François, c’est par toi que je meurs

A l’i­ni­tia­tive de l’Institut Civitas, le same­di 10 octobre 2015 un cha­pe­let a été réci­té devant la Nonciature, médi­té par le RP Pierre, capu­cin, Supérieur du Couvent Saint-​Bonaventure à Pontchardon (maison-​mère : Morgon) et a été sui­vi de l’al­lo­cu­tion sui­vante, pro­non­cée par Monsieur l’ab­bé Xavier Beauvais.

Le 4 octobre [2015] s’est ouvert à Rome un synode sur la famille dont la pre­mière par­tie a eu lieu il y a un an, et qui avait déjà ouvert la voie de la recon­nais­sance des couples d’invertis, et à la pos­si­bi­li­té de l’accès aux sacre­ments pour les divor­cés rema­riés. C’est parce qu’un risque se pré­sen­tait que de nom­breuses voix se sont éle­vées et qu’ont été diri­gées vers Dieu de nom­breuses prières de par le monde.

De quel risque s’agit-il ? Celui d’achever le déman­tè­le­ment de la morale fami­liale et conju­gale et ce, non plus par des gou­ver­ne­ments fan­toches et impies comme le nôtre, mais par les plus hautes auto­ri­tés catho­liques. Le risque d’achever la confu­sion par­mi les catho­liques eux-​mêmes, le rela­ti­visme moral et doc­tri­nal et au final l’apostasie géné­rale, ren­dant les nations et les peuples de notre Europe chré­tienne et du monde encore plus vul­né­rables face à toutes les entre­prises de dis­so­lu­tion, à tous les poi­sons immo­raux et contre-nature.

Certains par­mi nous ont esti­mé inop­por­tun ce genre de ras­sem­ble­ment. Question d’opinion ! Nous sommes d’une opi­nion contraire.

Certains pensent que les catho­liques auraient tort de dépen­ser tant de zèle pour main­te­nir la doc­trine inté­grale de l’Eglise. Bien des choses vont mal mais, disent-​il, tout s’arrangera puisque Dieu nous l’a pro­mis. Ne vous en faites pas, tout ira bien. Lorsque Notre Seigneur recom­mande à Ses dis­ciples de ne pas craindre les impies et de ne pas se trou­bler au cours des per­sé­cu­tions, ce n’est pas du tout pour les invi­ter à l’optimisme mais pour qu’ils se pré­parent, les yeux fixés sur Lui, aux souf­frances et aux sévices qu’attirera sur eux l’amour qu’ils Lui portent.

Beaucoup de catho­liques, pre­nant la sainte Ecriture au sérieux, voyant ce qui se passe, pré­voyant ce qui va venir, n’éprouvent pas du tout le besoin de prendre un air guille­ret et de s’exclamer en se frot­tant les mains :

« Allons, allons, pas de bile ; Nous avons lieu de nous réjouir et même, pour­quoi pas, de dan­ser la car­ma­gnole en prê­chant l’insouciance. Evidemment, il arrive des aven­tures fâcheuses à l’Eglise, mais ne nous en occu­pons pas trop, sur­tout vous les laïcs [1]. Dieu apla­ni­ra tout un jour ou l’autre ».

Or, pour que le règne de Dieu arrive, il ne suf­fit pas de concé­der que bien des choses vont mal, puis de faire une pirouette et de se réfu­gier ensuite dans un opti­misme béat et dans la seule prière, en lais­sant à qui vou­dra le soin de lut­ter pour l’Eglise. Certes, nous savons que Dieu la pro­tège, mais nous savons aus­si que pour la défense de sa doc­trine, et main­te­nant en plus de sa morale, Il exige notre col­la­bo­ra­tion per­pé­tuelle. Ce ras­sem­ble­ment aujourd’hui est une des mani­fes­ta­tions de cette col­la­bo­ra­tion. Nous déro­ber, c’est nous conduire en fata­listes, et dans ce cas nous nous ren­dons indignes que Dieu écarte de nous la ten­ta­tion et qu’Il nous délivre du mal car la foi qui n’agit pas, est-​ce encore une foi sincère ?

Le synode sur la famille s’est donc ouvert à Rome depuis quelques jours. Comme l’a écrit Monsieur l’abbé Bouchacourt, Supérieur du dis­trict de France pour la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X : « Il pour­rait avoir de graves consé­quences sur la vie de l’Eglise et de la socié­té ». Face à ce dan­ger, le dis­trict de France a orga­ni­sé une semaine de prières. La socié­té est concer­née, et si, devant un tel péril pour nos âmes et pour la socié­té nous ne pou­vons res­ter pas­sifs, c’est tout à l’honneur de Civitas et de son pré­sident d’organiser ces trois jour­nées de 3, 10 et 17 octobre, comme une pro­fes­sion publique de la foi catho­lique et de la morale que l’Eglise a tou­jours ensei­gnée, et comme un acte de non pas­si­vi­té. Je ne peux donc que recom­man­der for­te­ment de vous pro­cu­rer le livre de Monsieur François-​Xavier Peron [2], livre qui vient de sor­tir sur ce sujet.

