Concile de Trente

19ᵉ œcuménique ; 13 déc. 1545-4 déc. 1563

3 mars 1547, 7e session

Décret sur les sacrements

Table des matières

Préambule

Pour com­plé­ter cette doc­trine salu­taire sur la jus­ti­fi­ca­tion, pro­mul­guée lors de la pré­cé­dente ses­sion avec le consen­te­ment una­nime de tous les pères, il a paru à pro­pos de trai­ter des sacre­ments très saints de l’Église. C’est par eux que toute véri­table jus­tice ou com­mence, ou, une fois com­men­cée, s’accroît, ou, per­due, est réparée.

C’est pour­quoi le saint concile œcu­mé­nique et géné­ral de Trente, […] veut éli­mi­ner les erreurs et extir­per les héré­sies qui, appa­rues de notre temps, concer­nant les très saints sacre­ments, sont nées d’hérésies autre­fois condam­nées par nos Pères ou bien même ont été décou­vertes, nui­sant gran­de­ment à la pure­té de l’Église catho­lique et, au salut des âmes, atta­ché à l’enseignement des saintes Écritures, aux tra­di­tions apos­to­liques et à l’accord una­nime des Pères des autres conciles, ce saint concile a déci­dé de sta­tuer et de décré­ter les canons sui­vants. Ceux qui res­tent encore pour por­ter à son terme l’œuvre com­men­cée seront, avec l’aide de l’Esprit Saint, publiés plus tard.

Canons sur les sacrements en général.

1. Si quelqu’un dit que les sacre­ments de la Loi nou­velle n’ont pas été tous ins­ti­tués par Jésus Christ notre Seigneur ou bien qu’il y en a plus ou moins que sept, à savoir : le bap­tême, la confir­ma­tion, l’eucharistie, la péni­tence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage, ou encore que l’un de ces sept n’est pas vrai­ment et pro­pre­ment un sacre­ment : qu’il soit anathème.

2. Si quelqu’un dit que ces sacre­ments de la Loi nou­velle ne dif­fèrent des sacre­ments de la Loi ancienne que parce que les céré­mo­nies sont autres et que sont autres les rites exté­rieurs : qu’il soit anathème.

3. Si quelqu’un dit que ces sept sacre­ments sont si égaux entre eux que d’aucune façon l’un n’est plus digne que l’autre : qu’il soit anathème.

4. Si quelqu’un dit que les sacre­ments de la Loi nou­velle ne sont pas néces­saires au salut, mais super­flus, et que, sans eux ou sans le désir de ceux-​ci, les hommes obtiennent de Dieu la grâce de la jus­ti­fi­ca­tion, étant admis que tous ne sont pas néces­saires à cha­cun : qu’il soit anathème.

5. Si quelqu’un dit que ces sacre­ments n’ont été ins­ti­tués que pour nour­rir la foi : qu’il soit anathème.

6. Si quelqu’un dit que les sacre­ments de la Loi nou­velle ne contiennent pas la grâce qu’ils signi­fient ou qu’ils ne confèrent pas cette grâce elle-​même à ceux qui n’y mettent pas d’obstacle, comme s’ils n’étaient que les signes exté­rieurs de la grâce et de la jus­tice reçus par la foi, et des marques de pro­fes­sion chré­tienne par les­quelles les fidèles sont dis­tin­gués des infi­dèles par­mi les hommes : qu’il soit anathème.

7. Si quelqu’un dit que par de tels sacre­ments la grâce n’est pas don­née tou­jours et à tous, pour ce qui est de Dieu, même s’ils sont reçus comme il convient, mais seule­ment par­fois et à quelques-​uns : qu’il soit anathème.

8. Si quelqu’un dit que la grâce n’est pas confé­rée ex opere ope­ra­to par ces sacre­ments de la Loi nou­velle, mais que seule la foi en la pro­messe divine suf­fit pour obte­nir la grâce : qu’il soit anathème.

9. Si quelqu’un dit que dans les trois sacre­ments du bap­tême, de la confir­ma­tion et de l’ordre n’est pas impri­mé dans l’âme un carac­tère, c’est-à-dire une marque spi­ri­tuelle et indé­lé­bile telle qu’on ne peut les réité­rer : qu’il soit anathème.

10. Si quelqu’un dit que tous les chré­tiens ont pou­voir sur la parole et sur l’administration des sacre­ments : qu’il soit anathème.

11. Si quelqu’un dit que chez les ministres, alors qu’ils réa­lisent et confèrent les sacre­ments, l’intention n’est pas requise de faire au moins ce que fait l’Église : qu’il soit anathème.

12. Si quelqu’un dit qu’un ministre en état de péché mor­tel, du moment qu’il observe tout ce qui est essen­tiel concer­nant la réa­li­sa­tion ou la col­la­tion du sacre­ment, en réa­lise ou ne confère par un sacre­ment : qu’il soit anathème.

13. Si quelqu’un dit que les rites reçus et approu­vés de l’Église catho­lique, en usage dans l’administration solen­nelle des sacre­ments, peuvent être ou mépri­sés ou omis sans péché, au gré des ministres, ou encore être chan­gés en d’autres nou­veaux par tout pas­teur des églises : qu’il soit anathème.

