Première messe pontificale de Monseigneur Michel de Sivry

Sermon et repor­tage pho­to de la pre­mière messe de Monseigneur Michel de Sivry, à l’é­glise Saint-​Joseph à Bruxelles

Sermon

Très chers confrères dans le sacer­doce, révé­rends frères, chères sœurs, bien chers fidèles,

C’est aujourd’­hui une grande joie de célé­brer cette pre­mière messe pon­ti­fi­cale dans cette église Saint-​Joseph ; saint Joseph, patron de l’Église universelle.

Nous sommes dans l’action de grâces après ces sacres épis­co­paux qui ne sont rien d’autre qu’un acte de fidé­li­té envers la Sainte Église catho­lique et la Tradition catho­lique. J’ai une pen­sée par­ti­cu­lière pour notre cher fon­da­teur, Son Excellence Monseigneur Lefebvre, dont le cou­rage, la pru­dence et la foi sont désor­mais pour nous un modèle.

Je remer­cie mes chers confrères de leur pré­sence et de leur ami­tié sacer­do­tale. Certains sont venus de loin pour assis­ter à cette pre­mière messe. Je vou­drais remer­cier nos frères, nos sœurs et vous, mes bien chers frères, pour cet élan de foi et de cha­ri­té qui nous a accom­pa­gnés jusqu’aux sacres.

Sachez-​le, toutes ces prières, ces sacri­fices, nous ont beau­coup por­tés et nous donnent beau­coup d’en­thou­siasme pour abor­der ce minis­tère épis­co­pal. Nous sommes dans la joie de répondre à votre demande de rece­voir les sacre­ments tels que l’Église les a tou­jours donnés.

Nous conti­nuons donc ce que le pape saint Pie X a tra­cé pour la Sainte Église au début du XXe siècle : Omnia ins­tau­rare in Christo, « Tout res­tau­rer dans le Christ ». Voilà notre mis­sion par­ti­cu­lière, pro­vi­den­tielle, que nous devons continuer.

Des sacres pour garder intact le dépôt de la foi

Mes bien chers frères, ces sacres épis­co­paux ne sont en rien un acte “de nature” ou un acte pro­pre­ment dit « schis­ma­tique ». Ces sacres sont tout sauf « schis­ma­tiques ». Les nou­veaux évêques de la Fraternité Saint-​Pie X n’ont aucune juri­dic­tion territoriale.

Nous ne sommes pas schis­ma­tiques parce que nous recon­nais­sons que le pape Léon XIV est bel et bien le chef visible de l’Église. Et nous prions chaque jour à son inten­tion, et nous conti­nue­rons de prier à son inten­tion, chaque jour au moment du Saint-​Sacrifice de la Messe.

Nous ne sommes pas schis­ma­tiques parce que nous croyons de tout notre cœur toutes les véri­tés que l’Église a ensei­gnées, toutes les véri­tés que notre Seigneur Jésus-​Christ nous a trans­mises. Et nous sommes prêts à les signer de notre sang.

Nous ne sommes pas schis­ma­tiques parce que nous accep­tons, nous pro­fes­sons, nous rece­vons les sept sacre­ments que Notre Seigneur Jésus-​Christ nous a don­nés pour nous sanc­ti­fier, pour aller au Ciel.

Mes bien chers frères, vous le savez, nous devons tous aller au Ciel. C’est notre but, ici-​bas. Tout notre être, notre âme, notre corps, tout nous appelle au Ciel. Nous sommes faits pour le Ciel. C’est un devoir. C’est un devoir pour cha­cun d’entre nous de tra­vailler chaque jour à notre sanc­ti­fi­ca­tion, à notre sain­te­té. C’est un devoir !

Mais si nous avons ce devoir, nous avons éga­le­ment des droits : le droit de rece­voir les moyens adé­quats pour pou­voir atteindre notre fin. Ces moyens sont la foi, les sacre­ments et la dis­ci­pline, la loi de l’Église. Ce sont des moyens ordi­naires, suf­fi­sants, grâce aux­quels nous pou­vons nous sanc­ti­fier, deve­nir des saints.

Et ces moyens ont été uti­li­sés par deux mille ans de Tradition, par les apôtres, les mar­tyrs, les confes­seurs, les vierges. Eh bien, nous vou­lons les gar­der. Nous vou­lons gar­der cette foi des apôtres. Nous vou­lons gar­der ces mêmes sacre­ments. Nous vou­lons gar­der cette même discipline.

Vatican II : la rupture au cœur de la crise

Or, mal­heu­reu­se­ment, et nous le consta­tons, depuis le Concile Vatican II, cette foi, ces sacre­ments, cette dis­ci­pline ont été édul­co­rés, ont été gra­ve­ment modi­fiés. Si bien que ceux-​ci, mal­heu­reu­se­ment, nous détournent de notre fin, ne nous per­mettent pas de nous sanc­ti­fier comme les membres de l’Église se sont tou­jours sanc­ti­fiés, par deux mille ans de Tradition.