Ne pas prendre par­ti pour qui a rai­son – en l’occurrence le Magistère de l’Eglise de tou­jours en matière morale – c’est prendre par­ti pour l’erreur et se faire com­plice du désordre. Dans leur sou­ci de res­ter au dehors et au des­sus de la mêlée, c’est à quoi abou­tissent ces faux spi­ri­tuels. Civitas a choi­si de n’être pas de ceux-​là cet après-midi.

Il y a un aban­don à Dieu qui vient de la force et de la pié­té, il y en un qui vient de la paresse. S’abandonner à Dieu sans faire, de son côté, tout ce qu’on peut c’est lâche­té et non­cha­lance que Dieu ne nous par­don­ne­ra pas quand il s’agit, ici en l’occurrence, de la morale chré­tienne et spé­cia­le­ment du sacre­ment de mariage qu’Il a lui-​même institué.

Nous ne pou­vons donc pas res­ter indif­fé­rents. Nous voyons le comble de l’horreur dans l’indifférence au bien et au mal vers laquelle notre époque s’enlise avec une rapi­di­té effrayante et qui s’explique sans s’excuser par la répé­ti­tion des omis­sions, des lâche­tés de ceux qu’elle enva­hit, en chlo­ro­for­mant leur esprit d’abord, leur conscience ensuite. Indifférence qui ne se contente pas d’exister hon­teu­se­ment mais qui ose s’afficher comme chré­tienne, qui ose se jus­ti­fier en pros­ti­tuant le mot de misé­ri­corde ; et elle a, de plus, l’audace de s’ériger en juge sévère de ceux qui s’entêtent à res­ter intrai­tables pour le péché.

L’époque de la réac­tion, c’est tou­jours aujourd’hui car si les auto­ri­tés ecclé­sias­tiques suivent la sagesse du monde et ses méthodes, finis­sant par tra­hir Notre Seigneur Jésus-​Christ et son Evangile comme son Magistère de tou­jours, et condui­sant l’Eglise et la socié­té à leur perte, c’est à vous, catho­liques, laïcs catho­liques, de réagir. Trop sou­vent silen­cieux et impuis­sants, nous n’avons pas le droit de subir le défer­le­ment d’un raz de marée qui menace de sub­mer­ger le véri­table esprit de l’Eglise.

Quand on veut faire abs­trac­tion de la morale chré­tienne, on revient aux plus sombres heures de l’Histoire qui ont pré­cé­dé la nais­sance du Christ. « A force de tout voir, on finit par tout sup­por­ter. A force de tout sup­por­ter, on finit par tout accep­ter ». Ainsi s’exprimait saint Augustin.

Et c’est toute la rai­son de notre pré­sence ici et du com­bat que mène inlas­sa­ble­ment Civitas pour vivre de la Vérité et ne pas sup­por­ter, accep­ter, approu­ver le mal. Il n’y a pas pire chose que celle de s’habituer au mal, au péché.

A force de côtoyer le mal, le péché, l’erreur, le vice, on risque de ne plus réagir contre lui, de vivre avec, on n’en prend plus la mesure, on l’accepte peu à peu et on l’assimile. Ce qui est un mal est bien­tôt consi­dé­ré comme indif­fé­rent, puis comme un bien, puis comme la norme. C’est là la triste his­toire de toutes les déca­dences et de tous les aban­dons, au point même qu’on entend par­fois, par­mi les meilleurs d’entre nous, finir par dire : « Faut pas exa­gé­rer ». Mais où est donc le res­sort qui nous per­met de reje­ter toutes les per­ver­sions morales des­truc­trices de la famille, de l’ordre natu­rel, qui ont pignon sur rue, que la loi civile pré­tend même nous inter­dire de fus­ti­ger et qui, hélas, semblent trou­ver une place de choix au Vatican ?

Combattons toute pré­somp­tion en ce domaine. Oh, on peut tou­jours arguer qu’on veille au grain, qu’on tient les remèdes à por­tée de main et qu’on ne se lais­se­ra pas sur­prendre. C’est oublier qu’une pra­tique, une per­sonne, une ins­ti­tu­tion ont beau­coup plus d’influence par ce qu’elles sont, par les prin­cipes qu’elles mettent en jeu ou pro­fessent, que par ce qui paraît à l’extérieur par les paroles ou les intentions.

