Interview de Mgr Fellay au journal « Le Remnant »

The Remnant – USA

Ecône, Suisse
Monseigneur Bernard Fellay, Supérieur géné­ral de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X (FSSPX), a décla­ré qu’au moins trois des quatre évêques de la Fraternité étaient satis­faits du conte­nu du motu pro­prio, lequel confir­mait que le rit tra­di­tion­nel de la sainte messe n’a­vait jamais été abro­gé. Au moment de l’in­ter­view, et bien que n’ayant tou­jours pas eu de contact avec le qua­trième évêque, il s’at­ten­dait à ce que ce der­nier soit éga­le­ment satis­fait de ce docu­ment…« La Fraternité sacer­do­tale Saint-​Pie X exprime sa gra­ti­tude au Souverain pon­tife pour ce grand bien­fait spi­ri­tuel » pouvions-​nous lire dans sur com­mu­ni­qué de presse de la FSSPX, auquel était adjointe une lettre plus détaillée à l’in­ten­tion de ses fidèles.

Monseigneur Fellay a décla­ré que le docu­ment don­nait aux prêtres beau­coup plus de liber­té pour offrir la messe tra­di­tion­nelle que ce « à quoi il s’at­ten­dait ». Il a aus­si décla­ré que le Saint-​Siège « consi­dé­rait [le retrait des décrets d’ex­com­mu­ni­ca­tion ] plus facile que la pro­mul­ga­tion motu pro­prio. » Ceci a été com­mu­ni­qué à Mgr Fellay par la lettre du car­di­nal Dario Castrillon Hoyos, pré­fet de la Commission pon­ti­fi­cale Ecclesia Dei qui accom­pa­gnait le motu proprio.
Le car­di­nal Castrillón a décla­ré dans un inter­view accor­dé à Il Giornale « qu’a­vec ce motu pro­prio, la porte était lar­ge­ment ouverte pour le retour à la pleine com­mu­nion de la Fraternité sacer­do­tale St Pie X. »

Le docu­ment donne à tous les prêtres de rite latin la liber­té de choi­sir l’un ou l’autre mis­sel pour la messe pri­vée. Malgré cer­taines res­tric­tions pour la célé­bra­tion publique de la messe, le pape a écrit que dans les paroisses où un groupe stable de fidèles dési­re­rait la messe selon le Missel romain édi­té en 1962, « le curé accueille­ra volon­tiers leur demande ». Aux messes célé­brées sans peuple, les fidèles qui le demandent spon­ta­né­ment peuvent êtres admis.

Ce docu­ment répond au pre­mier des trois préa­lables de la FSSPX quant à sa pleine régu­la­ri­sa­tion cano­nique avec le Saint Siège. Le deuxième préa­lable demande au Saint Siège d’an­nu­ler les décrets d’ex­com­mu­ni­ca­tion comme il fut fait sous Paul VI en 1965 pour le Patriarche oecu­mé­nique de Constantinople.

Monseigneur Fellay a aus­si décla­ré que le docu­ment récent de la Congrégation pour la doc­trine de la foi « De cer­tains aspects de la doc­trine sur l’Église » prou­vait la néces­si­té de dis­cus­sions doc­tri­nales entre la FSSPX et le Saint Siège avant tout accord cano­nique. Monseigneur Fellay a décla­ré que « ce docu­ment … nous dit qu’un cercle est un car­ré. »

Il semble que l’ec­clé­sio­lo­gie post-​conciliaire selon laquelle l’Église serait « un sacre­ment » et qui défi­ni les chré­tiens par rap­port à leur « degré de com­mu­nion » avec l’Église plu­tôt qu’en termes d’ap­par­te­nance ou non à l’Église soit tou­jours pré­sente. Mgr Fellay affirme que pour sa part, la FSSPX s’en tient à la théo­lo­gie pré-concilliaire.