Vous le savez, le car­di­nal Suenens, que nous connais­sons bien, dira du Concile : « Le Concile, c’est 1789 dans l’Église ». Autrement dit, ce Concile est une révo­lu­tion. C’est une révo­lu­tion. Yves Congar, le théo­lo­gien, notam­ment de la liber­té reli­gieuse, dira que le Concile, c’est la Révolution d’Octobre dans l’Église. L’Église a fait sa Révolution d’Octobre par le Concile Vatican II.

Et en effet, lorsque nous par­cou­rons de manière syn­thé­tique ces textes, nous ne pou­vons pas ne pas consta­ter qu’ef­fec­ti­ve­ment ces textes sont en rup­ture avec l’enseignement constant de l’Église.

Gaudium et spes, par exemple, cette consti­tu­tion qui régit les rela­tions entre l’Église et le monde : le car­di­nal Ratzinger dira de ce texte que c’est un « contre-​syllabus ». Le Syllabus, qui avait été écrit en 1864 par le pape Pie IX, était un cata­logue qui condam­nait les erreurs modernes : le libé­ra­lisme, le natu­ra­lisme, la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État, le laï­cisme. En disant que Gaudium et Spes est un contre-​syllabus, le car­di­nal Ratzinger affirme une rup­ture avec l’en­sei­gne­ment de Pie IX et, avec lui, de toute la Tradition.

Dignitatis Humanae, la liber­té reli­gieuse. Ce texte conci­liaire nous dit que de droit natu­rel, par une volon­té de Dieu, per­sonne ne peut être empê­ché par un État de confes­ser, de mani­fes­ter sa foi quelle qu’elle soit, sa reli­gion quelle qu’elle soit, non seule­ment en pri­vé mais aus­si en public. Autrement dit, l’Église dit à l’État qu’il doit accep­ter même en son sein l’erreur.

Et ain­si, vous avez des pays comme l’Italie, l’Espagne, la Colombie qui se sont vus obli­gés par Rome de sup­pri­mer de leurs consti­tu­tions le qua­li­fi­ca­tif de « catho­lique ». On a deman­dé aux chefs d’État catho­liques de sup­pri­mer de leurs consti­tu­tions le terme « catho­lique » pour être cohé­rents avec cette liber­té reli­gieuse. Ce texte, Dignitatis Humanae, est en rup­ture objec­tive avec Mirari Vos de Grégoire XVI, avec Libertas de Léon XIII, avec Quas Primas du pape Pie XI. Il y a une rup­ture. L’Église a prô­né la laï­ci­sa­tion des États.

Vous avez éga­le­ment Unitatis Redintegratio, Nostra Aetate, concer­nant l’œ­cu­mé­nisme, qui enseigne que dans chaque reli­gion, quelle qu’elle soit, il y a des élé­ments de sanc­ti­fi­ca­tion qui, dans la mesure où nous y adhé­rons de manière sin­cère, mènent au salut. Toutes les reli­gions ain­si, par ces élé­ments de sanc­ti­fi­ca­tion, peuvent mener au salut. Alors on ne peut plus condam­ner ces fausses reli­gions parce qu’elles ont des élé­ments de salut. On va dia­lo­guer pour s’en­ri­chir mutuel­le­ment. On ne parle plus de conver­sion, mais de dialogue.

Eh bien, ce texte contre­dit l’enseignement du pape Pie XI dans son ency­clique Mortalium Animos. Pie XI dit exac­te­ment le contraire, et avec lui toute la Tradition catho­lique. L’illustration récente de l’œcuménisme est la décla­ra­tion du pape François sur la fra­ter­ni­té humaine à Abou Dhabi, qui dit que les fausses reli­gions ont été vou­lues par Dieu.

Vous avez enfin Lumen Gentium, dans son cha­pitre 3, qui dit que dans l’Église, il y a deux sujets du pou­voir uni­ver­sel : le pape et le col­lège des évêques, uni au pape. Mais le pape, dans ce der­nier cas, n’est que pri­mum inter pares, une auto­ri­té morale. Ce texte s’op­pose bien évi­dem­ment à Pastor Aeternus du Concile Vatican I.