N’ayons pas d’illusion, nous sommes for­te­ment mar­qués par l’esprit du monde, par les erreurs uni­ver­selles pro­fes­sées par ce que saint Paul appelle : « Les esprits des ténèbres répan­dus dans les airs ». Bon gré, mal gré, nous héri­tons de manière plus ou moins mar­quée, nous héri­tons du monde une men­ta­li­té indi­vi­dua­liste, un mépris du bien com­mun et de la dis­ci­pline qu’il requiert, l’illusion que cha­cun de nous est un cas par­ti­cu­lier ayant droit à des pri­vi­lèges intangibles.

En lais­sant triom­pher les forces d’en bas, celles de la nature et de la chair, il est clair que, bien loin d’acquérir l’autonomie et la liber­té, nous les per­dons et deve­nons de plus en plus esclaves, avec de moins en moins de per­son­na­li­té. Dans la fausse liber­té ou licence, il y a déca­dence de la per­son­na­li­té. On est domi­né, on est de plus en plus une chose et de moins en moins un homme, un chrétien.

Défendons donc notre liber­té contre la tyran­nie de la perversité.

Que se passe-​t-​il alors aujourd’hui ?

On a beau rap­pe­ler que le mariage est indis­so­luble, on a beau rap­pe­ler que le mariage c’est entre un homme et une femme, mais que valent de si beaux rap­pels si tout, dans la pra­tique, dans les actes publics, ces rap­pels sont fou­lés aux pieds au point que cer­tains parlent déjà d’un divorce catho­lique ? On croit rêver ! On feint de rap­pe­ler les prin­cipes pour mieux les trans­gres­ser allè­gre­ment. On rap­pelle la théo­rie de l’indissolubilité du mariage, mais en pra­tique on l’édulcore.

Or, le Pape vient de sor­tir deux décrets Motu Proprio qui révisent la pro­cé­dure de décla­ra­tion de nul­li­té de mariage. Il l’avait annon­cé, il n’y a pas eu de Commission offi­cielle comme les évêques l’avaient deman­dée. Ces décrets ont pour but de faci­li­ter les annulations

Première chose, et c’est la grande révo­lu­tion, c’est que main­te­nant il n’y a plus besoin que d’une sen­tence au lieu de deux. Il n’y a plus d’appel auto­ma­tique à un deuxième tri­bu­nal, ce qui enlève une garan­tie car, jusqu’à main­te­nant, quand un mariage était décla­ré nul, on avait la cer­ti­tude qu’il était pas­sé au moins par six juges ecclé­sias­tiques. Ajoutez à cela, un avo­cat et un défen­seur du lien. Selon le nou­veau décret, une seule sen­tence suf­fit et, de plus, le Pape auto­rise à ce que le juge­ment soit por­té par un seul juge. C’est la pre­mière révo­lu­tion. On aura donc une accé­lé­ra­tion des pro­cès de mariage.

En plus de cela, le Pape demande qu’on intro­duise une pro­cé­dure accé­lé­rée. On est donc ici, dans une situa­tion catas­tro­phique parce que, là, c’est l’indissolubilité du mariage qui est direc­te­ment atteinte. Il sera donc beau­coup plus facile de divorcer.

Quelles en seront les consé­quences ? Et bien, c’est que les gens vont se marier beau­coup moins sérieu­se­ment parce que ce sera rela­ti­ve­ment facile d’obtenir un divorce. On se pose alors la ques­tion : n’y aurait-​il pas là une manœuvre oblique pour la com­mu­nion des divorcés-​remariés ?Obtenant si faci­le­ment la nul­li­té de leur mariage, leur rema­riage serait ain­si ren­du pos­sible. C’est dra­ma­tique et pour l’Eglise et pour la société.

Il y a eu des pro­tes­ta­tions de car­di­naux, d’évêques, mais mol­le­ment. Ce qui vient de se pas­ser est dra­ma­tique. C’est pour cela que nous réagis­sons ici, car on ne peut lais­ser pas­ser cela dans l’indifférence géné­rale. Ce qui se passe est extrê­me­ment grave. De l’état de san­té du mariage dépend l’état de san­té de la socié­té et de la socié­té ecclé­sias­tique. Le Pape a donc pris les devants et montre sans état d’âme sa volon­té de faire bou­ger les choses, voire de tout cham­bou­ler. Ces deux docu­ments, bour­rés de sauce misé­ri­cor­dieuse, sont sor­tis pour accé­lé­rer et sim­pli­fier la pro­cé­dure de nul­li­té de cer­tains mariages.

Une révo­lu­tion qui cor­res­pond à ce que le pape François a décla­ré lui-​même en Equateur de sa propre foi , « la foi du Pape est tou­jours révolutionnaire ».

