La France a légalisé l’euthanasie et le suicide assisté : retour approfondi sur une loi de mort

Palais Bourbon, French National Assembly, French Government..

Le 15 juillet 2026 res­te­ra comme une date funeste dans l’histoire de France. Après plu­sieurs années de débats et trois rejets suc­ces­sifs du Sénat, l’Assemblée natio­nale a défi­ni­ti­ve­ment adop­té la pro­po­si­tion de loi créant un « droit à l’aide à mourir ».

La léga­li­sa­tion de « l’aide à mou­rir » figu­rait par­mi les grandes pro­messes du second quin­quen­nat d’Emmanuel Macron. Après plu­sieurs reports liés à la dis­so­lu­tion de l’Assemblée natio­nale puis aux crises poli­tiques suc­ces­sives, le texte est donc fina­le­ment arri­vé à son terme légis­la­tif le 15 juillet 2026.

La vie soumise aux voix

L’Assemblée natio­nale l’a adop­té défi­ni­ti­ve­ment par 291 voix contre 241, avec 29 abs­ten­tions, il s’a­gis­sait du qua­trième vote des dépu­tés sur ce texte en moins d’un an. Entre-​temps, le Sénat s’y était oppo­sé à trois reprises, expri­mant des réserves sur les consé­quences d’une telle réforme, le gou­ver­ne­ment a cepen­dant choi­si de don­ner le der­nier mot à l’Assemblée nationale.

La majo­ri­té pré­si­den­tielle et les groupes de gauche ont très lar­ge­ment sou­te­nu la réforme, tan­dis que les dépu­tés de droite et du Rassemblement natio­nal ont, dans leur immense majo­ri­té, voté contre, chaque groupe ayant cepen­dant lais­sé à ses membres une liber­té de vote sur cette ques­tion. Il importe tout de même de rele­ver, à quelques mois de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle de 2027, que le porte-​parole du Rassemblement natio­nal, Laurent Jacobelli, a décla­ré sur fran­cein­fo que son par­ti ne revien­drait pas sur cette loi s’il arri­vait au pou­voir, il entend seule­ment se mon­trer « très vigi­lant » quant à son application.

Par ce vote, la France rejoint désor­mais le cercle encore res­treint des pays ayant léga­li­sé le sui­cide assis­té ou l’eu­tha­na­sie, par­mi les­quels figurent notam­ment les Pays-​Bas, la Belgique, le Luxembourg, l’Espagne, la Suisse, le Canada, la Nouvelle-​Zélande ou encore l’Uruguay.

Comme pour d’autres grandes réformes socié­tales, le voca­bu­laire employé a occu­pé une place cen­trale. La loi ne parle ni d”« eutha­na­sie », ni de « sui­cide assis­té », mais d”« aide à mou­rir ». Pour ses pro­mo­teurs, cette expres­sion sou­ligne la volon­té d’ac­com­pa­gner des per­sonnes confron­tées à des souf­frances jugées insup­por­tables. En réa­li­té, il s’agit d’atténuer la por­tée réelle du texte et de le faire pas­ser sans effrayer, pour ensuite en tirer toutes les conséquences.

L’abbé Hervé Gresland, auteur d’ar­ticles à ce sujet[1], remarque :

« on le constate par­tout et tou­jours : la léga­li­sa­tion du mal entraîne un chan­ge­ment de men­ta­li­té très rapide dans la socié­té. En peu de temps, les consciences sont com­plè­te­ment faus­sées, ce qui est légal devient légi­time aux yeux de la majo­ri­té. Dans les pays où elle est légale, on assiste à une bana­li­sa­tion de l’euthanasie. »

Une transgression inspirée par les loges maçonniques

Car, quoi que l’on en dise, l’euthanasie est le meurtre d’un inno­cent. Comme telle, elle est intrin­sè­que­ment mau­vaise et n’est donc jamais per­mise. Sa léga­li­sa­tion consti­tue un pas de plus dans la reven­di­ca­tion de la liber­té abso­lue de la per­sonne humaine, qui devrait être à même de « choi­sir sa vie, choi­sir sa mort », selon le thème du congrès orga­ni­sé à Nice, du 21 au 23 sep­tembre 1984, par l’ADMD (Association pour le droit de mou­rir dans la dignité). 

Cette asso­cia­tion, cofon­dée par le doc­teur Pierre Simon, ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, long­temps pré­si­dée par le par­le­men­taire (dépu­té puis séna­teur) et émi­nent membre du Grand Orient de France Henri Caillavet, est à l’origine du débat sur l’euthanasie et le sui­cide assis­té en France ; elle a su impo­ser ses idées, jusqu’à son vocabulaire. 