Et puisque le pou­voir peut être par­ta­gé, aujourd’­hui nous vivons cette syno­da­li­té, ce che­min syno­dal, dans lequel on enseigne que le peuple de Dieu est un lieu théo­lo­gique, c’est-​à-​dire qu’­ha­bi­tuel­le­ment il peut être éclai­ré par l’Esprit-​Saint et que l’au­to­ri­té doit être à l’é­coute de ce peuple de Dieu, qu’elle doit en être le porte-​parole. Et puisque le peuple de Dieu évo­lue dans sa pen­sée, dans son com­por­te­ment, dans sa morale, il faut que l’au­to­ri­té s’a­dapte. Alors la véri­té évo­lue. Vous avez ce che­min syno­dal alle­mand qui prône ain­si l’or­di­na­tion de femmes diacres, le mariage des prêtres, et qui est extrê­me­ment ouvert au mariage de per­sonnes de même sexe.

Et enfin, récem­ment, le car­di­nal Fernandez dans Mater Populi Fidelis, qui atté­nue lar­ge­ment la média­tion uni­ver­selle de Marie, et qui demande à l’Église de ne plus jamais employer le terme de Marie « co-​rédemptrice », alors que le pape saint Pie X avait auto­ri­sé ce terme et alors que Pie XI l’emploie expli­ci­te­ment. Benoît XV a expli­ci­té cette co-​rédemption, l’a ensei­gnée, et main­te­nant on nous demande de ne plus l’utiliser.

Alors, mes bien chers frères, nous sommes devant un cas de conscience, comme le disait Monseigneur Lefebvre. Qui devons-​nous suivre ? Est-​ce que nous devons suivre ces nou­veau­tés, cette rup­ture, ou est-​ce qu’en pru­dence nous devons suivre ce qui a tou­jours été cru, ensei­gné, pra­ti­qué par la Sainte Église catho­lique ? Nous, nous choi­sis­sons cette pru­dence, la fidé­li­té à la Tradition catholique.

Pourquoi la Fraternité ne se dit pas schismatique

Bien sûr, mal­heu­reu­se­ment, nous avons été excom­mu­niés, comme vous le savez, par un décret du 2 juillet der­nier. Mais, en réa­li­té, mes bien chers frères, ce ne sont pas des per­sonnes qui ont été excom­mu­niées, c’est la Tradition catho­lique qui a été excom­mu­niée, c’est ce que nous ensei­gnons qui a été excom­mu­nié. Nous avons été excom­mu­niés par des hommes d’Église dont les idées auraient été condam­nées — et ont été condam­nées — par deux mille ans de Tradition.

D’ailleurs, cette excom­mu­ni­ca­tion n’est pas fon­dée en droit. On ne peut pas faire fi du droit. Le Code de droit cano­nique de 1983 pré­voit, dans son canon 1323 § 4, qu’une per­sonne, dans la mesure où elle agit pous­sée par la néces­si­té, ne peut pas encou­rir de sanc­tion cano­nique. Et ce canon ajoute que si cet état de néces­si­té n’existe pas objec­ti­ve­ment, mais que la per­sonne qui a agi croyait réel­le­ment être en état de néces­si­té, les sanc­tions ne peuvent pas être por­tées. Or nous, mes bien chers frères, comme nous l’a­vons dit, c’est l’é­tat de néces­si­té qui nous pousse aux sacres. C’est pour le salut de nos âmes. C’est pour le salut de vos âmes. Parce que vous vou­lez rece­voir, et c’est légi­time, c’est votre droit, tout ce que vos pères ont reçu, tout ce que les apôtres ont reçu, tout ce que les confes­seurs, les vierges ont reçu, vous vou­lez le rece­voir. Et vous en avez le droit. Vous en avez par­fai­te­ment le droit.

Alors évi­dem­ment, cette sanc­tion nous blesse pro­fon­dé­ment parce que nous sommes catho­liques, parce que nous sommes atta­chés au Saint-​Père, parce que nous sommes atta­chés aux évêques, parce que nous sommes atta­chés aux prêtres. Nous sommes tou­chés dans notre cœur d’en­fants par ces sanc­tions. Mais nous les por­tons. Nous les por­tons comme une croix pour la Sainte Église catholique.

Mes chers frères, il ne faut sur­tout pas avoir d’a­mer­tume. Gardez au contraire cette pro­fonde cha­ri­té dans votre cœur, et sur­tout res­tez dans la paix. Il faut que nous res­tions dans la paix. Nous sommes dans notre droit. Nous sommes obli­gés d’ac­com­plir un acte grave, extra­or­di­naire, parce que nous y sommes contraints. Nous n’a­vons pas le choix.

L’Immaculée, modèle de fidélité dans l’épreuve

Mes bien chers frères, aujourd’­hui j’ai deman­dé à ce que nous célé­brions la messe de Notre-​Dame imma­cu­lée, l’Immaculée Conception, parce qu’il me semble que la bien­heu­reuse Vierge Marie résume en elle cette vic­toire de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ sur le monde, sur Satan et sur le péché.