En aucun cas nous n’écouterons sa voix en ce domaine et les argu­ments fal­la­cieux de ceux qui ont déjà détruit tant de véri­tés et qui entament désor­mais une des­truc­tion com­plète de la morale chré­tienne et même natu­relle. Il n’est pas pos­sible de jeter un voile pudique sur ne révo­lu­tion en marche, une révo­lu­tion qui s’évertue à cal­mer les craintes pour ame­nui­ser les réac­tions et lui per­mettre de pour­suivre tran­quille­ment un tra­vail de sape.

Ainsi, comme l’écrivait il y a peu Monsieur l’abbé de la Rocque : « Que vient faire au synode Mgr Bonny, évêque d’Anvers, fervent pro­mo­teur de la cause homo­sexuelle ? ».

Non, ce n’est pas en s’adaptant à l’homme, soi-​disant par­ve­nu désor­mais à l’âge adulte que l’Eglise ramè­ne­ra plus faci­le­ment les pécheurs à la Vérité.

Non, ce n’est pas en relâ­chant son ancienne rigueur pleine de cha­ri­té, et en se mon­trant plus indul­gente à l’égard des aspi­ra­tions et des exi­gences des peuples modernes, que l’Eglise nous condui­ra à la vie éternelle.

Non, ce n’est pas en pas­sant sous silence la véri­té doc­tri­nale auprès des pécheurs que la grâce leur sera retrou­vée, pas plus qu’en démo­lis­sant cette Vérité de manière à ne plus lui confé­rer le sens tra­di­tion­nel auquel l’Eglise s’est tou­jours tenue.

On nous dit qu’il faut intro­duire une cer­taine liber­té dans l’Eglise, afin que la puis­sance et la vigi­lance de l’autorité en matière doc­tri­nale sur le mariage indis­so­luble et l’attitude des inver­tis aient la facul­té de déve­lop­per plus libre­ment les res­sources de leur acti­vi­té et de leur ini­tia­tive dans l’Eglise elle-même.

Non, cette liber­té ne serait autre qu’un liber­ti­nage asper­gé d’eau bénite.

Nous serions alors dans l’hypocrisie la plus totale. On aura beau dire : si le Pape François a rap­pe­lé au début du synode quelques élé­ments doc­tri­naux, il ne peut être pas­sé sous silence qu’en s’appuyant sur le sinistre car­di­nal Walter Kasper, le Pape veuille favo­ri­ser la pos­si­bi­li­té d’une deuxième chance pour ceux dont le pre­mier mariage reli­gieux a été un échec. Il s’agit donc ni plus ni moins d’une ten­ta­tive, non seule­ment inédite mais scan­da­leuse et catas­tro­phique, de jus­ti­fier l’adultère, l’état d’adultère, avec petite béné­dic­tion à la clef s’il vous plaît.

Chez quelqu’un qui doit être le guide des aveugles dans la foi et la morale – et c’est le cas des évêques et du Pape -, l’hypocrisie qui détourne de la Vérité et de la sain­te­té des mœurs est une abo­mi­na­tion d’autant plus grande, que grande est l’autorité du Pape auprès du peuple.

Malheur à vous donc, ecclé­sias­tiques hypo­crites, parce que vous fer­mez alors, au nez des hommes, le royaume des cieux par une pas­to­rale qui n’est qu’hypocrisie et lâcheté !

La sub­ver­sion étant tou­jours à l’œuvre dans l’Eglise, voi­là cin­quante ans que la pas­to­rale conci­liaire fait l’impasse sur la doc­trine et, par voie de consé­quence, a lais­sé s’éclore les désordres les plus grands jusque dans les familles. Et l’Eglise vou­drait main­te­nant adap­ter l’enseignement de l’Eglise pour jus­ti­fier les dégrin­go­lades pas­to­rales les plus lamen­tables ? Il se jus­ti­fie l’adage : « A force de ne pas vivre comme on pense, on finit par pen­ser comme on vit ». On est donc ici en pleine morale de cir­cons­tance et en plein laxisme :

- Accès des divor­cés rema­riés à la communion,

- Acceptation des rema­riages de divorcés,

- Approbation des unions homosexuelles.

On adapte ain­si la pas­to­rale aux signes des temps. Mai 68 a pro­duit une « libé­ra­tion sexuelle », mais qui aurait pu ima­gi­ner qu’aujourd’hui il en serait de même dans l’Eglise ? Qui aurait pu ima­gi­ner cette révo­lu­tion doc­tri­nale qui se pré­pare sous cou­vert de pastorale ?

