Après le Concile, le Synode

Le pre­mier synode convo­qué par le pape François a por­té sur la famille. Il a réuni, du 5 au 19 octobre, 253 par­ti­ci­pants, prin­ci­pa­le­ment des car­di­naux et des évêques. Le 13 octobre, le car­di­nal Peter Erdö, qui était rap­por­teur géné­ral du synode, a publié un pre­mier docu­ment de tra­vail appe­lé « rap­port d’é­tape ».

Le rap­port final du synode a ensuite lais­sé de côté cer­taines affir­ma­tions par­ti­cu­liè­re­ment scan­da­leuses du rap­port d’é­tape, mais ces affir­ma­tions ont été tout de même écrites, et, cer­tai­ne­ment, le pas en arrière ne fera pas oublier les deux pas en avant.

On lit donc, dans le rap­port d’é­tape, que dans les unions de concu­bi­nage, « on peut voir des valeurs fami­liales authen­tiques, ou au moins le désir de celles-​ci. Il faut que l’ac­com­pa­gne­ment pas­to­ral com­mence tou­jours par ces aspects posi­tifs. » À pro­pos des divor­cés rema­riés, il est dit : « Pour cer­tains, il fau­drait que l’é­ven­tuel accès aux sacre­ments soit pré­cé­dé d’un che­min péni­ten­tiel (…). Il s’a­gi­rait d’une situa­tion non géné­ra­li­sée, fruit d’un dis­cer­ne­ment réa­li­sé au cas par cas, sui­vant une règle de gra­dua­li­té, qui tienne compte de la dis­tinc­tion entre état de péché, état de grâce et cir­cons­tances atté­nuantes. » Il est aus­si ques­tion des per­sonnes vivant dans des moeurs contre nature : le rap­port demande qu’on les accueille « en accep­tant et en éva­luant leur orien­ta­tion sexuelle » ; il ajoute qu”« on prend acte qu’il existe des cas où le sou­tien réci­proque jus­qu’au sacri­fice consti­tue une aide pré­cieuse pour la vie des partenaires ».

Où va-​t-​on ? Quelle direc­tion prend-​on ? Il est clair que tout ceci, à terme, doit mener à la com­mu­nion don­née aux divor­cés rema­riés, et à négli­ger de plus en plus de rap­pe­ler aux pécheurs (concu­bi­nage, homo­sexua­li­té) qu’ils ont encore à se conver­tir ; peu­têtre en viendra-​t-​on à leur don­ner aus­si le sacre­ment de l’eucharistie ?

Si l’on arrive à cela, c’est toute la morale qui s’é­branle. Le concile Vatican II avait déjà bou­le­ver­sé la foi par l’oe­cu­mé­nisme et le dia­logue inter­re­li­gieux, par exemple. À pré­sent c’est la morale que l’on sape, et c’est par le synode qu’on com­mence. Il y a une logique dans toutes ces étapes !

C’est donc le même esprit qui avait ani­mé le Concile et qui anime le synode tout juste ter­mi­né. Les idées du car­di­nal Kasper le montrent bien. Il a éta­bli un rap­pro­che­ment entre le sacre­ment de mariage et le mariage civil : « Bien que l’Église catho­lique soit la véri­table Eglise du Christ, il y a des élé­ments d’ec­clé­sia­li­té aus­si en dehors des fron­tières ins­ti­tu­tion­nelles de l’Église catho­lique. Dans cer­tains cas, ne pourrait-​on pas recon­naître éga­le­ment dans un mariage civil des élé­ments du mariage sacra­men­tel ? » Ainsi, là où Vatican II avait recon­nu des élé­ments d’Église catho­lique dans d’autres reli­gions, le car­di­nal Kasper vou­drait qu’on recon­naisse des élé­ments du sacre­ment de mariage dans le mariage civil. Les théo­ries de Kasper ont péné­tré le synode. Le souffle qui y passe est celui qui pas­sait dans Vatican II.

Jean-​Paul II et Benoît XVI n’ont pas dit, c’est vrai, des choses aus­si scan­da­leuses sur la famille. Mais lors­qu’ils rap­pe­laient la morale, ils la fon­daient non pas sur l’ordre mis par Dieu, Créateur et Maître de toutes choses, et sur l’o­béis­sance qu’on lui doit, mais sur­tout sur la digni­té humaine. Or que se passe-​t-​il lors­qu’on se repose sur l’homme ? Tout s’é­croule un jour ou l’autre, car l’homme est chan­geant. Tandis qu’une morale qui est orien­tée vers Dieu est stable, car Dieu lui-​même est stable. Il est, tout simplement !

Ne nous lais­sons pas désem­pa­rer par ces mau­vaises nou­velles qui viennent de Rome. On ne sait pas encore ce qui en sor­ti­ra fina­le­ment, car le synode ne sera vrai­ment ter­mi­né qu’en octobre 2015. Mais gar­dons la foi, et nous gar­de­rons la morale. Nos familles ont besoin d’être encou­ra­gées sur la voie par­fois dif­fi­cile de la fidé­li­té à la loi de Dieu. Portons haut, pour elles, le dra­peau de la foi et de la morale. Un jour ou l’autre, Rome nous remer­cie­ra d’a­voir main­te­nu le bon com­bat.

Abbé Christian Bouchacourt †, Supérieur du District de France

Source : Fideliter n° 222

FSSPX Second assistant général

Né en 1959 à Strasbourg, M. l’ab­bé Bouchacourt a exer­cé son minis­tère comme curé de Saint Nicolas du Chardonnet puis supé­rieur du District d’Amérique du Sud (où il a connu le car­di­nal Bergoglio, futur pape François) et supé­rieur du District de France. Il a enfin été nom­mé Second Assistant Général lors du cha­pitre élec­tif de 2018.