Et pré­ci­sé­ment, ce mys­tère de l’Immaculée Conception doit gar­der nos âmes dans cette ferme espé­rance, dans une grande joie inté­rieure. Marie, nous le savons, a vain­cu le péché parce qu’elle est imma­cu­lée. Le pape saint Pie X dira : « Ô Vierge imma­cu­lée dans votre corps et dans votre âme ». La Vierge Marie est imma­cu­lée dans son âme parce que, nous le savons, elle n’a jamais contrac­té la tache ori­gi­nelle, ni aucun péché, ni aucune imperfection.

La Vierge Marie a cette plé­ni­tude de sur­abon­dance grâce à laquelle elle va être média­trice de toutes les grâces. Marie est sainte dans son corps, vierge dans son corps. Son corps est vrai­ment ce Temple du Saint-​Esprit, cette nou­velle Arche de l’Alliance qui a enfer­mé en son sein notre Seigneur Jésus-​Christ, le Verbe incarné.

Marie, par ce qu’elle est, par ses œuvres, a vain­cu le péché. Et puis saint Pie X ajoute que Marie est vierge dans sa foi, imma­cu­lée dans sa foi. La Vierge Marie a eu une vie dif­fi­cile. Cependant, mal­gré ce contexte dif­fi­cile dans lequel elle a vécu, Marie n’a jamais dou­té un seul ins­tant de la divi­ni­té, de l’hu­ma­ni­té et de la royau­té de son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ.

Dès l’Annonciation — et sa cou­sine Élisabeth va le pro­cla­mer —, elle a cru aux paroles de l’Ange. Elle a cru qu’elle était imma­cu­lée dans sa concep­tion. Elle a cru que le Verbe était Fils de Dieu. Elle a cru que son enfant serait éga­le­ment Roi. La Vierge Marie a cru. Elle a cru toute sa vie à la divi­ni­té de notre Seigneur Jésus-Christ.

Au pied de la croix, la bien­heu­reuse Vierge Marie n’a jamais dou­té un seul ins­tant que c’est ain­si que l’œuvre de la Rédemption devait être opé­rée. Et cette foi de la Vierge Marie l’a sta­bi­li­sée, lui a per­mis de res­ter dans une grande paix inté­rieure. Imitons la bien­heu­reuse Vierge Marie par notre foi, afin que cette foi nous garde dans une grande sta­bi­li­té, dans une grande paix inté­rieure, parce que nous en avons besoin.

Et puis la Vierge Marie est imma­cu­lée dans son cœur, dans son amour, dit saint Pie X. Marie a aimé Dieu trois fois Saint. Elle a aimé Dieu le Père parce qu’elle est une créa­ture si sainte, si belle. Elle a aimé Dieu le Père de tout son cœur en tant que créa­ture. Elle a aimé Dieu le Fils, Dieu son Fils, comme une mère. Elle a aimé son enfant avec bien plus de per­fec­tion que n’importe quelle autre mère puisque rien ne frei­nait l’a­mour qu’elle avait pour son enfant, vrai Dieu, vrai homme. Et puis elle a aimé Dieu le Saint-​Esprit parce qu’elle fut son épouse. La bien­heu­reuse Vierge Marie a gar­dé cette grande séré­ni­té par sa sainteté.

Pour conclure, écou­tons ce que nous dit saint Pierre dans sa deuxième épître : « Que ceux qui vous calom­nient, que les païens, en voyant vos bonnes œuvres, finissent par glo­ri­fier Dieu qui est dans les Cieux. »

La meilleure réponse que nous devons appor­ter face à ce contexte dif­fi­cile, face à cette défla­gra­tion qu’ont été les sanc­tions, sera de répondre par la sain­te­té de notre vie en imi­tant la bien­heu­reuse Vierge Marie. La sain­te­té de notre vie sera le meilleur témoi­gnage de la vita­li­té, de la véra­ci­té de la Tradition catho­lique. Et nous pour­rons ain­si, lorsque le Saint-​Père déci­de­ra de tout res­tau­rer dans le Christ, lui dépo­ser hum­ble­ment cette Tradition que nous avons vou­lu garder.

Parce que cette Tradition, c’est le remède, c’est la réponse aux maux modernes. Eh bien, nous conser­vons cela pour le Saint-​Père. Nous conser­vons cela pour la Sainte Église catho­lique. Conservons-​le dans notre cœur afin qu’un jour, nous fas­sions par­tie de cette pha­lange des confes­seurs et peut-​être des mar­tyrs. Demandons cette grâce à la bien­heu­reuse Vierge Marie Immaculée et à notre cher fon­da­teur, Monseigneur Lefebvre. Ainsi soit-il.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Reportage photo

(Source : Église Saint-​Joseph de Bruxelles – FSSPX Actualités)
Crédits Photos : Vincent Moreau