N’oublions pas que, le 5 mai 2025, le pré­sident de la République Emmanuel Macron a ren­du visite à la Grande Loge de France. Dans le dis­cours pro­non­cé à cette occa­sion, il a décla­ré : « La République en franc-​maçonnerie est plus que chez elle. Elle est dans son foyer et dans son cœur. (…) La franc-​maçonnerie est aux avant-​postes de la bataille, la bataille qui importe si nous vou­lons façon­ner le siècle pour le bien de l’humanité. » Et il s’est féli­ci­té que les francs-​maçons aient l’ambition de « faire de l’homme le libre acteur de sa vie, de la nais­sance à la mort ».

Les loges maçon­niques, appuyées sur d’importants relais poli­tiques et média­tiques, ont, comme pour la contra­cep­tion (1967) et l’avortement (1974), pris le temps de faire abou­tir ce sinistre pro­jet ; elles touchent désor­mais au but et fêtent l’adoption de cette loi mortifère.

L’abbé Gresland pré­sente leur point de vue : 

« L’homme veut avoir un pou­voir de domi­na­tion sur sa propre vie, il veut pou­voir déci­der par lui-​même de sa valeur ou de sa durée. L’homme qui se fait dieu pro­clame : “Je suis le maître de ma vie et de ma mort, j’en dis­pose comme je le veux, j’en garde le contrôle jusque dans ses der­niers instants.” »

Le plus scan­da­leux dans cette manœuvre est que « les méde­cins et soi­gnants, pre­miers concer­nés, ont, quant à eux, été lar­ge­ment exclus du pro­ces­sus. 800 000 d’entre eux ont signé, le 16 février 2023, une tri­bune dans Le Figaro pour s’opposer à l’euthanasie, mais leurs voix ne comptent pas. »

Une volonté d’être maître de la vie

L’abbé Gresland donne la mesure du bas­cu­le­ment qui s’opère : 

« L’interdit de l’homicide n’appartient pas au domaine de la loi humaine, il relève d’une loi supé­rieure à la volon­té des hommes, la loi natu­relle, expres­sion de la loi divine : “Tu ne tue­ras pas”. Cet inter­dit est le seul garde-​fou valable et un repère fon­da­men­tal de toute socié­té civi­li­sée. La trans­gres­sion de cet inter­dit consti­tue donc une bas­cule, elle aus­si fon­da­men­tale. Un pays qui pré­tend légi­fé­rer pour éli­mi­ner ses vieux et ses malades ne peut plus reven­di­quer le sta­tut de nation civi­li­sée. Derrière le paravent des mots de “liber­té” ou de “digni­té”, c’est un ren­ver­se­ment com­plet qui se joue. »

À l’encontre de cette idéologie, 

« le pape Pie XII rap­pe­lait que “Dieu seul est maître de la vie et de l’existence. L’homme n’est donc pas maître ni pos­ses­seur, mais seule­ment usu­frui­tier de son corps et de son exis­tence”. S’arroger un droit sur notre vie est un des péchés les plus graves qu’on puisse com­mettre. Cette volon­té d’usurper ce qui n’appartient qu’à Dieu est luciférienne. »

Allocution au Congrès des chi­rur­giens, le 24 février 1957

La loi votée ce 15 juillet léga­lise à la fois le sui­cide assis­té et l’eu­tha­na­sie pro­pre­ment dite, c’est-​à-​dire la mise à mort volon­taire d’un patient par un tiers. Or, depuis Hippocrate, la méde­cine occi­den­tale repose sur le prin­cipe selon lequel le méde­cin soigne, sou­lage et accom­pagne, mais ne pro­voque jamais volon­tai­re­ment la mort de son patient.

Tout au long des débats par­le­men­taires, plu­sieurs orga­ni­sa­tions médi­cales ont rap­pe­lé leur oppo­si­tion à cette révo­lu­tion, arguant que, lors­qu’un malade voit entrer un méde­cin dans sa chambre, il doit être cer­tain que celui-​ci est venu pour le soi­gner, jamais pour pro­vo­quer sa mort.

Les soins palliatifs mis au rencart

À cette légi­ti­ma­tion désor­mais actée, l’abbé Gresland oppose l’histoire chrétienne :

« Au lieu de tuer les grands malades, la civi­li­sa­tion catho­lique s’est obs­ti­née à les soi­gner, même dans les cir­cons­tances extrêmes. Au lieu de lais­ser les déshé­ri­tés mou­rir seuls et aban­don­nés, elle a inven­té les hôpi­taux, les orphe­li­nats, les asiles de vieillards. Elle s’est employée à faire com­prendre à tous leur digni­té d’êtres humains à l’image de Dieu, quel que soit le mal­heur qui les frappe. Elle les a aidés à paraître devant Dieu par les secours de la vraie reli­gion. C’est cet esprit que Satan veut faire dis­pa­raître, l’esprit d’amour plus fort que l’indifférence et d’espérance plus forte que le déses­poir humain. »

Par ailleurs, aujourd’­hui encore, l’ac­cès aux soins pal­lia­tifs demeure très insuf­fi­sant en France. Une ving­taine de dépar­te­ments ne dis­posent tou­jours d’au­cune uni­té spé­cia­li­sée et moins de la moi­tié des besoins natio­naux seraient effec­ti­ve­ment cou­verts. Le Syndicat de la Famille affirme qu’il devien­dra bien­tôt plus facile d’ob­te­nir la mort que d’ob­te­nir une place dans une uni­té de soins palliatifs.

