Les pensionnats autochtones

Au Canada, le pape François vient de deman­der par­don pour les mau­vais trai­te­ments infli­gés dans les pen­sion­nats pour autoch­tones. L’Église est-​elle coupable ? 

La nou­velle tombe fin mai 2021 ! Selon Radio-​Canada : « Les restes de 215 enfants ont été retrou­vés enter­rés sur le site d’un ancien pen­sion­nat autoch­tone à Kamloops, en Colombie-​Britannique, une décou­verte qua­li­fiée de « déchi­rante », mais pas sur­pre­nante pour autant. » [1] La nature des restes avait été confir­mée la fin de semaine pré­cé­dente avec l’aide d’un spé­cia­liste en radars péné­trants selon les dires de Rosanne Casimir, la chef de la Première Nation Tk’emlups te Secwépemc.

Radio-​Canada encore : « La cheffe natio­nale de l’Assemblée des Premières Nations RoseAnne Archibald a décla­ré plus tard au groupe que les « petits » dont les lieux de sépul­ture ont été décou­verts avaient droit à la jus­tice. Ils doivent éga­le­ment être nom­més et doivent être ren­voyés solen­nel­le­ment ou phy­si­que­ment dans leur terre d’origine, a‑t-​elle décla­ré. « Quelqu’un doit être incul­pé pour la mort de nos enfants », a‑t-​elle ajou­té. » [2]

Radio-​Canada pour une troi­sième fois : « L’Église a incon­tes­ta­ble­ment eu tort en met­tant en œuvre une poli­tique colo­nia­liste gou­ver­ne­men­tale qui a cau­sé des ravages par­mi les enfants, les familles et les com­mu­nau­tés, a écrit Michael Miller au nom de son archi­dio­cèse (Vancouver), qui était res­pon­sable de la région de Kamloops avant la fon­da­tion du dio­cèse du même nom. » [3]

Qui sème le vent récolte la tem­pête ! Au 24 sep­tembre 2021, 68 églises en majo­ri­té catho­liques ont été van­da­li­sées, incen­diées ou pro­fa­nées, à tra­vers le Canada, en par­ti­cu­lier le joyau patri­mo­nial qu’est l’église saint Jean-​Baptiste de Morinville, près d’Edmonton, en Alberta [4]. La même source indique que Monsieur Trudeau pré­voit de gar­der les dra­peaux cana­diens en berne sur les édi­fices fédé­raux, ce en l’honneur des élèves des pen­sion­nats qui ne sont jamais ren­trés chez eux et jusqu’à ce que les com­mu­nau­tés autoch­tones et leurs diri­geants décident qu’il est appro­prié de les his­ser à nou­veau [5].

Telle est la vérité officielle. Mais qu’en est-​il dans les faits ?

Répondons tout de go que la ver­sion offi­cielle est controu­vée. Apportons-​en donc les preuves !

Un pre­mier docu­ment on ne peut plus fac­tuel donne un tout autre son de cloche : le double rap­port du Docteur Peter Bryce. 

Portrait du Dr Bryce réa­li­sé en 1899 par Lancefields d’Ottawa. Image gra­cieu­se­ment four­nie par la famille Bryce.

« L’année 2022 mar­que­ra le cen­te­naire de la publi­ca­tion de The Story of a National Crime : An Appeal of Justice to the Indians of Canada (L’histoire d’un crime natio­nal : un appel à la jus­tice pour les Indiens du Canada), un livre écrit par le Dr Peter Bryce. Ce rapport-​choc était fon­dé sur une enquête inédite que ce méde­cin avait menée plu­sieurs années aupa­ra­vant dans 35 pen­sion­nats à la demande du minis­tère des Affaires indiennes. À l’époque, le Dr Bryce occu­pait le poste de méde­cin hygié­niste en chef au sein de ce minis­tère. Il avait aupa­ra­vant été fonc­tion­naire au minis­tère de la Santé de l’Ontario et s’était fait une répu­ta­tion de pion­nier dans les domaines de la san­té publique et des poli­tiques sani­taires au Canada.

Le Dr Bryce a pré­sen­té son rap­port ori­gi­nal en 1907, Report on the Indian Schools of Manitoba and the Northwest Territories (rap­port sur les écoles indiennes du Manitoba et des Territoires du Nord-​Ouest). Il y décri­vait en détail les mau­vaises condi­tions sani­taires dans les pen­sion­nats des pro­vinces des Prairies. Déjà à ce moment-​là, il avait recom­man­dé la créa­tion d’hôpitaux dans les réserves ou à proxi­mi­té de celles-​ci afin de com­battre le taux alar­mant de mor­ta­li­té par la tuber­cu­lose. Ce taux était alors presque 20 fois plus impor­tant que celui enre­gis­tré chez les per­sonnes non autoch­tones. Le Dr Bryce a aus­si fait des pres­sions pour que soient amé­lio­rées les condi­tions sani­taires dans les pen­sion­nats indiens.

Le rap­port qu’il a publié en 1907 révé­lait un taux de mor­ta­li­té effa­rant dans ces écoles. Ainsi, le méde­cin avait consta­té que 69 % des élèves du pen­sion­nat de la colo­nie de File Hills, en Saskatchewan, étaient morts pen­dant ou peu après leur sco­la­ri­té, presque tous de la tuber­cu­lose. Il avait conclu que ces morts étaient attri­buables à de mau­vaises condi­tions sani­taires et à l’absence d’hygiène. Son pre­mier rap­port démon­trait clai­re­ment la res­pon­sa­bi­li­té directe du gou­ver­ne­ment fédé­ral face à d’abominables condi­tions de vie.

