Immanence, incarnation et rédemption chez Jean-​Paul II ou le modernisme d’un pape

Conférence faite sur le moder­nisme de Jean-​Paul II à l’oc­ca­sion du sym­po­sium sur Pascendi
Par l’ab­bé Patrick de La Rocque, Novembre 2007

Dire que le moder­nisme dénon­cé par Pascendi n’a jamais été si pré­sent que sous Jean-​Paul II peut paraître sévère. Ce n’est pour­tant là qu’un euphé­misme, pour qui connaît un tant soit peu la pen­sée et l’enseignement du pape défunt. Si en effet nous accep­tons pour défi­ni­tion fon­da­men­tale du moder­nisme celle que don­na saint Pie X, à savoir l’immanence vitale qui le carac­té­rise, on se doit de recon­naître en Jean-​Paul II un pape pro­fon­dé­ment moder­niste. L’immanence vitale, nul autre pape plus que lui ne l’a ensei­gnée. Il me semble même pou­voir affir­mer – sans pré­tendre le mon­trer ici – que cette imma­nence vitale fut la source à laquelle s’alimenta tout le pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II. A l’aune d’un tel cri­tère en tout cas, les vingt-​sept ans de son sou­ve­rain pon­ti­fi­cat revêtent une remar­quable cohérence.

Pour l’heure, le pro­pos pré­sent ne por­te­ra que sur trois points. Je vou­drais tout d’abord mon­trer que Jean-​Paul II se fit le pré­di­ca­teur expli­cite de l’immanence vitale ; quelques exemples y suf­fi­ront. Nous décryp­te­rons ensuite la lec­ture qu’il fit, à cette lumière, du dogme de l’Incarnation, puis enfin de la Rédemption. La conclu­sion s’imposera alors d’elle-même : pas­sés aux fourches cau­dines de l’immanence, les dogmes catho­liques perdent leur sub­stance même. En ce sens, l’évolution de la théo­lo­gie catho­lique sous le pon­ti­fi­cat de Jean-​Paul II fut une triste illus­tra­tion du constat de saint Pie X : le moder­nisme est bien l’égout col­lec­teur de toutes les hérésies.

I) L’immanence vitale chez Jean-​Paul II

Dieu mystérieusement présent au cœur de tout être humain

Que Jean-​Paul II ait ensei­gné le prin­cipe d’immanence vitale est une évi­dence. Prenons pour exemple le dis­cours qu’il adres­sait au len­de­main d’Assise afin de jus­ti­fier son geste auprès des car­di­naux de la Curie : « Toute prière authen­tique est sus­ci­tée par l’Esprit-Saint qui est mys­té­rieu­se­ment pré­sent dans le cœur de tout homme.[1] » L’Esprit-Saint n’est plus dit agir ponc­tuel­le­ment sur tout le cœur de tout homme par le biais de grâces actuelles – ce que l’Eglise enseigne – mais il est affir­mé qu’Il est mys­té­rieu­se­ment pré­sent dans le cœur de tout homme : c’est là l’affirmation du prin­cipe d’immanence vitale.

En guise de nou­velle illus­tra­tion, citons l’importante homé­lie que Jean-​Paul II pro­non­ça ici même à Paris, lors de son pre­mier voyage en France. C’était au Bourget, le 1er juin 1980. Jean-​Paul II y fit un vibrant hom­mage de l’homme, tout appuyé sur le prin­cipe d’immanence vitale. Cet éloge met tout d’abord en avant la noblesse natu­relle de l’homme. Doué d’intelligence et de volon­té, l’homme est à l’image de Dieu. De plus, en tant qu’être créé, il est pré­sent de tout éter­ni­té dans la pen­sée divine. Jean-​Paul II le sou­ligne : « L’homme est dans le cœur du Père, du Fils et du Saint-​Esprit. Et cela depuis le début. N’a‑t-il pas été créé à l’image et à la res­sem­blance de Dieu ? Hors de cela, l’homme n’a pas de sens. L’homme n’a un sens dans le monde que comme image et res­sem­blance de Dieu [2]. » Tout cela est très tra­di­tion­nel, mais n’explique pas encore le culte – oui, le culte [3] – que Jean-​Paul II entend adres­ser à l’homme. Celui-​ci s’enracine sur autre chose, pré­ci­sé­ment sur le prin­cipe d’immanence vitale. Ecoutons la suite du dis­cours : « L’homme, l’éloge de l’homme, l’affirmation de l’homme. Oui, l’affirmation de l’homme tout entier, dans sa consti­tu­tion spi­ri­tuelle et cor­po­relle, dans ce qui le mani­feste comme sujet exté­rieu­re­ment et inté­rieu­re­ment. L’homme adap­té, dans sa struc­ture visible, à toutes les créa­tures du monde visible, et en même temps inté­rieu­re­ment allié à la sagesse éter­nelle [4]. » L’être humain, en sa nature concrète, est tout à la fois adap­té au monde visible et allié de la sagesse éter­nelle. Il est sujet de rela­tion non seule­ment avec le monde exté­rieur et visible, mais encore avec Dieu lui-​même. Cette rela­tion avec Dieu est décrite comme un rela­tion d’amitié. Dans son être même, dans ce qui le consti­tue comme sujet, l’homme est l’allié de la sagesse éter­nelle : « il est inté­rieu­re­ment allié à la sagesse éter­nelle ». Voici à nou­veau affir­mé clai­re­ment le prin­cipe d’immanence vitale. La conscience est alors consi­dé­rée comme un sanc­tuaire où Dieu est pré­sent à l’homme, à tout homme [5].