Comment en est-​on arri­vé là ? L’abbé Gresland l’explique :

« On fait croire aux gens que l’alternative à l’euthanasie consiste à souf­frir atro­ce­ment. Et on mani­pule l’opinion publique par voie de son­dage, en deman­dant à une per­sonne si elle pré­fère souf­frir atro­ce­ment ou avoir le choix de l’euthanasie. La réponse recher­chée arrive évi­dem­ment, car ce que veulent les gens, c’est juste ne pas souf­frir. Le cri d’un malade : “Je veux mou­rir” n’est pas une demande posi­tive, c’est avant tout un cri de détresse, un appel à l’aide. Il signi­fie, selon les cas : “Je souffre trop”, “Je suis trop dimi­nué”, “Je suis fati­gué de vivre”. Certains demandent à ter­mi­ner leur vie à cause de leur iso­le­ment ou de la crainte d’être un far­deau pour les autres. »

Et pour­tant :

« La méde­cine sait désor­mais sou­la­ger presque toutes les dou­leurs phy­siques. Mais il est vrai qu’il existe cer­taines souf­frances réfrac­taires aux cal­mants. Dans ces cas, une séda­tion plus forte peut être pro­po­sée au patient, si la mort n’est pas le but visé direc­te­ment. La dou­leur morale trouve aus­si son apai­se­ment par un accom­pa­gne­ment atten­tion­né et les soins d’un per­son­nel dévoué. Presque imman­qua­ble­ment, quand les malades sont bien pris en charge, ils ne demandent plus à mou­rir. Ce dont les hommes ont besoin, ce n’est pas une aide à mou­rir, c’est une aide à vivre. À la fin de leur vie, ils dési­rent être accom­pa­gnés et aidés jusqu’au bout, être entou­rés de com­pas­sion et d’amour, amour qui, même s’ils ne le savent pas, est un reflet de l’amour de Dieu. »

Une bataille juridique qui n’est pas finie

Le vote du Parlement ne marque pas encore l’en­trée en vigueur de la loi. Conformément aux annonces faites avant même le scru­tin, quatre sai­sines du Conseil consti­tu­tion­nel doivent désor­mais être exa­mi­nées. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, le pré­sident du Sénat, Gérard Larcher, ain­si que plu­sieurs groupes de par­le­men­taires ont en effet deman­dé aux Sages de véri­fier la confor­mi­té du texte à la Constitution. Si le texte est vali­dé, le Président de la République pour­ra le pro­mul­guer avant que les décrets d’ap­pli­ca­tion ne viennent pré­ci­ser les moda­li­tés concrètes de sa mise en œuvre.

Mais déjà, le débat ne porte plus seule­ment sur le conte­nu de la loi ; il concerne aus­si les condi­tions dans les­quelles le Conseil consti­tu­tion­nel sera ame­né à la juger. Dans une tri­bune publiée dans Le Figaro, Jean-​Éric Schoettl, ancien secré­taire géné­ral du Conseil consti­tu­tion­nel, attire l’at­ten­tion sur une ques­tion rare­ment évo­quée : celle de l’im­par­tia­li­té objec­tive des membres du Conseil. Il ne suf­fit pas que la jus­tice soit impar­tiale, encore faut-​il que cette impar­tia­li­té soit visible et ins­pire confiance.

Jean-​Éric Schoettl sou­ligne que plu­sieurs membres actuels du Conseil consti­tu­tion­nel ont publi­que­ment pris posi­tion, avant leur nomi­na­tion, en faveur d’une léga­li­sa­tion de « l’aide à mou­rir ». Il cite notam­ment Alain Juppé, Jacques Mézard et Richard Ferrand, qui s’é­taient expri­més favo­ra­ble­ment sur cette réforme. À l’in­verse, Philippe Bas s’é­tait publi­que­ment oppo­sé à des textes simi­laires lors­qu’il était sénateur.