Canons sur le sacrement de baptême

1. Si quelqu’un dit que le bap­tême de Jean a eu la même force que le bap­tême du Christ : qu’il soit anathème.

2. Si quelqu’un dit que l’eau vraie et natu­relle n’est pas chose néces­saire pour le bap­tême et si, en consé­quence, il détourne au sens d’une méta­phore les paroles de notre Seigneur Jésus Christ : « Si l’on ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint » [Jn 3, 5] : qu’il soit anathème.

3. Si quelqu’un dit que dans l’Église romaine, qui est Mère et maî­tresse de toutes les Églises, ne se trouve pas la vraie doc­trine sur le sacre­ment de bap­tême : qu’il soit anathème.

4. Si quelqu’un dit que le bap­tême, même don­né par des héré­tiques au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit, avec l’intention de faire ce que fait l’Église, n’est pas un vrai bap­tême : qu’il soit anathème.

5. Si quelqu’un dit que le bap­tême est libre, c’est-à-dire n’est pas néces­saire pour le salut : qu’il soit anathème.

6. Si quelqu’un dit que le bap­ti­sé ne peut pas, même s’il le vou­lait, perdre la grâce, quelque nom­breux que soient ses péchés, sauf s’il ne veut pas croire : qu’il soit anathème.

7. Si quelqu’un dit que les bap­ti­sés, par leur bap­tême, ne sont pas obli­gés qu’à la foi, mais non à l’observation de toute la Loi du Christ : qu’il soit anathème.

8. Si quelqu’un dit que les bap­ti­sés sont libres par rap­port à tous les com­man­de­ments de la sainte Église, aus­si bien ceux qui sont écrits que ceux qui sont trans­mis, en sorte qu’ils ne soient tenus de les obser­ver que s’ils veulent spon­ta­né­ment s’y sou­mettre : qu’il soit anathème.

9. Si quelqu’un dit que l’on doit rap­pe­ler aux hommes le sou­ve­nir du bap­tême, de telle manière qu’ils com­prennent que tous les vœux faits après le bap­tême sont nuls, en ver­tu de la pro­messe déjà faite lors du bap­tême lui-​même, comme si ces vœux por­taient atteinte et à la foi qu’ils ont alors pro­fes­sée et au bap­tême lui-​même : qu’il soit anathème.

10. Si quelqu’un dit que tous les péchés com­mis après le bap­tême sont remis ou ren­dus véniels par le seul sou­ve­nir et par la foi du bap­tême qui a été reçu : qu’il soit anathème.

11. Si quelqu’un dit que le vrai bap­tême, confé­ré selon les rites, doit être réité­ré pour celui qui a renié la foi du Christ par­mi les infi­dèles, lorsqu’il s’est conver­ti et a fait péni­tence : qu’il soit anathème.

12. Si quelqu’un dit que per­sonne ne doit être bap­ti­sé qu’à l’âge où le Christ a été bap­ti­sé ou bien à l’article de la mort : qu’il soit anathème.

13. Si quelqu’un dit que les petits enfants, par le fait qu’ils ne font pas acte de foi, ne doivent pas être comp­tés par­mi les fidèles, après qu’ils ont reçu le bap­tême, et que, pour cette rai­son, ils doivent être rebap­ti­sés quand ils sont arri­vés à l’âge de dis­cré­tion, ou qu’il est pré­fé­rable d’omettre leur bap­tême plu­tôt que de les bap­ti­ser dans la seule foi de l’Église, eux qui ne croient pas par un acte per­son­nel de foi : qu’il soit anathème.

14. Si quelqu’un dit que l’on doit deman­der à ces petits enfants ain­si bap­ti­sés, lorsqu’ils ont gran­di, s’ils veulent rati­fier ce que les par­rains ont pro­mis en leur nom quand ils ont été bap­ti­sés et que ceux qui répondent qu’ils ne le veulent pas, on doit les lais­ser à leur libre arbitre et ne les contraindre par aucune peine à une vie chré­tienne, sauf en les écar­tant de la récep­tion de l’eucharistie et des autres sacre­ments jusqu’à ce qu’ils s’amendent : qu’il soit anathème.

Canons sur le sacrement de confirmation.

1. Si quelqu’un dit que la confir­ma­tion des bap­ti­sés est une céré­mo­nie vaine et non pas plu­tôt un sacre­ment véri­table et pro­pre­ment dit, ou qu’elle ne fut autre­fois rien d’autre qu’une caté­chèse, par laquelle ceux qui appro­chaient de l’adolescence ren­daient compte de leur foi en pré­sence de l’Église : qu’il soit anathème.

2. Si quelqu’un dit que font injure à l’Esprit Saint ceux qui attri­buent quelque ver­tu au saint chrême de la confir­ma­tion : qu’il soit anathème.

3. Si quelqu’un dit que le ministre ordi­naire de la confir­ma­tion n’est pas l’évêque seul, mais n’importe quel simple prêtre : qu’il soit anathème.