Dieu caché au cœur de toute culture

Le même pos­tu­lat d’immanence fonde encore le res­pect et la confiance que Jean-​Paul II accor­da aux diverses reli­gions. A son sens, la pré­sence secrète et agis­sante de Dieu dépasse l’homme indi­vi­duel, pour s’étendre aux cultures – et aux reli­gions qui en consti­tuent le cœur [6]. Jean-​Paul II ne disait-​il pas dans son homé­lie du Bourget : « Au cœur de la mis­sion du Christ, il y a l’homme, tout l’homme. A tra­vers l’homme, il y a les nations, toutes les nations » ? Aussi continue-​t-​il son ser­mon : « L’alliance inté­rieure avec la sagesse se trouve à la base de toute culture et du véri­table pro­grès de l’homme [7]. » Jean-​Paul II répé­ta sou­vent cette asser­tion, notam­ment lorsqu’il s’adressait aux mis­sion­naires évan­gé­li­sant les pays de cultures non chré­tiennes. Citons l’un des ses dis­cours aux évêques d’Afrique du Nord : « La tâche de l’apôtre qui a ain­si ren­con­tré Dieu est de le faire connaître à ses frères en mon­trant qu’Il est déjà là, caché au milieu des peuples, au cœur de toutes les cultures [8]. » Ou encore, en un autre lieu : « Si toute culture a besoin de conver­sion, favo­ri­sez cette conver­sion, dans l’espérance et dans la recon­nais­sance que Dieu est déjà là […] Celui qui pro­pose la Bonne Nouvelle invite les reli­gions non chré­tiennes à décou­vrir le Christ, mais il est aus­si appe­lé, par les signes de la pré­sence de Dieu dans ces reli­gions, à rece­voir des éclai­rages nou­veaux sur des façons dif­fé­rentes de vivre en homme, et donc avec Dieu [9]. »

On sait l’argument uti­li­sé pour appuyer la thèse de l’immanence divine au sein de toutes les reli­gions et cultures. Il croit trou­ver des fon­de­ments patris­tiques dans ce que les Pères appe­laient les semi­na Verbi, semences du Verbe. De quoi s’agit-il ? Parce que le mal abso­lu n’existe pas, toute culture a sa part de véri­té. Loin de lui être propre, cette part de véri­té n’est qu’une par­ti­ci­pa­tion à celui qui est la Vérité même, le Verbe éter­nel. Vérités natu­relles ou restes de véri­tés issues de la vraie reli­gion, ces semi­na Verbi étaient certes consi­dé­rées par les Pères de l’Eglise comme un bien, mais nul­le­ment comme une pré­sence effec­tive et sur­na­tu­relle de Dieu, loin s’en faut. En effet, et les Pères de l’Eglise en sont bien conscients, ce n’est pas à toutes les reli­gions, mais seule­ment aux apôtres, fon­de­ments de l’Eglise catho­lique, que le Christ a adres­sé sa pro­messe : « Et voi­ci que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Aussi ces semi­na Verbi n’étaient-elles pour les Pères qu’une par­ti­ci­pa­tion natu­relle à la véri­té divine, qui n’impliquait pas une pré­sence de Dieu dans l’âme. Cette der­nière, don­née par la seule grâce sur­na­tu­relle, était au contraire clai­re­ment dis­tin­guée. L’exemple de saint Justin, le plus cité en ce domaine, est lumi­neux à cet endroit : « Je suis chré­tien, je m’en fais gloire, et, je l’a­voue, tout mon désir est de me faire recon­naître comme tel. Ce n’est pas que la doc­trine de Platon soit incom­pa­tible avec celle du Christ, mais elle ne lui est pas en tout sem­blable, pas plus que celles des autres, stoï­ciens, poètes ou écri­vains. Chacun d’eux en effet a vu du Verbe divin dis­sé­mi­né dans le monde ce qui était en rap­port avec sa nature, et a pu expri­mer ain­si une véri­té par­tielle […] Tout ce qu’ils ont ensei­gné de bien nous appar­tient, à nous chré­tiens. Car après Dieu nous ado­rons et nous aimons le Verbe (logoV) né du Dieu éter­nel et inef­fable, puis­qu’il s’est fait homme pour nous, afin de nous gué­rir de nos maux en y pre­nant part. Les écri­vains ont pu voir in­distinctement la véri­té, grâce à la semence du Verbe qui a été dépo­sée en eux. Mais autre chose est de pos­sé­der une semence et une res­sem­blance pro­por­tion­née à ses facul­tés, autre chose l’ob­jet même dont la participa­tion et l’i­mi­ta­tion pro­cèdent de la grâce qui vient de lui [10]. » Dès lors, il relève du men­songe d’affirmer que la Tradition de l’Eglise a cru, sous cou­vert des semi­na Verbi, à une pré­sence imma­nente et agis­sante de l’Esprit Saint dans toutes les cultures. Jean-​Paul II ne s’est pour­tant pas pri­vé d’une telle affir­ma­tion : « En elles [dans les reli­gions non chré­tiennes] se trouvent les « semi­na Verbi » le « rayon­ne­ment de l’unique véri­té » dont par­laient déjà les pre­miers Pères de l’Eglise, qui sont vivants et tra­vaillent au milieu du paga­nisme. » Les der­niers mots sont déter­mi­nants : ils iden­ti­fient les semi­na Verbi à une pré­sence vivante et agis­sante de Dieu. Cette pré­sence vivante et agis­sante de Dieu au sein du paga­nisme sera encore reprise, par exemple, dans le dis­cours du 22/​12/​86 aux membres de la Curie pour jus­ti­fier Assise : « Tous ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont « ordon­nés » à l’unité suprême de l’unique Peuple de Dieu […] C’est pré­ci­sé­ment la valeur réelle et objec­tive de cette « ordi­na­tion » à l’unité de l’unique Peuple de Dieu, sou­vent cachée à nos yeux, qui a pu être recon­nue dans la Journée d’Assise, et dans la prière avec les repré­sen­tants chré­tiens, c’est la pro­fonde com­mu­nion qui existe déjà entre nous dans le Christ et dans l’Esprit, vivante et agis­sante, même si elle est encore incom­plète, qui a eu l’une de ses mani­fes­ta­tions par­ti­cu­lières [11]. »

Conclusion

Dès lors, par­ler d’immanence divine secrè­te­ment cachée au cœur de toutes les reli­gions n’a aucun appui dans la Tradition, tout au contraire. Son seul fon­de­ment est la doc­trine moder­niste de l’immanence vitale, hélas chère à Jean-​Paul II.