Au fond, cepen­dant, des consi­dé­ra­tions bien peu éthiques se mêlent, selon l’abbé Gresland :

« La pro­po­si­tion de loi répond aus­si à des consi­dé­ra­tions uti­li­ta­ristes et éco­no­miques. L’homme peut être mis à mort quand il n’est plus utile. Les per­sonnes âgées coûtent cher, et plus par­ti­cu­liè­re­ment pen­dant la der­nière année de leur vie. On com­prend que les mutuelles com­plé­men­taires et les caisses de retraite soient favo­rables à l’aide à mou­rir. Elles y voient un inté­rêt finan­cier indéniable.

Les héri­tiers aus­si y ver­ront un grand inté­rêt : le texte obli­ge­ra les contrats d’assurance décès à cou­vrir le risque de décès en cas de mise en œuvre de l’aide à mou­rir, comme s’il ne s’agissait pas d’une mort deman­dée et pro­vo­quée, mais d’une mort natu­relle. Mensonge énorme ! »

Le « permis de tuer » résumé en 27 points par l’ECLJ

Grégor Puppinck, direc­teur du Centre euro­péen pour le droit et la jus­tice (ECLJ), décor­tique la pro­po­si­tion de loi qui crée un véri­table « per­mis de tuer ». Avec pré­ci­sion, il a recen­sé vingt-​sept pro­blèmes graves :

  1. C’est un seul et même méde­cin qui décide de toute la pro­cé­dure d’euthanasie (art. 5 et 6).
  2. La loi ne pré­voit aucune exi­gence for­melle quant à l’expression de la volon­té de mou­rir ; elle peut être for­mu­lée par écrit ou « par tout autre mode d’expression adap­té à ses capa­ci­tés » (art. 5, III).
  3. Il suf­fit, en pra­tique, que le méde­cin affirme que la per­sonne veut mou­rir. Aucun témoin n’est requis pour attes­ter de la réa­li­té de la demande de mou­rir. À chaque fois, le méde­cin ren­contre seul la per­sonne concer­née (art. 5, 6 et 7).
  4. Ce méde­cin peut ren­con­trer la per­sonne pour la pre­mière fois le jour de la « demande » de mort ; il n’est pas néces­sai­re­ment le méde­cin trai­tant (art. 5).
  5. L’euthanasie est pos­sible sur les per­sonnes sous tutelle et sous cura­telle, ain­si que sur les per­sonnes dont le dis­cer­ne­ment est alté­ré (art. 5).
  6. Il suf­fit que le dis­cer­ne­ment ne soit pas « gra­ve­ment » alté­ré lorsque la per­sonne est sup­po­sée expri­mer sa demande de mort (art. 6, I).
  7. Une per­sonne ayant un trouble psy­chique grave, telle qu’une ten­dance sui­ci­daire, n’est pas exclue du pro­ces­sus (art. 4, al. 4).
  8. Il n’est pas néces­saire que le malade soit en phase ter­mi­nale ; une per­sonne ayant encore des années de vie peut obte­nir la mort (art. 4, al. 3).
  9. La per­sonne n’a pas un « droit » à béné­fi­cier de soins pal­lia­tifs, les­quels sont peu disponibles.
  10. Le méde­cin consulte deux per­sonnes de son choix : un méde­cin et un auxi­liaire médi­cal ou aide-​soignant pla­cé éven­tuel­le­ment sous son auto­ri­té hié­rar­chique (art. 6, II).
  11. La consul­ta­tion avec ces deux per­sonnes peut être réa­li­sée en visio­con­fé­rence, sans même avoir ren­con­tré le deman­deur ni véri­fié la réa­li­té de sa demande de mort (art. 6, II).
  12. Même si une per­sonne sous tutelle ou cura­telle demande la consul­ta­tion d’un proche, le méde­cin peut la refu­ser (art. 6, II, al. 4).
  13. Le méde­cin peut prendre sa déci­sion défi­ni­tive immé­dia­te­ment après la consul­ta­tion (art. 6, III).
  14. Le méde­cin n’a pas besoin d’ausculter le deman­deur une seconde fois (art. 6, IV et V).
  15. Le délai de réflexion de la per­sonne n’est que de deux jours à par­tir de la déci­sion du méde­cin (art. 6, IV).
  16. L’ensemble du pro­ces­sus peut donc être réa­li­sé en trois jours.
  17. Les proches de la per­sonne n’ont pas le droit d’être infor­més qu’une pro­cé­dure d’euthanasie est en cours (art. 6, II, al. 4 et art. 7).
  18. Les proches n’ont pas le droit de contes­ter en jus­tice la déci­sion du méde­cin (art. 12).
  19. Le méde­cin ou l’infirmier doit veiller à ce que l’entourage de la per­sonne fai­sant l’objet de l’euthanasie n’exerce aucune pres­sion pour lui faire « renon­cer à l’administration de la sub­stance létale » (art. 9, I).
  20. La per­sonne n’est infor­mée « des moda­li­tés d’action de la sub­stance létale » qu’après avoir confir­mé sa demande de mou­rir (art. 6, V).
  21. Les méde­cins objec­teurs de conscience qui refusent l’euthanasie sont obli­gés de dési­gner un autre méde­cin qui accepte de pra­ti­quer l’euthanasie à leur place (art. 14).
  22. Les éta­blis­se­ments pri­vés, en par­ti­cu­lier reli­gieux, même si tout leur per­son­nel est objec­teur, sont obli­gés d’accueillir des équipes mobiles d’euthanasie et d’accepter l’euthanasie de leurs rési­dents et patients, sous peine de pour­suites et de sanc­tions admi­nis­tra­tives et finan­cières (art. 14).
  23. Les phar­ma­ciens sont pri­vés de clause de conscience et obli­gés de pré­pa­rer le poi­son, sous peine de sanc­tions dis­ci­pli­naires (art. 8 et 14).
  24. Les amen­de­ments visant à sépa­rer les pro­cé­dures d’euthanasie de celles des pré­lè­ve­ments d’organes ont tous été reje­tés (par exemple l’amendement n° 547).
  25. Le « contrôle » est réa­li­sé après la mort sur la base des infor­ma­tions trans­mises par le seul méde­cin (art. 11 et 15).
  26. Le « contrôle » est réa­li­sé par une com­mis­sion com­po­sée de quatre membres d’associations et de pro­fes­sion­nels en sciences humaines et sociales, ain­si que de deux méde­cins et de seule­ment deux juges (art. 15, IV).
  27. Tout le coût de la pro­cé­dure, y com­pris les hono­raires et les rému­né­ra­tions, est pris en charge par la Sécurité sociale (art. 18).

