Concile de Trente

20ᵉ œcuménique ; 13 déc. 1545-4 déc. 1563

17 juin 1546, 5e session

Décret sur le péché originel

Afin que la foi catho­lique, sans laquelle il est impos­sible de plaire à Dieu [He 11, 6.], triom­phant de l’erreur, se conserve dans son entière et invio­lable pure­té, et que le peu­ple chré­tien ne se laisse pas bal­lot­ter à tout vent de doc­trine [Ep 4, 14] ; puisque l’an­cien ser­pent [Ap 12, 9 ; Ap 20, 2], ce per­pétuel enne­mi du genre humain, au milieu des nom­breux fléaux qui troublent de nos jours l’E­glise de Dieu, a sus­ci­té d’ancien­nes et de nou­velles contes­ta­tions sur le péché ori­gi­nel et son re­mède, le saint concile de Trente, œcu­mé­nique et géné­ral, légiti­mement assem­blé dans le Saint-​Esprit, sous la pré­si­dence des trois mêmes légats du Siège apos­to­lique, vou­lant enfin tra­vailler à reti­rer de l’erreur les éga­rés et à affer­mir ceux qui chan­cellent, sui­vant les témoi­gnages des saintes Ecritures, des saints Pères et des conciles ap­prouvés, le consen­te­ment et le juge­ment de l’Eglise même, sta­tue, pro­fesse et déclare ce qui suit, sur le péché originel :

1. Si quelqu’un ne confesse pas qu’Adam, le pre­mier homme, par sa déso­béis­sance au com­man­de­ment de Dieu dans le para­dis, per­dit aus­si­tôt la sain­te­té et la jus­tice dans les­quelles il avait été éta­bli, et encou­rut, par son inju­rieuse pré­va­ri­ca­tion, la colère et l’indi­gnation de Dieu, et par suite la mort, dont Dieu l’avait précé­demment mena­cé, et avec la mort la cap­ti­vi­té sous la puis­sance de celui qui eut ensuite l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable [He 2, 14], et que tout Adam, se­lon le corps et l’âme, a été dété­rioré par cette cou­pable trans­gression, qu’il soit anathème :

2. Si quel­qu’un sou­tient que la pré­va­ri­ca­tion d’Adam a été pré­judiciable à lui seul, et non à sa pos­té­ri­té ; que la sain­te­té et la jus­tice dont Dieu l’avait doué, et qu’il a per­dues, il les a per­dues pour lui uni­que­ment, et non pas aus­si pour nous ; ou que, souillé par le péché de dé­sobéissance, il n’a trans­mis à tout le genre humain que la mort et les peines du corps, sans lui trans­mettre le péché, qui est la mort de l’Ame, qu’il soit ana­thème, puisqu’il contre­dit ces paroles de l’Apôtre : Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ; et ain­si la mort est pas­sée dans tous les hommes, en celui dans lequel ils ont tous péché [Rm 5, 12].

3. Si quelqu’un sou­tient que le péché d’Adam, un à son ori­gine, infus dans tous par la géné­ra­tion et non par imi­ta­tion, inti­me­ment propre à cha­cun, peut être enle­vé par les forces de la nature hu­maine, ou par un autre remède que les mérites de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, l’u­nique mé­diateur, qui nous a récon­ci­liés avec Dieu par son sang [Rm 5, 9 s], s’étant fait notre jus­tice, notre sanc­ti­fi­ca­tion, notre rédemp­tion [1 Co 1, 30] ; ou nie que les mérites de Jésus-​Christ soient, par le sacre­ment de bap­tême dûment confé­ré selon la forme de l’Eglise, appli­qués tant aux adultes qu’aux enfants, qu’il soit ana­thème, puis­qu’il n’a pas été don­né sous le ciel aux hommes d’autre nom, par lequel nous puis­sions être sau­vés [Ac 4, 12] ; ce qui a don­né lieu à cette parole : Voici l’Agneau de Dieu, voi­ci Celui qui ôte les péchés du monde [Jn 1, 19] ; et à cette autre : tous, qui avez été bap­ti­sés, vous avez été revê­tus de Jésus-​Christ [Ga 3, 27].