Dans une telle pers­pec­tive imma­nen­tiste, la théo­lo­gie catho­lique rela­tive à l’Incarnation rédemp­trice pose un double pro­blème. Comment admettre tout d’abord la néces­si­té d’un média­teur exté­rieur à la conscience humaine ? Dire que l’homme doit pas­ser par un autre pour trou­ver accès à Dieu n’est-il pas aux anti­podes du prin­cipe d’immanence ? En ce sens, la chris­to­lo­gie tra­di­tion­nelle dérange. Comment ensuite admettre que l’homme ait besoin d’être rache­té pour être uni à Dieu ? Cela veut dire que non seule­ment il n’est pas auto­ma­ti­que­ment uni à Dieu, mais qu’en plus il ne le mérite pas. Voilà qui une nou­velle contra­dic­tion du prin­cipe d’immanence. On le devine donc : les dogmes de l’Incarnation et de la Rédemption vont être pro­fon­dé­ment revi­si­tés par la pen­sée moder­niste. Et, pour ce qui nous concerne dans l’immédiat, par l’enseignement de Jean-​Paul II.

II) L’Incarnation chez Jean-​Paul II

L’Incarnation, ou l’immanence renforcée

En ce qui concerne le dogme de l’Incarnation, nous repar­ti­rons du ser­mon de Jean-​Paul II au Bourget, cité tout à l’heure. L’homme – tout homme – y était décrit, nous l’avons vu, comme « inté­rieu­re­ment allié à la sagesse éter­nelle ». Et bien le pape pour­sui­vait aus­si­tôt : « Le Christ est venu au monde au nom de l’alliance de l’homme avec la sagesse éter­nelle. Au nom de cette alliance il est né de la Vierge Marie et il a annon­cé l’Evangile. Au nom de cette alliance, « cru­ci­fié… sous Ponce Pilate », il est allé sur la croix et il est res­sus­ci­té. Au nom de cette alliance, renou­ve­lée dans sa mort et dans sa résur­rec­tion, il nous donne son Esprit. L’alliance avec la sagesse éter­nelle conti­nue en Lui. » Le pape ne dit pas que l’alliance avec Dieu a été réta­blie en Lui – ce qui sup­po­se­rait que l’homme l’ait préa­la­ble­ment détruite par le péché – mais qu’elle conti­nue en Lui. Autrement dit, le Christ est venu au monde « au nom de l’alliance de l’homme avec la sagesse éter­nelle », dans le cadre d’une imma­nence divine préa­la­ble­ment exis­tence. Il est venu pour don­ner une nou­velle « force » à cette imma­nence, comme pour la « recon­fi­gu­rer ». Quelle est donc cette nou­velle « force » ? Le pape répond en com­men­tant Mt 28, 20, où le Christ dit : « Tout pou­voir m’a été don­né au ciel et sur la terre » : « « Le pou­voir au ciel et sur la terre » n’est pas un pou­voir contre l’homme. Ce n’est même pas un pou­voir de l’homme sur l’homme. C’est le pou­voir qui per­met à l’homme de se révé­ler à lui-​même dans sa royau­té, dans toute la plé­ni­tude de sa digni­té. C’est le pou­voir dont l’homme doit décou­vrir dans son cœur la puis­sance spé­ci­fique, par lequel il doit se révé­ler à lui-​même dans les dimen­sions de sa conscience et dans la pers­pec­tive de la vie éter­nelle [12]. »

La dimension universelle de l’Incarnation

Selon cette doc­trine, le rap­port de l’homme au Christ est pro­fon­dé­ment modi­fié. Ce n’est plus le Christ qui est le che­min du Ciel – lui qui pour­tant est voie, véri­té et vie – Christ auquel l’homme doit s’incorporer pour par­ve­nir au salut. Non. Dans la concep­tion de Jean-​Paul II, il serait plus juste de dire que c’est au contraire l’homme qui a en lui-​même le che­min du salut – la voix de sa conscience – che­min que le Christ est venu ren­for­cer en tout homme. Tel est l’interprétation que Jean-​Paul II fait de l’expression conci­liaire qui lui est si chère : « Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni Lui-​même à tout homme [13]. » Pour Jean-​Paul II, l’Incarnation a ren­du tous les hommes, de manière plus pro­fonde encore, fils adop­tifs de Dieu[14]. Citons encore Jean-​Paul II : « En rap­pe­lant que « le Verbe s’est fait chair », c’est-à-dire que le Fils de Dieu est deve­nu homme, nous devons réa­li­ser com­bien chaque homme est deve­nu grand à tra­vers ce mys­tère, c’est-à-dire à tra­vers le mys­tère de l’Incarnation du Fils de Dieu — chaque homme ! En effet, le Christ a été conçu dans le sein de Marie et il est deve­nu homme pour révé­ler l’amour éter­nel du Créateur et Père, et pour mani­fes­ter la digni­té de cha­cun d’entre nous [15]. »

