Sermon de Mgr Lefebvre – Notre-​Dame de Compassion – 10 avril 1981

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chères sœurs,

(…) Il est bien écrit en effet dans l’Évangile que la Vierge aura le cœur trans­per­cé par un glaive.

Ce cœur trans­per­cé par un glaive ne signi­fie pas autre chose que son asso­cia­tion à la Passion de son divin Fils. Et il est éga­le­ment signa­lé que la très Sainte Vierge Marie était à côté de Notre Seigneur Jésus-​Christ au moment de sa Passion et au moment de sa mort.

Stabat Mater jux­ta Crucem. Nous ne pou­vons donc pas nier que la Providence – que Dieu – ait vou­lu asso­cier la très Sainte Vierge Marie non seule­ment à sa nais­sance, à sa venue sur la terre, à son enfance, à son ado­les­cence, à sa vie publique, mais sur­tout à sa Passion. Car si le moment, le moment le plus impor­tant, l’heure de Notre Seigneur Jésus-​Christ, était l’heure de sa mort sur la Croix, était l’heure de sa Passion, l’heure de la très Sainte Vierge Marie aus­si fut sa com­pas­sion, son union intime à la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Comme je le disais, cette dévo­tion est ancienne dans l’Église. On ne sait pas à quelles dates exac­te­ment remontent ces fêtes : Notre-​Dame des Sept Douleurs et de la Compassion de la Vierge Marie. Mais dans la Sainte Église – et par l’intervention de la Vierge elle-​même – sont nées des socié­tés comme celle des Sept Fondateurs des Servîtes de Marie qui ont été fon­dées à la demande de la Vierge Marie elle-​même, pour médi­ter sur ses dou­leurs, pour médi­ter sur sa pas­sion par­ti­cu­liè­re­ment. Ainsi donc la Congrégation des Servites de Marie est par­ti­cu­liè­re­ment vouée à cette médi­ta­tion, à cette pen­sée, à cette union à la Vierge Marie.

Une autre socié­té est éga­le­ment vouée à cette contem­pla­tion, ce sont les Passionistes de Saint-​Paul de la Croix. Les Passionistes qui ont comp­té beau­coup de saints dans leur congrégation.

C’était une congré­ga­tion extrê­me­ment fer­vente. L’un d’entre eux en par­ti­cu­lier fut saint Gabriel de l’Addolorata. Saint Gabriel de l’Addolorata, qui a pris ce nom pré­ci­sé­ment de l’Addolorata parce qu’il vou­lait par­ti­cu­liè­re­ment pas­ser sa vie à médi­ter sur les souf­frances de la très Sainte Vierge Marie. Pourquoi cette médi­ta­tion ? Pourquoi cette union à la très Sainte Vierge Marie dans sa com­pas­sion, dans sa pas­sion, dans sa transfixion ?

Afin de nous asso­cier plus inti­me­ment à la Passion de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Car s’il y a un cœur qui a com­pa­ti au cœur de Jésus trans­per­cé sur la Croix ; s’il y a une âme qui a eu les pen­sées unies à celles de Notre Seigneur Jésus-​Christ sur sa Croix, c’est bien la très Sainte Vierge Marie.

Elle qui n’avait pas péché non plus – par consé­quent comme Notre Seigneur – elle n’avait pas à répa­rer pour elle-​même. Et cepen­dant tous les deux ont vou­lu souf­frir, souf­frir hor­ri­ble­ment, souf­frir pro­fon­dé­ment, souf­frir dans leur corps. On peut alors essayer de péné­trer les sen­ti­ments de ces deux cœurs : les Cœurs de Jésus et de Marie. Il est évident que le motif pro­fond et de la Passion de Notre Seigneur Jésus-​Christ et de la Compassion de la très Sainte Vierge Marie, c’est la charité.

Leurs cœurs étaient dévo­rés par la cha­ri­té, embra­sés, par cet amour de l’Esprit Saint. Notre Seigneur, Verbe de Dieu, uni consub­stan­tiel­le­ment au Saint-​Esprit, était dévo­ré par l’amour du Saint-​Esprit, par ce Saint-​Esprit qui enflam­mait tout son Être, la Personne du Verbe, mais aus­si son âme et son corps et son cœur de chair, enflam­més par l’Esprit Saint.

La Vierge Marie imi­tait son divin Fils et elle aus­si essayait de mode­ler ses sen­ti­ments sur ceux de son divin Fils. Elle aus­si était rem­plie du Saint-​Esprit. Elle l’a été toute sa vie et par­ti­cu­liè­re­ment sans doute à ce moment-là.