Il est iro­nique que ce soit sur­tout les évêques, prêtres et fidèles catho­liques en faveur de cette ecclé­sio­lo­gie sacra­men­telle qui affirment que la FSSPX est « hors » de l’Église alors qu’ils ne tiennent pas « leurs frères sépa­rés » pro­tes­tants pour héré­tiques et schis­ma­tiques, bien que ces der­niers sont éloi­gnés du corps, du coeur et de l’âme de l’Église. Autrement dit, ces évêques, prêtres et fidèles n’hé­sitent pas à par­ti­ci­per à toutes sortes d’é­vé­ne­ments oecu­mé­niques, y com­pris la com­mu­ni­ca­tio in sacris avec ceux qui ne par­tagent pas la même foi, les mêmes sacre­ments, et qui n’ont pas de sacer­doce valide, mais ils seront les pre­miers à dis­sua­der les fidèles d’as­sis­ter aux messes dans les cha­pelles de la FSSPX avec d’autres catholiques.

The Remnant : Monseigneur, com­ment réagissez-​vous au motu pro­prio Summorum Pontificum tant atten­du ? Quelle sont les réac­tions de autres évêques et des prêtres de la FSSPX ?

Mgr Fellay : Puisque je reviens à peine de voyage, je n’ai pas enten­du grand chose. Je n’ai donc pas pu voir les réac­tions des prêtres jus­qu’à présent.
Toutefois, je sais qu’au moins trois des quatre évêques sont satis­faits du motu pro­prio. Le qua­trième l’est pro­ba­ble­ment aus­si, mais je ne puis vous le confir­mer puis­qu’il ne m’a tou­jours pas fait part de ses impressions.
J’insisterai sur deux choses ; sur le motu pro­prio lui-​même : Il est très clair que le motu pro­prio per­met — beau­coup plus que ce à quoi nous nous atten­dions— la célé­bra­tion de la messe tri­den­tine et de toutes les litur­gies pré­cé­dentes, c’est-​à-​dire non seule­ment la messe, mais aus­si le bré­viaire et le rituel.
Je pense que cette date et ce motu pro­prio sont des évé­ne­ments his­to­riques signi­fi­ca­tifs dans l’his­toire de l’Église et de l’après-​concile Vatican II. Il faut en prendre bonne note. Je crois que c’est très important.
Toutefois, cela ne veut pas dire que tout est par­fait, sur­tout quand nous regar­dons le motu pro­prio à tra­vers la lettre [aux évêques]. Cette lettre demeure, si j’ose dire, le lan­gage habi­tuel du Vatican. C’est assez regrettable.
Il y a des choses inté­res­santes dans cette lettre, comme le pas­sage où le pape dit qu’il agit là pour des rai­sons de récon­ci­lia­tion à l’in­té­rieur même de l’Église.; ce qui veut dire que nous ne sommes pas hors de l’é­glise. C’est très intéressant.
Néanmoins, cette lettre doit être com­prise comme une lettre à por­tée poli­tique qui repré­sente cer­tai­ne­ment sa pen­sée per­son­nelle, bien qu’elle ait des pas­sages mal­heu­reux, sur­tout lors­qu’il insiste sur la néces­si­té de recon­naître la valeur et la sain­te­té de la nou­velle messe. Il veut jouer sur les deux tableaux à la fois. Et les évêques modernes qui sont pro­gres­sistes sau­te­ront sur l’oc­ca­sion immé­dia­te­ment pour ten­ter de déman­te­ler le motu proprio.

The Remnant : Puisque la pre­mière condi­tion préa­lable est main­te­nant acquise pour le bien de l’Église— la libé­ra­li­sa­tion de la messe tra­di­tion­nelle — qu’envisagez-​vous quant à la levée du décret d’ex­com­mu­ni­ca­tion contre les évêques de la FSSPX ? Avez-​vous été en contact avec la Commission pon­ti­fi­cale Ecclesia Dei depuis jan­vier 2007 ?

Mgr Fellay : Je n’ai eu aucune conver­sa­tion, dis­cus­sion ou rela­tion avec eux. Cela d’une part.
D’autre part, du côté de Rome, pour autant que je sache, ils consi­dèrent la levée des décrets d’ex­com­mu­ni­ca­tion moins dif­fi­cile à faire que le motu pro­prio. C’est la seule réponse que je puis vous faire.