Ce grand ren­ver­se­ment opé­ré par la théo­lo­gie moder­niste éclate dans le mes­sage que Jean-​Paul II adres­sa au monde au jour de son pre­mier Noël de pape, le 25 décembre 1978. Le titre même du dis­cours est révé­la­teur : Noël, fête de l’homme. Ce texte, au lyrisme sur­pre­nant, méri­te­rait d’être cité inté­gra­le­ment. Limitons-​nous ici à ses pas­sages essen­tiels : « Noël est la fête de l’homme. C’est la nais­sance de l’homme […] Si nous célé­brons aujourd’hui de manière aus­si solen­nelle la nais­sance de Jésus, nous le fai­sons pour rendre témoi­gnage au fait que chaque homme est unique, abso­lu­ment sin­gu­lier » D’un trait, l’anniversaire de l’Incarnation divine est trans­for­mée en fête de l’humanité. La dyna­mique de l’Incarnation n’est plus tour­née vers la patrie céleste que le Verbe incar­né rend à nou­veau acces­sible, mais vers l’homme et sa digni­té trans­cen­dan­tale, issue pré­ci­sé­ment de l’immanence divine sen­sée le carac­té­ri­ser. Le pape conti­nue : « Au nom de cette valeur abso­lu­ment unique de tout homme, et au nom de cette force que le Fils de Dieu offre à tout homme en se fai­sant homme […] je leur dis : Acceptez la grande véri­té sur l’homme ! Acceptez la véri­té entière sur l’homme qui a été dite dans la nuit de Noël […] Acceptez le mys­tère dans lequel vit tout homme, depuis que le Christ est né ! Respectez ce mys­tère ! […] « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». Dieu s’est appro­ché. Il est au milieu de nous. Il est l’homme […] Dieu a trou­vé ses com­plai­sances dans l’homme par le Christ.&nbsp[16] » Le Dieu de Jean-​Paul II n’est plus celui qui met toutes ses com­plai­sances dans le Christ, et en nous dans la seule mesure où nous sommes « inchris­tés » par la grâce bap­tis­male ; c’est un Dieu qui met sa com­plai­sance dans l’homme, en tout homme, entre autres parce que le Christ s’est uni à tout homme.

Telle est, pour Jean-​Paul II, l’œuvre de l’Incarnation : « Jésus-​Christ nous fait par­ta­ger ce qu’il est. Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’unit d’une cer­taine manière à chaque être humain. Dans notre être inté­rieur, il nous a récon­ci­liés avec Dieu, il nous a récon­ci­liés avec les autres, il nous a récon­ci­liés avec nos frères et avec nos sœurs : il est notre paix [17]. » Par trop habi­tués à ces for­mules, nous n’en mesu­rons pas for­cé­ment la por­tée. Elles sont tout sim­ple­ment incom­pa­tibles avec la foi catho­lique. Il est en effet contraire à la foi catho­lique de dire que le Fils de Dieu a déjà récon­ci­lié chaque homme avec Dieu dans son être inté­rieur. Pourtant, cette affir­ma­tion est répé­tée à maintes reprises par Jean-​Paul II : « Dans le Christ, tous sont le « peuple élu », car dans le Christ l’homme est élu. Chaque homme, sans excep­tion ni dif­fé­rence, est récon­ci­lié avec Dieu et – pour cela même – appe­lé à par­ti­ci­per à l’éternelle Promesse de salut et de vie. L’humanité tout entière est nou­vel­le­ment créée comme « l’Homme nou­veau selon Dieu dans la jus­tice et la sain­te­té de la véri­té » (Eph. 4, 24) [18].» Insistons une der­nière fois sur cet uni­ver­sa­lisme de l’Incarnation : « C’est cela, l’homme dans toute la plé­ni­tude du mys­tère dont il est deve­nu par­ti­ci­pant en Jésus-​Christ et dont devient par­ti­ci­pant cha­cun des quatre mil­liards d’hommes vivant sur notre pla­nète, dès l’instant de sa concep­tion [19]. » Tous ces pas­sages, que nous pour­rions mul­ti­plier, pèchent gra­ve­ment contre la foi. Ils refusent de dis­tin­guer l’amour de pré­ve­nance que Dieu a pour tout homme d’avec l’amour de dilec­tion qu’il n’a que pour cer­tains, selon la parole même du Christ en Jn 16, 27 : « Le Père lui-​même vous aime, parce que vous m’avez aimé et que vous avez cru que je suis sor­ti de Dieu. »

Une conscientisation par la foi : la confusion des ordres naturel et surnaturel

Si selon Jean-​Paul II l’Incarnation concerne tous les hommes en ce qu’elle inclut cha­cun dans une union plus grande à Dieu – dans un plus grand degré de grâce [20] – il n’en reste pas moins que cette nou­velle divi­ni­sa­tion n’est pas consciente pour tous. Jean-​Paul II le sou­ligne : « Jésus-​Christ « s’est uni d’une cer­taine manière à tous les hommes » (Gaudium et spes, n° 22), même si ceux-​ci n’en sont pas conscients [21]. » Aussi ce nou­veau degré de divi­ni­sa­tion doit-​il être, autant que pos­sible, conscien­ti­sée. Conformément au pos­tu­lat moder­niste, ce rôle de conscien­ti­sa­tion revient à la foi. Ecoutons en quels termes : « Par la foi, l’homme par­vient à une connais­sance plus pleine de Dieu et acquiert aus­si une dimen­sion plus pro­fonde de sa digni­té en tant que per­sonne, connais­sance et digni­té qui sont le propre de tous les hommes [22]. »

Prise en elle-​même, cette pro­po­si­tion est erro­née. De fait comme de droit, il est faux d’affirmer que tous les hommes par­tagent la même connais­sance de Dieu et une égale digni­té. Quant à la connais­sance, cette phrase ne dis­tingue la connais­sance com­mune de la connais­sance de foi que par une dif­fé­rence de degré. Or il existe bien une dif­fé­rence de nature entre la connais­sance ration­nelle acces­sible – et non com­mune – à tous les hommes et la connais­sance de foi qui est l’apanage des seuls membres de l’Eglise. Saint Thomas le dit très clai­re­ment, syn­thé­ti­sant en cela la Tradition : « Les choses de la foi dépassent la rai­son humaine. Elles ne nous viennent donc même pas dans l’idée si Dieu ne les révèle [23]. » Pour ce qui relève de la digni­té, il est encore faux de dire que tous les hommes la par­tagent. Ecoutons encore saint Thomas : « Par le péché, l’homme s’écarte de l’ordre pres­crit par la rai­son ; par là même il déchoit de la digni­té humaine qui consiste à naître libre et à exis­ter pour soi ; et il en arrive ain­si, d’une cer­taine manière, à l’asservissement des ani­maux pri­vés de rai­son […] L’Ecriture le note clai­re­ment : « L’homme, lorsqu’il était dans sa splen­deur, ne l’a pas com­pris ; il est des­cen­du au rang des ani­maux pri­vés de rai­son ; il leur est deve­nu sem­blable » (Ps. 48, 21) [24]. » Toutes ces dis­tinc­tions, élé­men­taires en théo­lo­gie, ont été ici balayées. Tout n’est envi­sa­gé que sous l’angle d’une conscien­ti­sa­tion plus ou moins grande d’une réa­li­té déjà inté­gra­le­ment par­ta­gée par tous.