Quelques voix se sont faites entendre pour rap­pe­ler les prin­cipes doc­tri­naux, quelques car­di­naux, quelques évêques qui ont ten­té de réagir, de dénon­cer le nou­veau lan­gage, de dénon­cer ces glis­se­ments dans les for­mu­la­tions qui per­mettent de dire une chose qui, doc­tri­na­le­ment, ne souffre aucune contes­ta­tion pour finir par une pro­po­si­tion irre­ce­vable ou équivoque.

Très bien, mais Messieurs les car­di­naux et évêques, soyez logiques, allez jusqu’au bout, c’est le concile Vatican II qu’il faut dénon­cer. Vous dénon­cez un mal, mais vous attaquez-​vous aux causes ? N’hésitez plus, allez‑y, c’est l’humanisme de Vatican II axé sur le culte de l’homme et de la per­sonne qu’il faut atta­quer, car c’est lui qui fait oublier l’existence de la morale natu­relle la plus élémentaire.

L’Eglise ne pour­ra main­te­nir la sain­te­té de sa morale que par l’intégrité de sa foi. Si, comme aujourd’hui on épure les dogmes chré­tiens, on leur retire toute valeur de com­man­de­ment moral et intel­lec­tuel, toute exis­tence objec­tive, par­ti­cu­liè­re­ment au pro­fit d’un vague sen­ti­men­ta­lisme qui n’est pas catholique.

Etait-​il pru­dent de réunir un tel synode en cette époque de sub­jec­ti­visme qui sub­merge toute pen­sée, où la morale tend de plus en plus à ne plus dépendre que de la conscience ? C’est aujourd’hui du sein de la conscience et sépa­rée de tout ce qui n’est pas elle que jaillissent désor­mais les valeurs morales. Déjà à par­tir de Kant, toute la morale, au lieu de dépendre de la pru­dence, reine des ver­tus morales, ne dépen­dra plus que de la conscience. A l’objectivité de la pru­dence, par consé­quent, se sub­sti­tue peu à peu la sub­jec­ti­vi­té de la conscience, ori­gine du chaos actuel dans la pen­sée moderne et, hélas aujourd’hui, dans la pen­sée des hommes d’Eglise les plus hauts pla­cés. La conscience indi­vi­duelle va s’érigeant d’elle-même, peu à peu, en juge unique du bien et du mal, d’où le dan­ger pré­sent au synode d’incliner la morale vers le sub­jec­ti­visme, sub­sti­tuant la logique au réel et l’utopie à l’être. Saint Thomas d’Aquin s’était pour­tant bien gar­dé d’accorder à la conscience une place exor­bi­tante dans l’activité morale de l’homme. Comme l’a si bien expli­qué Marcel de Corte : « Son sens de l’objet pres­sen­tait com­bien cette reflexi­vi­té conti­nue, pro­pen­sion mala­dive de tant d’intellectuels débran­chés du réel, déna­ture la morale et finit pas natu­ra­li­ser le sur­na­tu­rel lui-même ».

C’est ce que nous consta­tons aujourd’hui : la dis­pa­ri­tion de la ver­tu de pru­dence a engen­dré l’apparition d’un suc­cé­da­né qui a, lui-​même, dégé­né­ré en vice : on ne peut appe­ler autre­ment « la conscience col­lec­tive, ali­bi de toutes les démissions ».

Par notre atti­tude ferme dans la foi, et dans la morale chré­tienne qui en découle, nous accor­de­rons à ces pauvres pécheurs qui demeurent nos frères, ce que le pape Pie XII appe­lait la pre­mière cha­ri­té, celle de la Vérité. Et c’est cette Vérité qui els déli­vre­ra. N’oublions jamais cette remarque de saint Pie X : « Si Jésus a été bon pour les éga­rés et les pécheurs, Il n’a pas res­pec­té leurs convic­tions erro­nées, quelques sin­cères qu’elles paraissent ; Il les a tous aimés pour les ins­truire, les Convertir et les sau­ver ». Voilà la seule atti­tude chré­tienne conce­vable pour les divor­cés rema­riés et les homo­sexuels : les aimer pour les ins­truire, les cor­ri­ger, les gué­rir, les conver­tir et les sau­ver, prier pour eux, les encou­ra­ger à les sor­tir de leur état de péché, les aider à sur­mon­ter les dif­fi­cul­tés pour se mettre en règle avec la loi de Dieu, dût-​il y avoir répri­mande sévère au pécheur en vue de le récon­ci­lier avec Dieu.

Il en est de même en ce qui concerne les inver­tis. L’homosexualité est un désordre grave, un péché dont l’acte spé­ci­fique est ran­gé par la Sainte Ecriture par­mi « les péchés criant contre le ciel ». Et l’Eglise doit échap­per à la pres­sion venue d’un monde dépra­vé et de mœurs cor­rom­pues. Or, scan­dale, elle prône l’accueil des inver­tis en tant que tels et n’appelle plus à la conver­sion, à la péni­tence, au com­bat contre des ten­dances désor­don­nées et peccamineuses.

