Pie XI

Homélie Quod Christus Dominus

24 mai 1925

Prononcée à la canonisation solennelle des Bienheureuses Vierges Marie Madeleine Postel et Madeleine Sophie Barat

Vénérables frères,
Chers fils,

L’Evangile nous apprend que, pour affer­mir ses Apôtres dans la foi, Notre-​Seigneur Jésus-​Christ leur pro­mit d’être avec eux tous les jours jus­qu’à la fin des siècles. Cette pro­messe, nous le savons, n’a pas ces­sé de se réa­li­ser jusqu’à nos jours, et plus une époque est trou­blée, plus la socié­té humaine semble atteinte jusque dans ses moelles par les fléaux qui la minent, plus aus­si sont puis­sants les secours que four­nit à l’Eglise son divin Fondateur par la flo­rai­son d’une sain­te­té extra­or­di­naire par­mi les hommes et par­mi les femmes.

Jamais peut-​être cette assis­tance divine ne fut plus clai­re­ment mani­festée qu’à cette époque de bou­le­ver­se­ments sans exemple que fut la Révolution fran­çaise : alors, par­mi bien d’autres, se leva notre nou­velle sainte, Marie-​Madeleine Postel, dont le cou­rage et la ver­tu bril­lèrent d’une splen­deur magnifique.

Quand le Souverain Pontife eut condam­né le ser­ment impose au cler­gé sous menace de sanc­tions, les prêtres réfrac­taires, tra­qués et sous le coup d’une sen­tence de mort, trou­vèrent asile auprès de Marie-​Madeleine, qui de la sorte met­tait en péril constant sa propre vie. En ver­tu d’une auto­ri­sa­tion, elle conser­vait chez elle et gar­dait avec amour les vases sacrés et le Saint Sacrement ; de jour et de nuit, elle se consu­mait devant lui en ardeurs séra­phiques. Elle appre­nait aux enfants la doc­trine chré­tienne, et les pré­pa­rait à par­ti­ci­per au divin ban­quet ; il n’était rien qu’elle ne mit en œuvre pour assu­rer aux mou­rants les secours des sacre­ments ; et, quand la tem­pête sociale se fut un peu cal­mée, ne lais­sant qu’un cler­gé fort réduit en nombre, Madeleine, par­ti­ci­pant en quelque sorte au minis­tère sacer­do­tal, se mit à prê­cher au peuple les véri­tés éternelles.

Quand l’ordre fut enfin réta­bli dans le pays, il n’en res­tait pas moins à répa­rer les graves dom­mages cau­sés à la reli­gion. Ce fut le rôle auquel s’empressèrent les deux vierges que nous venons d’inscrire au nombre des saints, l’une et l’autre mues par une impul­sion divine, cha­cune selon sa mis­sion par­ti­cu­lière, selon ses dons par­ti­cu­liers. Certes, c’était bien une res­tau­ra­tion qu’il fal­lait en France, restaura­tion qui reprit les choses par les fon­de­ments. Dans le peuple, beau­coup avaient per­du jusqu’à la conscience du devoir ; la noblesse, qui venait — après les res­tric­tions et les souf­frances d’un long exil — de recou­vrer ses biens, sinon en tota­li­té, du moins en par­tie, se trou­vait démo­ra­li­sée par les maux du pas­sé, et pas­sion­né­ment livrée à la dou­ceur de vivre. Dès lors, il sem­bla à Marie-​Madeleine Postel et à Madeleine-​Sophie Barat qu’elles n’auraient d’action féconde qu’en pour­voyant à une saine édu­ca­tion des jeunes filles qui gran­dis­saient et pré­pa­raient une géné­ra­tion nouvelle.

Voici donc la Société des Ecoles chré­tiennes de la Miséricorde fon­dée au milieu d’obstacles inouïs, et sous l’aiguillon du dénue­ment et des sou­cis de toutes sortes. Le bien­fait d’une édu­ca­tion simple, que Jean- Baptiste de La Salle avait assu­ré aux gar­çons, les membres de la nou­velle Congrégation le don­ne­raient aux fillettes de la classe populaire.

Chose admi­rable, la nou­velle Sainte, âgée pour­tant de soixante-​deux ans, n’hésita pas — dans l’ardeur de son zèle pour la sau­ve­garde de la jeu­nesse — à pas­ser les exa­mens requis pour avoir le droit légal d’enseigner.