Nous voi­là donc aux ultimes consé­quences de la nou­velle théo­lo­gie de l’Incarnation, qui ne sont autres qu’un nou­veau trait du moder­nisme sou­li­gné par saint Pie X : la confu­sion com­plète de l’ordre natu­rel et de l’ordre surnaturel.

III) La Rédemption chez Jean-​Paul II

La fausse conception de l’universalité de la Rédemption

Des défor­ma­tions que le moder­nisme appor­ta au dogme de la Rédemption, on pense en pre­mier lieu à la fausse concep­tion qui est faite de son uni­ver­sa­li­té. Pour Jean-​Paul II en effet, la Rédemption appor­tée par le Christ est uni­ver­selle non seule­ment en ce sens qu’elle est sur­abon­dante pour le genre humain tout entier et qu’elle est pro­po­sée à cha­cun de ses membres en par­ti­cu­lier, mais encore parce qu’elle est appli­quée de fait à tous les hommes pris indi­vi­duel­le­ment. Si donc, d’un côté, « dans le Christ, la reli­gion n’est plus une « recherche de Dieu comme à tâtons » (Ac 17, 27), mais une réponse de la foi à Dieu qui se révèle […], réponse ren­due pos­sible par cet Homme unique […] en qui tout homme est ren­du capable de répondre à Dieu », de l’autre, le Pape ajoute « [qu’]en cet Homme, la créa­tion entière répond à Dieu[25]. » Cette der­nière expres­sion réclame à être cla­ri­fiée. Elle pour­rait s’entendre de manière catho­lique si par créa­tion on enten­dait l’être humain, résu­mé de la créa­tion, en ajou­tant que par créa­tion entière on enten­dait tout homme, non dans le sens de chaque homme en par­ti­cu­lier, mais de tout type d’hommes [26]. Or, tel n’est pas l’interprétation de Jean-​Paul II. Pour lui, c’est tout homme, c’est-à-dire cha­cun en par­ti­cu­lier, qui a été uni par le Christ au mys­tère de la Rédemption. Il l’affirme clai­re­ment tan­dis qu’il s’adresse à des peuples païens : « Dans l’Esprit-Saint, chaque per­sonne et chaque peuple sont deve­nus, par la croix et la résur­rec­tion du Christ, des enfants de Dieu, des par­ti­ci­pants de la nature divine et des héri­tiers de la vie éter­nelle [27]. »

Je n’insisterai pas ici sur cette erreur, qu’il m’a sem­blé plus judi­cieux de rat­ta­cher à la concep­tion que Jean-​Paul II s’est faite de l’Incarnation. Ainsi que nous l’avons vu, c’est en effet en celle-​ci que, selon le pape Wojtyla, tous les hommes ont été inclus de manière effi­cace : « L’homme – tout homme sans excep­tion – a été rache­té par le Christ, parce que le Christ est en quelque sorte uni à l’homme, à chaque homme sans excep­tion, même si ce der­nier n’en est pas conscient [28]. » De ce point de vue, la Passion et la Résurrection du Christ n’ont rien appor­té de fon­da­men­ta­le­ment nou­veau. Je sou­li­gne­rai sim­ple­ment que cette concep­tion uni­ver­sa­liste de la Rédemption ne relève pas d’une incom­pré­hen­sion ou d’une inter­pré­ta­tion injus­ti­fiée de la pen­sée de Jean-​Paul II. Elle est admise par tous, à com­men­cer par les très sérieux membres de la Commission théo­lo­gique inter­na­tio­nale, qui décla­raient dans l’un de leurs docu­ments écrits à la demande de Jean-​Paul II : « Par ces actions divines [l’Incarnation rédemp­trice, tous les hommes sont dotés de la digni­té de fils adop­tifs de Dieu ; par là, ils deviennent tout à la fois les sujets et les béné­fi­ciaires de la jus­tice et de l’agapésuprême [29]. »

La Rédemption comme simple révélation

Il est une autre défor­ma­tion du dogme de la Rédemption, plus spé­ci­fique, qu’il me paraît impor­tant de sou­li­gner, parce qu’elle touche à sa nature même. Dans la concep­tion Wojtylienne, la Rédemption se réduit à la révé­la­tion ultime de l’amour de Dieu pour nous. Si en effet on admet que l’homme, de par la pré­sence divine qui habite à l’intime de sa conscience, pos­sède en lui-​même la capa­ci­té d’aller à Dieu, alors il n’a plus besoin d’être rache­té, au sens strict du terme. Ce que la théo­lo­gie catho­lique enten­dait jusque-​là par satis­fac­tion vicaire du Christ est du même coup balayé d’un revers de main [30].