The Remnant : Monseigneur, cela est assez sur­pre­nant. Quelle indi­ca­tion avez-​vous du Saint-​Siège à cet effet ?

Mgr Fellay : Ce sont les mots mêmes du car­di­nal Castrillon [dans la lettre jointe ] quand il m’a fait par­ve­nir le motu pro­prio [une semaine avant la publi­ca­tion de Summorum Pontificum ]. C’était le pre­mier contact entre le car­di­nal et moi depuis le 15 novembre 2005.

The Remnant : Croyez-​vous que le Saint Siège attende un geste ou une lettre de la part de la FSSPX deman­dant la levée des excom­mu­ni­ca­tions avant qu’ils ne consi­dèrent quelle qu’ac­tion que ce soit ?

Mgr Fellay : Je n’en sais rien (rires). Action publique ou non, peu me chaut. Il est cer­tain qu’a­près cela [la libé­ra­li­sa­tion du rit romain extra­or­di­naire], ils s’at­ten­dront à cer­tains contacts —défi­ni­ti­ve­ment. Mais notre ligne demeure très claire, alors il ne faut pas trop s’at­tendre à des surprises.

The Remnant : Pour mettre les choses au clair, Monseigneur, dans la lettre du car­di­nal Castrillon que vous avez reçue une semaine avant la publi­ca­tion du motu pro­prio, le bon car­di­nal indiquait-​il qu’il s’at­tend à un sui­vi de la part de la Fraternité ?

Mgr Fellay : Non. Il n’y avait que des attentes très géné­rales à l’ef­fet que cela condui­rait à la récon­ci­lia­tion, ce qui peut se com­prendre de plu­sieurs manières.

The Remnant : Ce matin, 10 juillet 2007, la Congrégation pour la doc­trine de la foi ( CDF ) a publié un docu­ment qui défi­ni le fameux sub­sis­tit in et les déve­lop­pe­ments doc­tri­naux qui en découlent pour l’ec­clé­sio­lo­gie. Ce docu­ment est inti­tu­lé « De cer­tains aspects de la doc­trine sur l’Église ».Les médias ont réagi comme si deux bombes nucléaires avaient explo­sé. En trois jours, la libé­ra­li­sa­tion de la messe tra­di­tion­nelle le 7 juillet, et aujourd’­hui la réaf­fir­ma­tion que l’Église catho­lique est la seule vraie Église, que les Églises ortho­doxes et les com­mu­nau­tés ecclé­siales pro­tes­tantes pré­sentent des défi­ciences. Il semble que ce der­nier docu­ment veuille ten­ter de cla­ri­fier cer­taines consi­dé­ra­tions théo­lo­giques liées à des pas­sages ambi­gus de docu­ments clés de Vatican II. Quelle est votre réaction ?

Mgr Fellay : Ma réac­tion ? Dans notre décla­ra­tion à pro­pos du motu pro­prio, nous avons sou­li­gné que cer­tains pas­sages confus de la Lettre aux évêques allaient néces­si­ter des dis­cus­sions théo­lo­giques sérieuses. Ce docu­ment, qui nous dit qu’un cercle est un car­ré, ren­force ce sentiment.
Vous avez là une par­faite illus­tra­tion de ce que nous répé­tons depuis six ans : que Rome demeure confuse parce qu’on ne semble guère s’y pré­oc­cu­per du prin­cipe de non contradiction.
Ce docu­ment n’é­clair­cit rien, mais on nous y assure encore une fois que « oui » veut dire « non ».

The Remnant : Pourriez-​vous nous don­ner un exemple, Monseigneur ?

