Brebis égarées

Troupeau de brebis..

Cet été, un bélier et quatre bre­bis se sont éga­rés dans le parc d’un prieu­ré, loin de leur enclos habi­tuel. Une occa­sion pour se livrer à quelques réflexions sur ces inof­fen­sifs quadrupèdes.

Vous êtes-​vous déjà deman­dé pour­quoi Jésus com­pare ses fidèles à des bre­bis ? Pour ceux qui ont côtoyé des bre­bis au cours de leur exis­tence, une chose vient immé­dia­te­ment à l’esprit : cette com­pa­rai­son n’est pas du tout flat­teuse. Les bre­bis comptent par­mi les ani­maux les moins fas­ci­nants qui soient.

En Australie, un de nos fidèles élève des bre­bis sur un vaste domaine (des mil­liers d’hectares) en Nouvelle-​Galles du Sud. Il suf­fit de visi­ter sa ferme pour com­prendre que les mou­tons ne sont pas par­ti­cu­liè­re­ment intel­li­gents. L’un d’entre eux s’était avan­cé dans un étang un jour pour boire et s’y était retrou­vé embour­bé. Il ne pou­vait plus en sor­tir et lorsque le pro­prié­taire s’en est aper­çu, il était trop tard : le mal­heu­reux ani­mal avait déjà été aveu­glé par les cor­beaux et son sort était scellé.

Les mou­tons n’ont aucun sens de l’orientation non plus. Ils suivent le chef, n’importe quel chef en fait, cela peut être le mou­ton qui est le pre­mier à bou­ger. Puis, un par un, les mou­tons le suivent, ce qui n’est pas tou­jours pour le mieux, comme en 2006 dans l’est de la Turquie où 400 mou­tons ont trou­vé la mort après qu’un d’entre eux eut ten­té de tra­ver­ser un ravin de 15 mètres de profondeur.

Les mou­tons sont éga­le­ment sans défense. Ils ne peuvent pas se pro­té­ger eux-​mêmes contre les pré­da­teurs. Dans de nom­breux pays, les mou­tons sont des proies faciles pour les loups, les ber­gers de Savoie le savent bien. Les loups, les din­gos (chiens sau­vages aus­tra­liens) et les coyotes sont res­pon­sables de la dis­pa­ri­tion d’un tiers de la popu­la­tion ovine mon­diale selon les sta­tis­tiques officielles.

Les mou­tons doivent aus­si être soi­gnés, lavés et ton­dus régu­liè­re­ment. Une toi­son trop épaisse se salit et attire des insectes qui rendent la vie des mou­tons insup­por­table ; ils deviennent agi­tés et finissent sou­vent par mou­rir de mala­dies de peau. Une toi­son épaisse gêne éga­le­ment leurs dépla­ce­ments et les empêche de voir quoi que ce soit.

Mais tout n’est pas néga­tif chez le mou­ton. Le mou­ton a des qua­li­tés. Sur un site inter­net, un éle­veur donne des conseils à ceux qui sou­haitent éle­ver des mou­tons. Il explique que le com­por­te­ment gré­gaire des mou­tons est un atout pour eux. Les mou­tons fuient ce qui les effraie et se regroupent en grands trou­peaux pour se pro­té­ger. C’est la seule pro­tec­tion dont ils dis­posent contre les pré­da­teurs. L’union fait la force. Les mou­tons sont des ani­maux très sociables. Lorsqu’ils paissent, ils ont besoin de voir d’autres mou­tons. Un mou­ton devien­dra très agi­té s’il est sépa­ré du reste du troupeau.

Les mou­tons ont aus­si une très bonne vue. D’un simple mou­ve­ment de tête, ils sont capables de scru­ter leur envi­ron­ne­ment. Leur champ de vision s’étend de 191 à 306 degrés, selon la quan­ti­té de laine qui recouvre leur visage. Les mou­tons ont éga­le­ment une excel­lente ouïe. Ils peuvent ampli­fier et loca­li­ser les sons grâce à leurs oreilles. Les mou­tons sont effrayés par les bruits forts et sou­dains, tels que les cris ou les aboie­ments. Face à des bruits forts et à d’autres sons inha­bi­tuels, les mou­tons deviennent ner­veux, agi­tés et plus dif­fi­ciles à gérer. Pour mini­mi­ser leur stress, le ber­ger doit par­ler d’une voix douce et calme. Les mou­tons en bonne san­té ont bon appé­tit. Ils ont presque tou­jours faim. Le manque d’appétit est pro­ba­ble­ment le symp­tôme le plus cou­rant chez un mou­ton malade.

Transposé au monde spi­ri­tuel, ce manque d’appétit pour­rait s’appeler l’acédie ou la paresse, signe d’une vie catho­lique mal­saine. À vous de trou­ver l’application spi­ri­tuelle de toutes les autres carac­té­ris­tiques de cet ani­mal sym­pa­thique ; mais une chose est sûre, les mou­tons, les bre­bis, ont vrai­ment besoin d’un berger !

Source : Le Saint Anne N°371. Photo : Godong.