Alors ces deux cœurs enflam­més par l’Esprit Saint, avaient sur­tout pour but pre­mier – nous ne devons pas l’oublier – l’amour du Père. Car l’amour du Saint-​Esprit, ce feu dévo­rant, conduit au Père. Ce n’est pas autre chose que l’amour qui est Dieu, Dieu est cha­ri­té et par consé­quent l’Esprit Saint ne peut pas faire autre chose que de nous por­ter vers Dieu ; de nous por­ter vers le Père. Et c’est donc pour réta­blir l’honneur de Dieu, l’honneur du Père que d’abord, Jésus a souf­fert. Et la Vierge Marie aus­si. Elle s’est unie à cette souf­france de son divin Fis pour réta­blir l’honneur du Père. Et le Père rece­vait une gloire infi­nie de la part de son Divin Fils et Il rece­vait une gloire très grande de cette créa­ture, cette créa­ture pri­vi­lé­giée, qui était la très Sainte Vierge Marie, unie à son divin Fils.

La pre­mière vrai­ment rache­tée, par­fai­te­ment rache­tée en ce sens qu’elle n’avait même pas connu le péché. Mais c’est tout de même en rai­son de l’Incarnation de Notre Seigneur, qu’elle a été imma­cu­lée dans sa concep­tion et par consé­quent qu’elle n’a pas connu le péché. Alors elle chan­tait la gloire, la gloire dans la dou­leur, dans la souf­france, elle chan­tait la gloire de Dieu ; elle vou­lait réta­blir l’honneur et l’amour de Dieu sur terre.

Et cet amour qui les dévo­rait tous les deux les ren­dait alors plein de misé­ri­corde car la consé­quence immé­diate d’un grand amour, d’une grande cha­ri­té c’est la miséricorde.

Parce que cet amour que pos­sèdent ces cœurs, vou­drait qu’il soit dif­fu­sé, qu’il soit com­mu­ni­qué à tous ceux qui ne l’ont pas, à tous ceux qui en manquent. Et par consé­quent la vision que Notre Seigneur Jésus-​Christ avait de l’humanité, depuis Adam et Ève, sur tous les hommes qui seraient créés en ce monde, Notre Seigneur en avait la vision claire et com­plète par sa divi­ni­té, puisqu’il en était Lui-​même le Créateur, le Rédempteur. Alors Il consta­tait cette misère. Ces hommes éloi­gnés de Dieu ne pensent plus du tout à la Sainte Trinité, au Père, au Créateur, ni au Rédempteur aujourd’hui. Notre Seigneur voyait cela. Alors son cœur était plein de misé­ri­corde, rem­pli de misé­ri­corde et cette misé­ri­corde pousse jusqu’au Sacrifice. La misé­ri­corde est la source du Sacrifice. Elle pousse au Sacrifice parce qu’elle est prête à se don­ner tota­le­ment pour que soit réta­blie la cha­ri­té dans les cœurs.

Alors Notre Seigneur a souf­fert, souf­fert dans con Corps, quand Il est au Jardin de l’agonie ; des gouttes de sang per­laient sur son front. Notre Seigneur était rem­pli de misé­ri­corde. Et la très Sainte Vierge Marie elle-​même, vou­lant pré­ci­sé­ment com­pa­tir à la souf­france de Notre Seigneur et avoir le même motif aus­si : pen­ser à toutes ces âmes. Alors, tous les deux ensemble, souf­fraient et ont vou­lu souf­frir jusqu’à la mort, jusqu’au martyre.

Si Notre Seigneur Jésus-​Christ a vrai­ment don­né son der­nier souffle pour la gloire de son Père et pour le rachat des âmes, pour que l’Esprit Saint puisse enflam­mer tous les cœurs et toutes les âmes de l’amour de la très Sainte Trinité, la très Sainte Vierge Marie, elle, n’est pas morte sur le moment, mais elle a offert sa vie et elle a souf­fert le mar­tyre, puisqu’elle est appe­lée Reine des mar­tyrs. Elle a donc don­né elle aus­si tout son sang, toute sa vie, tout ce qu’elle avait – et en par­ti­cu­lier son divin Fils – au Bon Dieu, pour le rachat des âmes : Mère de misé­ri­corde : Mater mise­ri­cor­diæ.