Quant à Madeleine-​Sophie, tout enfant, inter­ro­gée sur sa nais­sance, elle aimait à répondre, dans sa gra­cieuse can­deur, qu’elle était sor­tie du feu : la nuit de sa nais­sance, sa bour­gade natale avait été presque entiè­re­ment détruite par le feu. C’était bien de flammes qu’elle était embra­sée, mais de celles qu’elle avait pui­sées dans le Sacré Cœur de Jésus. Sous ce titre, elle fon­da son Institut religieux.

Tout en spé­ci­fiant qu’à tout pen­sion­nat et à toute mai­son serait annexée une école ouverte aux fillettes des classes pauvres, elle vou­lut que son œuvre fût prin­ci­pa­le­ment vouée à l’éducation des jeunes filles de la noblesse et des familles aisées. C’est un fait d’expé­rience, et qui n’avait pas échap­pé à cette femme très aver­tie : sou­vent les per­sonnes que dis­tingue l’éclat de la nais­sance et qu’environne l’abondance de tous les biens sont en réa­li­té dans une condi­tion bien plus misé­rable que les per­sonnes pri­vées des biens de la for­tune ; leur indi­gence de cœur et d’esprit se cache sous les dehors de la poli­tesse mon­daine et de la parure. D’ailleurs, si, dans la noblesse, les mères de famille sont for­mées dès l’enfance à une vie sainte, il arri­ve­ra natu­rel­le­ment que par leurs paroles et sur­tout leurs exemples elles amè­ne­ront à la pra­tique fidèle des devoirs reli­gieux non seule­ment leurs maris et leurs enfants, mais aus­si les per­sonnes du peuple qui les approcheront.

De toute évi­dence, pour qui voit à l’œuvre les deux nou­velles Saintes, toute leur acti­vi­té s’adonnait à la réa­li­sa­tion d’un seul et même des­sein ; elles par­ta­geaient le même sou­ci : pro­cu­rer le bien des indi­vidus et de la socié­té, et en même temps faire, autant que pos­sible, le silence autour d’elles et de leurs œuvres. Mais, par la volon­té de Dieu, qui a cou­tume d’exalter les humbles, ce fut le contraire qui arri­va et l’on vit briller en elles, d’un éclat qui les met­tait hors de pair, des ver­tus insignes et des dons extraordinaires.

C’est assez dire quels immenses bien­faits Nous atten­dons et Nous Nous pro­met­tons des exemples et de l’intercession de ces deux vierges saintes ; et ils ne sont pas moindres, ceux que Nous espé­rons de l’apos­tolat exer­cé pour ain­si dire dans le monde entier par leurs familles reli­gieuses, — l’apostolat de la sainte édu­ca­tion des jeunes filles. Cet apos­to­lat est d’Une néces­si­té bien actuelle : il est tout à fait urgent de réveiller dans les masses popu­laires l’esprit Chrétien, d’aider la femme à être pour l’humanité, par les dons de la nature et de la grâce qui lui Sont accor­dés, un ins­tru­ment non de per­di­tion mais de redres­se­ment et de salut.

Oh ! qu’elle soit très chaste, qu’elle soit for­mée aux bonnes œuvres de toutes sortes, la jeu­nesse que par leurs prières ces deux vierges saintes obtien­dront du Christ à notre géné­ra­tion et à la pos­té­ri­té ! Et nous tous, exi­lés ici-​bas loin du Seigneur, puissions-​nous mar­cher sur leurs tra­cés et arri­ver enfin à jouir avec elles du bon­heur par­fait dans la patrie du ciel, pour les siècles des siècles. 

Ainsi soit-​il.

Source : Actes de S. S. Pie XI, t. III, p. 42, La Bonne Presse

fraternité sainte pie X
19 mai 1935
Prononcée à la Messe pontificale solennelle, après l'Evan­gile, le jour de la Canonisation des bienheureux mar­tyrs Jean Fisher et Thomas More
  • Pie XI
19 mai 1935
Décernant aux bienheureux Jean Fisher, évêque de Rochester, et Thomas More, martyrs, les honneurs réservés aux Saints.
  • Pie XI
31 mai 1925
Prononcée à la canonisation solennelle des Bienheureux Confesseurs Jean-Baptiste M. Vianney et Jean Eudes
  • Pie XI