4. Si quel­qu’un nie qu’il soit néces­saire de bap­ti­ser les enfants nou­vel­le­ment sor­tis du sein de leurs mères, ou issus de parents bap­ti­sés ; ou si, avouant qu’ils sont réel­le­ment bap­ti­sés pour la rémis­sion des péchés, il pré­tend qu’ils ne tirent d’Adam rien qui soit péché ori­gi­nel et qui doive être puri­fié par le bain de la régéné­ration, pour qu’ils obtiennent la vie éter­nelle ; en sorte que, ap­pliquée à eux, la forme du bap­tême pour la rémis­sion des pé­chés est fausse et vide de sens, qu’il soit ana­thème ; car cette parole de l’Apôtre : Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché lu mort, et ain­si la mort est pas­sée dans tous les hommes en celui dans lequel tous ont pêché [Rm 5, 12], ne peut s’entendre autre­ment que la enten­due l’Eglise catho­lique répan­due par­tout. C’est confor­mé­ment à cette règle de foi et en ver­tu de la tra­di­tion aposto­lique, que les enfants, qui n’ont encore pu com­mettre aucun pê­ché per­son­nel, sont réel­le­ment bap­ti­sés pour la rémis­sion des péchés, afin que la tâche qu’ils ont contrac­tée par la géné­ra­tion soit lavée en eux par la régé­né­ra­tion. Car si l’on ne renaît de l’eau et du Saint-​Esprit, on ne peut entrer au royaume de Dieu [Jn 3, 5].

5. Si quelqu’un nie que, par la grâce de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, qui est confé­rée dans le bap­tême, la coulpe du péché ori­ginel soit remise ; ou sou­tient que tout ce qu’il y a pro­pre­ment et véri­ta­ble­ment de péché, n’est pas ôté, mais seule­ment rasé, et n’est pas impu­té, qu’il soit ana­thème ; car Dieu ne hait rien dans ceux qui sont régé­né­rés, parce qu’il n’y a point de con­damnation [Rm 8, 1] pour ceux qui sont véri­ta­ble­ment ense­ve­lis avec Jésus-​Christ dans la mort par le bap­tême [Rm 6, 4], qui ne marchent point selon la chair [Rm 8, 1], mais qui, dépouillant le vieil homme et re­vêtant le nou­veau qui est créé selon Dieu [Ep 4, 22–24 ; Col 3, 9 s], sont deve­nus inno­cents, purs, sans tache ni péché, agréables à Dieu, ses héri­tiers et cohé­ri­tiers de Jésus-​Christ [Rm 8, 17] ; en sorte qu’aucun obs­tacle ne leur ferme l’en­trée du ciel. Cependant le saint concile recon­naît et pro­fesse que la concu­pis­cence, ou le foyer du mal reste dans les bap­ti­sés ; laquelle, ayant été lais­sée comme un sujet de lutte, ne peut nuire à ceux qui ne consentent pas, et lui résistent vaillam­ment par la grâce de Jé­sus-​Christ. Cette concu­pis­cence que l’Apôtre appelle quel­que­fois péché [Rm 6, 12–15 ; Rm 7, 7 ; Rm 7, 14–20], le saint concile déclare qu’elle n’a jamais été prise ni enten­due par l’Eglise catho­lique comme un péché pro­pre­ment dit, qui reste dans les per­sonnes bap­ti­sées ; mais qu’elle est ain­si nom­mée, parce qu’elle est un effet du pêché et porte au péché. Si quel­qu’un est d’un sen­ti­ment oppo­sé, qu’il soit anathème.

6. Le même saint concile déclare que son inten­tion n’est pas de com­prendre dans ce décret sur le péché ori­gi­nel, la bien­heu­reuse et imma­cu­lée Vierge Marie. Mère de Dieu ; mais que l’on doit ob­server à ce sujet les constitu­tions du pape Sixte IV, d’heu­reuse mémoire, sous les peines conte­nues dans les sus­dites consti­tu­tions, qu’il renouvelle.

Source : La Somme des Conciles géné­raux et par­ti­cu­liers II, Abbé Guyot, 1868.

3 décembre 1880
Sur trois œuvres pies: propagation de la Foi de Mlle Marie-Pauline Jaricot, à la Sainte-Enfance et l'œuvre des Écoles d'Orient
  • Léon XIII