En outre, il faut tenir compte des réa­li­tés suivantes :

  • 10 % des Français sont sous antidépresseurs.
  • 1 000 000 de Français sont éli­gibles, selon la Société fran­çaise d’accompagnement et de soins pal­lia­tifs (SFAP).
  • Une ving­taine de dépar­te­ments ne dis­posent d’aucune uni­té de soins pal­lia­tifs, et moins de la moi­tié des besoins en soins pal­lia­tifs sont actuel­le­ment satis­faits. En outre, cette cou­ver­ture dimi­nue­ra pro­por­tion­nel­le­ment au vieillis­se­ment de la population.
  • La léga­li­sa­tion de la mort anti­ci­pée per­met­tra d’économiser envi­ron 1,4 mil­liard d’euros par an en frais de san­té, de vieillesse et de retraite (éva­lua­tion de la Fondapol, 2025).

Les évêques de France floués une fois de plus

Quelques heures après l’a­dop­tion défi­ni­tive du texte, la Conférence des évêques de France a publié un com­mu­ni­qué, les évêques estiment que le 15 juillet 2026 « marque une rup­ture grave dans l’his­toire de notre pays ».

Depuis plu­sieurs années, rappellent-ils :

« Nous avons par­ti­ci­pé de façon sérieuse et res­pon­sable au débat sur la fin de vie, par l’expression de nos convic­tions et en dia­logue avec tous. Forts de l’expérience mul­ti­sé­cu­laire de l’Église dans l’accompagnement des per­sonnes malades, des mou­rants et de leurs familles, nous avons tenu à par­ta­ger nos réflexions sur la digni­té de toute vie humaine. »

Mais, une fois de plus, ils ont l’impression d’avoir été floués :

« Le Président de la République avait annon­cé un débat serein, éclai­ré et res­pec­tueux, mais force est de consta­ter que les enjeux poli­tiques, idéo­lo­giques et sans doute même éco­no­miques, dégui­sés par des mots trom­peurs, ont eu rai­son de cette ambition. »

C’est seule­ment à la toute der­nière phrase qu’ap­pa­raît le nom du Christ, beau­coup moins à l’hon­neur que la digni­té humaine et la fra­ter­ni­té uni­ver­selle, si pri­sés depuis le concile :

« Les catho­liques de France conti­nue­ront, avec beau­coup d’autres hommes et femmes de bonne volon­té, croyants ou non, à ser­vir la vie. Ils le feront ani­més par la ferme espé­rance que leur donne l’Évangile, sans esprit de rési­gna­tion ni d’affrontement, convain­cus que la gran­deur d’une socié­té ne réside jamais dans le fait de don­ner la mort aux plus fra­giles, ou de leur per­mettre de se la don­ner, mais, au contraire, de les accom­pa­gner, par une fra­ter­ni­té réelle, jusqu’au bout. Car le Christ, en qui ils croient, est venu pour que le monde ait la vie. »

Tout ceci est bien faible au regard du vacarme adverse. L’abbé Gresland donne en exemple un évêque autre­ment plus vaillant que les évêques fran­çais actuels, il fait remar­quer que :