Mgr Fellay : Bien sûr. Un tel exemple serait pré­ci­sé­ment la ques­tion à pro­pos du sub­sis­tit. [La ques­tion est] pour­quoi uti­li­ser l’ex­pres­sion « sub­sis­tit in » et non pas « est » ? Vous lisez la réponse et vous ne pou­vez rien conclure.
Ils disent que c’est « est » et qu’il y a iden­ti­té entre l’Église du Christ et l’Église catho­lique et qu’il n’y a pas de chan­ge­ment de doc­trine. Mais la phrase sui­vante est pré­ci­sé­ment un chan­ge­ment de doc­trine. Alors … C’est une contradiction.
Dans son ser­mon à Écône, Monseigneur Williamson sou­li­gnait que Rome dit que deux et deux font quatre, mais que par­fois ça fait aus­si cinq. Ceci en est une par­faite illustration.
Le seul élé­ment posi­tif [dans ce docu­ment] est que les pro­tes­tants n’ont plus le droit au titre d’Église. Bon ! [Note de l’é­di­teur : Cette doc­trine sur les « com­mu­nau­tés ecclé­siales pro­tes­tantes avait déjà été défi­nie aupa­ra­vant dans Dominus Iesus et d’autres cla­ri­fi­ca­tions doc­tri­nales fai­sant autorité.1]
En plus, c’est une confir­ma­tion de ce que nous disons. Ce texte tente de nous faire croire qu’il n’y a pas de contra­dic­tion entre les doc­trines de l’Église pas­sée et celle de Vatican II. Et nous insis­tons en disant que Vatican II n’est pas en har­mo­nie —est en contra­dic­tion— et même enseigne des erreurs contraires à l’en­sei­gne­ment tra­di­tion­nel, sur­tout en matière d’oe­cu­mé­nisme. Et ici [dans ce nou­veau docu­ment sur l’ec­clé­sio­lo­gie] vous retrou­vez les deux : l’en­sei­gne­ment pas­sé et celui de Vatican II.

The Remnant : Deux socié­tés sacer­do­tales — plus récem­ment avec l’Institut du Bon pas­teur en France— et l’ad­mi­nis­tra­tion apos­to­lique des prêtres de St Jean-​Marie Vianney de Monseigneur Fernando Rifan, se sont récon­ci­liées avec le Saint Siège. Rome a per­mis à ces groupes de tra­di­tio­na­listes de s’en tenir aux formes expri­mant la foi catho­lique en usage avant Vatican II tout en accep­tant Vatican II comme concile oecu­mé­nique réel et valide. De plus, il leur est per­mis une étude théo­lo­gique construc­tive sur les pos­sibles ambi­guï­tés des docu­ments conci­liaires. Qu’est-​ce qui empêche la FSSPX d’en faire autant ?

Mgr Fellay : Ce texte confirme tous nos reproches contre les ambi­guï­tés de Vatican II et des docu­ments pos­té­rieurs. C’est là un superbe exemple d’am­bi­guï­té et sans doute n’est-​on jamais allé aus­si loin dans l’exer­cice de marier ce qui ne pou­vait pas l’être, en pré­ten­dant que ne pas prendre posi­tion, c’est avoir une posi­tion claire.
Donc, la néces­si­té d’a­voir des dis­cus­sions doc­tri­nales avant d’en arri­ver à un accord pra­tique est une foi de plus mani­feste dans ce nou­veau docu­ment. C’est une illus­tra­tion remar­quable du besoin et de l’im­por­tance de trai­ter de ces ques­tions avant d’al­ler plus loin.

The Remnant : Monseigneur Lefebvre a signé les 16 docu­ments de Vatican II. Après le concile, il a été très cri­tique de ces docu­ments ; il a même fait par­ve­nir au Saint Siège un dubia deman­dant des éclair­cis­se­ments sur la liber­té reli­gieuse. Toutefois, Monseigneur Lefebvre n’a jamais reje­té tous les docu­ment du Deuxième concile du Vatican.

Mgr Fellay : Nous non plus. Il ne s’a­git pas d’ac­cep­ter ou de rejeter.
Les ques­tions qui se posent sont : « Ces docu­ments sont-​ils bons ? Nourrissent-​ils la foi ? Sont-​ils utiles à la sur­vie de l’Église ou non ? »
Et plus le temps passe, plus nous voyons des ambi­guï­tés lors de ce concile — qui à un cer­tain moment, sem­blait pou­voir être récon­ci­lié et cor­rec­te­ment inter­pré­té en accord avec la Tradition, non­obs­tant les erreurs mani­festes — plus le temps passe et plus cela appa­raît comme une tâche impossible.