« Comment, écri­vait Monsieur l’abbé Thouvenot, com­ment un com­por­te­ment contre nature et intrin­sè­que­ment désor­don­né peut-​il être pré­sen­té posi­ti­ve­ment ? Comment un péché qui crie contre le ciel est-​il deve­nu une « orien­ta­tion sexuelle » capable d’apporter « des dons et des qua­li­tés » à la com­mu­nau­té chré­tienne ? Que signi­fie cet éloge à peine dégui­sé du sens du sacri­fice entre per­sonnes inver­ties ? Veut-​on aller jusqu’à com­pa­rer cette « aide pré­cieuse pour la vie des par­te­naires » à la fidé­li­té et au sou­tien des époux dans le mariage ? Ce serait l’un de ces « rap­pro­che­ments blas­phé­ma­toires » entre l’Evangile et la révo­lu­tion que saint Pie X dénon­çait il y a plus d’un siècle. Comment des hommes d’Eglise peuvent-​ils trou­ver des valeurs posi­tives ou des sujets d’édification dans de tels vices qui sont autant de situa­tions de péché ? ».

Je vous le demande : que peuvent donc bien nous appor­ter comme dons et qua­li­tés les per­sonnes inver­ties ? Garantissons-​leur un espace de fra­ter­ni­té ? Et quoi encore ! ces dons et qua­li­tés viendraient-​ils de leur homo­sexua­li­té ? Depuis quand l’Eglise devrait-​elle accep­ter un com­por­te­ment désor­don­né et contre-​nature, nom­mé pudique orientation ?

Dans le com­bat que nous menons, gardons-​nous de tout roman­tisme. Les roman­tiques sont essen­tiel­le­ment ceux qui n’appellent pas les choses par leur nom. Individualistes, ils nomment cet indi­vi­dua­lisme « cha­ri­té », font goû­ter l’amour humain comme divin, ont mis l’homme à la place de Dieu et l’ont appe­lé Dieu, leur lyrisme a par­tout sub­sti­tué de fausses et confuses images à des notions réelles et pré­cises. Ces confu­sions du lan­gage, cette cor­rup­tion des mots, signe d’un dés­équi­libre de la pen­sée et du cœur, sont d’autant plus redou­tables que, le lan­gage étant essen­tiel­le­ment social, a un pou­voir de conta­gion immé­diat. C’était une cita­tion d’Henri Massis.

En appli­quant main­te­nant aux mœurs l’esprit et la théo­lo­gie nou­velle du concile Vatican II, qui sub­sti­tue l’adoration de la créa­ture à celle du Créateur et se tourne vers une exal­ta­tion de la digni­té presque infi­nie de la per­sonne humaine, c’est tout l’anthropocentrisme du concile Vatican II qui s’impose, c’est-à-dire l’évacuation de toute réfé­rence à Dieu pour ne consi­dé­rer que l’homme dans son indépendance.

« On sort, écri­ra le car­di­nal Burke, on sort du cadre tra­di­tion­nel où pré­vaut l’institution du mariage pour entrer dans celui très moderne où prime l’individu ».

Le bien de la per­sonne semble aujourd’hui être ce qu’il y a de pre­mier. On a même enten­du qu’on ne pou­vait oppo­ser la loi au bien de la per­sonne, pour ne pas tra­hir sa propre vérité.

Fin XIXème, on enten­dait déjà des ecclé­sias­tiques, ain­si le P. Hecker, cla­mer : « L’Eglise est fer­mée, et pour faire entrer les dis­si­dents dans son enceinte, il ne suf­fit pas de les ame­ner à elle, il faut abais­ser les bar­rières, élar­gir les portes ».

Ce fut chose faire quant à la foi au concile Vatican II. On a ouvert les fenêtres par les­quelles tant d’erreurs se sont engouf­frées. Les fruits sont ter­ri­ble­ment amers. Mais, de même qu’un autre sinistre per­son­nage du nom de Peillon a pu dire en son temps que 1789 n’était pas ter­mi­né, de même Vatican II qui fut, aux dires du car­di­nal Suenens, 1789 dans l’Eglise, Vatican II n’a pas ter­mi­né ses ravages. Après avoir lais­sé les portes ouvertes à toutes sortes d’hérésies et de pra­tiques insen­sées du point de vue doc­tri­nal, voi­là qu’on conti­nue cette œuvre de des­truc­tion en tou­chant à la morale. Et c’est ain­si que le pape François conti­nue 1789. C’est qu’en effet la révo­lu­tion ne s’arrête pas tant qu’elle n’a pas atteint ses objec­tifs. La révo­lu­tion coper­ni­cienne dans l’Eglise, c’est la pas­to­rale se sub­sti­tuant au dogme. Or, si l’apôtre doit semer la Vérité toute entière,al don­ner par­fois par miettes, il ne peut jamais la cacher, l’édulcorer, la défor­mer. Il doit la don­ner avec l’autorité de l’Eglise de tou­jours, l’autorité qu’elle tient de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, une auto­ri­té qui peut, à l’occasion, être adou­cie de com­pré­hen­sion mais qui doit, cepen­dant, tou­jours s’affirmer.