Dès lors, la mort du Christ et sa résur­rec­tion n’est plus qu’un témoi­gnage de l’amour de Dieu pour l’homme : « Sur le che­min de l’élection éter­nelle de l’homme à la digni­té de fils adop­tif de Dieu, sur­git pré­ci­sé­ment dans l’histoire la croix du Christ, Fils unique, qui, […] est venu don­ner l’ultime témoi­gnage de l’admirable alliance de Dieu avec l’humanité, de Dieu avec l’homme – avec chaque homme [31]. » Ce témoi­gnage sera dit ultime en ce sens qu’il mani­feste que rien ne peut arrê­ter cette alliance avec Dieu, pas même le péché : « Si Dieu a envoyé son Fils pour ouvrir de nou­veau les portes du salut à tous, c’est bien parce qu’il n’a pas chan­gé d’attitude envers eux. (…) La venue du Fils unique de Dieu au cœur de l’histoire humaine révèle que Dieu entend pour­suivre la mise en œuvre de son pro­jet mal­gré les obs­tacles [32]. » Autrement dit, si la concep­tion catho­lique ensei­gnait que la mort expia­toire du Christ a anéan­ti l’obstacle réel à l’union à Dieu qui est le péché, le moder­niste affirme pour sa part qu’en sa mort, le Christ a sim­ple­ment révé­lé que les obs­tacles au salut ne sont pas des obs­tacles, quand bien même l’homme l’aurait cru ! En ce sens, la Rédemption appor­tée par le Christ est non seule­ment uni­ver­selle, mais encore défi­ni­tive. Plus rien ne peut la com­pro­mettre, puisque même le péché ne sau­rait la contre­dire. D’où l’affirmation de Jean-​Paul II : « Chacun a été inclus dans le mys­tère de la Rédemption, et Jésus-​Christ s’est uni à cha­cun, pour tou­jours, à tra­vers ce mys­tère [33]. »

Révélation de l’amour de Dieu pour l’homme, la vie et la mort du Christ témoignent encore de la digni­té de l’homme : « Nouvel Adam, le Christ, dans la révé­la­tion même du mys­tère du Père et de son amour, mani­feste plei­ne­ment l’homme à lui-​même [34]. » Il est en effet la pleine réa­li­sa­tion de toutes les poten­tia­li­tés pré­sentes en chaque homme, il est l’accomplissement par­fait de l’immanence divine pré­sente en tous. Aussi, vivre en homme authen­tique revient à contem­pler le Christ pour l’imiter. C’est en ce sens que Jean-​Paul II invi­ta les jeunes à mar­cher à la suite du Christ : « La plus grande « res­source » de l’homme est le Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme. C’est en lui que l’on découvre les traits de l’homme nou­veau, réa­li­sé dans toute la plé­ni­tude de l’homme en soi. C’est dans le Christ, cru­ci­fié et res­sus­ci­té, que se dévoilent à l’homme la pos­si­bi­li­té et la manière d’assumer dans une pro­fonde uni­té sa nature tout entière [35]. »

Conclusion

Concluons. Homme de l’immanence, Jean-​Paul II le fut plus qu’aucun des papes modernes. Il l’enseigna, il la prê­cha, il en fit le fon­de­ment de l’humanisme dont il ani­ma tout son pon­ti­fi­cat. A l’aune d’un tel pos­tu­lat, il revi­si­ta en pro­fon­deur les deux mys­tères de l’Incarnation et de la Rédemption. Le pre­mier ne ser­vit qu’à rehaus­ser l’immanence, tan­dis qu’au second reve­nait la seule tâche de révé­ler à tout homme l’immense digni­té d’une telle immanence.

Tout chez Jean-​Paul II, est donc enra­ci­né dans ce prin­cipe moder­niste d’immanence vitale. Mais tout, chez Jean-​Paul II, s’appuie éga­le­ment sur la consti­tu­tion conci­liaire Gaudium et spes. L’enseignement du pon­tife défunt que nous venons de résu­mer n’est en effet qu’un long com­men­taire du para­graphe 22 de la consti­tu­tion sur l’Eglise dans le monde de ce temps : « Nouvel Adam, le Christ, dans la révé­la­tion même du mys­tère du Père et de son amour, mani­feste plei­ne­ment l’homme à lui-​même et lui découvre la subli­mi­té de sa voca­tion […] Par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme [36]. »

Si Jean-​Paul II a rete­nu notre atten­tion, c’est pré­ci­sé­ment parce que nous pen­sons pou­voir trou­ver en lui un com­men­ta­teur auto­ri­sé de Vatican II. S’il fut si moder­niste en ses pro­pos, c’est donc parce que l’enseignement du concile Vatican II était lui-​même pro­fon­dé­ment moder­niste. Puisque ce sym­po­sium a pour objet l’actualité de l’encyclique Pascendi, j’achèverai en disant que la dénon­cia­tion que saint Pie X a faite du moder­nisme sera actuelle aus­si long­temps que Vatican II sera d’actualité. Prions notre saint Patron pour que ce temps soit des plus brefs !

Abbé Patrick de La Rocque, novembre 2007

- Cette lec­ture de la pen­sée de Jean-​Paul II est admise par tous. Par exemple, lorsqu’à la demande expresse et sur les encou­ra­ge­ments de Jean-​Paul II (allo­cu­tion au CTI du 05/​12/​83, DC 1984, n° 1869, p. 191–193) la), cette com­mis­sion n’hésitera pas à fon­der les droits de l’homme sur cette concep­tion du salut universel :