The Remnant : Monseigneur, croyez-​vous que la des­truc­tion de l’Église tient à ce que les docu­ment n’ont pas été appli­qués à la lettre ou plu­tôt parce qu’il y avait de pos­sibles erreurs ou des ambi­guï­tés dans les docu­ments eux-mêmes ?

Mgr Fellay :Je vous dirai que ce ne sont pas tous les docu­ments qui sont pleins d’am­bi­guï­tés, mais la plu­part d’entre eux. Plus nous les étu­dions, plus nous voyons que ces ambi­guï­tés tiennent à la lettre même.
Des ambi­guï­tés, cela signi­fie qu’il existe deux façons au moins de com­prendre ces docu­ments et de les inter­pré­ter. Pour un docu­ment sen­sé éma­ner de la plus haute auto­ri­té de l’Église — un concile oecu­mé­nique — cela est ter­ri­ble­ment dom­ma­geable. C’est une ter­rible tragédie.
Ces ambi­guï­tés, vous les trou­ve­rez presque par­tout dans ces docu­ments. En plus de ces trois erreurs majeures de l’oe­cu­mé­nisme, de la liber­té reli­gieuse et de la col­lé­gia­li­té, il y a ces ambi­guï­tés partout.
Cela n’est pas un esprit catho­lique. C’est cet esprit moderne et pro­gres­siste qui a été en par­tie condam­né par Benoît XVI, mais qui a par le fait même été en par­tie approu­vé par lui. Nous tour­nons en rond.
Et je le répète, ce docu­ment [« De cer­tains aspects de la doc­trine sur l’Église »] est un exemple par­fait d’am­bi­guï­tés et de décla­ra­tions contradictoires.

The Remnant : Dans un inter­view du 8 juillet 2007 accor­dé à Il Giornale, le car­di­nal Castrillon a men­tion­né spé­ci­fi­que­ment la FSSPX en disant : « Avec ce motu pro­prio, la porte est lar­ge­ment ouverte [si spa­lan­ca la por­ta] pour que la Fraternité St Pie X soit en com­mu­nion com­plète. Si après cet acte le retour n’a pas lieu, je ne com­pren­drai pas. Je tiens à sou­li­gner que le docu­ment pon­ti­fi­cal n’a pas été fait à l’in­ten­tion des seuls lefeb­vristes, mais bien plu­tôt parce que le pape est convain­cu du besoin de sou­li­gner qu’il y a conti­nui­té avec la tra­di­tion et que l’Église ne pro­cède pas par rup­tures. L’ancienne messe n,a jamais été abo­lie ou inter­dite. » Quelle est votre réaction ?

Mgr Fellay : Ce motu pro­prio est cer­tai­ne­ment un pas dans notre direc­tion. Sans doute Rome désire-​t-​elle don­ner suite à notre pre­mière condi­tion préa­lable. Cela est bien.
Est-​ce suf­fi­sant pour dire : « main­te­nant, il n’y a plus de pro­blème » ? Eh ! Bien ! Regardez sim­ple­ment le texte de la CDF publié aujourd’­hui [« De cer­tains aspects de la doc­trine de l’Église » ] et vous avez votre réponse.
Écoutez, c’est un pas dans la bonne direc­tion, mais ça ne veut pas dire que tous les pro­blèmes sont main­te­nant réso­lus. Certainement pas.

The Remnant : Ces deux der­nières années, lors de plu­sieurs inter­views publiques accor­dées tant aux médias laïcs que catho­liques, le car­di­nal Castrillon a répé­té que la FSSPX n’est pas for­mel­le­ment schis­ma­tique, mais pour plu­sieurs catho­liques, cela semble hélas être tom­bé dans des oreilles de sourds. À votre avis, qu’est-​ce qui motive une telle attitude ?