Or, la pas­to­rale conci­liaire a dépla­cé son objet. Au lieu de faire à Dieu sa place haute et grande, elle exalte l’homme en cher­chant à le divi­ni­ser sans puri­fi­ca­tion, au rabais, le divi­ni­ser sans Dieu mais pour en faire un dieu. C’est cette pas­to­rale qui, oubliant Dieu et Ses exi­gences, va orien­ter les âmes sur le social, l’écologie, la pro­tec­tion de la pla­nète et autres bille­ve­sées mondialistes.

Et l’ont tra­hit l’Evangile. Nous crions aujourd’hui à la tra­hi­son, une tra­hi­son où la foi cède la place à tout un pathos sen­ti­men­tal. Depuis 2014, nous arri­vons ain­si à une nou­velle étape : la doc­trine et la litur­gie ont été qua­si­ment réduites en miettes, il faut alors pas­ser à la vitesse supé­rieure et atta­quer les prin­cipes de la morale catho­lique en jus­ti­fiant le péché. Et cela nous ne le pou­vons pas.

Il faut enfin dire un mot sur un thème qui plane depuis quelques temps sur le synode et dans les expres­sions du pape François, un thème qui revien­dra comme un refrain tout au long de l’année qui vient : celui de la miséricorde.

Il convient avant tout de rap­pe­ler et de mar­te­ler ce que saint Pie X disait aux âmes, certes géné­reuses, mais dévoyées du Sillon : « La doc­trine catho­lique nous enseigne que le pre­mier devoir de la cha­ri­té n’est pas dans la tolé­rance des convic­tions erro­nées, même sin­cères, ni dans l’indif­fé­rence théo­rique ou pra­tique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plon­gés nos frères, mais dans le zèle pour leur amé­lio­ra­tion intel­lec­tuelle et morale non moins que pour leur bien être matériel ».

Il ne peut y avoir oppo­si­tion entre misé­ri­corde et Vérité. Pour qu’il y ait une authen­tique misé­ri­corde, il faut qu’elle soit fon­dée sur la Vérité. Or, on sait que les « excep­tions pas­to­rales » des pro­gres­sistes fini­ront par deve­nir la règle. Toute misé­ri­corde doit être fina­li­sée par la conver­sion, et cette der­nière est tou­jours une conver­sion à la Vérité.

Quand le pape François cite le dis­cours de Jean XXIII pour l’ouverture du concile Vatican II : « Aujourd’hui, l’Epouse du Christ, pré­fère recou­rir au remède de la misé­ri­corde plu­tôt que de bran­dir les armes de la sévé­ri­té », on sait bien ce que signi­fie, au fond, cette misé­ri­corde et tous les aban­dons qu’elle contient ; La véri­té c’est que condam­ner l’erreur est pré­ci­sé­ment une grande misé­ri­corde parce que l’erreur menace le troupeau.

La vraie misé­ri­corde est celle qui consiste à avoir grande pitié de ces âmes gisant dans l’ombre de la mort, à leur prê­cher la Vérité incar­née, Jésus-​Christ, la foi indis­pen­sable au salut.

Or, la nou­velle doc­trine sur la misé­ri­corde per­met de don­ner à l’église conci­liaire un esprit, une mys­tique qui lui cor­res­ponde. Cette misé­ri­corde est enten­due comme une sorte d’humanitarisme uni­ver­sel qui pré­tend unir les hommes, non plus sur Jésus-​Christ et la Vérité, mais sur les droits de l’homme et des peuples, dans un mon­dia­lisme mul­ti cultu­ra­liste et œcu­mé­niste. En s’hypnotisant par une fausse misé­ri­corde sur cer­tains cas limites, dou­lou­reux certes, on risque fort de perdre de vue le bien com­mun de la socié­té toute entière et de l’Eglise.

Pastorale de misé­ri­corde et non de répres­sion ? Nous voi­là en plein rela­ti­visme ! Pénitence, regret, conver­sion ne seraient-​ils plus que des termes cor­res­pon­dant à une pas­to­rale de répres­sion ? C’est là une dia­lec­tique inac­cep­table ! Elle trompe sur les mots et détruit la vraie notion de misé­ri­corde. La misé­ri­corde dévoyée est la pire des choses.