« L’euthanasie était pour­tant tom­bée dans la répro­ba­tion géné­rale après le pro­cès de Nuremberg. En effet, dans l’Allemagne nationale-​socialiste a exis­té un pro­gramme d’élimination des per­sonnes han­di­ca­pées, Aktion T4, qui fut en vigueur en 1940–1941 et fit des mil­liers de vic­times. Parmi les voix qui se sont éle­vées contre ce pro­gramme d’eugénisme de masse mis en œuvre par l’État, la plus forte et la plus cou­ra­geuse fut celle de l’évêque de Münster, Mgr von Galen. Cet illustre évêque a pres­sen­ti qu’un fruit de l’euthanasie serait l’ensauvagement de la socié­té, jusque dans les familles : “On ne peut s’imaginer la dépra­va­tion morale, la méfiance uni­ver­selle qui s’étendra au cœur même de la famille si le saint com­man­de­ment de Dieu : « Tu ne tue­ras pas ! », que notre Créateur a écrit dans la conscience de l’homme, si ce com­man­de­ment est vio­lé, et sa vio­la­tion tolé­rée et exer­cée impu­né­ment !” Ses paroles contri­buèrent à ce que le pro­gramme soit arrê­té en octobre 1941. »

Le constat s’impose :

« Les évêques fran­çais actuels sont mal­heu­reu­se­ment inca­pables de ce lan­gage. Avec leur mol­lesse habi­tuelle, ils ont lamen­ta­ble­ment fait part de leurs “réserves”, de leurs “réti­cences” ou de leurs “inquié­tudes”. »

La Fondation Jérôme Lejeune dénonce une société eugéniste

La Fondation Jérôme Lejeune a réagi avec une plus grande détermination :

« Après le vote de la léga­li­sa­tion de l’euthanasie, la Fondation Jérôme Lejeune annonce la pour­suite du com­bat contre cette loi de mort avec une force et une déter­mi­na­tion abso­lues. À la pointe de la lutte contre l’eugénisme, la Fondation intègre désor­mais dans les prio­ri­tés de sa mis­sion de plai­doyer cette résis­tance de long terme à l’euthanasie qui menace la vie des plus fragiles.

Pour la Fondation Jérôme Lejeune, le texte sur l’euthanasie s’inscrit dans la même logique que celle qui, il y a 50 ans, léga­li­sait l’avortement eugé­niste, c’est-à-dire la mort don­née in ute­ro jusqu’au neu­vième mois à des enfants parce qu’ils sont han­di­ca­pés. Les pre­mières vic­times de cette nou­velle loi seront toutes les per­sonnes vul­né­rables, et notam­ment les per­sonnes por­teuses d’un han­di­cap men­tal. La Fondation dénonce une vision de la socié­té eugé­niste, por­tée par des contre-​valeurs s’appuyant sur une fausse concep­tion du pro­grès, de l’autonomie et de la liber­té à des fins utilitaristes. »

Pour Jean-​Marie Le Méné, pré­sident de cette Fondation :

« L’interdit de tuer est un prin­cipe fon­da­teur de notre civi­li­sa­tion. En ins­tal­lant la mort admi­nis­trée au cœur de notre sys­tème de san­té, l’État abdique. Il renonce à sa mis­sion pre­mière : pro­té­ger les plus fra­giles. C’est une rup­ture pro­fonde du pacte social. Nos poli­tiques ont-​ils encore une bous­sole morale ? Nous comp­tons sur la venue du Pape en sep­tembre à Paris pour rap­pe­ler avec force les exi­gences de cette morale natu­relle uni­ver­selle qui dit à cha­cun d’entre nous de ne pas tuer, ni voler, ni men­tir, et qui ne concerne donc pas que les catholiques. »

Le Syndicat de la Famille contre une loi violente

Pour le Syndicat de la Famille, l’a­dop­tion de cette loi consti­tue « une vio­lence inédite ».

Violence envers les malades,

« à qui l’on offre désor­mais plus faci­le­ment la mort qu’un accom­pa­gne­ment médi­cal. Il sera plus rapide d’obtenir une injec­tion létale qu’un lit en soins pal­lia­tifs ou un rendez-​vous dans un centre anti­dou­leur. Faute de garan­tir à cha­cun les moyens de vivre digne­ment jusqu’au bout, notre socié­té choi­sit de rendre la mort accessible. »

Violence envers les soi­gnants, ensuite,

« qui se sont mas­si­ve­ment oppo­sés à ce droit de l’aide à mou­rir, refu­sant cette tra­hi­son du sens de leur pro­fes­sion. Jamais la mort ne sera un soin, ni même un accom­pa­gne­ment. La méde­cine consi­dère le malade, le soigne, le sou­lage et l’accompagne. L’euthanasie met fin à sa vie. »