Mgr Fellay : Cela montre que Rome veut mettre fin à cette divi­sion appa­rente dans l’Église. C’est une pierre dans leur jar­din parce que d’une part, Rome désire l’unité.
Ils font tout cet oecu­mé­nisme pour arri­ver à l’u­ni­ter, mais il y a une divi­sion appa­rente, mani­feste, à l’in­terne, dans l’Église. Comment pouvez-​vous pré­tendre réus­sir à faire l’u­ni­té avec des gens qui sont à l’ex­té­rieur quand vous ne pou­vez même pas le faire avec ceux qui sont à l’intérieur ?
C’est une contra­dic­tion. Ainsi, pen­dant qu’ils s’es­criment à faire de l’oe­cu­mé­nisme, il est de leur devoir de mettre fin à ces divi­sions internes. Maintenant, le pro­blème tient à ce que les moyens uti­li­sés sont trop super­fi­ciels. C’est par­fait s’ils veulent uti­li­ser ces moyens, mais ça ne met­tra pas fin aux causes de la division.

The Remnant : Monseigneur, qu’entendez-​vous par « superficiels » ?

Mgr Fellay : Si vous dites : « Signons une entente », cela est super­fi­ciel. Signer un simple bout de papier est superficiel.
Si vous dites : « Entendons-​nous sur une for­mule accep­table par les deux par­ties, mais cha­cun conti­nue­ra à pen­ser comme bon lui semble », cela est superficiel.
La vraie entente, c’est quand vous êtes d’ac­cord sur la véri­té. Cela n’est pas superficiel.

The Remnant : Certains dans l’Église affirment que la FSSPX est en schisme ; que répondez-​vous à la ques­tion sui­vante ? Quand donc 6 000 schis­ma­tiques ont-​ils prié à Rome pen­dant le jubi­lée en l’an 2000 ? Quand donc aupa­ra­vant des schis­ma­tiques ont-​ils envoyé un bou­quet spi­ri­tuel de 2,5 mil­lions de cha­pe­lets au Saint Père ? 

Mgr Fellay : Et nous avons un argu­ment encore meilleur dans la lettre du pape jointe au motu pro­prio sur la messe où ler Saint Père affirme qu’il s’a­git d’une affaire interne à l’Église catho­lique. Dans l’Église, donc.
Cela dit clai­re­ment qu’il ne s’a­git pas de schisme. Il s’a­git d’une dis­pute interne qui appelle une récon­ci­lia­tion à l’in­té­rieur de l’Église.
Ce sont donc les paroles mêmes du patron. Notre pape dit que ce n’est pas un schisme.

The Remnant : Certains catho­liques pour­tant enti­chés de la nou­velle ecclé­sio­lo­gie de la com­mu­nion « par­tielle » et « entière » ( jamais ils ne décri­raient les pro­tes­tants comme des schis­ma­tiques ou des héré­tiques mais bien plu­tôt comme des « frères sépa­rés » ) sont les pre­miers à trai­ter la FSSPX de schis­ma­tique et à pré­tendre qu’elle est hors de l’Église. De manière assez incon­sis­tante, ils uti­lisent alors pour ce faire l’ec­clé­sio­lo­gie pré­con­ci­liaire du « dans » ou du « hors » de l’Église. N’y a‑t-​il pas là comme une iro­nie ? Votre avis Monseigneur ?

Mgr Fellay : Exactement. Pour notre part, nous uti­li­sons tou­jours la vieille formule.

