La splendeur retrouvée du Retable d’Issenheim

Retable d’Issenheim : partie peinte

Installé dans un ancien couvent de Dominicaines fon­dé en 1252, le musée Unterlinden de Colmar pré­sente une remar­quable col­lec­tion de sculp­tures et de pein­tures de la fin du Moyen Age et de la Renaissance. Le cloître gothique, édi­fié de 1280 à 1289, serait aujourd’hui le plus com­plet d’Alsace.

Ce musée pos­sède l’un des chefs d’œuvre de l’art occi­den­tal : le Retable d’Issenheim, impres­sion­nant polyp­tique sculp­té par Nicolas de Haguenau vers 1510 et peint par Mathias Grünewald de 1512 à 1516. Le Retable a retrou­vé son éclat ori­gi­nal, grâce au tra­vail magis­tral réa­li­sé par une équipe de restaurateurs.

A deux pas du couvent, les visi­teurs pou­vaient, il y a peu, obser­ver les der­nières retouches effec­tuées par Anna Brunetto, spé­cia­liste mon­diale de la res­tau­ra­tion au laser, pen­chée sur le cadre en bois d’un des tableaux qui com­posent l’œuvre. Il s’agit de pro­gres­ser mil­li­mètre par mil­li­mètre, pour enle­ver les couches de pein­ture suc­ces­sives ajou­tées sur le cadre au fil du temps, et retrou­ver les cou­leurs d’origine.

« La com­plexi­té est de trou­ver l’équilibre entre les par­ties qu’on veut enle­ver et celles qu’on veut gar­der », expli­quait cette Italienne de 52 ans. Le Retable d’Issenheim, com­po­sé de dix tableaux, pré­sente des épi­sodes de la vie du Christ et de saint Antoine, et huit reliefs sculptés.

Une restauration sur plus de quatre ans

Le chef‑d’œuvre a pâti des couches de ver­nis dépo­sées suc­ces­si­ve­ment, assom­bries ou jau­nies avec le temps, et des mani­pu­la­tions opé­rées à la Révolution fran­çaise comme au cours des deux guerres mon­diales, pour le mettre à l’abri, qui ont alté­ré les enca­dre­ments et les sup­ports en tilleul.

Après plu­sieurs opé­ra­tions super­fi­cielles, jusqu’à la der­nière menée au début des années 1990, une res­tau­ra­tion com­plète s’imposait. Elle s’est dérou­lée sur plus de quatre ans et demi, prin­ci­pa­le­ment dans l’enceinte du musée, mais aus­si à Paris (pour les sculp­tures) et Vesoul (pour cer­tains enca­dre­ments). Une réno­va­tion qui a coû­té 1,4 mil­lion d’euros, finan­cée à 80% par le mécénat.

La res­tau­ra­tion a mobi­li­sé deux équipes, dix per­sonnes en charge des sculp­tures, sous la hou­lette de Juliette Lévy, et vingt-​et-​une pour les pein­tures, diri­gées par Anthony Pontabry, qui exprime sa satis­fac­tion devant l’ampleur du tra­vail accompli.

« Il y a cinq siècles de patine sur les tableaux, donc il y a une légère méta­mor­phose des cou­leurs, mais je pense que nous sommes très très proches de ce que Grünewald a fait », sou­tient le res­tau­ra­teur âgé de 75 ans.

Le Retable de la vie du Christ et de saint Antoine

Entre 1512 et 1516, les artistes Nicolas de Haguenau (pour la par­tie sculp­tée) et Grünewald (pour les pan­neaux peints) réa­lisent le célèbre retable pour la com­man­de­rie des Antonins d’Issenheim, un vil­lage situé à une ving­taine de kilo­mètres de Colmar. Ce polyp­tyque, qui ornait le maître-​autel de l’église du couvent d’Issenheim avant la Révolution, fut com­man­dé par l’un des supé­rieurs de l’ordre, Guy Guers, pré­cep­teur de la com­man­de­rie de 1490 à 1516.

Fondée vers 1300, la com­man­de­rie d’Issenheim relève de l’ordre de Saint-​Antoine qui a vu le jour à la fin du IXe siècle dans un vil­lage du Dauphiné. L’ordre des Antonins a pour voca­tion de soi­gner les malades atteints du feu sacré ou feu de saint Antoine, véri­table fléau au Moyen Age. Cette mala­die liée à l’ingestion d’ergot de seigle, para­site de cette céréale, pro­voque une contrac­tion des vais­seaux san­guins pou­vant mener à la nécrose des membres.

Pour venir en aide aux malades, les Antonins leur ser­vaient du pain de bonne qua­li­té et pré­pa­raient le saint-​vinage, un breu­vage à base de vin dans lequel les reli­gieux fai­saient macé­rer des plantes et trem­per des reliques de saint Antoine. Ils pro­dui­saient éga­le­ment un baume à base de plantes aux ver­tus anti-inflammatoires.

La com­man­de­rie d’Issenheim acquiert peu à peu une richesse consi­dé­rable dont témoignent les nom­breuses œuvres d’art qu’elle a com­man­dées et finan­cées. Le Retable figure par­mi elles. Il est res­té dans cet éta­blis­se­ment reli­gieux jusqu’à la Révolution et pour empê­cher sa des­truc­tion, il fut trans­por­té à Colmar, à la Bibliothèque Nationale du District, en 1792. Il a été trans­fé­ré en 1852 dans l’église de l’ancien couvent des Dominicaines d’Unterlinden, où il consti­tue le joyau du musée.

Outre le Retable, le Musée Unterlinden pro­pose un par­cours de visite cou­vrant près de 7000 ans d’histoire, de la Préhistoire à l’art du XXe siècle. Ce voyage dans le temps, à tra­vers des col­lec­tions ency­clo­pé­diques, per­met de décou­vrir les mul­tiples aspects de l’architecture du musée. Dans le cloître gothique est pré­sen­té l’art du Moyen Age et de la Renaissance, avec des œuvres de Martin Schongauer, Hans Holbein, Lucas Cranach.

Musée Unterlinden, Place Unterlinden, 68000 Colmar – 03 89 20 15 50

Site inter­net : musee-unterlinden.com

Mercredi au lun­di : 9h – 18h. Mardi : fer­mé. Clôture des caisses 30 minutes avant la fer­me­ture du Musée.

Source : FSSPX.News