Violence envers les familles, également,

« dont le trau­ma­tisme géné­ré par un sui­cide est connu, auquel s’ajoutera le risque de divi­sions pro­fondes entre ceux qui savaient et ceux qui ne savaient pas, entre ceux qui seront vus comme n’ayant pas empê­ché et les autres. »

Enfin, le Syndicat dénonce une vio­lence exer­cée contre les ins­ti­tu­tions elles-mêmes :

« Rarement une réforme socié­tale aura ren­con­tré une oppo­si­tion poli­tique aus­si large, avec notam­ment le rejet du Sénat à trois reprises, l’opposition de près de 400 par­le­men­taires au cours du pro­ces­sus légis­la­tif et une adop­tion, au final, à quelques voix, alors que ce texte est un chan­ge­ment de para­digme pour tous les malades et tous les per­son­nels de santé. »

Mais la consé­quence la plus inquié­tante réside dans la pres­sion morale qui pèse­ra désor­mais sur les plus fragiles :

« Ma vie vaut-​elle encore la peine d’être vécue ? Suis-​je deve­nu un poids ? Mes proches seraient-​ils libé­rés si j’avance ma mort ? Est-​ce que je coûte trop cher ? Voilà l’injonction que l’État et la socié­té font désor­mais entrer dans la vie des plus fra­giles de nos conci­toyens. Une socié­té digne devrait leur répondre sans hési­ter qu’ils ont toute leur place par­mi nous. Désormais, elle leur indique aus­si le sui­cide comme réponse. »

Alliance VITA continue la lutte

L’association Alliance VITA espère que le Conseil consti­tu­tion­nel va main­te­nant, au moins, limi­ter la casse :

« Il est peu pro­bable que le Conseil consti­tu­tion­nel cen­sure com­plè­te­ment le texte ouvrant la voie à l’eu­tha­na­sie et au sui­cide assis­té. Néanmoins, il pour­rait cen­su­rer cer­taines dis­po­si­tions, par exemple l’o­bli­ga­tion des éta­blis­se­ments de san­té d’ac­cueillir l’eu­tha­na­sie ou le sui­cide assis­té dans leurs murs. Il pour­rait aus­si émettre des réserves d’interprétation.

Une fois la loi pro­mul­guée, il existe une pos­si­bi­li­té de contrôle de consti­tu­tion­na­li­té a pos­te­rio­ri : tout citoyen pour­ra dépo­ser une « ques­tion prio­ri­taire de consti­tu­tion­na­li­té » (QPC) dans le cadre d’un litige en cours, s’il estime que des droits ou des liber­tés consti­tu­tion­nels sont méconnus. »

Elle constate que :

« L’annonce des sai­sines du Conseil consti­tu­tion­nel témoigne des inter­ro­ga­tions sérieuses et du malaise sus­ci­tés par ce texte, tant sur son conte­nu que sur les condi­tions de son adoption.

Sur la forme, cette sai­sine inter­vient après un par­cours légis­la­tif mar­qué par des désac­cords per­sis­tants, comme en témoignent les rejets suc­ces­sifs du texte par le Sénat et le res­ser­re­ment pro­gres­sif des majo­ri­tés à l’Assemblée natio­nale au fil des débats.

Dans ce contexte, le prin­cipe de pré­cau­tion aurait dû conduire à dif­fé­rer l’adoption de ce pro­jet en l’absence de consen­sus, d’autant que les dis­po­si­tions de la loi Claeys-​Leonetti ne sont tou­jours pas plei­ne­ment appli­quées sur l’ensemble du territoire. »

La méthode des lobbys contre la vie n’a pas changé

Depuis la léga­li­sa­tion de l’avortement en 1974, les moyens employés par les adver­saires de la morale natu­relle sont res­tés iden­tiques quant au fond. L’abbé François Castel[2] fai­sait déjà remar­quer, en 2007, pour pré­mu­nir les esprits contre l’euthanasie, que :

« On com­mence par pré­sen­ter un pro­jet de loi à l’Assemblée sans espoir de le faire accep­ter, mais sim­ple­ment pour don­ner à l’idée une cer­taine légi­ti­mi­té et lan­cer le débat. On tra­vaille ensuite à influen­cer l’opinion en pra­ti­quant la dés­in­for­ma­tion pour don­ner à pen­ser que l’absence d’une loi régle­men­tant cette pra­tique a des consé­quences désas­treuses pour la socié­té ; en publiant des mani­festes de soi-​disant auto­ri­tés morales qui se pro­noncent pour la léga­li­sa­tion de la pra­tique sou­hai­tée et en mon­tant en épingle quelques cas choi­sis pour leur conte­nu émo­tion­nel. Une fois obte­nu un consen­sus en faveur de cette pra­tique, un pro­jet de loi est de nou­veau pré­sen­té aux dépu­tés de l’Assemblée natio­nale, qui l’adoptent tout naturellement. »

Nous y sommes.