The Remnant : Dans le récent docu­ment de la CDF sur la doc­trine de l’Église, en réponse à la ques­tion à pro­pos de l’u­sage adé­quat du terme « Église » pour les « Orthodoxes », en se basant sur le décret du concile Vatican II sur l’oe­cu­mé­nisme, on peut lire ce qui suit : « Ainsi donc, par la célé­bra­tion de l’Eucharistie du Seigneur en chaque Église par­ti­cu­lière, l’Église de Dieu s’é­di­fie et grandit ». 
Considérant com­bien ce texte est expli­ci­te­ment posi­tif et encou­ragent à pro­pos de la célé­bra­tion de l’eu­cha­ris­tie ( et par exten­sion, pour les autres sacre­ments ) par les schis­ma­tiques orien­taux, qui ne sont pas en com­mu­nion com­plète avec le Saint Siège, et qui n’ac­ceptent ni la morale ni tout les dogmes de la foi catho­lique, n’est-​il pas iro­nique que tant d’é­vêques, de prêtres, de laïcs n’é­ten­dront pas la même atti­tude posi­tive et cha­ri­table à « la célé­bra­tion de l’eu­cha­ris­tie du Seigneur » quand elle est offerte par des prêtres qui sont à l’in­té­rieur de l’Église et ont sa foi et sa morale ? Pouvez-​vous ima­gi­ner une majo­ri­té de catho­liques adhé­rant fidè­le­ment à l’é­non­cé sui­vant : « Ainsi donc, par la célé­bra­tion de l’Eucharistie du Seigneur en chaque cha­pelle de la FSSPX, l’Église de Dieu s’é­di­fie et gran­dit » ? N’est-​ce pas éga­le­ment ironique ? 

Mgr Fellay : Bien sûr. Vous pou­vez dire que c’est là un argu­ment ad homi­nem. Laissez-​moi le for­mu­ler très pré­ci­sé­ment. Nous pou­vons dire faci­le­ment que dans la Fraternité, nous avons la célé­bra­tion de l’eu­cha­ris­tie. Nous avons la suc­ces­sion apos­to­lique. Alors, selon cet extrait, nous contri­buons à l’é­di­fi­ca­tion et à la gran­deur de l’Église de Dieu. Assurément.
Nous sommes dans l’Église catho­lique, point barre. Nous n’a­vons jamais pré­ten­du être une enti­té indé­pen­dante [autre­ment dit, une « Église » sépa­rée comme les « orthodoxes »].

The Remnant : Un der­nier commentaire ?

Mgr Fellay : Je crois que tous ces docu­ments ne devraient jamais être lus dans une sorte d’ab­so­lu. Ils doivent être mis en contexte. Et le contexte actuel, c’est que nous avons tou­jours sur les bras une tra­gé­die et une crise majeure dans l’Église.
Et cela signi­fie que même dans quelque chose qui tend vers le bien de l’Église — comme le docu­ment sur la messe— nous ne pou­vons pas nous attendre à ce que sou­dai­ne­ment tout soit par­fait. Il ne faut pas se faire d’illusions.
Alors que nous saluons cet acte cou­ra­geux du pape à ce moment-​ci, ce n’est qu’un pre­mier pas. Ça ne signi­fie pas que le com­bat ou la crise sont ter­mi­nés. Il est très impor­tant de voir com­ment ce docu­ment sera appli­qué dans la réa­li­té. Maintenant qu’il a été dit que la messe n’a jamais été abro­gée et que tout prêtre a le droit de la dire, le pourront-​ils ? En termes pra­tiques, qui veille­ra sur cette liber­té et assu­re­ra une libre célé­bra­tion de la messe tri­den­tine ? Ce sera très inté­res­sant. Comment réagi­ront les évêques ? ,
Je crois que tout ceci est des plus impor­tant pour l’a­ve­nir. Si je puis me per­mettre, et c’est très impor­tant, le genre de croi­sades du rosaires que nous avons lan­cé et qui semble don­ner de bons fruits doit être pour­sui­vi.

Brian Mershon

The Remnant du 7 juillet 2007 

(1)Note du tra­duc­teur : Dominus Iesus fait bien allu­sion à des « com­mu­nau­tés ecclé­siales », mais ne les lie pas expres­sé­ment au protestantisme.

FSSPX Premier conseiller général

De natio­na­li­té Suisse, il est né le 12 avril 1958 et a été sacré évêque par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988. Mgr Bernard Fellay a exer­cé deux man­dats comme Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X pour un total de 24 ans de supé­rio­rat de 1994 à 2018. Il est actuel­le­ment Premier Conseiller Général de la FSSPX.