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Notes de bas de page

  1. - Jean-​Paul II, dis­cours du 22/​12/​86 aux car­di­naux de la Curie, n° 11 ; DC 1987, n° 1933, p. 133–136.[]
  2. - Jean-​Paul II, homé­lie du 01/​06/​80 à la messe du Bourget, n° 4 ; DC 1980, n° 1788, p. 585–586. []
  3. - « « Nous aus­si, s’écriait Paul VI au nom de tous les Pères du Concile oecu­mé­nique dont j’étais membre moi-​même, nous plus que qui­conque, nous avons le culte de l’homme » (Discours de clô­ture du 7 décembre 1965). » (Jean-​Paul II, lettre du 20/​05/​82 au car­di­nal Casaroli, DC 1982, n° 1832, p. 604–606. []
  4. - Jean-​Paul II, homé­lie du 01/​06/​80 à la messe du Bourget, n° 4 ; DC 1980, n° 1788, p. 585–586.[]
  5. - Cf. Jean-​Paul II, dis­cours du 05/​11/​95 à l’Assemblée géné­rale des Nations Unies, DC 1995, n° 2125, p. 917–923 : « L’espérance et la confiance sont les pré­misses d’une acti­vi­té res­pon­sable et trouvent leur source dans le sanc­tuaire intime de la conscience, où l’homme « est seul avec Dieu ». »[]
  6. - Cf. Jean-​Paul II, dis­cours du 05/​11/​95 à l’Assemblée géné­rale des Nations Unies, DC 1995, n° 2125, p. 917–923 : « Au-​delà de toutes les dif­fé­rences qui carac­té­risent les indi­vi­dus et les peuples, il y a entre eux une affi­ni­té fon­da­men­tale, étant don­né que les diverses cultures ne sont en réa­li­té que des manières dif­fé­rentes d’aborder la ques­tion du sens de l’existence per­son­nelle […] n’importe quelle culture est un effort de réflexion sur le mys­tère du monde et, en par­ti­cu­lier, de l’homme : elle est une manière d’exprimer la dimen­sion trans­cen­dante de la vie humaine. Le cœur de toute culture est consti­tué par son approche du plus grand des mys­tères, le mys­tère de Dieu. ». Une double affi­ni­té fon­da­men­tale est ici décrite : affi­ni­té d’aspiration (« manières dif­fé­rentes d’aborder la ques­tion du sens de l’existence per­son­nelle ») et affi­ni­té de réponse : toute culture « est une manièred’exprimer la dimen­sion trans­cen­dante de la vie humaine. Le cœur de toute culture est consti­tué par son approche du plus grand des mys­tères, le mys­tère de Dieu. » L’approche est ici sup­po­sée effec­tive, vu qu’elle exprime de fait la trans­cen­dance de la per­sonne humaine, c’est-à-dire l’immanence divine en elle.[]
  7. - Jean-​Paul II, homé­lie du 01/​06/​80 à la messe du Bourget, n° 4 ; DC 1980, n° 1788, p. 584–586[]
  8. - Jean-​Paul II, dis­cours du 23/​11/​91 aux évêques d’Afrique du Nord, Insignamenti, 1991, XIV/​1, pp. 1275–1279.[]
  9. - Jean-​Paul II, dis­cours du 13/​05/​89 à la Société des Missions Africaines, DC 1989, n° 1987, p. 623–624.[]
  10. - Saint Justin, 2ème Apologie, n° 13.[]
  11. - Jean-​Paul II, dis­cours du 22/​12/​86 aux membres de la Curie, n° 7 ; DC 1987, n° 1933, p. 133–136[]
  12. - Jean-​Paul II, homé­lie du 01/​06/​80 à la messe du Bourget, n° 4 ; DC 1980, n° 1788, p. 584–586. []
  13. - Concile Vatican II, consti­tu­tion Gaudium et spes, n° 22 § 2.[]
  14. - Cf. Jean-​Paul II, dis­cours du 28/​01/​79 pour l’ouverture des tra­vaux de la IIIe Conférence de l’épiscopat latino-​américain, III, 6 ; DC 1979, n° 1758, p. 164–172 : « L’Eglise a le devoir d’annoncer la libé­ra­tion de mil­lions d’êtres humains, le devoir d’aider à conso­li­der cette libé­ra­tion ; mais elle a aus­si le devoir cor­res­pon­dant de pro­cla­mer la libé­ra­tion dans sa signi­fi­ca­tion inté­grale, pro­fonde, telle que Jésus l’a annon­cée et réa­li­sée […] Libération qui découle de cette réa­li­té que nous sommes fils de Dieu, que nous pou­vons appe­ler Dieu « Abba » Père (cf. Rm 8, 15), et en ver­tu de laquelle nous recon­nais­sons en tout homme quelqu’un qui est notre frère. »[]
  15. - Jean-​Paul II, allo­cu­tion du 05/​06/​79 avant l’Angelus, DC 1979, n° 1767, p. 623. Italiques du texte offi­ciel. Cf. homé­lie du 24/​03/​80 à la messe d’ouverture du synode ukrai­nien, DC 1980, n° 1784, p. 361 : Marie est la « « Mère de l’unité » dans le sein de laquelle le Fils de Dieu s’est uni à l’humanité, en inau­gu­rant mys­ti­que­ment l’union conju­gale du Seigneur avec tous les hommes ». Affirmer que le Christ inau­gure cette union conju­gale, c’est sup­po­ser que cette union conju­gale sera un jour plei­ne­ment effec­tive. Or elle est ici décrite comme union conju­gale du Seigneur « avec tous les hommes ». Une telle phrase est inac­cep­table pour la foi catho­lique.[]
  16. - Jean-​Paul II, mes­sage de Noël du 25/​12/​78, DC 979, n° 1756, p. 57–58.[]
  17. - Jean-​Paul II, homé­lie du 02/​10/​79 au Yankee Stadium de New York, DC 1979, n° 1792, p. 880.[]
  18. - Jean-​Paul II, audience géné­rale du 10/​08/​88, DC 1988, n° 1972, p. 1100. Italiques du texte offi­ciel.[]