Contre la pré­sen­ta­tion insou­te­nable de la souf­france par nos adver­saires, l’abbé Denis Quigley[3] rap­pelle qu’il est néces­saire de pré­sen­ter au monde la vraie notion de digni­té humaine, si sou­vent mal comprise.

Contre la pré­sen­ta­tion insou­te­nable de la souf­france par nos adver­saires, l’abbé Denis Quigley rap­pelle qu’il est néces­saire de pré­sen­ter au monde la vraie notion de digni­té humaine, si sou­vent mal comprise :

« Un état insup­por­table de déchéance phy­sique et men­tale cau­sé par la mala­die ne com­pro­met pas le res­pect de la digni­té de la per­sonne et ne donne aucun droit de mou­rir. Car la digni­té de la per­sonne humaine ne se juge pas à ses fonc­tions bio­lo­giques et ne se perd pas par une dimi­nu­tion des capa­ci­tés phy­siques. « La vie ter­restre trouve son sens dans la vie éter­nelle » ; même souf­frante ou incons­ciente, la per­sonne conserve sa digni­té d’être créée à l’image et à la res­sem­blance de Dieu, la digni­té d’un « être d’éternité ». C’est pour­quoi, dit Pie XII (aux méde­cins chi­rur­giens, 13 février 1945), « le méde­cin mépri­se­ra toute sug­ges­tion qui lui sera faite de détruire la vie, si frêle et si humai­ne­ment inutile que cette vie puisse paraître ». »

Il faut sur­tout prê­cher à temps et à contre­temps l’enseignement de celui qui est l’Auteur de la vie des âmes et des corps, Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, qui est le seul à pou­voir nous don­ner la clé de la souffrance :

« La pas­sion de Notre Seigneur Jésus-​Christ nous enseigne que la souf­france offerte à Dieu, en sou­mis­sion à sa volon­té, a une grande valeur à ses yeux. Elle per­met au malade de répa­rer les erre­ments de sa vie en expiant ses péchés. L’une des fins du sacre­ment des malades est d’ailleurs d’aider ceux-​ci à sup­por­ter leurs souf­frances dans cet état d’esprit, au lieu de cher­cher à les fuir à tout prix. La souf­france peut aus­si être mer­veilleu­se­ment féconde. Dieu nous l’a ensei­gné par l’exemple de plu­sieurs saints, telle sainte Rafqa (1832–1914). »

L’abbé Gresland fait remar­quer que l’heure n’est pour­tant pas au défai­tisme, mais au com­bat achar­né, chaque jour que Dieu nous donne de vivre ici-bas :

« Les enne­mis de Dieu veulent façon­ner la socié­té selon leur concep­tion. Parmi eux, les mili­tants de la mort admi­nis­trée pour­suivent sans relâche leur tra­vail de pro­pa­gande idéo­lo­gique. Il faut nous pré­pa­rer à affron­ter le monde d’après cette loi de mort : for­mer nos esprits, affer­mir nos consciences, refu­ser cette volon­té de mort. Pour qu’au juge­ment der­nier, quand cer­tains enten­dront : « J’étais malade et vous m’avez eutha­na­sié », nous enten­dions de Notre-​Seigneur : « J’étais malade et vous m’avez visité. » »

Si ce n’est pour la terre, ce com­bat por­te­ra au moins ses fruits au Ciel. Et cela seul demeurera.

Sources : RTS – Le Figaro – CEF – ECJL – Alliance Vita – Fondation Jérôme Lejeune – Syndicat pour la famille – FSSPX Actualités

Notes de bas de page
  1. Prêtre de la FSSPX, auteur de la série d’ar­ticles La loi sur « l’aide à mou­rir » parus parus dans les bul­le­tins La Couronne de Marie n°145 et 147.[]
  2. https://​lapor​te​la​tine​.org/​f​o​r​m​a​t​i​o​n​/​m​o​r​a​l​e​/​b​i​o​e​t​h​i​q​u​e​/​l​e​g​l​i​s​e​-​c​a​t​h​o​l​i​q​u​e​-​e​t​-​l​e​u​t​h​a​n​a​sie[]
  3. https://​lapor​te​la​tine​.org/​s​p​i​r​i​t​u​a​l​i​t​e​/​q​u​e​s​t​-​c​e​-​q​u​e​-​l​e​u​t​h​a​n​a​s​i​e​-​p​a​r​-​m​-​l​a​b​b​e​-​d​e​n​i​s​-​q​u​i​g​l​e​y​-​n​o​v​e​m​b​r​e​-​2​015[]