Le minis­tère des Affaires indiennes n’a pas publié le rap­port de 1907 du Dr Bryce, mais le conte­nu de celui-​ci a été divul­gué aux jour­na­listes, et il en a résul­té des appels à la réforme par­tout au pays. Malgré le tol­lé public, les pen­sion­nats n’ont pas été fer­més et les recom­man­da­tions du Dr Bryce ont été lar­ge­ment ignorées.

Le ministre des Affaires indiennes, Duncan Campbell Scott, avait promp­te­ment réagi à la suite du rap­port de 1907 et même sus­pen­du le finan­ce­ment de la recherche du Dr Bryce, affir­mant que le coût de la col­lecte de sta­tis­tiques sur les décès d’enfants dus à la tuber­cu­lose dépas­sait de loin les avan­tages de l’information trans­mise. De plus, il s’était ingé­ré dans les pré­sen­ta­tions du Dr Bryce lors de confé­rences uni­ver­si­taires, et celui-​ci, au lieu de rece­voir une pro­mo­tion atten­due, a été reti­ré de l’équipe ministérielle.

Outré par l’inaction du gou­ver­ne­ment sur la ques­tion de la san­té des Autochtones et par son évic­tion du minis­tère, le Dr Bryce a publié un autre rap­port en 1922, inti­tu­lé The Story of a National Crime. Il s’agissait du pre­mier rap­port dis­tri­bué au grand public sur les taux de mala­die et de mor­ta­li­té dans les pen­sion­nats, bien que son auteur n’ait pas été le seul méde­cin à pro­tes­ter contre les condi­tions de vie dans les pen­sion­nats. Le Dr Bryce avait fait valoir que le ministre Scott et l’ensemble des Affaires indiennes avaient négli­gé les besoins des Autochtones en matière de san­té et dénon­cé une « négli­gence cri­mi­nelle quant aux pro­messes des trai­tés », qui n’avaient pas été tenues. » [6]

Ce n’est pas tout : En 2015, Dr. Scott Hamilton, du dépar­te­ment d’anthropologie de l’Université Lakehead à Thunder Bay (Ontario), publie son rap­port [7] inti­tu­lé Where are the Children buried ? Il va dans le même sens que les rap­ports du Dr. Peter Bryce.

Un troi­sième docu­ment, en date du 6 juillet 2021, un article de Jacques Rouillard, pro­fes­seur émé­rite en retraite du dépar­te­ment d’histoire de l’Université de Montréal, remet une nou­velle fois les pen­dules à l’heure. « Comme on peut le lire dans le Rapport, « les écoles sont consi­dé­rées comme des moteurs de chan­ge­ments cultu­rels et spi­ri­tuels » : les « sau­vages » devien­dront des « hommes blancs chré­tiens ». Pour ce faire, le gou­ver­ne­ment a déci­dé d’une méthode radi­cale, inhu­maine : arra­cher à leur famille contre leur gré les jeunes en âge de scolarisation.

La res­pon­sa­bi­li­té de cette tra­gé­die incombe entiè­re­ment aux gou­ver­ne­ments cana­diens qui se sont suc­cé­dé et qui ont finan­cé les pen­sion­nats, et non aux com­mu­nau­tés reli­gieuses qui répon­daient aux objec­tifs de sco­la­ri­sa­tion fixés par le minis­tère des Affaires indiennes.

Rappelons que plu­sieurs orphe­li­nats se trouvent en régions fort éloi­gnées. Comme on ne conserve pas des corps long­temps, les enfants qui mou­raient à l’école étaient pour la moi­tié inhu­més dans le cime­tière atte­nant ou dans celui de la paroisse, et leurs tombes étaient sou­vent à peine indi­quées, nous dit la Commission (Vérité et Réconciliation).

Elle en a repé­ré plu­sieurs qui ont été aban­don­nées après la fer­me­ture des écoles. Selon les his­to­riens Jim Miller et Brian Gettler, qui ont fait por­ter leurs recherches sur les Premières Nations, des croix de bois étaient pla­cées là où les enfants étaient enter­rés dans des cime­tières selon les rites catho­liques. Elles se sont évi­dem­ment rapi­de­ment désa­gré­gées. » [8]

La conclusion s’impose d’elle-même : nous sommes aux prises avec une désinformation systématique des faits.

« Il n’y a aucune preuve de l’in­ten­tion de cacher ces tombes. De plus, rien n’in­dique que les enfants enter­rés dans ces cime­tières oubliés depuis long­temps soient morts de mau­vais trai­te­ments ou de négli­gence. Mais c’est ce que l’on est ame­né à croire par les comptes ren­dus des médias. L’histoire des pen­sion­nats est déchi­rante à bien des égards.

Cependant, il n’est pas rai­son­nable, sur la base des faits, d’ac­cu­ser l’Église catho­lique et les autres orga­ni­sa­tions reli­gieuses qui géraient les pen­sion­nats de négli­gence à l’é­gard des enfants ou de com­por­te­ment insen­sible à leur égard, ce qui a conduit à leur mort. S’il y a une faute, elle incombe au minis­tère fédé­ral des Affaires indiennes qui n’a pas four­ni un finan­ce­ment adé­quat pour les pen­sion­nats, les enfants et les cimetières.

Selon les médias, cette tra­gé­die cana­dienne est le résul­tat de l’é­chec de l’Église catho­lique et d’autres orga­ni­sa­tions reli­gieuses, ce qui consti­tue un sec­ta­risme anti­ca­tho­lique pur et simple. C’est une autre ten­ta­tive de dis­cré­di­ter la foi reli­gieuse et de chas­ser la reli­gion de la place publique. Les pen­sion­nats sont l’ou­til uti­li­sé à cette fin. » [9]

Source : sspx.ca – District du Canada de la FSSX