Notre Seigneur Jésus-​Christ n’a pas hési­té à fré­quen­ter les pécheurs, mais dans le but de faire du bien à leurs âmes, dans le but de les atti­rer à la Vérité et les conver­tir et cer­tai­ne­ment pas en pre­nant des moyens soi disant pas­to­raux qui les auraient main­te­nus dans leurs péchés.

Comme tout ce qui existe sur terre, ce noble sen­ti­ment de misé­ri­corde, de com­pas­sion, peut être défor­mé et uti­li­sé abusivement.

« Qui suis-​je pour juger ? » a‑t-​on enten­du. Une telle affir­ma­tion est l’indice d’une incom­pré­hen­sion de ce qu’est la com­pas­sion. Au cœur de ce mal­en­ten­du se trouve l’idée fausse que la com­pas­sion vient seule­ment des émo­tions, sans impli­ca­tion de la rai­son et en par­ti­cu­lier du juge­ment moral.

Dans cette pers­pec­tive erro­née, la com­pas­sion envers le pro­chain se concentre exclu­si­ve­ment sur la satis­fac­tion des besoins et le sou­la­ge­ment de la souf­france. Mais si cette souf­france est cau­sée par une conduite péche­resse, comme c’est le cas dans l’homosexualité, alors la com­pas­sion consis­te­rait à accep­ter cette conduite et non à la reje­ter. C’est la com­pas­sion libé­rale qui embrasse tout et ne juge pas.
Cette com­pas­sion qui ne juge pas est à la fois fausse et absurde. Saint Thomas d’Aquin enseigne que le sen­ti­ment de com­pas­sion ne devient une ver­tu que quand il est gui­dé par la rai­son car il est essen­tiel pour la ver­tu humaine que les mou­ve­ments de l’âme soient régu­lés par la rai­son. Sans cette régu­la­tion, la com­pas­sion n’est qu’une pas­sion. Comme pour les pas­sions, la com­pas­sion est alors une incli­na­tion puis­sante mais irra­tion­nelle, et elle est donc poten­tiel­le­ment dan­ge­reuse puisqu’elle peut favo­ri­ser non seule­ment le bien mais aus­si le mal.
Tout faire pour aider les pécheurs ne signi­fie pas les aider à pécher ou à res­ter dans le vice. A cause de la fai­blesse humaine, un pécheur mérite pitié, com­pas­sion, misé­ri­corde. Mais le vice et le péché doivent être exclus de cette com­pas­sion car le péché ne peut jamais être le véri­table objet de la compassion.

Parler donc de com­pas­sion qui ne juge pas est une contra­dic­tion dans les termes puisque cela revient à nier le rôle fon­da­men­tal de la rai­son et de la morale.

D’un point de vue catho­lique et ration­nel, la com­pas­sion n’est authen­tique que lorsqu’elle vise au bien du pro­chain. Ce bien consiste avant tout dans son salut éter­nel et com­prend aus­si le sou­la­ge­ment de ses souf­frances tem­po­relles. L’aider à res­ter dans le vice et le péché à cause d’une pitié incon­si­dé­rée pour ses souf­frances tem­po­relles revient à faire di de son bien spi­ri­tuel et de son salut éter­nel. Il n’existe pas de plus grande cruauté.

Alors, par pitié, Très Saint Père, ne nous par­lez plus d’écologie, de pau­vre­té révo­lu­tion­naire, de pro­tec­tion de l’environnement, ne nous par­lez plus d’accueil des migrants, parlez-​nous de Jésus-​Christ Sauveur du monde, de grâce parlez-​nous en Pape, c’est de cela dont le peuple a faim et soif. Très Saint Père, vos actes et vos paroles dont de nous des affa­més, nous avons faim et soif, ne nous lais­sez pas mou­rir, nous ne vou­drions pas devoir dire un jour ce que sainte Jeanne d’Arc avait dit à l’évêque Cauchon : « François, c’est par toi que je meurs ».

Abbé Xavier Beauvais, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Notes de bas de page

  1. Mgr Lefebvre écri­vait en octobre 1980 : « L’abandon des prin­cipes catho­liques concer­nant la foi et la morale par des épis­co­pats entiers mani­feste la pro­fon­deur et l’ex­ten­sion de cette crise moder­niste. .… Ce sont les laïcs qui doivent rap­pe­ler la doc­trine de l’Eglise aux évêques. … » ?[]
  2. « Octobre 2014 – Octobre 2015 – Le Synode sur la famille, la révo­lu­tion du pape François » par François-​Xavier Peron.148 pages. 10 euros + port. []