment réveiller le Seigneur aujourd’hui ? Par une véritable tempête de prières, par l’offrande des sacrifices et par des actes de réparation, répond Mgr Schneider.
Il rapporte également une anecdote du cardinal Joseph Zen, grand défenseur de l’Église en Chine et amoureux de la liturgie traditionnelle. Interrogé sur son chant grégorien préféré, le cardinal avait choisi l’introït du dimanche de la Sexagésime : Exsurge, quare obdormis, Domine ? Exsurge, Domine, adjuva nos et libera nos. « Levez-vous, Seigneur ! Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous, Seigneur, secourez-nous et délivrez-nous ! »
Le cardinal Zen raconta qu’il avait un jour chanté cet introït devant un cardinal romain qui demeurait sourd à ses explications concernant une affaire importante pour l’Église. Exsurge ! – « Réveillez-vous ! »
La Croix, les familles et les jeunes prêtres : les signes du relèvement
Mgr Schneider rappelle que la Croix demeure le signe distinctif des chrétiens. Elle n’est pas une simple décoration, mais l’instrument de notre salut. Ave crux, spes unica : « Salut, ô Croix, notre unique espérance ! » Les souffrances endurées pour la fidélité à la foi ne sont pas inutiles lorsqu’elles sont unies au sacrifice du Christ. Un jour, affirme-t-il, les catholiques remercieront Dieu même pour les épreuves traversées au milieu de cette terrible tempête.
Il discerne déjà les instruments du renouvellement de l’Église dans les grandes familles catholiques, les religieuses contemplatives, les ermites, les jeunes fidèles, les séminaristes et les prêtres qui aiment la foi et la liturgie traditionnelles. « Dieu aime précisément se servir des petits pour accomplir ses œuvres toutes-puissantes. »
Le prélat rappelle aussi les paroles de Mgr Fulton Sheen, adressées en 1972 aux Chevaliers de Colomb : « Qui va sauver notre Église ? Ce ne sont pas nos évêques. Ce ne sont pas nos prêtres. Ce ne sont pas les religieux. C’est à vous, fidèles, qu’il appartient de le faire. » Il ne s’agit pas pour les laïcs de se substituer à la hiérarchie, mais de veiller à ce que les prêtres agissent en prêtres, les évêques en évêques et les religieux en religieux.
La vision d’une basilique Saint-Pierre restaurée
Pour achever son intervention, Mgr Schneider évoque une vision de la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich, reçue pendant l’octave de Noël 1819. La mystique allemande vit la basilique Saint-Pierre de Rome en cours de démolition. Des membres du clergé participaient à sa destruction.
Une femme majestueuse apparut alors au-dessus de la coupole et étendit sur la basilique un manteau lumineux, semblable à de l’or. Les démolisseurs ne purent plus approcher. De l’autre côté, des hommes âgés, malades ou oubliés, de nombreux jeunes gens, des femmes, des enfants, des clercs et des laïcs se mirent à reconstruire l’édifice. La basilique fut bientôt restaurée.
Puis apparut un nouveau pape, plus jeune et plus austère que son prédécesseur. Il écarta plusieurs membres de son entourage, y compris des ecclésiastiques de haut rang, et s’entoura d’autres collaborateurs, clercs et laïcs. Une grande solennité fut alors célébrée dans la basilique restaurée. Mgr Schneider voit dans cette vision une image réconfortante de la restauration future de l’Église.
Il termine en invitant les catholiques à demander sans relâche de saints papes, qui ne craignent pas les puissants de ce monde, ne transigent pas avec l’esprit du temps, défendent la foi jusqu’au sang et transmettent fidèlement la vénérable liturgie romaine. Le Saint-Siège doit resplendir de nouveau comme la chaire de vérité pour le monde entier.
Malgré la profondeur de la crise, le prélat demeure assuré de l’issue du combat : « Nous croyons et nous espérons en la victoire du Christ sur la prise de contrôle hostile au sein de l’Église. Christus vincit ! »
Source : Catholic Identity Conference – FSSPX.Actualités
Photo : Capture écran YT Catholic Identity Conference