Voilà quelles sont les ori­gines de cette pas­sion de la très Sainte Vierge Marie. Loin de croire que cette pas­sion l’ait jetée dans une tris­tesse déses­pé­rante, dans une tris­tesse qui aurait mis leur âme dans une espèce de déses­poir. Oh non ! puisque c’était jus­te­ment la cha­ri­té qui en était l’origine ; la cha­ri­té pro­duit dans les cœurs la paix et la joie ; autant que cela même, puisse être invrai­sem­blable, d’uni à cette pas­sion, cette com­pas­sion, cette misé­ri­corde, à une joie pro­fonde. Oui, le cœur de Notre Seigneur Jésus-​Christ était rem­pli de joie et le cœur de la Vierge Marie aus­si, uni à celui de Jésus, rem­pli de la joie de la très Sainte Trinité, la joie que pro­cure la grande cha­ri­té ; la paix aus­si que pro­duit dans les âmes cette cha­ri­té qui est une paix inef­fable. Jésus et Marie n’étaient pas dans la tor­ture comme le sont bien sou­vent mal­heu­reu­se­ment les âmes qui souffrent et des per­sonnes qui souffrent dans leur corps, qui ont des sen­ti­ments de tris­tesse pro­fonde et de déses­poir. Non, ce n’était pas de cette manière-​là que souf­fraient Jésus et Marie. Ils souf­fraient, mais leurs cœurs étaient tel­le­ment dans la séré­ni­té, dans la paix, ce qui per­met­tait à la très Sainte Vierge Marie de res­ter debout auprès de la Croix.

Si elle n’avait pas eu cette paix ; si elle n’avait pas eu cette cha­ri­té, si elle n’avait pas eu cette joie intime et pro­fonde, de s’associer aux souf­frances de son divin Fils, de s’associer à sa cha­ri­té, d’être rem­plie de l’Esprit Saint, elle ne serait pas res­tée debout. L’Évangile n’aurait pas dit : Stabat Mater. Et les per­sonnes qui entou­raient la très Sainte Vierge, vrai­sem­bla­ble­ment, mani­fes­taient beau­coup plus que la très Sainte Vierge, une dou­leur exté­rieure, par des gestes et des pleurs et des sen­ti­ments exté­rieurs. La Vierge res­tait calme, dans la paix.

Eh bien voi­là ce qu’est votre Patronne, mes bien chères sœurs. Et puisque vous avez bien vou­lu venir ici, vous unir à nous, ici par­ti­cu­liè­re­ment dans cette mai­son d’Écône où sont pas­sées pra­ti­que­ment toutes les oblates – à peu près – en tout cas elle s’y unissent. Elles sont venues s’associer aux prêtres, car le prêtre est un autre Christ. Et le prêtre doit s’associer par­ti­cu­liè­re­ment par le Sacrifice qu’il offre, à la Passion de Notre Seigneur Jésus-​Christ, épou­ser les sen­ti­ments de Jésus dans son cœur. Par consé­quent épou­ser lui aus­si, les sen­ti­ments de Marie et deman­der à la Vierge de com­prendre ses sen­ti­ments afin de mieux les res­sen­tir et de mieux les épouser.

Et alors, vous, auxi­liaires du prêtre, auxi­liaires non pas seule­ment de vos mains, mais auxi­liaires aus­si de vos âmes, de votre esprit, du sacer­doce, du Sacrifice de Notre Seigneur Jésus-​Christ, de sa Croix, de l’extension de son règne, de l’extension de son amour, alors vous vous uni­rez d’une manière toute par­ti­cu­lière à la très Sainte Vierge Marie. Comme elle, auprès de son divin Fils, vous com­pa­ti­rez et ain­si vous contri­bue­rez aus­si d’une manière très effi­cace à la rédemp­tion des âmes, dans la mesure où vous pou­vez le faire, dans la mesure où la Providence vous donne les grâces pour le faire.

Ainsi vous vous asso­cie­rez d’une manière plus pro­fonde au sacer­doce des prêtres, deman­dant que ces prêtres, que ces sémi­na­ristes que vous ser­vez, que ces sémi­na­ristes deviennent de vrais prêtres, qu’ils deviennent vrai­ment d’autres Christ ; qu’ils s’associent, eux, d’une manière encore plus pro­fonde, plus par­faite à la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Vous le deman­de­rez à la très Sainte Vierge Marie. Alors offrez vos souf­frances, offrez vos sacri­fices dans cette inten­tion, afin que le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ s’étende.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.