  19. - Jean-​Paul II, Redemptor homi­nis, n° 13. D’autres textes, allant en ce sens, sont très ambi­gus. Cf. par exemple Audience géné­rale du 14/​02/​79, DC 1979, n° 1759, p. 211 : « Aux hommes qui existent actuel­le­ment et à ceux qui vien­dront ensuite, l’Eglise doit tou­jours révé­ler Jésus-​Christ, mys­tère du salut, dans sa plé­ni­tude et sans le dimi­nuer. Ce mys­tère est un mys­tère éter­nel en Dieu, qui veut que tous les hommes soient sau­vés et par­viennent à la connais­sance de la véri­té. Ce mys­tère est deve­nu dans le temps une réa­li­té divine et humaine qui porte le nom de Jésus-​Christ. Réalité his­to­rique, il est en même temps au-​dessus de l’histoire ; « il est le même hier, aujourd’hui et tou­jours » (He 13, 8). Il est une réa­li­té qui n’est pas uni­que­ment exté­rieure à l’homme. La rai­son de son exis­tence c’est d’être et d’agir dans l’homme, de don­ner à tout homme la source et le ferment de la vie nou­velle. » La source et le ferment de la vie nou­velle n’est autre que la grâce, reçue au bap­tême. Or elle est affir­mée être ici confé­rée à tout homme, du fait que le des­sein sal­vi­fique de Dieu se soit incar­né dans l’histoire sous le nom de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, pour deve­nir réa­li­té en tout homme.[]
  20. - Cf. Jean-​Paul II, ency­clique Dives in mise­ri­cor­dia, n° 7. DC 1980, n° 1797, p. 1090 : « Dieu, tel que le Christ l’a révé­lé, n’est pas seule­ment en rap­port étroit avec le monde en tant que Créateur et source ultime de l’existence. Il est aus­si Père : il est uni à l’homme, qu’il a appe­lé à l’existence dans le monde visible, par un lien encore plus pro­fond que celui de la créa­tion. C’est l’amour qui non seule­ment crée le bien, mais qui fait par­ti­ci­per à la vie même de Dieu Père, Fils et Esprit-​Saint. »[]
  21. - Jean-​Paul II, dis­cours du 22/​12/​86 à la Curie, DC 1987, n° 1933, p. 134.[]
  22. - Jean-​Paul II, ren­contre du 17/​05/​88 avec les indiens de la mis­sion Santa Teresita, DC 1988, n° 1964, p. 614.[]
  23. - Cf. saint Thomas d’Aquin, Somme théo­lo­gique, 2a 2 æ, q. 6, art. 1.[]
  24. - Cf. saint Thomas d’Aquin, Somme théo­lo­gique, 2a 2æ, q. 64, art. 2, ad 3.[]
  25. - Jean-​Paul II, Tertio mil­len­nio adve­niente, n° 6. Cette réponse est ailleurs décrite comme agréée de Dieu : le Christ, en s’unissant à nous, a éga­le­ment accueilli chaque homme en par­ti­cu­lier. Cf. homé­lie du 02/​06/​00 pour le Jubilé des migrants et des iti­né­rants, DC 2000, n° 2229, p. 603 : « En assu­mant la condi­tion humaine et his­to­rique, le Christ s’est uni d’une cer­taine façon à chaque homme. Il a accueilli cha­cun d’entre nous et, dans le com­man­de­ment de l’amour, il nous a deman­dé d’imiter son exemple. »[]
  26. - cf. saint Thomas d’Aquin, sup. 1 Tim. 2, 4, Ed. Marietti, n° 62. []
  27. - Jean-​Paul II, mes­sage du 21/​02/​81 aux peuples d’Asie, DC 1981, n° 1804, p. 281. Cf. Jean-​Paul II, ency­clique Redemptor homi­nis n° 18 : « « Viens Esprit-​Saint » […] Cette sup­pli­ca­tion à l’Esprit-Saint, visant à obte­nir l’Esprit, est la réponse à tous les « maté­ria­lismes » de notre époque […] Peut-​on dire que l’Eglise n’est pas seule dans cette sup­pli­ca­tion ? Oui, on peut le dire, parce que « le besoin » de ce qui est spi­ri­tuel est expri­mé éga­le­ment par des per­sonnes qui se trouvent hors des fron­tières visibles de l’Eglise […] Cette invo­ca­tion à l’Esprit et par l’Esprit n’est autre qu’une façon constante de péné­trer dans la pleine dimen­sion du mys­tère de la Rédemption, selon lequel le Christ, uni au Père et avec tout homme, nous com­mu­nique conti­nuel­le­ment cet Esprit qui met en nous les sen­ti­ments du Fils et nous tourne vers le Père. »[]
  28. - Jean-​Paul II, ency­clique Redemptor homi­nis, n° 14.[]
  29. - Commission théo­lo­gique inter­na­tio­nale, La digni­té et les droits de la per­sonne humaine, DC 1985, n° 1893, p. 385–391.[]
  30. - Nous n’insistons pas ici sur ce point, déjà déve­lop­pé ailleurs. Cf. Abbé P. de La Rocque, Au cœur de la réforme litur­gique, une nou­velle théo­lo­gie du péché, in Actes du 3ème congrès SI SI NO NO, Paris 2002.[]
  31. - Jean-​Paul II, ency­clique Dives in mise­ri­cor­dia, n° 7. DC 1980, n° 1797, p. 1090. Que cette alliance soit plus qu’une élec­tion, mais bien une réa­li­sa­tion, a été affir­mé juste avant par Jean-​Paul II : « Dieu, tel que le Christ l’a révé­lé, n’est pas seule­ment en rap­port étroit avec le monde en tant que Créateur et source ultime de l’existence. Il est aus­si Père : il est uni à l’homme, qu’il a appe­lé à l’existence dans le monde visible, par un lien encore plus pro­fond que celui de la créa­tion. C’est l’amour qui non seule­ment crée le bien, mais qui fait par­ti­ci­per à la vie même de Dieu Père, Fils et Esprit-​Saint. » []
  32. - Commission théo­lo­gique inter­na­tio­nale, Quæstiones selectæ de Deo Redemptore du 8 décembre 1994, qua­trième par­tie, n° 40 et 42, DC 1996, n° 2143. Cf. CEC 604–605.[]
  33. - Jean-​Paul II, Redemptor homi­nis, n° 13. []
  34. - Concile Vatican II, consti­tu­tion Gaudium et spes, n° 22 § 2. On sait com­bien cette phrase ins­pi­ra l’enseignement du pape défunt.[]
  35. - Jean-​Paul II, dis­cours du 29/​08/​82 aux jeunes du Meeting pour l’amitié entre les peuples, DC 1982, n° 1837, p. 853.[]
  36. - Concile Vatican II, Gaudium et spes, n° 22.[]

FSSPX

M. l’ab­bé Patrick de la Rocque est actuel­le­ment prieur de Nice. Il a par­ti­ci­pé aux dis­cus­sions théo­lo­giques avec Rome entre 2009 et 2011.